Les vœux de nouvelle année de Mohamed Boussaïd pour l’économie marocaine
Le Ministre de l’Economie et des Finances M. Boussaïd a présenté , le 29 Janvier, devant un parterre de 400 chefs d’entreprise à la fondation Attijariwafa Bank son nouveau cap économique avec pour horizon 2020.
Celui-ci devrait permettre de dégager une croissance supérieure à 4% jusqu’en 2016 et supérieure à 5% en 2017 et une réduction du double déficit ramené sous la barre des 3% en 2017.
>Une conjoncture économique favorable…
Pour M. Boussaïd, l’environnement étranger et intérieur est tout choisi pour engager les grandes réformes structurelles du pays.
A l’étranger, la tendance baissière des prix du pétrole et haussière du dollar, la consolidation des économies subsahariennes, les niveaux bas de taux d’intérêts mondiaux. La réduction de la facture pétrolière devrait rapporter 0,2% de PIB selon les calculs du ministre, bien qu’entraînant un manque à gagner de 3 MMDH sur les recettes budgétaires.
A l’intérieur du pays, les grands équilibres macroéconomiques présentent une tendance encourageante: réduction du déficit commercial, accélération du PIB non agricole, inflation jugulée profitant au pouvoir d’achat des ménages.
Les secteurs manufacturiers de l’automobile et de l’électronique sont en expansion, dynamique permettant de compenser la baisse des ventes de phosphates et dans le BTP.
>…pour engager des réformes structurelles
Ce bon contexte économique est le moment choisi pour affronter les principaux défis structurels. Le ministre des Finances vise ici l’insuffisance du tissu manufacturier, et d’une offre exportable.
Il faut pour cela accélérer le rythme d’industrialisation, en substitution des importations, renforcer l’intégration du tissu productif et assurer une meilleure diversification de l’offre. La contribution des industries de transformation au PIB est en quasi-stagnation depuis une décennie et l’économie tertiaire est portée par des services à faible valeur ajoutée.
Pourtant le pays ne manque pas de ressources, à commencer d’abord par sa main d’œuvre. 18% des jeunes urbains diplômés sont au chômage. Des régions entières sont exclues de l’essor économique du pays, avec l’axe Rabat/Casablanca capitalisant près de 35% du PIB et 6 régions sur 16 représentant 65% du PIB.
>Le «nouveau» cap économique
Voilà pour le constat qui n’est une révélation pour personne.
M. Boussaid a présenté un «nouveau cap économique» articulé autour de 4 axes: engager une politique de l’offre, un soutien à la demande et à l’emploi en ciblant les segments sociaux et territoriaux les moins intégrés, le rétablissement progressif des équilibres macroéconomiques du pays, et enfin multiplier les partenariats mondiaux
Ces axes reposent en fait sur des réformes déjà programmées.
Au premier plan, le PAI (plan d’accélération industrielle) qui projette pour 2020 un PIB industriel à 23% et une création nette de 250.000 emplois. Le ministre a rappelé la création du Fonds de Développement Industriel et des Investissements doté d’une enveloppe initiale de 3 MMDH pour 2015.
Cette somme doit venir en soutien aux filières industrielles structurées en écosystèmes, en plus d’une offre foncière généreuse et d’incitations fiscales à l’investissement privé.
Ce climat de confiance pour l’investissement privé national et étranger doit également se construire sur le rééquilibrage des agrégats économiques et la transformation de la gouvernance et du fonctionnement de l’Etat.
Le ministre table ainsi sur une croissance supérieure à 4% jusqu’en 2016 et supérieure à 5% en 2017 et 2018, qui permettra de ramener le déficit public et le déficit des comptes courants sous la barre des 3% en 2017.
La décompensation, le contrôle de la masse salariale et la chute des prix énergétiques devraient venir en soutien de cette réduction.
La politique de soutien à la demande et à l’emploi se poursuit selon la 2e phase de l’initiative nationale pour le développement humain et les réformes déjà engagées en matière de protection sociale (extension de la couverture sociale aux étudiants et professions libérales, extension du RAMED, indemnités pour licenciement économique) et de promotion de la PME (statut de l’auto-entrepreneur, fonds d’amorçage pour les entreprises innovantes).
L’axe commercial du nouveau cap repose enfin sur la tant invoquée ouverture sur l’Afrique subsaharienne. Le ministre en veut pour preuve la cadence des exportations vers l’Afrique passés de 4,3% du total des exportations en 2007 à 8,9% en 2013. Le Ministre souhaite une intensification de ces flux avec nos voisins subsahariens, qui demeurent encore anecdotiques.
Mais le ministre n’a pu détailler les politiques sectorielles du plan visant à réaliser les objectifs d’importation-substitution et de diversification de l’offre cités préalablement. C’est pourtant l’enjeu de développement et qu’il n’a pas manqué de citer au cours de son allocution.
Comment le PAI réalise les objectifs de remontée de filières et de transferts technologiques le long de la chaîne de valeurs? Comment assurer par exemple une valorisation de la filière de l’automobile, qui aujourd’hui ne réalise que du montage, ou de la réalisation de pièces à faible valeur ajoutée? Quelle intégration régionale? M. Boussaïd n’y répond pas appelant à le croire sur parole sur ces projections de croissance et d’équilibre du double déficit.
Ci-dessous, feuilletez la présentation de Mohamed Boussaid.
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