Business et développement durable : Tanger Métropole accueille le Grand Paris
La prise en compte de la durabilité et la problématique des transports urbains se posent avec acuité à Tanger, qui nourrit actuellement un vaste plan de développement de son agglomération. Les Parisiens sont venus présenter leurs solutions aux Tangérois.
Une importante délégation d’élus parisiens et d’entreprises françaises a participé samedi 7 juin à un colloque sur « les projets de métropole durable ». Transports, logements, environnement et emploi étaient au menu du colloque organisé par la ville de Tanger et le conseil régional de l‘Ile-de-France, les filiales de la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) le bureau d’étude AREP et le gestionnaire de systèmes de transport Kéolis, et la filiale marocaine du groupe Alstom, important fournisseur de l’ONCF.
« Si on construit pour le XXIème siècle, il faut intégrer la durabilité ». Cette phrase prononcée par l’élu régional socialiste d’Ile-de-France François Kalfon résume les exigences et les défis qu’affrontent les métropoles urbaines aujourd’hui, dont Tanger qui s’est lancée depuis septembre 2013 dans un vaste plan d’investissement de 7,7 MMDH courant jusqu’en 2017. Ce plan, Tanger-Métropole, complète les investissements de TMSA (port Tanger-Med et Tanger Automotive City notamment), le chantier de la ville nouvelle de Chrafate et le réaménagement du port de Tanger-Ville.
En ouverture du colloque le maire de Tanger Fouad Elomari a présenté les défis du Grand Tanger en termes de transports publics, insistant sur les inégalités territoriales et le nécessaire positionnement compétitif de Tanger sur l’échiquier économique international.
Sur les transports, François Kalfon a présenté les choix de Paris et sa région avec les réseaux de métro et d’autobus, le Vélib et Autolib, le tramway et les trains régionaux. Selon Kalfon, « la conception de l’économie de la ville doit se faire en même temps que celle de son système de transport » afin de ne pas tomber dans les problèmes de congestion qui affectent de nombreuses métropoles.
A Tanger aujourd’hui, outre le système de transport public par autobus, les transports publics sont composés d’une flotte de 3.200 petits et grands taxis et d’une flotte de 2.200 minibus privés affectés au transport du personnel entre les zones industrielles et les quartiers résidentiels du centre et de la périphérie de la ville. Cette situation commence à provoquer de sérieux soucis de fluidité du trafic et de pollution. Aucune information ne filtre pour l’instant sur d’éventuels projets de métro ou de tramway.
La réflexion sur l’importance des réseaux de transports s’est poursuivie sur le volet du financement avec le constat que « le succès dépend d’un financement des infrastructures par la sécurisation de fiscalités et/ou de financements spécifiques ».
Avec la présence de deux zones industrielles importantes au sud de Tanger, la Tanger Free Zone (TFZ) et la ZI de Gzénaya, celle de Moghogha à l’est de la ville et l’entrée en service programmée du TGV Tanger-Casablanca en 2016, le besoin d’une planification rigoureuse des systèmes de déplacements urbains se fait plus pressant. De 700.000 habitants en 2004, la population de Tanger est estime à 1 million d’habitants en attendant les chiffres du recensement prévu à l’automne 2014.
L’aéroport Ibn Battouta de Tanger qui se trouve à proximité de la TFZ et de Gzénaya est uniquement reliée à la ville par une double voie pour les véhicules et seuls des grands taxis assure un transport public. Cette situation existe également sur la baie de Tanger au niveau de la gare ferroviaire et de la future gare du TGV qui sera située sur un site mitoyen. A part la voiture individuelle et les grands taxis, aucun autobus ne relie l’aéroport et la gare ferroviaire. Pourtant, la future gare du TGV qui doit offrir une dizaine de départs et d’arrivées/jour deviendra avec le passage des voyageurs, un pôle commercial et urbain en soi. La zone connait déjà des anticipations importantes en termes d’investissements immobiliers hôteliers, résidentiels et de bureaux. Des commerces et des activités de loisirs sont également en chantier.
La filiale de la SNCF Kéolis a profité de l’occasion du colloque pour présenter son savoir-faire. Kéolis gère des voies ferrées dans cinq pays dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Pays-Bas en plus de la France. Elle gère autant des réseaux de chemins de fer que des réseaux de métro comme à Lille et à Lyon.
Le directeur du développement de Kéolis Jean-Pierre Deghaye, s’interrogeant sur le futur modèle d’évolution du Grand Tanger a suggéré de hiérarchiser le réseau : « les modes de transports sont liés à un territoire, des flux et des performances » a-t-il indiqué soulignant que le futur succès du TGV va dépendre du système de transport collectif qui l’entoure. « Autobus, métro et tramway doivent faciliter l’accès à la gare TGV ».
Du côté de chez Alstom par la voix de sa PDG Maroc Thi-Mai Tran, « on espère que dans les 10 ans, le tramway équipera Tanger, Marrakech, Fès et Meknès ». Alstom, présent aujourd’hui au Maroc avec 300 salariés, est derrière la réalisation des réseaux de tramway de Rabat (18 km) et de Casablanca (31 km). Alstom fournit les locomotives du TGV marocain et en montera les voitures dans un atelier en cours de construction sur un terrain de 22 ha à Moghogha.
Sur le plan de l’environnement, le directeur de l’Observatoire régional de l’environnement et du développement durable (OREDD) Khalid Temsamani a pointé du doigt les difficultés rencontrées aujourd’hui alors que sont attendues l’arrivée du TGV, la construction d’une nouvelle zone industrielle au sud de l’aéroport, la mise en service progressive de la Tanger Automotive City (TAC) près de l’usine Renault et la construction de la ville nouvelle de Chrafate, tout cela au cours des 10 prochaines années.
Pour Khalid Temsamani, « le littoral, la qualité de l’eau et de l’air, les forêts et la biodiversité sont affectés par l’étalement urbain, la qualité de l’assainissement liquide et solide, le défrichement et l’utilisation irrationnelle des engrais et des pesticides ».
Auparavant, le délégué du ministère de l’Environnement à Tanger Houssein Khidour avait brossé un tableau peu rassurant sur l’état de la décharge communale tangéroise située à 5 km du centre-ville face à la zone industrielle de Moghogha et qui ne répond à aucune norme sanitaire ou de traitements des déchets urbains.
Dans le cadre du plan Tanger-Métropole, la décharge doit être implantée à 22 km au sud de Tanger à l’horizon 2017. La gare routière et son flux d’autobus, le marché de gros des fruits et légumes et ses flux de camions et de triporteurs, les abattoirs et la fourrière communale doivent tous être déménagés à 10 km au sud de la ville sur la route de Rabat.
Selon un élu de la majorité du conseil de la ville de Tanger, « les choix des partenaires étrangers de Tanger se joueront à l’avenir entre les Parisiens et les Catalans ».
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