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DOSSIER 2013-2014

Le royaume déconcerté

LONDRES – Depuis le début du printemps arabe il y a trois ans et les troubles qui en ont découlés au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite a tenté de préserver sa position dominante dans la région par tous les moyens à sa disposition. 

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Le 13 janvier 2014 à 10h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

En 2013, la famille royale saoudienne a d’une part cherché des alliés régionaux et de l’autre tenté de rétablir d’anciens alliés, comme en Égypte. Le royaume wahhabite s’est également servi de ses vastes ressources en pétrole pour obtenir le genre de stabilité régionale auquel il est accoutumé depuis des décennies.

Au grand soulagement de la dynastie saoudienne, le printemps arabe n’a pas débouché sur des démocraties opérationnelles en Tunisie, en Égypte, au Yémen, au Bahreïn, en Libye ou en Syrie. Mieux encore, de son point de vue, les régimes islamistes qui ont émergé se sont révélés soit fondamentalement incompétents, et donc faciles à renverser (comme le gouvernement du président Mohamed Morsi en Égypte), soit simplement dysfonctionnels (comme en Tunisie) et ne présentant donc aucun intérêt comme modèle pour d’autres pays.

Les révolutions du printemps arabe ont pourtant radicalement sapé les piliers de l’ancien ordre régional si confortable pour le royaume. Elles ont fait disparaître des alliés fiables, dont Hosni Moubarak en Égypte et Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie (aujourd’hui réfugié à Riyad), et transformé des régimes tolérables, comme celui de Bachar el-Assad en Syrie, en des adversaires sanguinaires.

La réaction initiale de l’Arabie saoudite à la désintégration d’un système qu’elle avait soutenu à coups de pétrodollars fut d’augmenter le soutien donné à ses alliés toujours en place – la Jordanie, le Liban et le Bahreïn. Sa deuxième initiative fut de souscrire à la destitution du président égyptien Morsi par l’armée, en faisant un pied de nez aux Etats-Unis au passage.

Comme l’année 2013 l’a confirmé, la Syrie est devenue l’objet de toutes les attentions de l’Arabie saoudite, et ce pour des raisons existentielles. Les Saoudiens voient la lutte entre Assad et ses opposants comme une guerre par procuration contre leur principal adversaire : l’Iran. Le royaume wahhabite est la principale source de financement et d’armement des rebelles sunnites syriens qui combattent l’armée régulière d’Assad, elle-même fermement soutenue par l’Iran chiite et le Hezbollah, la milice chiite basée au Liban.

Il est évident que la dynastie saoudienne, dans le cadre de la confrontation qui l’oppose au régime iranien soutenu par la Russie, préférerait que son principal allié, les Etats-Unis, maintienne sa protection. Mais les Saoudiens ne se sentent plus obligés d’attendre l’aval des Américains pour toute initiative, ni même empêchés d’agir à l’encontre des préférences américaines. L’Arabie saoudite craint d’être abandonnée par les Etats-Unis et agit en conséquence.

Depuis la Seconde guerre mondiale, le royaume wahhabite a été choyé par les Etats-Unis, dont il dépend pour leur soutien politique et militaire depuis la première concession pétrolière accordée en 1938. Après qu’Obama ait renoncé à agir après l’utilisation par le régime syrien d’armes chimiques, qu’il avait qualifié de franchissement de la « ligne rouge », les dirigeants saoudiens ont en conclu qu’ils se trouvaient confrontés à une Amérique différente de celle qui avait envoyé un demi million de soldats expulser l’armée de Saddam Hussein du Koweït.

La question qui se pose désormais à la dynastie saoudienne est la suivante : les Etats-Unis seront-ils simplement indifférents à leurs pires craintes ou la politique américaine dans la région amplifiera-t-elle ces craintes ? L’Iran sera le test décisif des relations entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis en 2014 et au-delà.

L’Iran, un adversaire des Etats-Unis dans la région depuis la révolution islamique de 1979, pourrait être engagé dans les premières étapes de la normalisation de ses relations avec Washington, un processus qui pourrait ne pas être aussi compliqué que trente années d’antagonisme le laissent supposer.

Comme l’a souvent affirmé Henry Kissinger, les Etats-Unis et l’Iran ont des intérêts stratégiques qui sont fondamentalement concordants ; ce qui est anormal est leur éloignement depuis 1979. En fait, avant la révolution islamique, l’Iran constituait la pierre angulaire de la politique américaine en Moyen-Orient et en Asie du Sud. Les dirigeants saoudiens, comme tout membre d’une royauté, vivent dans le passé, et se souvenant de cette conjoncture, craignent qu’elle se répète.

Bien sûr, la dynastie saoudienne comprend pourquoi les Etats-Unis souhaitent aboutir à un accord avec les Iraniens. Il n’existe pas de réponse militaire simple au programme nucléaire iranien et aucune campagne de bombardement n’effacera les connaissances iraniennes dans le domaine du nucléaire. Mais si les sanctions seules ne mettront pas fin aux ambitions nucléaires de l’Iran, leur durcissement a sérieusement mis à mal le régime. Aujourd’hui, au lieu de renforcer encore ces sanctions – au risque de provoquer un renversement du régime – Obama a choisi d’alléger les pressions.

La question qui se pose aux Saoudiens n’est pas seulement celle des capacités nucléaires éventuelles de l’Iran. Un accord sur le programme nucléaire iranien légitimerait plus l’influence régionale du régime qu’elle ne l’a été depuis des décennies, favorisant ainsi ses objectifs hégémoniques. La menace ou la crainte la plus profonde éprouvée par le royaume wahhabite est que l’objectif ultime de l’Iran soit le contrôle de la Mecque, le berceau de l’islam.

C’est pour cette raison que la dynastie saoudienne préfère voir l’Iran paralysé par des sanctions internationales. Il est vrai que l’Iran, même sous le poids des sanctions économiques, s’est aventuré toujours plus loin dans les politiques arabes, mais ce sont les Etats-Unis qui ont rendu cette progression possible en renversant le régime de la minorité sunnite de Saddam Hussein, provoquant en fin de compte l’établissement en Irak d’un gouvernement chiite appuyé par l’Iran.

Le régime saoudien est particulièrement méfiant des efforts menés par l’Iran depuis longtemps pour persuader les petits États du Golfe de conclure des accords économiques et de sécurité qui excluent les Etats-Unis. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Saoudiens ont envoyé des troupes au Bahreïn lorsque les manifestations menées par la majorité chiite de la population ont éclaté – et que les Etats-Unis, après la leçon irakienne, ont donné leur consentement tacite.

Le pouvoir déclinant de la carte maîtresse saoudienne – le pétrole – rend la situation plus déconcertante encore. De nouvelles sources d’énergie – en particulier l’exploitation de l’huile de schiste aux Etats-Unis et en Australie – ont réduit la dépendance des Américains envers l’Arabie saoudite. Que l’Iran redevienne un exportateur de pétrole dans l’éventualité d’un accord sur le nucléaire en 2014 affaiblirait encore le contrôle saoudien sur le prix du brut, à mesure que le pétrole « chiite » iranien et irakien inonde le marché. Dans cette conjoncture, même le titre que s’est donné le roi saoudien de « gardien des deux saintes mosquées » ne garantira plus sa prééminence au sein du monde musulman.

Saoudienne, chercheuse au Royal Institute of International Affairs et du Centre of Islamic and Middle Eastern Law de la School of Oriental and African Studies. Le dernier ouvrage de Mai Yamani est Cradle of Islam.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

Copyright: Project Syndicate, 2013.

www.project-syndicate.org

 

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Le 13 janvier 2014 à 10h40

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