Un plan international secret pour sécuriser la Libye

Un plan international secret pour sécuriser la Libye

Le 23 novembre 2013 à 19h35

Modifié le 23 novembre 2013 à 19h35

Contrôler le trafic d’armes et l’émigration clandestine constituent les objectifs d’un plan de plusieurs centaines de millions d’euros mis en œuvre par l’UE, des Etats arabes, plusieurs organisations internationales ainsi que les Etats-Unis.

Un rapport en ce sens élaboré par le Service européen pour l’action (SEAE), la diplomatie européenne que dirige la Britannique Catherine Ashton dès avril 2013 dresse les grandes lignes des menaces et des actions mises en œuvre ou à mettre en œuvre pour y faire face.

La politique de l’UE en la matière est mise en œuvre par la mission de l’EUBAM (European Union Border Assistance Mission, Mission d’Assistance aux Frontières de l’Union Européenne). Celle-ci  est de 2 ans à compter de mai 2013 avec l’objectif final de mettre en place un système intégré de gestion des frontières, IBM en anglais, pour Integrated Border Management.

Le contenu de ce rapport a été révélé ce vendredi 22 novembre par Médiapart et EUobserver.com

C’est au lendemain de l’intervention militaire conjointe de la France,  de l’Italie, de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis, du Qatar et des Emirats arabes unis en Libye en août 2011 et la chute de Khadafi que les pays occidentaux et leurs alliés arabes avaient constaté une défaillance des institutions, la multiplicité des groupes armés, des frontières poreuses et la recrudescence de trafics en tous genres.

Dès septembre 2011, l’ONU, la Banque mondiale, le FMI et l’UE se sont mis d’accord pour un partage des tâches en matière de frontières, sécurité, économie, finances publiques et société civile). En février 2013 à Paris, indique Médiapart, «cette orientation a été confirmée».

Le rapport révèle que les Européens travaillent depuis le printemps 2013 au  renforcement des frontières maritimes libyennes longues de 1.800 km et de celles des frontières terrestres qui s’étendent sur 4.000 km à l’est, à l’ouest et au sud aux limites de l’Egypte, du Soudan, du Tchad, du Niger,  de l’Algérie et de la Tunisie. L’espace aérien libyen est également concerné par ces mesures.

Ce renforcement consiste en un soutien à la surveillance des frontières, la formation de forces de sécurité et le conseil pour l’acquisition d’équipements électroniques, militaires et autres.

Ainsi, selon ce rapport, Rome forme des douaniers et des policiers et fournit des bateaux, des véhicules tous-terrains, des détecteurs de métaux et des systèmes de contrôles électroniques. Paris forme des pilotes à Salon-de-Provence, des officiers à l’Ecole de Guerre et des fusiliers-marins à Toulon. Les Etats-Unis forment des forces de sécurité sur une base militaire en Bulgarie. Le rapport constate et affirme que ces actions sont nécessaires car «le gouvernement ne dispose pas du monopole de la force en Libye».

Ces actions ont été décidées après la conduite d’une mission de repérage européenne sur le terrain en mars, avril et mai 2013 qui avait constaté l’incompétence globale des responsables de la sécurité aux frontières et à l’intérieur du pays.

En théorie, 4.000 garde-frontières sont chargés de lutter contre l’émigration clandestine et 6.300 douaniers combattent la contrebande. 9.000 gardes mobiles dépendant du ministère de la défense sont censés conduire les opérations de stabilisation militaire. Seule la Marine et ses 6.500 hommes sont «crédités d’un semblant de professionnalisme» note  Médiapart.

Le rapport estime par ailleurs à 240.000 anciens combattants le nombre de miliciens qui «attendent une forme de récompense » suite à la chute de Khadafi. Au cours des seules dernières semaines, le premier ministre libyen a été victime d’un kidnapping ainsi que le numéro 2 des renseignements et le 15 novembre dernier à Tripoli des affrontements entre milices ont fait 43 morts et 450 blessés. L’état d’urgence est instauré à Tripoli depuis le 16 novembre dernier.  Le kidnapping du premier ministre libyen avait eu lieu à l’hôtel  Corinthia où réside la mission de l’EUBAM de 45 haut-fonctionnaires, techniciens et sécuritaires européens, la taille de ce groupe étant censée atteindre 111 membres en 2014.

 En août dernier, le convoi de l’ambassadrice de l’UE à Tripoli avait été victime de tirs et le consulat suédo-finlandais avait subi un attentat à la voiture piégée. Le consulat de France à Benghazi a également été visé l’été dernier. En septembre 2012, l’ambassadeur US en Libye avait perdu la vie lors d’une attaque du consulat des Etats-Unis à Benghazi.

Sur le chapitre de l’émigration, et pour les seuls 10 premiers mois de cette année, 32.000 personnes auraient été détectées embarquant des côtes libyennes et tunisiennes en direction de la rive nord de la Méditerranée. Pour la seule côte libyenne, longue de 1.800 km, 80 points de départs ont été identifiés. Selon le rapport aucun scanner n’est utilisé pour la surveillance des côtes.

Le 3 octobre, plus de 300 candidats à l’émigration clandestine avaient péri au large de Lampedusa au sud de l’Italie.

Côté finances, l’UE aura engagé d’ici le 31 décembre prochain 120 millions d’euros dans le cadre de sa mission EUBAM Frontex un peu moins de 100 millions d’euros et Eurosur, un nouveau système de surveillance des frontières, 244 millions entre 2014 et 2020.

Sur le plan bilatéral, l’Italie a engagé 280 millions d’euros pour 2012 et 2013 pour les achats de matériels, les coûts de formation des garde-côtes, policiers et douaniers et la « gestion » des migrants. La France forme des officiers et des pilotes mais également des « gardes VIP » et des démineurs sans que des informations financières spécifiques ne soient disponibles.

Les Etats-Unis dépenseront cette année 20 millions d’euros pour «entraîner les forces conventionnelles libyennes, entre 5.000 et 7.000 membres de ces forces» selon des médias belges. Ces forces pourraient être formées "par petits groupes en rotation" en Bulgarie selon des déclarations du patron américain du SOC, le Special Operations Command l’amiral William H. Mc Raven. Selon le New York Times, les problèmes ne sont pas mineurs, notamment «pour sélectionner les stagiaires».

La Jordanie, la Turquie, le Qatar et les EAU contribuent également à la sécurisation de la Libye en formant des policiers ou des militaires et en fournissant des équipements.

L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne mènent également des «projets de moindre envergure en Libye», selon EUobserver.

Selon EUobserver.com, outre la sécurisation de la région, la Libye étant voisine des instables Tunisie et Egypte ainsi que des troubles au Mali notamment, tous ces pays sont intéressés par les ressources pétrolières, la fourniture de technologies et les futurs contrats de reconstruction.

Le secteur privé de la sécurité, évincé de l’Irak et en voie de quitter l’Afghanistan, est également sur les rangs pour engranger des contrats. Selon des informations concordantes, une dizaine de sociétés dont les britanniques G4S, Control Risks et Hart, les français Arcos, Geos, Amarante et le canadien Garda World ainsi qu’Argus Security basée à Chypre démarchent pour décrocher le seul contrat de sécurisation de l’EUBAM qui représente plus de 20% de son budget annuel de 120 millions d’euros.


 

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