Nucléaire: un pied au Royaume-Uni, la Chine vise l'international
La participation de deux groupes nucléaires chinois à la construction de réacteurs au Royaume-Uni pourrait servir les ambitions internationales de Pékin dans l’atome civil en lui offrant une crédibilité accrue.
Dévoilé en début de semaine, l’accord conclu entre le gouvernement britannique et le français EDF pour la construction de deux EPR à Hinkley Point, au sud de l’Angleterre, entérine également l’implication des firmes publiques chinoises CGN (China General Nuclear Power Corp.) et CNNC (China National Nuclear Corp.).
Elles participeront à elles deux à hauteur de 30 à 40% du projet, chiffré à près de 19 milliards de dollars au total -- EDF en conservant entre 45 et 50% tandis qu’Areva, spécialiste français de l’atome, en prendra 10%.
Le projet «donnera à CGN et CNNC l’opportunité d’acquérir de l’expérience au Royaume-Uni, avec comme objectif à long terme de devenir des opérateurs nucléaires dans ce pays», ont souligné les entreprises dans un communiqué commun.
Mais Hinkley Point pourrait également leur ouvrir des horizons au-delà de la Grande-Bretagne.
«Pour les Chinois, ce site britannique représente une bonne occasion de gagner en expérience» et deviendra pour eux «une vitrine potentielle» pour d’autres marchés, a indiqué à l’AFP Antony Froggatt, chercheur à l’institut Chatham House.
La filière nucléaire chinoise, contrôlée par l’Etat, jouerait donc de sa force de frappe financière pour s’assurer un accès sur une scène internationale où elle n’en est encore qu’à ses premiers pas -- même si CNNC est déjà présent sur une centrale en construction au Pakistan.
Accumuler des expériences
«En accumulant des expériences hors de leur pays, les entreprises chinoises gagnent en crédibilité pour entrer en lice sur d’autres marchés» au Moyen-Orient ou en Amérique du sud, a abondé Zhou Xizhou, expert basé à Pékin d’IHS Global Insight.
Sur le projet d’Hinkley Point, «l’arrivée des deux groupes chinois n’est pas si surprenante. Ils peuvent témoigner d’au moins deux décennies d’expériences concluantes (dans de nombreux projets de centrales) en Chine même et d’une longue association avec EDF et Areva» pour la construction et la gestion de sites aux normes internationales, a-t-il expliqué.
Les deux français coopèrent notamment avec CGN, le principal exploitant nucléaire chinois, au développement attendu d’un réacteur de 3e génération franco-chinois. Deux EPR sont en construction à Taishan (sud-est) dans le cadre d’une coentreprise entre EDF et CGN.
Pour M. Zhou, Londres «a certainement examiné ce que (ces firmes) avaient à leur actif», et notamment l’implication de CGN dans le projet d’EPR sur le site de Taishan -- que le ministre britannique des Finances, George Osborne, vient de visiter la semaine dernière après un passage à Pékin.
«Il ne s’agit donc pas pour les Chinois d’acquérir une technologie à laquelle ils ont déjà accès», a insisté M. Froggatt, tout en observant qu’au-delà de la répartition des participations financières, «l’implication précise de chacun des groupes dans l’ingénierie du projet reste encore vague».
De son côté, Londres appelle de ses voeux les investissements chinois dans son coûteux programme énergétique: M. Osborne a ainsi annoncé le 17 octobre à Pékin le feu vert de Londres à des participations chinoises, «y compris majoritaires», dans des sites nucléaires.
Et de déclarer ouvertement sur la BBC, selon le Financial Times: «s’il n’y avait pas les investissements chinois, les contribuables britanniques en seraient de leur poche».
Mais, selon les experts, la Chine pourrait aussi profiter du projet britannique, avec la mise en place d’une technologie EPR, pour peaufiner son propre savoir-faire à demeure.
Le parc nucléaire chinois connaît en effet la croissance la plus rapide du monde: 18 réacteurs y sont actuellement en opération et 29 en cours de construction.
De quoi s’interroger sur l’intérêt des groupes chinois à s’étendre hors de ce marché domestique à l’essor insolent et pour lequel le gouvernement s’est fixé un ambitieux plan de développement à très long terme.
En fait, sous l’aiguillon de Pékin, «les grands groupes publics sont tous invités à s’internationaliser» et, pour les groupes nucléaires, «la volonté est d’imiter d’autres fleurons du secteur énergétique chinois, comme Petrochina ou Huaneng, déjà bien implantés à l’étranger», a expliqué Zhou Xizhou.
Tout en reconnaissant que le caractère sensible du secteur nucléaire, en dépit de standards internationaux «relativement uniformes», pourrait compliquer leur tâche.
Londres avait tenté de répondre aux inquiétudes suscitées par les investissements nucléaires chinois en soulignant qu’ils «étaient les bienvenus, à condition de satisfaire (ses) exigences réglementaires -- qui sont strictes».
A l’inverse, la capacité de la Chine à séduire un pays justement réputé pour sa sévérité réglementaire pourrait aussi jouer en sa faveur, en rassurant ses autres clients potentiels.
(Par AFP)
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