Nouveau gouvernement: Hasard du calendrier ou reprise en main royale?
Le PJD sort affaibli de ce changement de gouvernement, tandis que le RNI n'a jamais paru aussi fort. 6 femmes siègent désormais au gouvernement, une première, tandis que la plupart des nouveaux ministres viennent du monde de l'entreprise et du management.
La composition de la nouvelle équipe gouvernementale réserve des surprises de taille. Avec l’entrée en force de ministres RNI au Benkirane II, le chef du gouvernement doit dorénavant se sentir bien à l’étroit avec ses ministres du parti de la "lampe d'Aladin."
Si le PJD n’est pas complètement minoritaire dans le gouvernement qu’il dirige, il est indéniable que désormais les postes stratégiques lui échappent. Le plus symbolique étant celui du ministère des Affaires étrangères avec la démission d’une figure emblématique du PJD. Pour contenter l’appétit gargantuesque du RNI, M. Benkirane n’a pas hésité à sacrifier l’un des siens, Saad Eddine El Othmani, et a dû élargir son gouvernement qui passe de 31 à 39 ministres.
Des technocrates et des hommes d’affaires font également une entrée remarquée au gouvernement mais le plus intéressant est que 5 femmes font partie du casting final. Avec Mme Hakkaoui, cela fait six ministres femmes, une première. Bassima Hakkaoui, qui n’a cessé de multiplier les bourdes, a bien du souci à se faire pour exister face à des ministres entrantes engagées en faveur d’une vision moderne du Maroc.
La ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social ne représentait pas vraiment la femme marocaine et encore moins la parité au sein du gouvernement précédent.
Le seul ministère d’importance conservé par le PJD est celui de la Justice sous la houlette de Mustapha Ramid, un des faucons du parti majoritaire au parlement.
Deux anciens ministres signent leur grand retour aux affaires : il s’agit de Mohamed Hassad, nouveau ministre de l’Intérieur, et Rachid Belmokhtar qui remplace à l’Education nationale Mohamed El Ouafa. Ce dernier récupère en lot de consolation, le ministère des Affaires générales.
Noureddine Ayouch ne s’était pas trompé invitant ces deux nouveaux ministres pour intervenir au Colloque international de l’éducation (CIE) qui s’est tenu à Casablanca le week-end dernier. Il n’est un secret pour personne que le président de l’agence Shems et initiateur de la fondation Zakoura dit avoir ses entrées au Palais royal.
Visionnaire ou hasard du calendrier, comment donc interpréter le fait que deux ex-ministres présents lors du colloque sur l’éducation, événement très suivi médiatiquement, se retrouvent bombardés quelques jours plus tard ministres, dont l’un justement de l’Education nationale?
Tous les médias se sont perdus en conjectures et ont évoqué plusieurs scénarios quant aux ministrables mais ils n’ont jamais imaginé et encore moins évoqué la possible entrée en lice de MM. Belmokhtar ou Hassad dans ce nouveau gouvernement.
Si ces derniers n’ont pas été nommés sur la base de leur seul constat d’échec de la politique de l’EN au cours du CIE, il est tout de même probable que le Roi a dû avoir vent de leur intervention. Les conseillers présents lors de ce colloque, Omar Azziman et Fouad Ali El Himma, ont dû répercuter leurs propositions pour résoudre un chantier qui ne cesse d’empoisonner la vie politique et surtout le quotidien des Marocains face à l’avenir de leurs enfants.
L’ancien président du patronat Moulay Hafid Elalamy, ministre entrant du Commerce, de l’Industrie, de l’Investissement et de l’Economie numérique affirme sur son compte twitter, que la feuille de route a été tracée par le souverain pour faire accéder le pays à l’émergence.
Le choix des mots dans l’arène politique n’est jamais innocent pour peu que l’on sache décrypter les messages en question. Emerger est synonyme de se réveiller, le pas peut donc être aisément franchi pour interpréter cette phrase comme un aveu d’échec du gouvernement sortant.
En effet, cela revient à dire que le Roi a décidé de reprendre les choses en main après avoir laissé libre cours au précédent gouvernement qui par conséquent maintenait le pays en immersion.
Quant à Salaheddine Mezouar, nouveau ministre des Affaires étrangères, l’histoire lui aura finalement donné raison de jouer (la course contre) la montre car il est le grand vainqueur et même par KO de ce bras de fer avec le chef du PJD.
Face à l’aggravation de son déficit et au chômage endémique des jeunes, et des moins jeunes, espérons que le vrai gagnant de cette partie de poker menteur qui s’est éternisé sera le Maroc.
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