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Reportage. A Tanger, avec les Espagnols qui fuient le chômage

La poussée de l'immigration espagnole au Maroc, fuyant le chômage, est-elle une fable ou une réalité? Médias 24 est allé sur le terrain, dans le nord du Royaume, à la rencontre de ces nouveaux immigrés.  

Reportage. A Tanger, avec les Espagnols qui fuient le chômage

Le 25 juin 2013 à 18h15

Modifié 25 juin 2013 à 18h15

La poussée de l'immigration espagnole au Maroc, fuyant le chômage, est-elle une fable ou une réalité? Médias 24 est allé sur le terrain, dans le nord du Royaume, à la rencontre de ces nouveaux immigrés.  

Tanger n’est pas ville à s’étonner d’entendre parler espagnol dans ses rues ou dans les allées du marché populaire du Socco. Ici, on trouve une chambre de commerce espagnole, un consulat général, une école et un lycée, une Casa de Espana, deux églises et un hôpital espagnol qui fait office de maison de retraite pour les mamies et les papys du Nord.
Mais même pour une ville habituée à une forte présence espagnole celle-ci est devenue encore plus importante au cours de ces derniers mois.
Les anciens et les nouveaux Espagnols de Tanger se retrouvent ainsi le dimanche et parfois le samedi à l’église de l’avenue Hassan II avec son clocher visible depuis le car-ferry lorsque l’on vient de Tarifa … Après l’église, certains se retrouvent à la Casa de Espana ou dans à la terrasse d’un balnéaire de la plage. Ici, l’Espagne est à 1 heure de Tarifa ou 2 heures d’Algéciras.
Pour l’avion, un Tanger-Madrid, c’est comme faire un Tanger- Casablanca : 50 minutes de vol.

C’est ainsi que José dirige son unité d’usinage de pièces métalliques créée il y a un an à la zone franche du lundi au vendredi. A midi ce jour-là, il ne lui reste plus qu’à faire 3 kilomètres pour se retrouver au comptoir d’embarquement d’Ibéria pour prendre l’avion pour la capitale espagnole où sa femme et sa fille vivent toujours. «J’espère qu’elles viendront cet été pour s’installer à Tanger, souhaite-t-il. Ici l’ambiance est bonne, l’école espagnole à de bonne réputation et il y a du travail».
C’est pour cela notamment que Sarah, 24 ans, officie depuis la fin de l’été 2012 dans un centre d’appel. «Je ne travaillais pas depuis presque 2 ans, indique-t-elle avec son accent andalou. Lorsque j’ai su que Tanger abritait plusieurs centres d’appel qui travaillent en espagnol, je n’ai pas hésité. Quoique je gagne, ici est mieux que Séville, car du travail il n’y en a pas là-bas ! ».

Plus de la moitié des jeunes Espagnols, plus de 53%, âgés de 18 à 35 ans sont au chômage au pays de Mariano Rajoy. Le taux de chômage espagnol est de 27% et pas une chance d’amélioration jusqu’à fin 2014.


De 3.000 à 15.000 professionnels espagnols en 4 ans


Comme beaucoup de jeunes Espagnols, Sarah a pris son courage a deux mains et elle est partie. Pour elle, direction le Maroc «car c’est à côté et je n’ai aucune envie d’aller me perdre dans l’Allemagne froide. Ici dit-elle, les gens sont humbles et gentils. Ils comprennent très bien notre situation ».        

Sarah gagne un peu plus de 450 euros et son patron est probablement ravi d’avoir une téléopératrice hispanophone dont la langue maternelle est … l’espagnol.
Une certaine qualité de vie marocaine, un niveau de vie relativement bon marché et la proximité à l’Espagne déterminent en grande partie le choix des professionnels ibériques pour le Maroc.

Lorsque, pour les besoins de cet article, nous avons contacté une fiduciaire tangéroise dirigée par un professionnel espagnol, celui-ci me communique la liste de ses clients récents. Un hôtelier et sa famille, deux menuisiers, des loueurs de matériel de construction, un ferronnier, une usine de confection d’articles de sport à la zone franche, deux ingénieurs en électricité qui ont créé leur affaire. Tous sont ici depuis moins de deux ans et plusieurs d’entre eux se rendent à Malaga, Séville ou Madrid 2 à 3 fois par mois.

Certains sont là avec leur famille, d’autres pas. «J’ai choisi de travailler ici en attendant que passe la crise, raconte Eduardo cuisinier de son état. Mais je vis avec un visa de touriste ; je pars en Espagne une semaine par mois. Je continue de cotiser là-bas et je touche un salaire ici en attendant des jours meilleurs».
Selon des chiffres officieux, il y avait moins de 3.000 Espagnols travaillant au Maroc il y a 5 ans. Aujourd’hui le chiffre est estimé à 15.000. Leur nombre a cru au point que le ministère marocain de l’Intérieur s’est vu obligé de publier une circulaire au début du mois de juin pour inviter les ressortissants espagnols et français notamment à régulariser leur situation administrative.

Selon des données officielles espagnoles, le nombre d’Espagnols qui travaillent pour des entreprises espagnoles au Maroc a doublé entre 2010 et 2012 passant d’un peu plus de 1.600 à près de 3.000. Au niveau des sept consulats d’Espagne au Maroc, le nombre d’inscrits est passé de 7.700 à 8.100 sur la même période. Des sources diplomatiques espagnoles estiment à 50.00 le nombre d’Espagnols qui travaillent au Maroc mais qui se satisfont de leur visa de tourisme de 90 jours renouvelables.


Sens inverse


Il est vrai que dans une ville comme Tanger ou encore à Tétouan ou à Asilah, on voit des véhicules avec des plaques d’immatriculation espagnoles et des inscriptions souvent en rapport avec les métiers du bâtiment. Sur cette camionnette Citroën on peut lire que c’est du «yeso», le travail du plâtre ; sur cette Seat que c’est de la «carpinteria», de la menuiserie que fait son propriétaire.
Parmi la communauté espagnole tous les profils du travailleur sont là. La restauration, l’enseignement de la langue espagnole, le bâtiment ou l’architecture sont tous concernés. Ainsi Carlos qui a grandi à Tanger pour ensuite partir étudier en Espagne et travailler. Il est revenu il y a un an. «Je pensais continuer de vivre à Madrid dit-il, mais chaque mois il y avait de moins en moins de travail. Du coup comme ma famille vit ici depuis deux générations, que je parle l’arabe et que je m’y connais en construction, je suis revenu avec une offre de qualité en matière d’étanchéité et d’isolation et je travaille très bien. Je suis chez moi ici».                                                                        

Pendant les années fastes de l’immobilier en Espagne, en 2005, 2006 et 2007, il se construisait plus de 750.000 unités d’habitations par an, plus que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne réunies !

En 2012, il s’est construit moins de 60.000 unités et le stock espagnol en matière de logement est proche de 3 millions d’unités en 2013 ! Aucune reprise dans le secteur n’est attendue avant 2017-2018.
Si au cours de ces 25 dernières années des dizaines de milliers de marocains sont allés travailler et vivre en Espagne pour devenir aujourd’hui, la première communauté étrangère avant les Roumains et les Equatoriens, maintenant les Espagnols viennent tenter de refaire leur vie ici.

Avant l’actuelle vague espagnole sur le Maroc, les travailleurs marocains avaient déjà commencé à quitter l’Espagne et à retourner au Maroc depuis 2009-2010 à un rythme important, jusqu’à 150.000 retours estimés en 2011. La communauté marocaine en Espagne est estimée à 850.000 personnes.
En 2007, le réalisateur de cinéma béninois Sylvestre Amoussou avait réalisé le film Africa Paradis. Son thème : «Et si l’immigration changeait de camp …».


 

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