TALIS 2024 : comment les enseignants marocains voient notre école
Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) vient de rendre publique les résultats de l’étude relative à la participation du Maroc à l’enquête internationale sur l’éducation et l’apprentissage (TALIS 2024). Le résultat est une mine d'or d'informations, qui révèle un corps enseignant fier mais confronté à une hétérogénéité des classes que le système peine à accompagner.
L’enquête a offert aux enseignant(tes), éducateurs(trices) et directeurs(trices) d’établissement un espace d’expression pour partager leurs perceptions sur les enjeux clés de l’enseignement et de l’apprentissage, notamment en matière de pratiques professionnelles, de conditions de travail ainsi que de pratiques pédagogiques au sein des classes et de développement professionnel.
Pour sa première participation, le Maroc n'a pas fait les choses à moitié. Piloté par l'Instance nationale d'évaluation (INE) auprès du CSEFRS, le pays a doublé l'échantillon nominal, passant de 4.000 à plus de 18.000 répondants, pour couvrir 394 écoles primaires et 398 collèges. Et ce, malgré que le diagnostic intervienne, selon le CSEFRS, dans un contexte de réformes profondes (Vision 2015-2030, Loi-cadre 51-17) et après des chocs majeurs comme le séisme d'Al Haouz.
Profil : une jeunesse qui bouscule les codes
L’enseignant marocain est jeune. L’âge moyen au collège est de 39 ans, contre 45 ans dans l'OCDE.
- Déséquilibre de genre : Si 64% des enseignants du primaire sont des femmes, elles ne sont plus que 46% au collège.
- La rareté des "secondes carrières" : Contrairement à l'OCDE (57%), seulement 26% des enseignants marocains au collège ont eu une expérience professionnelle hors enseignement. Le métier est souvent un choix exclusif et précoce.

L'environnement de classe : le choc de la diversité
Le rapport pointe un défi que peu de pays partagent à ce niveau : le gradient linguistique.
- Barrière de la langue : 68% des enseignants du collège font face à des élèves dont la langue maternelle n'est pas celle de l'enseignement (contre 17% OCDE).
- Hétérogénéité académique : 84% des classes au collège présentent une forte mixité entre élèves très performants et élèves en grande difficulté.
- Pénuries : 49% des collèges manquent d'enseignants qualifiés, et 75% manquent de personnel d'appui.
Pédagogie : le paradoxe de la "structuration" vs "innovation"
Les enseignants marocains sont les champions de la structuration :
- 94% présentent le contenu clairement.
- 90% consolident les acquis après chaque leçon.
- MAIS : Seuls 45% proposent des tâches complexes et 57,5% encouragent la pensée critique.
- Growth Mindset (Mentalité de croissance) : un détail clé apparaît : les enseignants sont plus "optimistes" au collège qu'au primaire. Au primaire, ils sont moins nombreux à croire que l'intelligence d'un élève peut évoluer par l'effort (57% vs 64,5% au collège).

Technologie et intelligence artificielle : une fracture à combler
L'adhésion aux outils numériques est massive (94% y croient), mais la pratique suit mal :
- IA : Seuls 26,5% des enseignants l'utilisent, principalement pour préparer des plans de leçon (71% des utilisateurs).
- Obstacles : 76% citent le manque d'infrastructure comme frein principal.
- Risques : 78% s'inquiètent du plagiat numérique chez les élèves.

Formation : le point de rupture du tutorat
C'est l'un des détails les plus critiques du rapport :
- Secteur privé vs public : dans le privé, 28% des enseignants n'ont qu'une formation disciplinaire (sans pédagogie), contre 18% dans le public.
- Tutorat : seuls 13% des débutants au collège ont un tuteur assigné. C'est l'un des taux les plus bas des pays TALIS, créant un sentiment d'isolement lors de la prise de poste.

Autonomie et leadership : une voix peu entendue
Si 98% des directeurs disent inclure les enseignants dans la gestion, les enseignants, eux, tempèrent. Ils se sentent libres de préparer leurs leçons (77%), mais presque inexistants dans le choix des programmes nationaux ou des budgets (moins de 10%).
Sur la liberté de mouvement en classe, le Maroc est nettement en retrait par rapport à la moyenne TALIS :
- Flexibilité du programme : Seuls 51 % des enseignants au collège s'estiment libres d'adapter le programme officiel (contre 74 % dans l'OCDE). Au primaire, ce chiffre tombe à 44 %.
- Le choix des manuels (point noir) : Le Maroc se classe parmi les derniers du panel. Moins de 30 % des enseignants choisissent leurs supports pédagogiques ou manuels, contre 64 % en moyenne internationale. À peine 6 % au collège participent à la définition des contenus des cours.
Relations professionnelles : la force du collectif
Point positif majeur : la collégialité. 84% au collège et 88% au primaire estiment pouvoir compter sur leurs collègues.
Relation élèves-parents : Le lien avec les parents reste le point faible (seulement 14% de contacts réguliers au collège), bien que 80% des enseignants se sentent respectés par les familles.
Satisfaction et santé : l'alerte sur la pénibilité physique
Le rapport révèle un détail saisissant sur la santé :
- Santé mentale : Le stress émotionnel est géré (8,5% d'impact très négatif).
- Santé physique : 17% déclarent un impact très négatif (double de la moyenne OCDE). La station debout, le bruit et la surcharge de correction pèsent lourdement.
- Salaire : Le gouffre de satisfaction est immense (21% de satisfaits au primaire).

Intentions de départ : 1 enseignant sur 4 veut quitter
Ce n'est plus une menace théorique : 24% des enseignants du collège et 27% du primaire envisagent de quitter le métier dans les 5 ans.
Facteur clé : ce ne sont pas seulement les bas salaires, mais l'intimidation par les élèves (qui multiplie par 3 la probabilité de vouloir partir) et la fatigue de la réforme (68% s'estiment saturés par les changements incessants).

Le rapport TALIS 2024 n'est pas seulement une enquête, c'est un cri d'alarme sur la soutenabilité du métier. L'enseignant marocain compense les failles du système par son engagement personnel, mais la "pénibilité physique" et la "fatigue de la réforme" indiquent que le ressort est tendu au maximum.
Pour réussir l'école de la qualité, le Maroc devra passer d'un leadership administratif à un leadership pédagogique réel, où l'enseignant n'est plus un simple exécutant, mais un concepteur reconnu et soutenu.
Radiographie du préscolaire marocain : un progrès rapide mais des défis persistants (infographies)
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