Yonatan Grad (Harvard): La Covid-19 risque de revenir chaque hiver

Professeur d’immunologie à l’Université de Harvard, Yonatan Grad est considéré dans sa profession comme étant un des meilleurs spécialistes mondiaux en modélisation mathématique de la trajectoire des virus et notamment de la Covid-19 depuis son apparition en Chine. Dans cet entretien avec Medias24, il revient sur les interventions qui devront être entreprises par le Maroc pour limiter sa propagation avant la campagne de vaccination mais n’exclut pas que ce virus y circulera tous les hivers.

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Yonatan Grad (Harvard) : La Covid-19 risque de revenir chaque hiver

Le 16 novembre 2020 à 15:27

Modifié le 16 novembre 2020 à 20:20

- Médias24 : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs marocains ?

- Yonatan Grad: Je suis professeur d'immunologie et de maladies infectieuses à la « Harvard Chan School of Public Health ».

- Que faut-il penser de l'accélération globale des infections au Coronavirus récemment, y compris au Maroc où l'on compte désormais plus de 5.000 cas par jour (~ 25% de taux de positivité) et plus de 70 décès quotidiens ?

- D’un point de vue humain, c'est vraiment tragique qu’il y ait autant de souffrance pour tant de gens.

 - A quoi est due cette accélération et était-ce prévisible ?

- Les vecteurs pathogènes se propagent quand il y a suffisamment de personnes sensibles au développement de cette propagation et par conséquent des opportunités pour elles d'être infectées.

Dans la mesure où les gens continueront d'interagir entre eux sans des gestes barrières simples et efficaces comme se masquer, pratiquer la distanciation, communiquer avec les autres à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur, nous devrons nous attendre à voir les chiffres augmenter.

- La plupart des épidémiologistes prévoient un retour à la « normalité » au second semestre 2021, est-ce toujours d'actualité avec la perspective annoncée de découverte imminente d'un vaccin ?

- Cela dépendra de plusieurs facteurs, dont la rapidité avec laquelle les vaccins pourront être distribués ainsi que de leur efficacité et de leurs effets secondaires, entre autres.

Ceci dit, je pense qu'il y a trop de facteurs qui pourraient influencer ce qui se passera au cours des prochains mois, pour être en mesure de faire des prédictions sur ce qui nous attend.

- Dans l'un de vos articles de mai 2020, vous avez modélisé la dynamique de transmission du Sras-Cov2 pour les 5 prochaines années. Pouvez-vous décrire brièvement vos découvertes à nos lecteurs?

-Pour résumer, ce qui se passe avec le Sras-CoV-2 dépendra, entre autres choses, de la force et de la durée de la protection immunitaire de chaque individu.

Dans cet article, nous avons également exploré l'interaction existante entre l'immunité contre le rhume et celle contre le Sras-CoV-2.

En fonction de ces valeurs mathématiques, nous pouvons voir que le Sras-CoV-2 continuera à circuler chaque hiver dans le monde, avec d'autres virus respiratoires, ou nous pourrions le voir disparaître.

- Est-ce que ces résultats sont toujours pertinents 6 mois plus tard, ou existe-t-il des mises à jour qui favorisent certains scénarios par rapport à d'autres ?

- Absolument, c'est toujours pertinent, car nous avons aussi projeté dans un scénario qui se révèle très similaire à ce qui s’est passé, que nous verrions une forte augmentation de cas à l'automne et à l'hiver.

Bien qu'il y ait eu quelques rapports de cas suggérant une deuxième infection par le Sras-CoV-2, la rareté de ces infections qui se sont répétées suggère un certain degré de protection immunitaire.  

Dans ce cas de figure, le facteur le plus important continue d’être la force et la durée de la protection immunitaire qui résulteraient soit d'une infection naturelle ou alors d'une relation avec le vaccin.

- A ce propos, plusieurs articles ont décrit un déclin rapide des anticorps anti-Sras-Cov2. Sommes-nous incapables de construire une immunité durable contre ce virus comme le suggèrent certains de ces articles?

- Nous ne savons pas s'il y a vraiment une diminution rapide de la protection par rapport aux anticorps.

- Pensez-vous que la saison d'hiver pourra avoir des effets similaires sur la transmission dans les pays occidentaux et africains par exemple ?

- En effet, sachant que durant les hivers, les gens passent plus de temps ensemble dans des zones à ventilation limitée, il y a un risque de propagation accrue, par rapport au temps social à l'extérieur.

En outre, comme il y a des pics de Covid-19 partout dans le monde et que les voyages se poursuivent vers ces pays, il existe également un risque important d'augmentation des importations du virus.

- Selon vous, quelles seraient les meilleures stratégies pour déployer des campagnes de vaccination, et devront-elles différer en fonction de chaque pays et de chaque contexte ?

- Sachant que certains vaccins nécessiteront une réfrigération intensive, le défi le plus important sera celui de la logistique et notamment la création d’une chaîne du froid dans les pays chauds, voire arides.

Pour donner des exemples, celui élaboré par le laboratoire Pfizer devra être conservé à -70°C et utilisé, une fois décongelé ; tandis que le vaccin Moderna nécessitera une température de -4°C.

Ensuite, il y a les questions sur la façon d’optimiser la distribution du vaccin pour réduire les décès et réduire les maladies.

A ce propos, certains principes pourront être similaires dans tous les pays, comme la nécessité d’une première vaccination pour les travailleurs essentiels, incluant par exemple les prestataires de soins de santé, et pour d'autres segments prioritaires en fonction de la démographie de chaque pays.

Tout cela pour dire que la campagne de vaccination posera de grandes difficultés en fonction de chaque pays et selon la logistique existante ou à créer de zéro pour certains…

 

Yonatan Grad (Harvard): La Covid-19 risque de revenir chaque hiver

Le 16 novembre 2020 à15:27

Modifié le 16 novembre 2020 à 20:20

Professeur d’immunologie à l’Université de Harvard, Yonatan Grad est considéré dans sa profession comme étant un des meilleurs spécialistes mondiaux en modélisation mathématique de la trajectoire des virus et notamment de la Covid-19 depuis son apparition en Chine. Dans cet entretien avec Medias24, il revient sur les interventions qui devront être entreprises par le Maroc pour limiter sa propagation avant la campagne de vaccination mais n’exclut pas que ce virus y circulera tous les hivers.

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- Médias24 : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs marocains ?

- Yonatan Grad: Je suis professeur d'immunologie et de maladies infectieuses à la « Harvard Chan School of Public Health ».

- Que faut-il penser de l'accélération globale des infections au Coronavirus récemment, y compris au Maroc où l'on compte désormais plus de 5.000 cas par jour (~ 25% de taux de positivité) et plus de 70 décès quotidiens ?

- D’un point de vue humain, c'est vraiment tragique qu’il y ait autant de souffrance pour tant de gens.

 - A quoi est due cette accélération et était-ce prévisible ?

- Les vecteurs pathogènes se propagent quand il y a suffisamment de personnes sensibles au développement de cette propagation et par conséquent des opportunités pour elles d'être infectées.

Dans la mesure où les gens continueront d'interagir entre eux sans des gestes barrières simples et efficaces comme se masquer, pratiquer la distanciation, communiquer avec les autres à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur, nous devrons nous attendre à voir les chiffres augmenter.

- La plupart des épidémiologistes prévoient un retour à la « normalité » au second semestre 2021, est-ce toujours d'actualité avec la perspective annoncée de découverte imminente d'un vaccin ?

- Cela dépendra de plusieurs facteurs, dont la rapidité avec laquelle les vaccins pourront être distribués ainsi que de leur efficacité et de leurs effets secondaires, entre autres.

Ceci dit, je pense qu'il y a trop de facteurs qui pourraient influencer ce qui se passera au cours des prochains mois, pour être en mesure de faire des prédictions sur ce qui nous attend.

- Dans l'un de vos articles de mai 2020, vous avez modélisé la dynamique de transmission du Sras-Cov2 pour les 5 prochaines années. Pouvez-vous décrire brièvement vos découvertes à nos lecteurs?

-Pour résumer, ce qui se passe avec le Sras-CoV-2 dépendra, entre autres choses, de la force et de la durée de la protection immunitaire de chaque individu.

Dans cet article, nous avons également exploré l'interaction existante entre l'immunité contre le rhume et celle contre le Sras-CoV-2.

En fonction de ces valeurs mathématiques, nous pouvons voir que le Sras-CoV-2 continuera à circuler chaque hiver dans le monde, avec d'autres virus respiratoires, ou nous pourrions le voir disparaître.

- Est-ce que ces résultats sont toujours pertinents 6 mois plus tard, ou existe-t-il des mises à jour qui favorisent certains scénarios par rapport à d'autres ?

- Absolument, c'est toujours pertinent, car nous avons aussi projeté dans un scénario qui se révèle très similaire à ce qui s’est passé, que nous verrions une forte augmentation de cas à l'automne et à l'hiver.

Bien qu'il y ait eu quelques rapports de cas suggérant une deuxième infection par le Sras-CoV-2, la rareté de ces infections qui se sont répétées suggère un certain degré de protection immunitaire.  

Dans ce cas de figure, le facteur le plus important continue d’être la force et la durée de la protection immunitaire qui résulteraient soit d'une infection naturelle ou alors d'une relation avec le vaccin.

- A ce propos, plusieurs articles ont décrit un déclin rapide des anticorps anti-Sras-Cov2. Sommes-nous incapables de construire une immunité durable contre ce virus comme le suggèrent certains de ces articles?

- Nous ne savons pas s'il y a vraiment une diminution rapide de la protection par rapport aux anticorps.

- Pensez-vous que la saison d'hiver pourra avoir des effets similaires sur la transmission dans les pays occidentaux et africains par exemple ?

- En effet, sachant que durant les hivers, les gens passent plus de temps ensemble dans des zones à ventilation limitée, il y a un risque de propagation accrue, par rapport au temps social à l'extérieur.

En outre, comme il y a des pics de Covid-19 partout dans le monde et que les voyages se poursuivent vers ces pays, il existe également un risque important d'augmentation des importations du virus.

- Selon vous, quelles seraient les meilleures stratégies pour déployer des campagnes de vaccination, et devront-elles différer en fonction de chaque pays et de chaque contexte ?

- Sachant que certains vaccins nécessiteront une réfrigération intensive, le défi le plus important sera celui de la logistique et notamment la création d’une chaîne du froid dans les pays chauds, voire arides.

Pour donner des exemples, celui élaboré par le laboratoire Pfizer devra être conservé à -70°C et utilisé, une fois décongelé ; tandis que le vaccin Moderna nécessitera une température de -4°C.

Ensuite, il y a les questions sur la façon d’optimiser la distribution du vaccin pour réduire les décès et réduire les maladies.

A ce propos, certains principes pourront être similaires dans tous les pays, comme la nécessité d’une première vaccination pour les travailleurs essentiels, incluant par exemple les prestataires de soins de santé, et pour d'autres segments prioritaires en fonction de la démographie de chaque pays.

Tout cela pour dire que la campagne de vaccination posera de grandes difficultés en fonction de chaque pays et selon la logistique existante ou à créer de zéro pour certains…

 

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