Transformation digitale: le Maroc sur la bonne voie, la réglementation à la traîne

L’Institut CDG a organisé, mardi 15 septembre, un webinaire dédié à la transformation digitale de l’entreprise. Voici ses principales conclusions.

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Le 16 septembre 2020 à 11:30

Modifié le 16 septembre 2020 à 17:30

Ce webinaire a connu la participation de prestigieux intervenants. Il s’agit de Saloua Karkri Belkeziz, présidente de GFI Afrique, Hicham Iraqi Houssaini, DG Afrique francophone Microsoft, Salah Baina, facilitateur de transformation, enseignant et chercheur, Mehdi Kettani, CEO chez la société DXC, et Aalya Ghouli, directrice du pôle stratégie, innovation, digital et marketing à la BMCI, groupe BNP Paribas.

L’ensemble de ces participants s’accordent à dire que le Maroc a fait un grand pas dans le digital, notamment grâce à la crise du Covid-19. En fait, les dirigeants, administrations publiques, PME et employés… n’ont pas eu le choix que de s’adapter, et vite.

Deuxième constat important, c’est la lenteur dans la mise en place de réglementations pour accélérer la digitalisation. Les intervenants appellent ainsi les membres du Parlement à profiter de l’état d’urgence sanitaire décrété pour adopter les lois les plus importantes dans ce sens.

Qu’est-ce que la transformation digitale?

Aujourd’hui, le numérique est omniprésent, aussi bien dans le process interne de l’entreprise, qu’au niveau des collaborations et de son modèle économique. Le digital s’installe au cœur des activités de l’entreprise et lui offre la possibilité de créer de nouveaux produits et services et de raccourcir les délais de commercialisation.

La transformation digitale devient à présent un enjeu majeur pour l’entreprise, car elle lui permet d’être plus compétitive au niveau local mais aussi à l’échelle internationale.

Pour définir ce concept, Salah Baina évoque trois principaux piliers: la technologique, la data et l’innovation. "C’est comment faire des innovations en utilisant la technologie, avec une ressource qui, depuis 20 ans, s’impose comme étant celle qui a le plus de valeur".

Mme Belkeziz la définit comme étant "la transformation de process et d’organisation, qui s’appuie sur les outils digitaux, à la recherche de compétitivité pour s’améliorer".

Pour M. Houssaini, "les gens ont parfois tendance à confondre la transformation digitale avec l’automatisation. Dans la transformation digitale il y a trois niveaux. Le premier est la digitisation, et c’est l’automatisation des processus, accompagnée de la culture du paperless (élimination du papier). Le second est la digitalisation et c’est le fait de revoir profondément des process métiers pour générer de nouvelles sources de revenus. Le troisième niveau, c’est la transformation digitale, où l’on va considérer l’entreprise dans sa totalité et intégrer les fondamentaux de cette transformation dans l’entreprise en touchant profondément sa culture et son capital humain".

Kettani ajoute de son côté que "le digital impacte les entreprises dans leur façon de commercer avec le client, dans leurs produits et leurs processus mais aussi dans leur gestion propre. La transformation digitale c’est donc aussi une transformation des produits, des services, des process et des outils de gestion. Ce n’est pas seulement de l’informatisation ou du paperless, c’est bien plus compliqué que cela".

"C’est aussi l’amélioration des processus pour mettre le client au centre de nos préoccupations. Le digital permet aujourd’hui de mieux interagir avec le client en lui offrant un parcours beaucoup plus fluide et qui répond aux nouvelles contraintes", souligne pour sa part Mme. Ghouli.  

Les entreprises marocaines sont-elles prêtes pour cette transition?

"Plusieurs études qui datent de fin 2019 et début 2020 montrent qu’il y a une appétence par rapport au digital. Les entreprises ont pris conscience de l’importance de la digitalisation et de la numérisation, et l’intérêt du top management est également présent", ajoute la directrice du pôle stratégie à la BMCI. Selon elle, les entreprises marocaines sont engagées dans le processus digital, qui est évolutif. Elles doivent donc faire preuve d’une certaine agilité et adaptation.

Qu’en est-il du marché bancaire marocain? "Le secteur a connu une évolution très accélérée, grâce aux nombreuses réglementations au niveau international, la digitalisation du paiement, et les initiatives soutenues par Bank Al Maghrib, etc. Le secteur est en train de revoir son business model, pour aller sur des choses beaucoup plus digitalisées".

Par ailleurs, "des études récentes ont également montré que la quasi-totalité des ménages marocains sont équipés d’au moins un mobile, et que la majorité dispose d’une connexion internet. Il y a donc un certain nombre de facteurs qui ont favorisé la transformation digitale dans le secteur bancaire, et le Covid a accéléré ce besoin" poursuit Mme Ghouli.

Des obstacles et des risques

Les risques de la transformation digitale sont nombreux. M. Houssaini en cite deux qui sont importants. Il s’agit de la dépendance vis-à-vis de la technologie, notamment dans la gestion de l’entreprise et la cybersécurité.  

Quant aux obstacles, Mme Belkeziz évoque principalement le retard au niveau du projet Maroc Digital. "Tout le monde est conscient du rôle du digital, au niveau des administrations publiques, du e-commerce et dans bien d’autres secteurs ; mais il y a un retard important au niveau du projet Maroc digital, malgré la mise en place de nombreuses stratégies". 

"Aujourd'hui, la survie d’une PME dépend de sa capacité à mener des projets de transformation digitale, mais pour ce faire, celle-ci a besoin d’être accompagnée par différentes fédérations, par l’Etat ou la CGEM", souligne-t-elle, notant que "l’Apebi a déjà fait des propositions concrètes sur ce plan. Par exemple, la PME peut utiliser des solutions cloud, financées par Maroc PME, au lieu d’investir dans les logiciels et du matériel. Elle peut également bénéficier d’un accompagnement pour la formation de l’ensemble des salariés pour passer au digital, etc. Il s’agit d’un ensemble de mesures qui permettraient aux PME d’être plus compétitives, vu la concurrence et surtout en temps de Covid".

L’ancienne présidente de l’Apebi évoque également les coûts d’investissement, relativement élevés, ainsi que la problématique de la transparence, comme obstacles à la transition vers le digital.

Forte résistance au cloud

Concernant le recours au cloud, le gouvernement et la majorité des entreprises marocaines se montrent encore méfiants. "Je ne comprends pas la résistance aussi bien du gouvernement que de certaines entreprises vis-à-vis du cloud", s’interroge M. Houssaini, ajoutant que "c’est pourtant le seul mécanisme qui va nous permettre d’aller vite".

"On a la chance d’avoir, au Maroc, un écosystème de technologie aussi performant, qu’on peut utiliser pour devenir une digital nation. On a une bonne connectivité, des compétences ainsi que le cloud, qui offre des plateformes accessibles au même niveau qu’à l’international", ajoute-t-il.

"Pour rassurer les entreprises, on peut y mettre 80% des données et épargner les informations vitales".

Mme Belkeziz explique cette méfiance par le fait qu'il s'agit d’un outil peu maîtrisé. "La confiance vis-à-vis de l’informatique doit se travailler. Il y a une socialisation à faire au niveau de l’entreprise. Prenant l’exemple de l’application Wiqaytna qui pourrait ralentir la propagation du virus. Elle est très peu téléchargée parce que les gens pensent qu’ils seront suivis et que leurs données seront piratées, alors qu’ils passent leurs journées à étaler leur vie sur les réseaux. Nous avons donc besoin d’un apprentissage, d’une sensibilisation et que les choses soient vulgarisées".

A quoi ressemblera l’entreprise du futur?

"Ce qui est très puissant dans cette mouvance digitale, c’est que tous les métiers seront impactés, notamment les avocats, courtiers d’assurance, chefs d’entreprises, employés….. Il ne s’agit pas de recruter des gens qui comprennent le digital pour nous accompagner, mais plutôt d’une mise à jour globale de l’organisation et des compétences. L’entreprise du futur n’est rien d’autre qu’un attroupement des collaborateurs du futur", selon M. Baina.

M. Kettani ajoute que "dans l’entreprise du futur, les produits seront eux-mêmes révolutionnés, ainsi que les services. L’entreprise du futur ne ressemblera pas à celle d’aujourd’hui ne serait-ce que parce qu’elle ne vendra plus le même produit ni de la même façon. Le digital va envahir cette partie et fera que l’entreprise soit radicalement différente".

Par ailleurs, "les gens ne seront plus amenés à rester au bureau de 9h à 17h, ou plus tard pour certains. Le travail se fera de chez soi. Ce mode de travail fera en sorte que le corps de l’entreprise change. Le centre de gravité de chaque employé va se déplacer du site de l’entreprise vers chez soi. A l’avenir, les sociétés qui offriront des emplois 100% au bureau auront du mal par rapport à celles qui proposeront du télétravail pour certains jours de la semaine".

"De mon point de vue, l’entreprise du futur c’est d’abord une entreprise qui aura un corps différent par rapport à aujourd’hui, parce que les employés ne seront plus attachés à un lieu, mais à une ouverture de session ou à un login et à un mot de passe", conclut le CEO de DXC.

Le Maroc a-t-il les compétences pour un tel virage?

Oui, répond Mme Belkeziz, "et plusieurs indicateurs montrent que nous avons d’excellentes compétences en RH".

"Tout d’abord, nous avons su développer un secteur de l’offshoring en peu d’années, et on a près de 60.000 personnes très compétentes, qui travaillent pour de grandes entreprises européennes. La migration des Marocains à l’étranger est également due à leur niveau de compétence. En plus de l’agilité et l’innovation dont le Maroc a fait preuve pour la gestion de cette crise".

Les gens n'auront peut-être besoin que de formations pour une reconversion dans le digital. M. Baina estime que "la transformation digitale est une transformation des usages. Je ne suis pas obligé de savoir coder une intelligence artificielle mais plutôt comment l’intégrer dans mon métier. 'Utiliser' est la nouvelle compétence qu’on doit inculquer aux gens. Il y a de grands projets qui ont été créés mais jamais utilisés. Si l’on continue sur ce chemin, on fera des intelligences artificielles mais qui ne seront jamais utilisées ni par les collaborateurs internes ni par les clients".

Autre point important, "il faut fertiliser l’écosystème dans le sens de l’incitation, sinon il n’y aura pas de vrai passage au digital", ajoute cet expert. "Aujourd’hui il faut avoir des champions dans le digital, pour que d’autres entrepreneurs se projettent. Si on montre la réussite, les gens vont suivre".

La réglementation à la traîne

"Aujourd’hui on ne peut plus continuer, pendant une autre année, avec ce mode de travail hybride, entre télétravail et travail à la maison, sans définir les fondements du télétravail, ses règles et comment peut-on le faire en étant en sécurité. Il va falloir changer des choses et vite", déplore M. Kettani.

"De par mon expérience au Parlement, tout ce qui touche à la réglementation et à législation est long au Maroc. Il nous faut un Parlement agile et rapide, ou peut-être digital pour aller plus vite", ajoute Mme Belkziz.   

Transformation digitale: le Maroc sur la bonne voie, la réglementation à la traîne

Le 16 septembre 2020 à11:46

Modifié le 16 septembre 2020 à 17:30

L’Institut CDG a organisé, mardi 15 septembre, un webinaire dédié à la transformation digitale de l’entreprise. Voici ses principales conclusions.

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Ce webinaire a connu la participation de prestigieux intervenants. Il s’agit de Saloua Karkri Belkeziz, présidente de GFI Afrique, Hicham Iraqi Houssaini, DG Afrique francophone Microsoft, Salah Baina, facilitateur de transformation, enseignant et chercheur, Mehdi Kettani, CEO chez la société DXC, et Aalya Ghouli, directrice du pôle stratégie, innovation, digital et marketing à la BMCI, groupe BNP Paribas.

L’ensemble de ces participants s’accordent à dire que le Maroc a fait un grand pas dans le digital, notamment grâce à la crise du Covid-19. En fait, les dirigeants, administrations publiques, PME et employés… n’ont pas eu le choix que de s’adapter, et vite.

Deuxième constat important, c’est la lenteur dans la mise en place de réglementations pour accélérer la digitalisation. Les intervenants appellent ainsi les membres du Parlement à profiter de l’état d’urgence sanitaire décrété pour adopter les lois les plus importantes dans ce sens.

Qu’est-ce que la transformation digitale?

Aujourd’hui, le numérique est omniprésent, aussi bien dans le process interne de l’entreprise, qu’au niveau des collaborations et de son modèle économique. Le digital s’installe au cœur des activités de l’entreprise et lui offre la possibilité de créer de nouveaux produits et services et de raccourcir les délais de commercialisation.

La transformation digitale devient à présent un enjeu majeur pour l’entreprise, car elle lui permet d’être plus compétitive au niveau local mais aussi à l’échelle internationale.

Pour définir ce concept, Salah Baina évoque trois principaux piliers: la technologique, la data et l’innovation. "C’est comment faire des innovations en utilisant la technologie, avec une ressource qui, depuis 20 ans, s’impose comme étant celle qui a le plus de valeur".

Mme Belkeziz la définit comme étant "la transformation de process et d’organisation, qui s’appuie sur les outils digitaux, à la recherche de compétitivité pour s’améliorer".

Pour M. Houssaini, "les gens ont parfois tendance à confondre la transformation digitale avec l’automatisation. Dans la transformation digitale il y a trois niveaux. Le premier est la digitisation, et c’est l’automatisation des processus, accompagnée de la culture du paperless (élimination du papier). Le second est la digitalisation et c’est le fait de revoir profondément des process métiers pour générer de nouvelles sources de revenus. Le troisième niveau, c’est la transformation digitale, où l’on va considérer l’entreprise dans sa totalité et intégrer les fondamentaux de cette transformation dans l’entreprise en touchant profondément sa culture et son capital humain".

Kettani ajoute de son côté que "le digital impacte les entreprises dans leur façon de commercer avec le client, dans leurs produits et leurs processus mais aussi dans leur gestion propre. La transformation digitale c’est donc aussi une transformation des produits, des services, des process et des outils de gestion. Ce n’est pas seulement de l’informatisation ou du paperless, c’est bien plus compliqué que cela".

"C’est aussi l’amélioration des processus pour mettre le client au centre de nos préoccupations. Le digital permet aujourd’hui de mieux interagir avec le client en lui offrant un parcours beaucoup plus fluide et qui répond aux nouvelles contraintes", souligne pour sa part Mme. Ghouli.  

Les entreprises marocaines sont-elles prêtes pour cette transition?

"Plusieurs études qui datent de fin 2019 et début 2020 montrent qu’il y a une appétence par rapport au digital. Les entreprises ont pris conscience de l’importance de la digitalisation et de la numérisation, et l’intérêt du top management est également présent", ajoute la directrice du pôle stratégie à la BMCI. Selon elle, les entreprises marocaines sont engagées dans le processus digital, qui est évolutif. Elles doivent donc faire preuve d’une certaine agilité et adaptation.

Qu’en est-il du marché bancaire marocain? "Le secteur a connu une évolution très accélérée, grâce aux nombreuses réglementations au niveau international, la digitalisation du paiement, et les initiatives soutenues par Bank Al Maghrib, etc. Le secteur est en train de revoir son business model, pour aller sur des choses beaucoup plus digitalisées".

Par ailleurs, "des études récentes ont également montré que la quasi-totalité des ménages marocains sont équipés d’au moins un mobile, et que la majorité dispose d’une connexion internet. Il y a donc un certain nombre de facteurs qui ont favorisé la transformation digitale dans le secteur bancaire, et le Covid a accéléré ce besoin" poursuit Mme Ghouli.

Des obstacles et des risques

Les risques de la transformation digitale sont nombreux. M. Houssaini en cite deux qui sont importants. Il s’agit de la dépendance vis-à-vis de la technologie, notamment dans la gestion de l’entreprise et la cybersécurité.  

Quant aux obstacles, Mme Belkeziz évoque principalement le retard au niveau du projet Maroc Digital. "Tout le monde est conscient du rôle du digital, au niveau des administrations publiques, du e-commerce et dans bien d’autres secteurs ; mais il y a un retard important au niveau du projet Maroc digital, malgré la mise en place de nombreuses stratégies". 

"Aujourd'hui, la survie d’une PME dépend de sa capacité à mener des projets de transformation digitale, mais pour ce faire, celle-ci a besoin d’être accompagnée par différentes fédérations, par l’Etat ou la CGEM", souligne-t-elle, notant que "l’Apebi a déjà fait des propositions concrètes sur ce plan. Par exemple, la PME peut utiliser des solutions cloud, financées par Maroc PME, au lieu d’investir dans les logiciels et du matériel. Elle peut également bénéficier d’un accompagnement pour la formation de l’ensemble des salariés pour passer au digital, etc. Il s’agit d’un ensemble de mesures qui permettraient aux PME d’être plus compétitives, vu la concurrence et surtout en temps de Covid".

L’ancienne présidente de l’Apebi évoque également les coûts d’investissement, relativement élevés, ainsi que la problématique de la transparence, comme obstacles à la transition vers le digital.

Forte résistance au cloud

Concernant le recours au cloud, le gouvernement et la majorité des entreprises marocaines se montrent encore méfiants. "Je ne comprends pas la résistance aussi bien du gouvernement que de certaines entreprises vis-à-vis du cloud", s’interroge M. Houssaini, ajoutant que "c’est pourtant le seul mécanisme qui va nous permettre d’aller vite".

"On a la chance d’avoir, au Maroc, un écosystème de technologie aussi performant, qu’on peut utiliser pour devenir une digital nation. On a une bonne connectivité, des compétences ainsi que le cloud, qui offre des plateformes accessibles au même niveau qu’à l’international", ajoute-t-il.

"Pour rassurer les entreprises, on peut y mettre 80% des données et épargner les informations vitales".

Mme Belkeziz explique cette méfiance par le fait qu'il s'agit d’un outil peu maîtrisé. "La confiance vis-à-vis de l’informatique doit se travailler. Il y a une socialisation à faire au niveau de l’entreprise. Prenant l’exemple de l’application Wiqaytna qui pourrait ralentir la propagation du virus. Elle est très peu téléchargée parce que les gens pensent qu’ils seront suivis et que leurs données seront piratées, alors qu’ils passent leurs journées à étaler leur vie sur les réseaux. Nous avons donc besoin d’un apprentissage, d’une sensibilisation et que les choses soient vulgarisées".

A quoi ressemblera l’entreprise du futur?

"Ce qui est très puissant dans cette mouvance digitale, c’est que tous les métiers seront impactés, notamment les avocats, courtiers d’assurance, chefs d’entreprises, employés….. Il ne s’agit pas de recruter des gens qui comprennent le digital pour nous accompagner, mais plutôt d’une mise à jour globale de l’organisation et des compétences. L’entreprise du futur n’est rien d’autre qu’un attroupement des collaborateurs du futur", selon M. Baina.

M. Kettani ajoute que "dans l’entreprise du futur, les produits seront eux-mêmes révolutionnés, ainsi que les services. L’entreprise du futur ne ressemblera pas à celle d’aujourd’hui ne serait-ce que parce qu’elle ne vendra plus le même produit ni de la même façon. Le digital va envahir cette partie et fera que l’entreprise soit radicalement différente".

Par ailleurs, "les gens ne seront plus amenés à rester au bureau de 9h à 17h, ou plus tard pour certains. Le travail se fera de chez soi. Ce mode de travail fera en sorte que le corps de l’entreprise change. Le centre de gravité de chaque employé va se déplacer du site de l’entreprise vers chez soi. A l’avenir, les sociétés qui offriront des emplois 100% au bureau auront du mal par rapport à celles qui proposeront du télétravail pour certains jours de la semaine".

"De mon point de vue, l’entreprise du futur c’est d’abord une entreprise qui aura un corps différent par rapport à aujourd’hui, parce que les employés ne seront plus attachés à un lieu, mais à une ouverture de session ou à un login et à un mot de passe", conclut le CEO de DXC.

Le Maroc a-t-il les compétences pour un tel virage?

Oui, répond Mme Belkeziz, "et plusieurs indicateurs montrent que nous avons d’excellentes compétences en RH".

"Tout d’abord, nous avons su développer un secteur de l’offshoring en peu d’années, et on a près de 60.000 personnes très compétentes, qui travaillent pour de grandes entreprises européennes. La migration des Marocains à l’étranger est également due à leur niveau de compétence. En plus de l’agilité et l’innovation dont le Maroc a fait preuve pour la gestion de cette crise".

Les gens n'auront peut-être besoin que de formations pour une reconversion dans le digital. M. Baina estime que "la transformation digitale est une transformation des usages. Je ne suis pas obligé de savoir coder une intelligence artificielle mais plutôt comment l’intégrer dans mon métier. 'Utiliser' est la nouvelle compétence qu’on doit inculquer aux gens. Il y a de grands projets qui ont été créés mais jamais utilisés. Si l’on continue sur ce chemin, on fera des intelligences artificielles mais qui ne seront jamais utilisées ni par les collaborateurs internes ni par les clients".

Autre point important, "il faut fertiliser l’écosystème dans le sens de l’incitation, sinon il n’y aura pas de vrai passage au digital", ajoute cet expert. "Aujourd’hui il faut avoir des champions dans le digital, pour que d’autres entrepreneurs se projettent. Si on montre la réussite, les gens vont suivre".

La réglementation à la traîne

"Aujourd’hui on ne peut plus continuer, pendant une autre année, avec ce mode de travail hybride, entre télétravail et travail à la maison, sans définir les fondements du télétravail, ses règles et comment peut-on le faire en étant en sécurité. Il va falloir changer des choses et vite", déplore M. Kettani.

"De par mon expérience au Parlement, tout ce qui touche à la réglementation et à législation est long au Maroc. Il nous faut un Parlement agile et rapide, ou peut-être digital pour aller plus vite", ajoute Mme Belkziz.   

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