Récit. La participation marocaine à la guerre de 1973 racontée par un officier des FAR

Au Moyen-Orient, le mois d'octobre est celui de l'anniversaire de la guerre de 1973 qui a permis de libérer une partie des territoires occupés par Israël en 1967. Retour sur la participation militaire marocaine, marquée par la bravoure au combat et les faits d'armes, à travers le témoignage d'un officier.

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Récit. La participation marocaine à la guerre de 1973 racontée par un officier des FAR Source : Vidéo du Forum FAR-Maroc

Le 14 octobre 2020 à 11:10

Modifié le 15 octobre 2020 à 18:32

Depuis l’indépendance, l’armée marocaine s’est distinguée sur plusieurs fronts étrangers (Katanga au Congo, 2ème guerre du Shaba au Zaïre, événements de Gafsa en Tunisie, guerre Irak-Koweït, Mogadiscio en Somalie, Kosovo…) et parfois dans le cadre des forces onusiennes de maintien de la paix. L'intervention la plus fameuse aura sans doute été celle de la guerre d'octobre 1973 qui, malheureusement, n'est pas assez documentée faute de témoignages. 

La plus importante intervention militaire du Maroc à l’étranger

Si la participation des FAR à ce conflit mérite d’être soulignée, c’est en grande partie en raison de la bravoure des soldats marocains, de leurs faits d'armes et de l’importance du contingent et des matériels de guerre qui ont été déployés en dehors de son territoire.

L’envoi d'un bataillon d’infanterie et d'une unité de blindés totalisant 3500 hommes (soldats et officiers), avait classé les forces marocaines à la 3ème place du podium des contingents arabes après l’Irak et la Jordanie.

Menée le 6 octobre 1973 par l’Egypte et la Syrie pour récupérer la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan, qui avaient été occupés en 1967 par Israël lors de la guerre des 6 jours, l’offensive a été menée par une grande coalition militaire rassemblant le Maroc, l’Irak, la Jordanie, l’Algérie, l’Arabie saoudite, la Tunisie, le Koweït, Cuba et la Corée du Nord, sans compter le soutien logistique apporté par l’URSS.

A l’issue d’une courte guerre de 18 jours qui débouchera le 24 octobre sur la signature d’un accord de cessez-le feu, des pourparlers ont été menés conduisant à la récupération de territoires arabes occupés.

Dirigé par le général Sefrioui assisté du colonel Abdelkader El Allam qui perdra la vie fauché par un obus au phosphore, le contingent national s’était distingué en récupérant une partie du Mont Hermon (Jebel Cheikh) au Golan. Au final, selon plusieurs historiens, les Marocains paieront un des plus lourds tributs de ce conflit en termes de  morts sur les 9.500 soldats tués du côté de la coalition arabe.

"Nous étions au courant de l’attaque plusieurs mois avant son déclenchement"

Médias24 a donné la parole à un précieux témoin qui nous livre le récit chronologique de la participation du contingent marocain, qui restera sans doute comme l’une des plus importantes de toute son histoire militaire sur un terrain d’opérations étranger.

Lieutenant à l'époque, notre interlocuteur révèle que le Maroc, qui avait envoyé en Syrie un bataillon d'infanterie et une division de chars blindés, était informé des préparatifs bien avant le début du conflit.

"Tout a commencé avec le voyage au Maroc du colonel-major syrien Abrach qui était venu visiter plusieurs unités marocaines, dont la mienne, spécialisée en blindés et localisée dans une base d’Agadir.

"Accompagné du colonel Loubaris, avec qui j'avais de bons rapports, l'officier syrien nous a dit à la fin de sa visite que notre unité de blindés avait été choisie pour faire partie du contingent marocain qui partirait dans son pays mais que notre participation se ferait sur la base du volontariat.

"En fait, cette information n'était pas vraiment secrète car tout le monde se doutait de l'imminence d'une guerre de pays arabes contre Israël.

3.500 militaires marocains débarquent au port syrien de Lattaquié

"Sachant qu'il y avait des milliers d'hommes et de lourds équipements de guerre (chars, véhicules blindés ..) à transporter, le voyage dans plusieurs bateaux a duré 4 jours avant l'arrivée au port syrien de Lattaquié.

"Au total, entre la division d'infanterie et celle des blindés, l'effectif de notre contingent était d'environ 3.500 hommes, officiers et soldats.

"Une fois débarqués, nous avons d’abord pris la direction de la capitale Damas avant de nous diriger vers la ligne de front, située à la frontière avec Israël.

"A l’écart des autres armées arabes, nous avons été affectés à une première puis à une deuxième position jusqu'à la veille du 6 octobre, date à laquelle a démarré l'offensive générale.

Plusieurs mois d’entraînement sur place pour s’acclimater au terrain du conflit armé

"Sachant qu'il n'y avait pas de base ou de caserne militaire pour nous accueillir, nous avons investi de très grands espaces à découvert pour planter des tentes censées nous héberger, puis creusé des tranchées pour enterrer à moitié les chars qui devaient être protégés.

"Pendant les 3 mois qui ont précédé l'offensive, nous étions occupés à entretenir aussi bien les milliers d'hommes que les matériels comme les chars. En effet, le commandement faisait en sorte de maintenir en forme nos soldats avec des entraînements physiques et stratégiques.

Le Maroc menace de quitter la Syrie s’il n’est pas en première ligne du front

"Avant le jour J, il y a eu de nombreuses réunions de préparatifs avec une coordination stratégique permanente entre l'état-major syrien et le patron du contingent marocain qui était le général Abdeslam Sefrioui, assisté notamment du colonel Abdelkader El Allam.

"Au départ, les Syriens avait prévu de nous placer derrière la ligne de front, de sorte que nous n'allions pas participer à la l'état-major syrien, mais le général a refusé en les menaçant de quitter leur pays si notre contingent n'était pas placé en première ligne.

Les forces marocaines entrent en action à la 1ère minute du conflit

"Nous avons donc été placés sur la ligne de démarcation et on nous a confié comme mission d'avancer vers le plateau du Golan pour faire en sorte de le récupérer dans son intégralité.

"Dès que l'attaque a démarré à 14 heures, ce fut un véritable festival avec la participation de tous nos avions et de nos parachutistes, sans parler du déluge de feu qui s’abattait de tous les côtés.

"L'artillerie, l'aviation et les blindés sont passés à l’action en même temps à proximité du plateau du Golan qui avait été occupé en 1967 par l'armée israélienne lors de la guerre des 6 jours.

"Entre le premier jour de l'attaque et la fin du conflit, nous avons pu dans un premier temps avancer, mais comme nous avions eu des renseignements erronés, nous avons été stoppés.

Des missiles français stoppent l’avancée des troupes marocaines

"En effet, notre unité devait avancer jusqu'au lac de Tibériade pour s’approvisionner en carburant et en munitions, mais dès que nous avons franchi la frontière, nous avons été pris sous un déluge de missiles SS11 antichar de fabrication française.

"Redoutables, ils ont fait énormément de dégâts à nos troupes stoppées net dans leur avance".

Les pilotes israéliens étaient en réalité des Américains

A la question de savoir si l'armement des Marocains faisait le poids par rapport à celui des Israéliens, le colonel reconnaît un déséquilibre des forces en présence, en l’expliquant par l’énorme approvisionnement et surtout par l’aide en ressources humaines de leur protecteur américain.

"En effet, dès le début de la guerre, on s'est aperçu que la flotte d'avions de chasse qui nous survolait n'était absolument pas israélienne mais constituée en grande partie de pilotes américains.

"Pour les connaisseurs, dont les Marocains, du fait qu’ils ont été formés en majorité aux États-Unis, leur manière d'éviter les missiles était typique des Américains.

"Il était aussi de notoriété publique que des engins de guerre avaient été déposés pratiquement derrière la ligne de front par un pont aérien organisé par l'armée américaine".

Pas de support soviétique sur le territoire syrien

Questionné sur une éventuelle aide en pilotes ou instructeurs issus de l'URSS dont l'Égypte et la Syrie étaient à l’époque très proches, l'ancien officier affirme qu’il n’en a rencontré aucun dans son camp.

"Je ne sais pas s’il y en avait ailleurs mais l'armée égyptienne a été admirable en termes de combat.

"Elle a en effet détruit, puis pris en seulement quelques jours, la ligne de défense Bar-Lev qui était pourtant réputée imprenable comme l’était la ligne française Maginot durant la 2ème guerre mondiale".

Des défections syriennes de chars qui ont fait beaucoup de mal aux soldats marocains

Concernant les accusations de plusieurs historiens sur des désertions syriennes sur le front occupé ensemble, laissant les Marocains se faire encercler par les Israéliens, l’officier de blindés confirme que c'est une réalité mais qu'il est inutile d'en parler pour des raisons diplomatiques.

"En effet, à partir du 11 octobre, soit 5 jours après le début du conflit, on s'est aperçu que quelque chose clochait quand on a commencé à voir devant nous des chars syriens qui rebroussaient chemin.

"Face à nos interrogations sur ces mouvements suspects de nos propres alliés, le colonel qui commandait les blindés pensait alors sincèrement qu’il s'agissait de replis stratégiques momentanés.

"Avec le recul, nous nous sommes rendus compte que cette manœuvre inexpliquée nous a fait beaucoup de tort et de trop nombreuses victimes.

Les Marocains ont conquis le mont Hermon jugé imprenable pendant 2 jours

"Malgré cela, au début du conflit, nos unités ont quand même réussi à récupérer le Mont Hermon que les Syriens ont finalement perdu très rapidement à l'issue d’une contre-offensive israélienne.

"Nous avons également pu momentanément prendre d'autres positions dans la province frontalière avec Israël de Kuneitra qui a, à son tour, été reprise quelques jours plus tard par l’armée israélienne.

"Au Mont Hermon, plus connu sous le nom de Jabal El Shaykh, situé dans le gouvernorat de Kuneitra, les combats au corps-à-corps ont été nombreux pour garder les positions de cet endroit stratégique.

"Sachant que c’était un observatoire militaire israélien enterré de plusieurs étages et que ses niveaux supérieurs n'avaient jamais été pris, les Marocains ont réussi à les conquérir, mais deux jours après, l'armée israélienne a pu nous déloger avant de les reprendre.

Le cessez-le-feu entraîne un statu quo sans vainqueurs ni vaincus

"Je me souviens très bien du moment où l'on nous a annoncé la signature imminente d'un accord de cessez-le-feu. Les instructions de notre état-major de ne plus bouger ont donc entraîné le gel de toutes les positions prises par les uns ou les autres.

"A ce moment-là, nous n’étions ni vainqueurs ni vaincus mais plutôt dans un statu quo réciproque.

"Si nous avions une position que nous avons réussi à garder, l'arrivée imminente de l'hiver qui s'annonçait très rude avec des mètres de neige a fait que tout était gelé au sens propre et figuré.

La violation du cessez-le-feu fait un blessé grave du côté marocain

"Une fois le cessez-le-feu signé le 25 octobre, le contingent marocain s’est replié sur une base militaire située à quelques kilomètres de Damas mais de temps en temps, nous nous prenions des échanges d'artillerie au-dessus de nos têtes de la part des artilleries israélienne et syrienne.

"Heureusement, nous n'avons pas eu de morts mais il y a eu plusieurs blessés dont un officier qui a perdu un œil et qui à son retour a été pris en charge par les médecins de SM le défunt Roi Hassan II.

Au départ, les Syriens pensaient que le contingent était venu soutenir le régime Hafez El Assad

"Avant d'être rapatriés dans notre pays, nous avons dû patienter plusieurs mois dans la base proche de Damas.

"A ce propos, tous les Marocains du contingent se rappelleront sans doute de l'accueil les Syriens.

"Au début, ces derniers pensaient à tort que nous faisions partie de la même branche qui gouverne leur pays à travers la famille Al Assad.

"Ce n'est que pendant la guerre qu'ils ont découvert que les Marocains n'étaient pas présents pour supporter le régime mais plutôt pour se battre contre l'occupant israélien. A partir de là, dès qu'ils nous croisaient quelque part, au restaurant par exemple, ils ne nous laissaient pas du tout payer.

"Nous avions systématiquement droit à des embrassades, à des plats cuisinés et à des attentions incroyables qui font qu’au jour d'aujourd'hui, j'en garde un souvenir très ému.

Une marée humaine en guise de haie d’honneur pour accompagner les militaires marocains jusqu’à leur embarquement au port de Lattaquié

"Après nous avoir annoncé que nous allions quitter notre base et partir au port de Lattaquié pour rentrer dans plusieurs bateaux au Maroc, les autorités syriennes nous ont demandé, la veille, au soir de notre départ, d'organiser un défilé sur la route du port qui était distant de 11 kilomètres.

"Nous pensions qu'il n'y aurait pas grand monde mais nous nous trompions lourdement car dès que nous sommes sortis de la base, il y a eu une marée humaine jusqu'au port qui nous prenait sur les épaules et nous embrassait pour nous empêcher de monter dans les bateaux.

"A l'issue de cette cérémonie qui a fait pleurer beaucoup de gens de part et d’autre, nous avons embarqué pour Tanger avant de prendre le train pour Rabat, et après les permissions dont nous n'avons pas vraiment profité, certains ont rejoint leur unité d'origine et d'autres ont été affectés dans le Sud.

Une expérience très instructive pour le conflit du Sahara

"Au final, l'expérience du combat en Syrie nous a beaucoup appris surtout à ceux qui comme moi seront par la suite impliqués dans les combats avec le polisario qui auront lieu après la Marche Verte.

"Pour certains, cette guerre a montré que l'armée israélienne n'était pas imbattable mais si elle a su réagir rapidement après avoir été surprise, sa résilience s'explique surtout par le fait qu’en réalité Israël n’était que le 51ème Etat des États-Unis d'Amérique", conclut l’officier qui tient à ajouter que contrairement aux autres armées arabes, les militaires marocains considèrent les soldats israéliens comme des adversaires et pas comme des ennemis haïssables …

Source : Vidéo du Forum FAR-Maroc

Récit. La participation marocaine à la guerre de 1973 racontée par un officier des FAR

Le 14 octobre 2020 à11:10

Modifié le 15 octobre 2020 à 18:32

Au Moyen-Orient, le mois d'octobre est celui de l'anniversaire de la guerre de 1973 qui a permis de libérer une partie des territoires occupés par Israël en 1967. Retour sur la participation militaire marocaine, marquée par la bravoure au combat et les faits d'armes, à travers le témoignage d'un officier.

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Depuis l’indépendance, l’armée marocaine s’est distinguée sur plusieurs fronts étrangers (Katanga au Congo, 2ème guerre du Shaba au Zaïre, événements de Gafsa en Tunisie, guerre Irak-Koweït, Mogadiscio en Somalie, Kosovo…) et parfois dans le cadre des forces onusiennes de maintien de la paix. L'intervention la plus fameuse aura sans doute été celle de la guerre d'octobre 1973 qui, malheureusement, n'est pas assez documentée faute de témoignages. 

La plus importante intervention militaire du Maroc à l’étranger

Si la participation des FAR à ce conflit mérite d’être soulignée, c’est en grande partie en raison de la bravoure des soldats marocains, de leurs faits d'armes et de l’importance du contingent et des matériels de guerre qui ont été déployés en dehors de son territoire.

L’envoi d'un bataillon d’infanterie et d'une unité de blindés totalisant 3500 hommes (soldats et officiers), avait classé les forces marocaines à la 3ème place du podium des contingents arabes après l’Irak et la Jordanie.

Menée le 6 octobre 1973 par l’Egypte et la Syrie pour récupérer la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan, qui avaient été occupés en 1967 par Israël lors de la guerre des 6 jours, l’offensive a été menée par une grande coalition militaire rassemblant le Maroc, l’Irak, la Jordanie, l’Algérie, l’Arabie saoudite, la Tunisie, le Koweït, Cuba et la Corée du Nord, sans compter le soutien logistique apporté par l’URSS.

A l’issue d’une courte guerre de 18 jours qui débouchera le 24 octobre sur la signature d’un accord de cessez-le feu, des pourparlers ont été menés conduisant à la récupération de territoires arabes occupés.

Dirigé par le général Sefrioui assisté du colonel Abdelkader El Allam qui perdra la vie fauché par un obus au phosphore, le contingent national s’était distingué en récupérant une partie du Mont Hermon (Jebel Cheikh) au Golan. Au final, selon plusieurs historiens, les Marocains paieront un des plus lourds tributs de ce conflit en termes de  morts sur les 9.500 soldats tués du côté de la coalition arabe.

"Nous étions au courant de l’attaque plusieurs mois avant son déclenchement"

Médias24 a donné la parole à un précieux témoin qui nous livre le récit chronologique de la participation du contingent marocain, qui restera sans doute comme l’une des plus importantes de toute son histoire militaire sur un terrain d’opérations étranger.

Lieutenant à l'époque, notre interlocuteur révèle que le Maroc, qui avait envoyé en Syrie un bataillon d'infanterie et une division de chars blindés, était informé des préparatifs bien avant le début du conflit.

"Tout a commencé avec le voyage au Maroc du colonel-major syrien Abrach qui était venu visiter plusieurs unités marocaines, dont la mienne, spécialisée en blindés et localisée dans une base d’Agadir.

"Accompagné du colonel Loubaris, avec qui j'avais de bons rapports, l'officier syrien nous a dit à la fin de sa visite que notre unité de blindés avait été choisie pour faire partie du contingent marocain qui partirait dans son pays mais que notre participation se ferait sur la base du volontariat.

"En fait, cette information n'était pas vraiment secrète car tout le monde se doutait de l'imminence d'une guerre de pays arabes contre Israël.

3.500 militaires marocains débarquent au port syrien de Lattaquié

"Sachant qu'il y avait des milliers d'hommes et de lourds équipements de guerre (chars, véhicules blindés ..) à transporter, le voyage dans plusieurs bateaux a duré 4 jours avant l'arrivée au port syrien de Lattaquié.

"Au total, entre la division d'infanterie et celle des blindés, l'effectif de notre contingent était d'environ 3.500 hommes, officiers et soldats.

"Une fois débarqués, nous avons d’abord pris la direction de la capitale Damas avant de nous diriger vers la ligne de front, située à la frontière avec Israël.

"A l’écart des autres armées arabes, nous avons été affectés à une première puis à une deuxième position jusqu'à la veille du 6 octobre, date à laquelle a démarré l'offensive générale.

Plusieurs mois d’entraînement sur place pour s’acclimater au terrain du conflit armé

"Sachant qu'il n'y avait pas de base ou de caserne militaire pour nous accueillir, nous avons investi de très grands espaces à découvert pour planter des tentes censées nous héberger, puis creusé des tranchées pour enterrer à moitié les chars qui devaient être protégés.

"Pendant les 3 mois qui ont précédé l'offensive, nous étions occupés à entretenir aussi bien les milliers d'hommes que les matériels comme les chars. En effet, le commandement faisait en sorte de maintenir en forme nos soldats avec des entraînements physiques et stratégiques.

Le Maroc menace de quitter la Syrie s’il n’est pas en première ligne du front

"Avant le jour J, il y a eu de nombreuses réunions de préparatifs avec une coordination stratégique permanente entre l'état-major syrien et le patron du contingent marocain qui était le général Abdeslam Sefrioui, assisté notamment du colonel Abdelkader El Allam.

"Au départ, les Syriens avait prévu de nous placer derrière la ligne de front, de sorte que nous n'allions pas participer à la l'état-major syrien, mais le général a refusé en les menaçant de quitter leur pays si notre contingent n'était pas placé en première ligne.

Les forces marocaines entrent en action à la 1ère minute du conflit

"Nous avons donc été placés sur la ligne de démarcation et on nous a confié comme mission d'avancer vers le plateau du Golan pour faire en sorte de le récupérer dans son intégralité.

"Dès que l'attaque a démarré à 14 heures, ce fut un véritable festival avec la participation de tous nos avions et de nos parachutistes, sans parler du déluge de feu qui s’abattait de tous les côtés.

"L'artillerie, l'aviation et les blindés sont passés à l’action en même temps à proximité du plateau du Golan qui avait été occupé en 1967 par l'armée israélienne lors de la guerre des 6 jours.

"Entre le premier jour de l'attaque et la fin du conflit, nous avons pu dans un premier temps avancer, mais comme nous avions eu des renseignements erronés, nous avons été stoppés.

Des missiles français stoppent l’avancée des troupes marocaines

"En effet, notre unité devait avancer jusqu'au lac de Tibériade pour s’approvisionner en carburant et en munitions, mais dès que nous avons franchi la frontière, nous avons été pris sous un déluge de missiles SS11 antichar de fabrication française.

"Redoutables, ils ont fait énormément de dégâts à nos troupes stoppées net dans leur avance".

Les pilotes israéliens étaient en réalité des Américains

A la question de savoir si l'armement des Marocains faisait le poids par rapport à celui des Israéliens, le colonel reconnaît un déséquilibre des forces en présence, en l’expliquant par l’énorme approvisionnement et surtout par l’aide en ressources humaines de leur protecteur américain.

"En effet, dès le début de la guerre, on s'est aperçu que la flotte d'avions de chasse qui nous survolait n'était absolument pas israélienne mais constituée en grande partie de pilotes américains.

"Pour les connaisseurs, dont les Marocains, du fait qu’ils ont été formés en majorité aux États-Unis, leur manière d'éviter les missiles était typique des Américains.

"Il était aussi de notoriété publique que des engins de guerre avaient été déposés pratiquement derrière la ligne de front par un pont aérien organisé par l'armée américaine".

Pas de support soviétique sur le territoire syrien

Questionné sur une éventuelle aide en pilotes ou instructeurs issus de l'URSS dont l'Égypte et la Syrie étaient à l’époque très proches, l'ancien officier affirme qu’il n’en a rencontré aucun dans son camp.

"Je ne sais pas s’il y en avait ailleurs mais l'armée égyptienne a été admirable en termes de combat.

"Elle a en effet détruit, puis pris en seulement quelques jours, la ligne de défense Bar-Lev qui était pourtant réputée imprenable comme l’était la ligne française Maginot durant la 2ème guerre mondiale".

Des défections syriennes de chars qui ont fait beaucoup de mal aux soldats marocains

Concernant les accusations de plusieurs historiens sur des désertions syriennes sur le front occupé ensemble, laissant les Marocains se faire encercler par les Israéliens, l’officier de blindés confirme que c'est une réalité mais qu'il est inutile d'en parler pour des raisons diplomatiques.

"En effet, à partir du 11 octobre, soit 5 jours après le début du conflit, on s'est aperçu que quelque chose clochait quand on a commencé à voir devant nous des chars syriens qui rebroussaient chemin.

"Face à nos interrogations sur ces mouvements suspects de nos propres alliés, le colonel qui commandait les blindés pensait alors sincèrement qu’il s'agissait de replis stratégiques momentanés.

"Avec le recul, nous nous sommes rendus compte que cette manœuvre inexpliquée nous a fait beaucoup de tort et de trop nombreuses victimes.

Les Marocains ont conquis le mont Hermon jugé imprenable pendant 2 jours

"Malgré cela, au début du conflit, nos unités ont quand même réussi à récupérer le Mont Hermon que les Syriens ont finalement perdu très rapidement à l'issue d’une contre-offensive israélienne.

"Nous avons également pu momentanément prendre d'autres positions dans la province frontalière avec Israël de Kuneitra qui a, à son tour, été reprise quelques jours plus tard par l’armée israélienne.

"Au Mont Hermon, plus connu sous le nom de Jabal El Shaykh, situé dans le gouvernorat de Kuneitra, les combats au corps-à-corps ont été nombreux pour garder les positions de cet endroit stratégique.

"Sachant que c’était un observatoire militaire israélien enterré de plusieurs étages et que ses niveaux supérieurs n'avaient jamais été pris, les Marocains ont réussi à les conquérir, mais deux jours après, l'armée israélienne a pu nous déloger avant de les reprendre.

Le cessez-le-feu entraîne un statu quo sans vainqueurs ni vaincus

"Je me souviens très bien du moment où l'on nous a annoncé la signature imminente d'un accord de cessez-le-feu. Les instructions de notre état-major de ne plus bouger ont donc entraîné le gel de toutes les positions prises par les uns ou les autres.

"A ce moment-là, nous n’étions ni vainqueurs ni vaincus mais plutôt dans un statu quo réciproque.

"Si nous avions une position que nous avons réussi à garder, l'arrivée imminente de l'hiver qui s'annonçait très rude avec des mètres de neige a fait que tout était gelé au sens propre et figuré.

La violation du cessez-le-feu fait un blessé grave du côté marocain

"Une fois le cessez-le-feu signé le 25 octobre, le contingent marocain s’est replié sur une base militaire située à quelques kilomètres de Damas mais de temps en temps, nous nous prenions des échanges d'artillerie au-dessus de nos têtes de la part des artilleries israélienne et syrienne.

"Heureusement, nous n'avons pas eu de morts mais il y a eu plusieurs blessés dont un officier qui a perdu un œil et qui à son retour a été pris en charge par les médecins de SM le défunt Roi Hassan II.

Au départ, les Syriens pensaient que le contingent était venu soutenir le régime Hafez El Assad

"Avant d'être rapatriés dans notre pays, nous avons dû patienter plusieurs mois dans la base proche de Damas.

"A ce propos, tous les Marocains du contingent se rappelleront sans doute de l'accueil les Syriens.

"Au début, ces derniers pensaient à tort que nous faisions partie de la même branche qui gouverne leur pays à travers la famille Al Assad.

"Ce n'est que pendant la guerre qu'ils ont découvert que les Marocains n'étaient pas présents pour supporter le régime mais plutôt pour se battre contre l'occupant israélien. A partir de là, dès qu'ils nous croisaient quelque part, au restaurant par exemple, ils ne nous laissaient pas du tout payer.

"Nous avions systématiquement droit à des embrassades, à des plats cuisinés et à des attentions incroyables qui font qu’au jour d'aujourd'hui, j'en garde un souvenir très ému.

Une marée humaine en guise de haie d’honneur pour accompagner les militaires marocains jusqu’à leur embarquement au port de Lattaquié

"Après nous avoir annoncé que nous allions quitter notre base et partir au port de Lattaquié pour rentrer dans plusieurs bateaux au Maroc, les autorités syriennes nous ont demandé, la veille, au soir de notre départ, d'organiser un défilé sur la route du port qui était distant de 11 kilomètres.

"Nous pensions qu'il n'y aurait pas grand monde mais nous nous trompions lourdement car dès que nous sommes sortis de la base, il y a eu une marée humaine jusqu'au port qui nous prenait sur les épaules et nous embrassait pour nous empêcher de monter dans les bateaux.

"A l'issue de cette cérémonie qui a fait pleurer beaucoup de gens de part et d’autre, nous avons embarqué pour Tanger avant de prendre le train pour Rabat, et après les permissions dont nous n'avons pas vraiment profité, certains ont rejoint leur unité d'origine et d'autres ont été affectés dans le Sud.

Une expérience très instructive pour le conflit du Sahara

"Au final, l'expérience du combat en Syrie nous a beaucoup appris surtout à ceux qui comme moi seront par la suite impliqués dans les combats avec le polisario qui auront lieu après la Marche Verte.

"Pour certains, cette guerre a montré que l'armée israélienne n'était pas imbattable mais si elle a su réagir rapidement après avoir été surprise, sa résilience s'explique surtout par le fait qu’en réalité Israël n’était que le 51ème Etat des États-Unis d'Amérique", conclut l’officier qui tient à ajouter que contrairement aux autres armées arabes, les militaires marocains considèrent les soldats israéliens comme des adversaires et pas comme des ennemis haïssables …

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