Verbatim. MHE sans langue de bois au Parlement (vidéo)

Confection des masques, obstacles à la distribution, fraudes à la CNSS et réponses aux accusations… Voici les différents volets évoqués par Moulay Hafid Elalamy, lors de la réunion de la commission des finances et du développement économique, en date du 23 avril 2020. 

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Verbatim. MHE sans langue de bois au Parlement (vidéo)

Le 26 avril 2020 à 09:40

Modifié le 26 avril 2020 à 11:16

Moulay Hafid Elalamy a répondu, sans langue de bois, aux questions des membres de la commission des finances et du développement économique, lors d'une réunion en date du jeudi 23 avril, pour examiner le projet de loi n°27.20, édictant des dispositions particulières au fonctionnement des S.A. en période de confinement et en particulier leurs organes de gouvernance.

Voici la retranscription de quelques extraits des propos du ministre de l'Industrie, du commerce et de l'économie verte et numérique.

Je n’ai pas privilégié mes amis dans le choix des usines de production

"Nous avons mis en place des normes pour éliminer les usines qui ne sont pas aptes à fabriquer les masques de protection efficaces. Nous en avons éliminé 2 sur 19. Et nous sommes toujours ouverts à collaborer avec d’autres entreprises si les normes de production sont respectées".

"Par souci de transparence, nous avons publié la liste de toutes les entreprises avec lesquelles nous collaborons. Nous n’avons pas privilégié nos amis. Nous pouvons et voulons travailler avec toute personne qui est apte à fabriquer ces masques. Vous devez savoir que toute personne qui prétend nous avoir contactés pour collaborer avec nous et qui prétend que nous l’avons refusée, ment", rétorque le ministre.

"Le fait de dire que nous avons privilégié nos amis n’a aucun sens. Ce sont des paroles qui résonnent dans le vide".

"Nous n’avons éliminé que ceux qui ne respectent pas les normes de production. Je ne peux pas laisser chacun faire ce qu’il veut et produire ce qu’il veut. La vente de masques non conformes aux normes de qualité mettrait en danger la vie des citoyens".

Nous ne savions même pas que nous étions aptes à fabriquer ces masques

"Cette pandémie ne nous a pas averti 6 mois à l’avance pour nous préparer. Comme le reste du monde, nous étions surpris et nous nous sommes demandés quoi faire. Nous ne savions même pas si nous étions aptes à fabriquer ces masques".

"Jusqu’à hier (22 avril, ndlr), la quantité de masques, fabriqués au Maroc, s’élevait à 81,9 millions, avec près de 22 millions mis à la vente. Désormais, nous fabriquons 6,8 millions de masques par jour. Nous avons aussi amené de nouvelles machines pour renforcer la production", précise-t-il.

"Sur 6,8 millions de masques par jour, il y a bien une marge d’erreur. Il y eu un problème au niveau de la qualité, mais ce n’est plus le cas désormais, car il y a eu une amélioration. Notamment grâce à une entreprise spécialisée dans ce domaine qui a été choisie, pour participer au contrôle. La qualité commence donc à s’améliorer", déclare le ministre.

Masques lavables et réutilisables: 1 million par jour dans une semaine

"Quant aux masques en tissus, c’est-à-dire ceux qui sont lavables et réutilisables et qui sont également confectionnés au Maroc, il faut savoir que nous allons en produire plus d’un million par jour à partir de la fin de la semaine prochaine. Aujourd’hui, nous disposons de 3 usines qui confectionnent le tissu utilisé pour la fabrication de ces masques. Et la matière est disponible au Maroc, au point que nous en exportons vers l’étranger".

"Une usine en produit 40 tonnes par jour, alors que sur le plan local nous n’avons besoin que de 8 tonnes. Tout le reste est un excédent que nous pouvons exporter", précise le ministre.

"Pour protéger les citoyens, nous sommes obligés de nous immiscer dans certains détails, compte tenu des circonstances actuelles. Nous ne pouvons pas laisser chaque usine produire ce qu’elle veut et risquer de vendre des masques qui ne sont pas utiles pour les citoyens. Nous ne pouvons pas non plus laisser libre choix à chaque fabricant pour la fixation du prix de vente. Par exemple, celui qui fait partie des plus grands fabricants de masques, confectionne également le tissu. Si on n’intervient pas, il pourrait arrêter de fournir le tissu aux usines compétitrices ou leur imposer un prix élevé".

"Nous avons découvert que certaines entreprises ramenaient le tissu et la matière première de l’étranger pour effectuer la fabrication au Maroc, avant d’exporter le produit fini vers l’étranger. Nous avons stoppé cela car c’est interdit. Par contre, nous leur avons proposé un choix : soit exporter la moitié et vendre la moitié au Maroc, soit tout garder au Maroc. Si nous n'intervenons pas, chaque entreprise préférera vendre au prix le plus cher à l’étranger et délaissera le marché marocain".  

"La négociation fut rude avec certains, qui ont même fait intervenir leurs ambassades, mais nous n’avons pas lâché l’affaire. Et c'est réglé", rajoute le ministre.

"Je devenais fou. Je ne comprenais pas pourquoi les masques n’arrivaient pas sur le marché"

"Pour vendre les masques de protection, nous les avons d’abord envoyés vers les grandes surfaces, dans des paquets de 50 et 100 unités. Mais cela a causé des problèmes, puisque certaines personnes achetaient des paquets de 100 pour les garder chez elles, tandis que d’autres achetaient des paquets par dizaines dans le but de les revendre à prix élevé. Plusieurs individus ont été arrêtés et cela a été relayé par les médias".

"Les résultats n’étaient pas bons. Il fallait que les masques de protection arrivent aux citoyens et ne tombent pas entre les mains de trafiquants. J’ai pris la décision unilatérale, et j’en assume la responsabilité, de chercher un moyen efficace pour acheminer le produit directement vers le citoyen. J’ai donc pensé aux entreprises de lait qui ont l’habitude de faire la distribution quotidienne auprès des épiciers. Nous avons supplié les deux grandes entreprises de lait, à savoir « Danone » et « Copag » de nous aider. Ces dernières ont accepté de mettre à notre disposition leurs camions et chauffeurs, gratuitement. J’en profite d’ailleurs pour saluer cet effort qui, malheureusement, s'est retourné contre elles. Plusieurs actes de vandalisme ont été enregistrés à l’encontre des chauffeurs et des camions pris d’assaut par des citoyens", explique-t-il.

"Lorsque le camion s’arrête à un point de distribution, des citoyens se jettent dessus et des rixes ont lieu. Malgré tout cela, ils ont continué à collaborer avec nous. Ils ont continué à solliciter la mobilisation de leur personnel en leur demandant de faire preuve de solidarité pour le peuple. C’est ce que j’appelle des Marocains purs".

"Et pourtant, par la suite on entend dire que ces personnes ont bénéficié d’un privilège. N’est-il pas honteux de dire cela, surtout compte tenu tout ce qu’ils ont dû subir à cause de nous ? ", déplore le ministre.

"Nous avons donc remarqué que cette opération était difficile. D’autant plus qu’il y a 66.000 épiceries au Maroc. Nous avons fait l’erreur de leur fournir des paquets de 50 masques de protection, alors qu’elles les vendaient par unité. Ce qui est dangereux, car dans le cas où l’épicier serait contaminé, il pourrait transmettre le virus à tout le quartier".

"Je peux vous dire que nous nous sommes battus pendant deux semaines pour trouver une solution: celle que la vente soit assurée par les pharmacies, à travers des distributeurs. Mais pour qu’ils puissent effectuer la vente des masques de protection, il faut les mettre à leur disposition. Ils ont demandé que ce soit fait à travers des plateformes", explique le ministre.

"Pour ce faire, nous avons cherché des contacts puis trouvé des noms que nous connaissions déjà, et d’autres pas du tout. Il s’agit notamment de la société « Itkane » qui appartient à M. Ezzine. Un homme que je ne connaissais pas auparavant, mais je peux vous dire qu’il s’agit d’une bonne découverte. Ces personnes collaborent avec nous avec beaucoup de sérieux et tout cela en contrepartie de « rien », puisque leur bénéfice est de 2 centimes seulement", révèle-t-il.

"Nous avons choisi tout cela sans faire d’appel d’offres. C’est ma décision et j’en assume l’entière responsabilité".

"Le deuxième problème rencontré, après avoir commencé la distribution pharmaceutique, c’est que nous avons envoyé une quantité de 20,4 millions de masques qui ont suivi le circuit prévu pour arriver aux plateformes. Peut-être que les grossistes de la pharmacie ne croyaient pas en nos capacités à atteindre ces objectifs aussi rapidement, mais c’était le cas et les masques sont restés bloqués", explique-t-il.

"Je devenais fou. Je ne comprenais pas pourquoi les masques n’arrivaient pas sur le marché. C’est pour cela que j’ai organisé plusieurs réunions avec eux, je cherchais justement à comprendre pourquoi les masques étaient toujours sur les plateformes. Chacun donnait une explication différente (traite, logistique etc.) ".

"Malgré leurs efforts, certains distributeurs n’ont pas pu tenir leurs engagements. Ils avaient promis de distribuer 2 millions de masques, mais ils n’ont pu en distribuer que 600.000. Nous avons donc sollicité l’aide de « Coca cola » pour renforcer la distribution et elle le fait gratuitement".

Je défie quiconque d’oser exporter dans ces conditions

"Donc nous en sommes déjà au stade de la distribution mais cela ne se voit pas, alors que nous avions 22 millions de masques acheminés vers la vente. Et tout ceci est dû à des magouilles, à tous les niveaux. Notamment dès la vente du produit par les usines. Certaines nous vendaient des masques à 1,10 dirhams tandis qu’elles concluent des accords avec d’autres acheteurs à 3 dirhams par unité, voire plus".

"Ce sont des accords conclus dans le cadre d’une commercialisation au Maroc et non pas destinée à l’export. C'est d'ailleurs impossible en ce moment, puisque nos frontières sont fermées".

"Nous sommes en train de vivre une situation difficile. Je défie quiconque d’oser exporter dans ces conditions. De plus, toute personne qui a tenté d’exporter s’est vue saisir ses produits. Nous en avons saisi une bonne quantité. Désormais, plus personne n’ose le faire".

"Le problème relatif à l’indisponibilité des masques est réglé. Nous avons vérifié auprès des pharmacies qui ont désormais un stock disponible. Ce à quoi nous devons penser désormais, c’est l’excédent que nous allons exporter", assure le ministre.

Nous n’allons pas laisser les Marocains sortir et risquer leurs vies pour faire gagner plus d’argent à ces entreprises

"Le prix de revient pour les entreprises de confection est de 1,10 dirhams. Nous avions décidé de vendre les masques à 2 ou 2,5 dirhams par unité. Or, le Roi Mohammed VI a décidé que les citoyens ne devaient pas payer cette somme, et qu’il fallait utiliser le fonds de lutte contre le Covid-19 pour l’alléger. Nous avons décidé de les vendre à 80 centimes par unité, en contribuant avec une subvention à hauteur de 50 centimes, dans la confection de chaque unité".

"J’ai reçu des échos par rapport à certaines usines de production, dont les propriétaires étaient mécontents, puisqu’ils préfèrent vendre à 3 ou 3,5 dirhams, en suivant d’autres circuits que celui que nous imposons", déplore Moulay Hafid Elalamy.

"Mais cela n’est pas possible vu les circonstances actuelles. Nous sommes même en mesure de réquisitionner les usines. Nous n’allons pas laisser les Marocains sortir et risquer leurs vies pour faire gagner plus d’argent à ces entreprises", insiste-t-il.

"Nous avons donc décidé de mettre en place un système de surveillance par roulement dans chaque usine, en envoyant des personnes dépendantes du ministère de l'Industrie. Nous avons également transmis un écrit à ces entreprises, pour leur interdire de vendre à qui que ce soit en dehors du circuit prévu par nos soins. Voilà pourquoi ils sont mécontents".  

Les auteurs de fausses déclarations à la CNSS doivent aller en prison

"Peut-être que certains entrepreneurs ne vont pas aimer ce que je vais dire mais ce n’est pas le moment de faire des magouilles et des combines. Toute personne qui se fait prendre doit aller en prison", déclare le ministre.

"Ce n’est pas le moment de se contenter d'appliquer des amendes. Si je triche, je ne vais pas me contenter de donner de l’argent ou le restituer. Compte tenu du contexte actuel, pour moi, et j’assume mes responsabilités, ces personnes doivent être jugées", lâche-t-il.

"Alors que le pays est plongé dans les difficultés, et que les deniers sont rares à trouver, on cherche à aider les personnes qui sont vraiment dans le besoin. Donc une personne qui essaye de faire des combines en ce moment doit être exposée. Si vous avez des informations à ce sujet, je suis preneur", rajoute le ministre.

"Aujourd’hui, nous sommes dans une situation difficile. Si on vide le compte dédié à la lutte contre le Covid-19, que vont faire les personnes qui sont vraiment dans le besoin ?"

Les tunnels de désinfection: Nous sommes obligés de respecter la position du ministère de la Santé

"Nous avons tenu 3 réunions avec le Ministère de la santé dont la position est claire : ces gouttelettes de désinfectant sont néfastes pour les individus. Il n’y a donc rien à redire à cela, nous sommes obligés de respecter la position du ministère. Je ne peux pas être contre cette décision et risquer la vie des Marocains".

La santé des citoyens passe avant l’économie

"Actuellement, tout est fermé sauf les commerces de détail alimentaire. Ce qui explique aussi pourquoi on ne peut pas fermer les grandes surfaces car les citoyens s’y approvisionnent".

"Quant à l’ouverture des usines, il y a une commission commune, composée de membres du ministère de la Santé, de l’Intérieur, du Travail et de l’Industrie qui s’occupe des contrôles. Nous avons accéléré ces derniers au sein des usines de productions alimentaires car elles sont prioritaires et ne doivent absolument pas fermer", explique-t-il.

"Nous voulons que les Marocains continuent à travailler mais pas n’importe comment. Il y a des normes à respecter et toute entreprise qui ne respecte pas les normes doit fermer ses portes. C’est notamment le cas des centres d’appels qui, s’ils ne respectent pas les mesures d’hygiène et de précaution, seront obligés de fermer. Seules les entreprises en conformité avec les normes actuelles pourront continuer à fonctionner".

"Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui peut causer l’arrêt de l’économie certes, mais il peut aussi constituer une opportunité. Moi je vois cela comme une occasion, même si nous allons passer par une période difficile, il y a tout de même des occasions qui se présentent. C’est le cas d’investisseurs, parmi les meilleurs en Chine, avec lesquels nous négocions actuellement un des plus grands projets d’investissement jamais réalisés ici et ce, bien après que le coronavirus ait commencé à se propager".

Verbatim. MHE sans langue de bois au Parlement (vidéo)

Le 26 avril 2020 à11:16

Modifié le 26 avril 2020 à 11:16

Confection des masques, obstacles à la distribution, fraudes à la CNSS et réponses aux accusations… Voici les différents volets évoqués par Moulay Hafid Elalamy, lors de la réunion de la commission des finances et du développement économique, en date du 23 avril 2020. 

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Moulay Hafid Elalamy a répondu, sans langue de bois, aux questions des membres de la commission des finances et du développement économique, lors d'une réunion en date du jeudi 23 avril, pour examiner le projet de loi n°27.20, édictant des dispositions particulières au fonctionnement des S.A. en période de confinement et en particulier leurs organes de gouvernance.

Voici la retranscription de quelques extraits des propos du ministre de l'Industrie, du commerce et de l'économie verte et numérique.

Je n’ai pas privilégié mes amis dans le choix des usines de production

"Nous avons mis en place des normes pour éliminer les usines qui ne sont pas aptes à fabriquer les masques de protection efficaces. Nous en avons éliminé 2 sur 19. Et nous sommes toujours ouverts à collaborer avec d’autres entreprises si les normes de production sont respectées".

"Par souci de transparence, nous avons publié la liste de toutes les entreprises avec lesquelles nous collaborons. Nous n’avons pas privilégié nos amis. Nous pouvons et voulons travailler avec toute personne qui est apte à fabriquer ces masques. Vous devez savoir que toute personne qui prétend nous avoir contactés pour collaborer avec nous et qui prétend que nous l’avons refusée, ment", rétorque le ministre.

"Le fait de dire que nous avons privilégié nos amis n’a aucun sens. Ce sont des paroles qui résonnent dans le vide".

"Nous n’avons éliminé que ceux qui ne respectent pas les normes de production. Je ne peux pas laisser chacun faire ce qu’il veut et produire ce qu’il veut. La vente de masques non conformes aux normes de qualité mettrait en danger la vie des citoyens".

Nous ne savions même pas que nous étions aptes à fabriquer ces masques

"Cette pandémie ne nous a pas averti 6 mois à l’avance pour nous préparer. Comme le reste du monde, nous étions surpris et nous nous sommes demandés quoi faire. Nous ne savions même pas si nous étions aptes à fabriquer ces masques".

"Jusqu’à hier (22 avril, ndlr), la quantité de masques, fabriqués au Maroc, s’élevait à 81,9 millions, avec près de 22 millions mis à la vente. Désormais, nous fabriquons 6,8 millions de masques par jour. Nous avons aussi amené de nouvelles machines pour renforcer la production", précise-t-il.

"Sur 6,8 millions de masques par jour, il y a bien une marge d’erreur. Il y eu un problème au niveau de la qualité, mais ce n’est plus le cas désormais, car il y a eu une amélioration. Notamment grâce à une entreprise spécialisée dans ce domaine qui a été choisie, pour participer au contrôle. La qualité commence donc à s’améliorer", déclare le ministre.

Masques lavables et réutilisables: 1 million par jour dans une semaine

"Quant aux masques en tissus, c’est-à-dire ceux qui sont lavables et réutilisables et qui sont également confectionnés au Maroc, il faut savoir que nous allons en produire plus d’un million par jour à partir de la fin de la semaine prochaine. Aujourd’hui, nous disposons de 3 usines qui confectionnent le tissu utilisé pour la fabrication de ces masques. Et la matière est disponible au Maroc, au point que nous en exportons vers l’étranger".

"Une usine en produit 40 tonnes par jour, alors que sur le plan local nous n’avons besoin que de 8 tonnes. Tout le reste est un excédent que nous pouvons exporter", précise le ministre.

"Pour protéger les citoyens, nous sommes obligés de nous immiscer dans certains détails, compte tenu des circonstances actuelles. Nous ne pouvons pas laisser chaque usine produire ce qu’elle veut et risquer de vendre des masques qui ne sont pas utiles pour les citoyens. Nous ne pouvons pas non plus laisser libre choix à chaque fabricant pour la fixation du prix de vente. Par exemple, celui qui fait partie des plus grands fabricants de masques, confectionne également le tissu. Si on n’intervient pas, il pourrait arrêter de fournir le tissu aux usines compétitrices ou leur imposer un prix élevé".

"Nous avons découvert que certaines entreprises ramenaient le tissu et la matière première de l’étranger pour effectuer la fabrication au Maroc, avant d’exporter le produit fini vers l’étranger. Nous avons stoppé cela car c’est interdit. Par contre, nous leur avons proposé un choix : soit exporter la moitié et vendre la moitié au Maroc, soit tout garder au Maroc. Si nous n'intervenons pas, chaque entreprise préférera vendre au prix le plus cher à l’étranger et délaissera le marché marocain".  

"La négociation fut rude avec certains, qui ont même fait intervenir leurs ambassades, mais nous n’avons pas lâché l’affaire. Et c'est réglé", rajoute le ministre.

"Je devenais fou. Je ne comprenais pas pourquoi les masques n’arrivaient pas sur le marché"

"Pour vendre les masques de protection, nous les avons d’abord envoyés vers les grandes surfaces, dans des paquets de 50 et 100 unités. Mais cela a causé des problèmes, puisque certaines personnes achetaient des paquets de 100 pour les garder chez elles, tandis que d’autres achetaient des paquets par dizaines dans le but de les revendre à prix élevé. Plusieurs individus ont été arrêtés et cela a été relayé par les médias".

"Les résultats n’étaient pas bons. Il fallait que les masques de protection arrivent aux citoyens et ne tombent pas entre les mains de trafiquants. J’ai pris la décision unilatérale, et j’en assume la responsabilité, de chercher un moyen efficace pour acheminer le produit directement vers le citoyen. J’ai donc pensé aux entreprises de lait qui ont l’habitude de faire la distribution quotidienne auprès des épiciers. Nous avons supplié les deux grandes entreprises de lait, à savoir « Danone » et « Copag » de nous aider. Ces dernières ont accepté de mettre à notre disposition leurs camions et chauffeurs, gratuitement. J’en profite d’ailleurs pour saluer cet effort qui, malheureusement, s'est retourné contre elles. Plusieurs actes de vandalisme ont été enregistrés à l’encontre des chauffeurs et des camions pris d’assaut par des citoyens", explique-t-il.

"Lorsque le camion s’arrête à un point de distribution, des citoyens se jettent dessus et des rixes ont lieu. Malgré tout cela, ils ont continué à collaborer avec nous. Ils ont continué à solliciter la mobilisation de leur personnel en leur demandant de faire preuve de solidarité pour le peuple. C’est ce que j’appelle des Marocains purs".

"Et pourtant, par la suite on entend dire que ces personnes ont bénéficié d’un privilège. N’est-il pas honteux de dire cela, surtout compte tenu tout ce qu’ils ont dû subir à cause de nous ? ", déplore le ministre.

"Nous avons donc remarqué que cette opération était difficile. D’autant plus qu’il y a 66.000 épiceries au Maroc. Nous avons fait l’erreur de leur fournir des paquets de 50 masques de protection, alors qu’elles les vendaient par unité. Ce qui est dangereux, car dans le cas où l’épicier serait contaminé, il pourrait transmettre le virus à tout le quartier".

"Je peux vous dire que nous nous sommes battus pendant deux semaines pour trouver une solution: celle que la vente soit assurée par les pharmacies, à travers des distributeurs. Mais pour qu’ils puissent effectuer la vente des masques de protection, il faut les mettre à leur disposition. Ils ont demandé que ce soit fait à travers des plateformes", explique le ministre.

"Pour ce faire, nous avons cherché des contacts puis trouvé des noms que nous connaissions déjà, et d’autres pas du tout. Il s’agit notamment de la société « Itkane » qui appartient à M. Ezzine. Un homme que je ne connaissais pas auparavant, mais je peux vous dire qu’il s’agit d’une bonne découverte. Ces personnes collaborent avec nous avec beaucoup de sérieux et tout cela en contrepartie de « rien », puisque leur bénéfice est de 2 centimes seulement", révèle-t-il.

"Nous avons choisi tout cela sans faire d’appel d’offres. C’est ma décision et j’en assume l’entière responsabilité".

"Le deuxième problème rencontré, après avoir commencé la distribution pharmaceutique, c’est que nous avons envoyé une quantité de 20,4 millions de masques qui ont suivi le circuit prévu pour arriver aux plateformes. Peut-être que les grossistes de la pharmacie ne croyaient pas en nos capacités à atteindre ces objectifs aussi rapidement, mais c’était le cas et les masques sont restés bloqués", explique-t-il.

"Je devenais fou. Je ne comprenais pas pourquoi les masques n’arrivaient pas sur le marché. C’est pour cela que j’ai organisé plusieurs réunions avec eux, je cherchais justement à comprendre pourquoi les masques étaient toujours sur les plateformes. Chacun donnait une explication différente (traite, logistique etc.) ".

"Malgré leurs efforts, certains distributeurs n’ont pas pu tenir leurs engagements. Ils avaient promis de distribuer 2 millions de masques, mais ils n’ont pu en distribuer que 600.000. Nous avons donc sollicité l’aide de « Coca cola » pour renforcer la distribution et elle le fait gratuitement".

Je défie quiconque d’oser exporter dans ces conditions

"Donc nous en sommes déjà au stade de la distribution mais cela ne se voit pas, alors que nous avions 22 millions de masques acheminés vers la vente. Et tout ceci est dû à des magouilles, à tous les niveaux. Notamment dès la vente du produit par les usines. Certaines nous vendaient des masques à 1,10 dirhams tandis qu’elles concluent des accords avec d’autres acheteurs à 3 dirhams par unité, voire plus".

"Ce sont des accords conclus dans le cadre d’une commercialisation au Maroc et non pas destinée à l’export. C'est d'ailleurs impossible en ce moment, puisque nos frontières sont fermées".

"Nous sommes en train de vivre une situation difficile. Je défie quiconque d’oser exporter dans ces conditions. De plus, toute personne qui a tenté d’exporter s’est vue saisir ses produits. Nous en avons saisi une bonne quantité. Désormais, plus personne n’ose le faire".

"Le problème relatif à l’indisponibilité des masques est réglé. Nous avons vérifié auprès des pharmacies qui ont désormais un stock disponible. Ce à quoi nous devons penser désormais, c’est l’excédent que nous allons exporter", assure le ministre.

Nous n’allons pas laisser les Marocains sortir et risquer leurs vies pour faire gagner plus d’argent à ces entreprises

"Le prix de revient pour les entreprises de confection est de 1,10 dirhams. Nous avions décidé de vendre les masques à 2 ou 2,5 dirhams par unité. Or, le Roi Mohammed VI a décidé que les citoyens ne devaient pas payer cette somme, et qu’il fallait utiliser le fonds de lutte contre le Covid-19 pour l’alléger. Nous avons décidé de les vendre à 80 centimes par unité, en contribuant avec une subvention à hauteur de 50 centimes, dans la confection de chaque unité".

"J’ai reçu des échos par rapport à certaines usines de production, dont les propriétaires étaient mécontents, puisqu’ils préfèrent vendre à 3 ou 3,5 dirhams, en suivant d’autres circuits que celui que nous imposons", déplore Moulay Hafid Elalamy.

"Mais cela n’est pas possible vu les circonstances actuelles. Nous sommes même en mesure de réquisitionner les usines. Nous n’allons pas laisser les Marocains sortir et risquer leurs vies pour faire gagner plus d’argent à ces entreprises", insiste-t-il.

"Nous avons donc décidé de mettre en place un système de surveillance par roulement dans chaque usine, en envoyant des personnes dépendantes du ministère de l'Industrie. Nous avons également transmis un écrit à ces entreprises, pour leur interdire de vendre à qui que ce soit en dehors du circuit prévu par nos soins. Voilà pourquoi ils sont mécontents".  

Les auteurs de fausses déclarations à la CNSS doivent aller en prison

"Peut-être que certains entrepreneurs ne vont pas aimer ce que je vais dire mais ce n’est pas le moment de faire des magouilles et des combines. Toute personne qui se fait prendre doit aller en prison", déclare le ministre.

"Ce n’est pas le moment de se contenter d'appliquer des amendes. Si je triche, je ne vais pas me contenter de donner de l’argent ou le restituer. Compte tenu du contexte actuel, pour moi, et j’assume mes responsabilités, ces personnes doivent être jugées", lâche-t-il.

"Alors que le pays est plongé dans les difficultés, et que les deniers sont rares à trouver, on cherche à aider les personnes qui sont vraiment dans le besoin. Donc une personne qui essaye de faire des combines en ce moment doit être exposée. Si vous avez des informations à ce sujet, je suis preneur", rajoute le ministre.

"Aujourd’hui, nous sommes dans une situation difficile. Si on vide le compte dédié à la lutte contre le Covid-19, que vont faire les personnes qui sont vraiment dans le besoin ?"

Les tunnels de désinfection: Nous sommes obligés de respecter la position du ministère de la Santé

"Nous avons tenu 3 réunions avec le Ministère de la santé dont la position est claire : ces gouttelettes de désinfectant sont néfastes pour les individus. Il n’y a donc rien à redire à cela, nous sommes obligés de respecter la position du ministère. Je ne peux pas être contre cette décision et risquer la vie des Marocains".

La santé des citoyens passe avant l’économie

"Actuellement, tout est fermé sauf les commerces de détail alimentaire. Ce qui explique aussi pourquoi on ne peut pas fermer les grandes surfaces car les citoyens s’y approvisionnent".

"Quant à l’ouverture des usines, il y a une commission commune, composée de membres du ministère de la Santé, de l’Intérieur, du Travail et de l’Industrie qui s’occupe des contrôles. Nous avons accéléré ces derniers au sein des usines de productions alimentaires car elles sont prioritaires et ne doivent absolument pas fermer", explique-t-il.

"Nous voulons que les Marocains continuent à travailler mais pas n’importe comment. Il y a des normes à respecter et toute entreprise qui ne respecte pas les normes doit fermer ses portes. C’est notamment le cas des centres d’appels qui, s’ils ne respectent pas les mesures d’hygiène et de précaution, seront obligés de fermer. Seules les entreprises en conformité avec les normes actuelles pourront continuer à fonctionner".

"Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui peut causer l’arrêt de l’économie certes, mais il peut aussi constituer une opportunité. Moi je vois cela comme une occasion, même si nous allons passer par une période difficile, il y a tout de même des occasions qui se présentent. C’est le cas d’investisseurs, parmi les meilleurs en Chine, avec lesquels nous négocions actuellement un des plus grands projets d’investissement jamais réalisés ici et ce, bien après que le coronavirus ait commencé à se propager".

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