Le Made in Morocco compétitif est possible (Avis d'industriels)

Quel avis porter sur le débat actuel sur la promotion du Made in Morocco, l'application stricto sensu du libéralisme et l'idée de recourir à plus de protectionnisme ? Voici des avis d'industriels. 

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Le 24 juillet 2020 à 17:47

Modifié le 24 juillet 2020 à 17:47

La promotion du Made in Morocco est l’une des missions que s’est donné le gouvernement pour la période post-crise à travers plusieurs leviers pour encourager la production existante et inciter à la mise en place de nouvelles industries.

Dans les deux cas, cela suppose avoir un marché, développer un projet et le financer. C’est justement de ces points qu’il était question lors d’un des ateliers organisés par la CFCIM en marge du lancement de sa plateforme business « My CFCIM », le jeudi 23 juillet et qui a vu intervenir des industriels et des banquiers.

« Dans le domaine de l’électronique que je connais, il y a autant de produits qui peuvent être fabriqués au Maroc tout en étant compétitifs », assure Mohamed Benaouda, Co-fondateur d'Aba Capital dont la filiale Nextronic a créé le premier thermomètre à infrarouge marocain et a participé à la fabrication du respirateur marocain.

"On peut être plus compétitif que la Chine"

Et c’est en prenant l’exemple du thermomètre fabriqué localement par Nextronic que Mohamed Benaouda tente de prouver que l’entreprise marocaine peut être compétitive même face à la Chine. « Si vous importez un thermomètre de Chine, il sera sur le marché entre 22 et 30 dollars prix distributeur donc entre 400 et 450 DH sur le marché. Notre produit est à 350 DH. On peut donc être compétitif car il y a de la valeur ajoutée, il y a de la technologie et il y a les délais de livraison… », détaille-t-il.

« Il y a là une vrai carte à jouer pour la relance de l’économie marocaine. Cela peut aussi passer par la création de Joint Ventures avec des européens pour que le Maroc ne soit pas seulement un pays de mains d’œuvre mais d’ingénierie ». De cette réflexion Benaouda insiste sur le fait que les entreprises marocaines doivent avoir l’ambition de cibler le marché européen et ne pas penser juste à l’Afrique.

Cela dit pour Benaouda, « lorsqu'on parle du Made in Morocco ça ne veut pas dire protectionnisme ». Pour lui il ne faut pas renter dans ce discours.

Ali Chorfi, DGA de Crédit du Maroc adhère à cet avis. «Il n’est pas question d’imaginer un protectionnisme à tout va. Ça induirait des représailles. On n’est pas seuls. On évolue avec d’autres pays, d’autres acteurs. Et le pays qui imaginerait pouvoir augmenter les droits de douane tout seul et se protéger ferait une grave erreur », explique-t-il. « Il faut trouver le bon équilibre entre des ALE qui ont fait du mal à l’emploi et l'idée de tout fermer et augmenter qui induirait une qualité inférieure », poursuit-il.

Les industriels plaident en faveur de la réciprocité dans le protectionnisme 

Si les financiers alertent sur les risques du protectionnisme, les industriels, eux, le défendent notamment via les barrières non tarifaires comme c'est le cas dans d'autres pays. « J’ai moi-même exporté en Turquie, le conteneur est resté trois mois au port pour toutes les raisons possibles et imaginables. Finalement, il est rentré. Mais le client ne va pas repasser commande. Pourquoi les autres le font ? En Corée du Sud tous les véhicules sont coréens, … C’est un constat. Vous allez aux Philippines, en Indonésie,… tous les produits sont locaux. C’est un constat. Les règles de l’OMC c’est une chose, et ce qu’on voit réellement dans ces pays, c’est autre chose », témoigne Mohamed Lahlou, directeur général de Bericolor opérant dans le textile.

Autre secteur, autre témoignage. "Vous pouvez exporter un produit à New York ou Los Angeles, mais à Alger, Tunis ou Istanbul, c’est la croix et la bannière. C’est 100 fois plus difficile d'exporter chez eux et cela pour pouvoir protéger leur industrie locale", témoigne Hassan Khalil, directeur général de Dari Couspate. 

"Et même quand vous êtes le meilleur de la classe, votre client local est dégoûté car il a dû attendre plusieurs mois, il a fallu faire mille et une procédures. Ces barrières non tarifaires sont surtout utilisées par les pays avec lesquels nous avons des ALE. Il y a un protectionnisme qui existe dans ces pays-là, je pense donc qu’il n’y a absolument aucun complexe à avoir, en tant que Marocains, à établir les mêmes barrières non tarifaires, à protéger la production locale et surtout à inciter les gens à construire des usines", poursuit-il. 

"Je suis pour un protectionnisme du produit national tout en exigeant de la qualité et tout en mettant les normes pour ne pas vendre n’importe quoi au consommateur. Je pense qu’il n’y a que ce moyen pour booster l’économie", ajoute-t-il. 

Le Made in Morocco, une problématique bien plus vaste

Si le protectionnisme peut être un moyen pour donner un coup de main à la production locale, ce n'est certainement pas le seul facteur ou levier sur lequel il faut agir. "La problématique du made in Morocco est multidimensionnelle. D'abord il s’agit de promouvoir le Made in Morocco auprès d’une cible donnée, je pense au consommateur marocain. C’est un travail de fond à faire, un travail de promotion, un travail de patriotisme économique où il faut promouvoir le produit marocain à condition bien entendu que la qualité et le prix soient au rendez-vous", détaille Hassan Khalil. 

Par ailleurs, il faudra aussi rendre séduisant l'investissement dans l'industrie. "Avant de parler d’avenir, il faut faire un état des lieux de l’industrie actuelle. Dans les années 80 quand le Maroc investissait 1, la Turquie investissait 3. Aujourd'hui quand le Maroc investit 1, la Turquie investit 50 au minimum. En dehors de l’axe Casa-Tanger-Fès, les zones industrielles, quand il y en a, sont vides. Et même dans les environs de Casablanca, on verra beaucoup plus de dépôts que d'usines. Le négoce et l’importation sont beaucoup plus importants que la production", avance Mohamed Lahlou qui rappelle que l'industrie souffre de plusieurs maux dont les coûts des intrants plus chers au Maroc qu'ailleurs. 

Mais il n'y a pas que cela, Lahlou pointe un autre problème majeur qui désavantage l'industrie locale. "Le marché marocain est gangrené par la contrebande. Il nous arrive de trouver des produits d’importation vendus au Maroc au détail avec un prix moins cher que le prix du produit dans son pays d’origine. Cela fait beaucoup de mal à l’industrie marocaine. Pour moi c’est véritablement le problème majeur", explique-t-il. 

Hassan Khalil revient lui aussi sur cette dualité importation versus production locale. "Il est 100 fois plus facile de louer un dépôt et d’importer des produits de n’importe quel pays que de monter un atelier aussi modeste ou petit qu’il soit. Tout a été fait pour dissuader la production, même si c'est de manière involontaire", avance-t-il. 

"Celui qui veut produire doit acheter un terrain, construire une usine, financer, recruter, former, monter les machines, démarrer, faire de la publicité, chercher les clients, se faire payer,…. Ça fait déjà 10 étapes, alors que pour importer il suffit de louer un dépôt, importer, et vendre un produit déjà connu auprès du consommateur. Les frontières étaient ouvertes, le financement disponible. On peut tout importer sans aucune barrière, ce qui peut être bien d’un point de vue du libéralisme économique, mais le revers de la médaille c’est que personne ne produit rien au Maroc et même ceux qui produisaient, ils fermaient leur ateliers, les transformaient en immeubles et puis importaient le produit", poursuit Khalil. 

Ce dernier plaide ainsi pour des niches fiscales pour les industriels. "Cela a commencé déjà. J’aimerais voir plus d’incitations fiscales pour investir dans l’industrie comme cela été le cas pour l’immobilier social", espère-t-il.

Lire aussi : Consommer marocain : Déclarations d'intentions sans véritable stratégie

Le Made in Morocco compétitif est possible (Avis d'industriels)

Le 24 juillet 2020 à17:47

Modifié le 24 juillet 2020 à 17:47

Quel avis porter sur le débat actuel sur la promotion du Made in Morocco, l'application stricto sensu du libéralisme et l'idée de recourir à plus de protectionnisme ? Voici des avis d'industriels. 

La promotion du Made in Morocco est l’une des missions que s’est donné le gouvernement pour la période post-crise à travers plusieurs leviers pour encourager la production existante et inciter à la mise en place de nouvelles industries.

Dans les deux cas, cela suppose avoir un marché, développer un projet et le financer. C’est justement de ces points qu’il était question lors d’un des ateliers organisés par la CFCIM en marge du lancement de sa plateforme business « My CFCIM », le jeudi 23 juillet et qui a vu intervenir des industriels et des banquiers.

« Dans le domaine de l’électronique que je connais, il y a autant de produits qui peuvent être fabriqués au Maroc tout en étant compétitifs », assure Mohamed Benaouda, Co-fondateur d'Aba Capital dont la filiale Nextronic a créé le premier thermomètre à infrarouge marocain et a participé à la fabrication du respirateur marocain.

"On peut être plus compétitif que la Chine"

Et c’est en prenant l’exemple du thermomètre fabriqué localement par Nextronic que Mohamed Benaouda tente de prouver que l’entreprise marocaine peut être compétitive même face à la Chine. « Si vous importez un thermomètre de Chine, il sera sur le marché entre 22 et 30 dollars prix distributeur donc entre 400 et 450 DH sur le marché. Notre produit est à 350 DH. On peut donc être compétitif car il y a de la valeur ajoutée, il y a de la technologie et il y a les délais de livraison… », détaille-t-il.

« Il y a là une vrai carte à jouer pour la relance de l’économie marocaine. Cela peut aussi passer par la création de Joint Ventures avec des européens pour que le Maroc ne soit pas seulement un pays de mains d’œuvre mais d’ingénierie ». De cette réflexion Benaouda insiste sur le fait que les entreprises marocaines doivent avoir l’ambition de cibler le marché européen et ne pas penser juste à l’Afrique.

Cela dit pour Benaouda, « lorsqu'on parle du Made in Morocco ça ne veut pas dire protectionnisme ». Pour lui il ne faut pas renter dans ce discours.

Ali Chorfi, DGA de Crédit du Maroc adhère à cet avis. «Il n’est pas question d’imaginer un protectionnisme à tout va. Ça induirait des représailles. On n’est pas seuls. On évolue avec d’autres pays, d’autres acteurs. Et le pays qui imaginerait pouvoir augmenter les droits de douane tout seul et se protéger ferait une grave erreur », explique-t-il. « Il faut trouver le bon équilibre entre des ALE qui ont fait du mal à l’emploi et l'idée de tout fermer et augmenter qui induirait une qualité inférieure », poursuit-il.

Les industriels plaident en faveur de la réciprocité dans le protectionnisme 

Si les financiers alertent sur les risques du protectionnisme, les industriels, eux, le défendent notamment via les barrières non tarifaires comme c'est le cas dans d'autres pays. « J’ai moi-même exporté en Turquie, le conteneur est resté trois mois au port pour toutes les raisons possibles et imaginables. Finalement, il est rentré. Mais le client ne va pas repasser commande. Pourquoi les autres le font ? En Corée du Sud tous les véhicules sont coréens, … C’est un constat. Vous allez aux Philippines, en Indonésie,… tous les produits sont locaux. C’est un constat. Les règles de l’OMC c’est une chose, et ce qu’on voit réellement dans ces pays, c’est autre chose », témoigne Mohamed Lahlou, directeur général de Bericolor opérant dans le textile.

Autre secteur, autre témoignage. "Vous pouvez exporter un produit à New York ou Los Angeles, mais à Alger, Tunis ou Istanbul, c’est la croix et la bannière. C’est 100 fois plus difficile d'exporter chez eux et cela pour pouvoir protéger leur industrie locale", témoigne Hassan Khalil, directeur général de Dari Couspate. 

"Et même quand vous êtes le meilleur de la classe, votre client local est dégoûté car il a dû attendre plusieurs mois, il a fallu faire mille et une procédures. Ces barrières non tarifaires sont surtout utilisées par les pays avec lesquels nous avons des ALE. Il y a un protectionnisme qui existe dans ces pays-là, je pense donc qu’il n’y a absolument aucun complexe à avoir, en tant que Marocains, à établir les mêmes barrières non tarifaires, à protéger la production locale et surtout à inciter les gens à construire des usines", poursuit-il. 

"Je suis pour un protectionnisme du produit national tout en exigeant de la qualité et tout en mettant les normes pour ne pas vendre n’importe quoi au consommateur. Je pense qu’il n’y a que ce moyen pour booster l’économie", ajoute-t-il. 

Le Made in Morocco, une problématique bien plus vaste

Si le protectionnisme peut être un moyen pour donner un coup de main à la production locale, ce n'est certainement pas le seul facteur ou levier sur lequel il faut agir. "La problématique du made in Morocco est multidimensionnelle. D'abord il s’agit de promouvoir le Made in Morocco auprès d’une cible donnée, je pense au consommateur marocain. C’est un travail de fond à faire, un travail de promotion, un travail de patriotisme économique où il faut promouvoir le produit marocain à condition bien entendu que la qualité et le prix soient au rendez-vous", détaille Hassan Khalil. 

Par ailleurs, il faudra aussi rendre séduisant l'investissement dans l'industrie. "Avant de parler d’avenir, il faut faire un état des lieux de l’industrie actuelle. Dans les années 80 quand le Maroc investissait 1, la Turquie investissait 3. Aujourd'hui quand le Maroc investit 1, la Turquie investit 50 au minimum. En dehors de l’axe Casa-Tanger-Fès, les zones industrielles, quand il y en a, sont vides. Et même dans les environs de Casablanca, on verra beaucoup plus de dépôts que d'usines. Le négoce et l’importation sont beaucoup plus importants que la production", avance Mohamed Lahlou qui rappelle que l'industrie souffre de plusieurs maux dont les coûts des intrants plus chers au Maroc qu'ailleurs. 

Mais il n'y a pas que cela, Lahlou pointe un autre problème majeur qui désavantage l'industrie locale. "Le marché marocain est gangrené par la contrebande. Il nous arrive de trouver des produits d’importation vendus au Maroc au détail avec un prix moins cher que le prix du produit dans son pays d’origine. Cela fait beaucoup de mal à l’industrie marocaine. Pour moi c’est véritablement le problème majeur", explique-t-il. 

Hassan Khalil revient lui aussi sur cette dualité importation versus production locale. "Il est 100 fois plus facile de louer un dépôt et d’importer des produits de n’importe quel pays que de monter un atelier aussi modeste ou petit qu’il soit. Tout a été fait pour dissuader la production, même si c'est de manière involontaire", avance-t-il. 

"Celui qui veut produire doit acheter un terrain, construire une usine, financer, recruter, former, monter les machines, démarrer, faire de la publicité, chercher les clients, se faire payer,…. Ça fait déjà 10 étapes, alors que pour importer il suffit de louer un dépôt, importer, et vendre un produit déjà connu auprès du consommateur. Les frontières étaient ouvertes, le financement disponible. On peut tout importer sans aucune barrière, ce qui peut être bien d’un point de vue du libéralisme économique, mais le revers de la médaille c’est que personne ne produit rien au Maroc et même ceux qui produisaient, ils fermaient leur ateliers, les transformaient en immeubles et puis importaient le produit", poursuit Khalil. 

Ce dernier plaide ainsi pour des niches fiscales pour les industriels. "Cela a commencé déjà. J’aimerais voir plus d’incitations fiscales pour investir dans l’industrie comme cela été le cas pour l’immobilier social", espère-t-il.

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