Le confinement a-t-il augmenté le nombre de grossesses non désirées?

Les femmes mariées sont plus susceptibles d’être confrontées à des grossesses non désirées que les femmes célibataires, avancent trois gynécologues contactés par notre rédaction.

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Le confinement a-t-il augmenté le nombre de grossesses non désirées ?

Le 27 mai 2020 à 18:26

Modifié le 28 mai 2020 à 09:39

Hausse des violences conjugales, exacerbation des inégalités de genre et de la charge mentale au sein des foyers… C’est peu dire que le confinement a eu son lot de chamboulements dans la vie des femmes, sans compter la perte d’emploi et de revenus, celles-ci étant plus exposées au secteur informel et à la précarité qui va avec. Faut-il croire que leur vie intime a également été mise à rude épreuve, notamment en termes de grossesses non désirées?

Pour le Dr. Chafik Chraibi, gynécologue obstétricien et président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), la période de confinement, en vigueur depuis le 20 mars au Maroc, peut aussi bien avoir été propice à une baisse qu’à une hausse des grossesses non désirées, en fonction du profil des femmes. Une baisse d’abord, ''parce qu’il y a moins de vagabondage, de relations sexuelles hors mariage puisque les gens ne sortent pas ; ils ont peur de fréquenter n’importe qui et de contracter le virus. De plus pendant le ramadan, les relations sexuelles hors mariage ont tendance à beaucoup diminuer'', nous explique-t-il.

Un constat que partage une gynécologue de Rabat contactée par Médias24: ''Ces grossesses ont diminué pendant le confinement puisque les gens sortent beaucoup moins. Au cours de ces deux derniers mois, je n’ai pas reçu de femmes demandant à se faire avorter.'' Cette gynécologue dit n’avoir reçu que deux jeunes femmes, l’une avant le ramadan et l’autre pendant, pour effectuer un contrôle écographique après avoir pris de l’Artotec, un anti-inflammatoire abortif dont la vente a été interdite en 2018, mais qui se vend toujours sur le marché noir.

Les femmes mariées potentiellement plus concernées

''En revanche, les femmes mariées ont sans doute été plus sujettes aux grossesses non désirées: les maris sont confinés à la maison et il n’y a pas grand chose à faire, le travail étant pour beaucoup suspendu. Les relations sexuelles dans un cadre marital ont certainement augmenté'', souligne le Dr. Chafiq Chraibi. Jointe par notre rédaction, une gynécologue de Casablanca confirme : ''Les femmes mariées sont probablement plus concernées que les femmes non mariées qui, elles, sont confinées chez leurs parents et sont donc beaucoup moins susceptibles d’avoir des relations sexuelles. Sur toute la période de confinement, je n’ai reçu que deux femmes ayant demandé à subir une interruption volontaire de grossesse : l’une avait une vingtaine d’années et n’était pas mariée ; l’autre était mariée, elle avait déjà des enfants et n’en voulait plus. Habituellement, j’en reçois au moins deux par mois.''

Les médecins ont aussi drastiquement réduit leurs consultations et reçoivent par conséquent beaucoup moins de patients, y compris donc des femmes souhaitant avorter. Ce constat ne biaise-t-il pas la réalité ? Le fait que les femmes consultent moins signifie-t-il vraiment que les grossesses non désirées ont diminué ? ''Il est tout à fait probable qu’après le confinement, des femmes, en majorité mariées, accourent chez leur gynécologue pour demander à interrompre une grossesse à un stade très, voire trop avancé'', s’inquiète la gynécologue de Casablanca.

Plus dramatique encore, les rapports incestieux sont susceptibles d’avoir augmenté en cette période, et avec eux le nombre de grossesses non désirées, avance le Dr. Chafik Chraibi : ''Le confinement a imposé une certaine promiscuité familiale, avec les frères, les cousins ou les oncles qui habitent ailleurs et sont venus se confiner au sein de la famille. Nous constatons souvent des cas de grossesses suite à des incestes, même si les jeunes femmes qui arrivent à l’hôpital ne nous le disent pas forcément.''

Les femmes sont aussi moins nombreuses à s’être procurées une contraception, selon le Dr Chafiq Chraibi, ''alors même que le ministère de la Santé a maintenu son programme de contraception gratuite au niveau des centres de santé''. Et d’ajouter: ''A l’hôpital, nous traitons essentiellement les urgences ; les consultations froides ont été reportées et on voit beaucoup moins de femmes venir prendre leur contraception. Même au niveau des centres de santé, des confrères m’ont dit avoir vu peu de femmes venir prendre leur contraception habituelle pendant cette période. Cela pourrait être générateur de grossesses non désirées.''

Pour rappel, la loi en vigueur sur l’avortement ne prévoit qu’une seule situation où l’avortement n’est pas punissable, en l’occurrence lorsque la vie de la mère est en danger. Le projet de loi modifiant le code pénal entend ajouter trois cas supplémentaires (malformation fœtale, mère souffrant d’un trouble mental, grossesse issue d’un viol ou inceste) et sous certaines conditions. Du reste, il maintient les sanctions qui peuvent atteindre 30 ans de réclusion.

Le confinement a-t-il augmenté le nombre de grossesses non désirées?

Le 27 mai 2020 à19:19

Modifié le 28 mai 2020 à 09:39

Les femmes mariées sont plus susceptibles d’être confrontées à des grossesses non désirées que les femmes célibataires, avancent trois gynécologues contactés par notre rédaction.

Hausse des violences conjugales, exacerbation des inégalités de genre et de la charge mentale au sein des foyers… C’est peu dire que le confinement a eu son lot de chamboulements dans la vie des femmes, sans compter la perte d’emploi et de revenus, celles-ci étant plus exposées au secteur informel et à la précarité qui va avec. Faut-il croire que leur vie intime a également été mise à rude épreuve, notamment en termes de grossesses non désirées?

Pour le Dr. Chafik Chraibi, gynécologue obstétricien et président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), la période de confinement, en vigueur depuis le 20 mars au Maroc, peut aussi bien avoir été propice à une baisse qu’à une hausse des grossesses non désirées, en fonction du profil des femmes. Une baisse d’abord, ''parce qu’il y a moins de vagabondage, de relations sexuelles hors mariage puisque les gens ne sortent pas ; ils ont peur de fréquenter n’importe qui et de contracter le virus. De plus pendant le ramadan, les relations sexuelles hors mariage ont tendance à beaucoup diminuer'', nous explique-t-il.

Un constat que partage une gynécologue de Rabat contactée par Médias24: ''Ces grossesses ont diminué pendant le confinement puisque les gens sortent beaucoup moins. Au cours de ces deux derniers mois, je n’ai pas reçu de femmes demandant à se faire avorter.'' Cette gynécologue dit n’avoir reçu que deux jeunes femmes, l’une avant le ramadan et l’autre pendant, pour effectuer un contrôle écographique après avoir pris de l’Artotec, un anti-inflammatoire abortif dont la vente a été interdite en 2018, mais qui se vend toujours sur le marché noir.

Les femmes mariées potentiellement plus concernées

''En revanche, les femmes mariées ont sans doute été plus sujettes aux grossesses non désirées: les maris sont confinés à la maison et il n’y a pas grand chose à faire, le travail étant pour beaucoup suspendu. Les relations sexuelles dans un cadre marital ont certainement augmenté'', souligne le Dr. Chafiq Chraibi. Jointe par notre rédaction, une gynécologue de Casablanca confirme : ''Les femmes mariées sont probablement plus concernées que les femmes non mariées qui, elles, sont confinées chez leurs parents et sont donc beaucoup moins susceptibles d’avoir des relations sexuelles. Sur toute la période de confinement, je n’ai reçu que deux femmes ayant demandé à subir une interruption volontaire de grossesse : l’une avait une vingtaine d’années et n’était pas mariée ; l’autre était mariée, elle avait déjà des enfants et n’en voulait plus. Habituellement, j’en reçois au moins deux par mois.''

Les médecins ont aussi drastiquement réduit leurs consultations et reçoivent par conséquent beaucoup moins de patients, y compris donc des femmes souhaitant avorter. Ce constat ne biaise-t-il pas la réalité ? Le fait que les femmes consultent moins signifie-t-il vraiment que les grossesses non désirées ont diminué ? ''Il est tout à fait probable qu’après le confinement, des femmes, en majorité mariées, accourent chez leur gynécologue pour demander à interrompre une grossesse à un stade très, voire trop avancé'', s’inquiète la gynécologue de Casablanca.

Plus dramatique encore, les rapports incestieux sont susceptibles d’avoir augmenté en cette période, et avec eux le nombre de grossesses non désirées, avance le Dr. Chafik Chraibi : ''Le confinement a imposé une certaine promiscuité familiale, avec les frères, les cousins ou les oncles qui habitent ailleurs et sont venus se confiner au sein de la famille. Nous constatons souvent des cas de grossesses suite à des incestes, même si les jeunes femmes qui arrivent à l’hôpital ne nous le disent pas forcément.''

Les femmes sont aussi moins nombreuses à s’être procurées une contraception, selon le Dr Chafiq Chraibi, ''alors même que le ministère de la Santé a maintenu son programme de contraception gratuite au niveau des centres de santé''. Et d’ajouter: ''A l’hôpital, nous traitons essentiellement les urgences ; les consultations froides ont été reportées et on voit beaucoup moins de femmes venir prendre leur contraception. Même au niveau des centres de santé, des confrères m’ont dit avoir vu peu de femmes venir prendre leur contraception habituelle pendant cette période. Cela pourrait être générateur de grossesses non désirées.''

Pour rappel, la loi en vigueur sur l’avortement ne prévoit qu’une seule situation où l’avortement n’est pas punissable, en l’occurrence lorsque la vie de la mère est en danger. Le projet de loi modifiant le code pénal entend ajouter trois cas supplémentaires (malformation fœtale, mère souffrant d’un trouble mental, grossesse issue d’un viol ou inceste) et sous certaines conditions. Du reste, il maintient les sanctions qui peuvent atteindre 30 ans de réclusion.

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