La recrudescence de la crise sanitaire freine la prise en charge des diabétiques

Les patients diabétiques sont notamment confrontés à une concentration des services hospitaliers sur les cas Covid-19, ce qui génère parfois chez eux un sentiment d’abandon. Le professeur Jamal Belkhadir, président de la Ligue marocaine de lutte contre le diabète, appelle à éviter malgré tout des relâchements dans les consultations trimestrielles et la prise du traitement, au risque de voir s’aggraver leur état de santé.

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La recrudescence de la crise sanitaire freine la prise en charge des diabétiques

Le 17 novembre 2020 à 17:15

Modifié le 17 novembre 2020 à 17:17

La célébration, samedi 14 novembre, de la Journée mondiale du diabète, a eu cette année une résonance particulière. Au Maroc, où environ deux millions de personnes souffrent du diabète, ces patients se heurtent toujours à des obstacles dans leur prise en charge et le suivi de leur traitement, en raison de cette crise sanitaire qui n’en finit pas et s’aggrave de jour en jour. C’est ce qu’explique à Médias24 le professeur Jamal Belkhadir, président de la Ligue marocaine de lutte contre le diabète et président de la Fédération internationale du diabète dans la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

Bien sûr (et heureusement), la tendance actuelle n’égale pas celle qui prévalait au printemps dernier, durant le confinement, où les patients, toute pathologie confondue, étaient extrêmement réticents à se rendre dans les hôpitaux ou les cabinets médicaux, au point que la Société marocaine des sciences médicales avait demandé au ministère de la Santé d’organiser une campagne de sensibilisation pour inciter les personnes ayant des maladies chroniques à ne pas relâcher le suivi de leur état de santé.

Il n’empêche, certains patients, diabétiques en l’occurrence, se montrent toujours récalcitrants à se rendre dans les structures de la santé, publiques ou privées, par crainte de contracter le virus, d’autant que sa circulation ne faiblit pas. ''Le déconfinement a effectivement permis de reprendre les consultations, mais certains patients sont toujours très réticents. Pendant les périodes de crise comme celle que nous traversons actuellement, la peur d’être infecté est palpable. Oui, les gens ont encore peur d’être contaminés, dans les établissements de santé aussi bien que dans les petits cabinets. Il se peut également que ce soit parfois les médecins eux-mêmes qui formulent des craintes et dissuadent les patients de venir si leur situation n’est pas urgente, que ce soit dans le secteur public ou privé'', indique Jamal Belkhadir.

Les services de santé toujours focalisés sur le Covid-19

L’obligation de disposer d’une autorisation des autorités locales pour se déplacer d’une ville à une autre entrave également la prise en charge des patients diabétiques. Dans le cas du diabète en l’occurrence, certains soins ne sont dispensés que dans les grands hôpitaux qu’abritent Casablanca et Rabat, obligeant ainsi les patients à se déplacer d’une région à une autre. Jamal Belkhadir estime entre 20 et 30% le taux de sa patientèle venant de l’extérieur de Rabat, notamment Kénitra, Tanger et quelques villes de l’est du Maroc. ''Ils ont parfois du mal à obtenir l’autorisation de sortie et cela complique leur situation'', souligne-t-il.

Un autre facteur de complication a émergé ces dernières semaines : le redéploiement des activités hospitalières vers les cas Covid. ''Les hôpitaux sont bondés de personnes atteintes du Covid-19. Nous sommes en pleine crise sanitaire. L’orientation massive et prioritaire des unités de santé vers la prise en charge du Covid-19 entraîne un retard dans la prise en charge des complications chroniques du diabétique, notamment oculaires, neurologiques et rénales'', ajoute Jamal Belkhadir. Certains de ses patients diabétiques testés positifs au Covid-19 ont développé une insuffisance cardiaque ou rénale, voire des accidents vasculaires cérébraux. ''Peu d’entre eux sont décédés'', tient-il toutefois à préciser.

Cette concentration des services hospitaliers, et donc forcément du personnel, sur les activités Covid génère aussi une réduction de la fréquence des consultations trimestrielles, pourtant indispensables car elles permettent de vérifier la qualité de la glycémie (le taux de sucre dans le sang) et de s’assurer que le patient conserve un équilibre métabolique. Or, la baisse du rythme des consultations conduit à un relâchement des patients concernant la rigueur qu’ils doivent observer, particulièrement dans la régularité et l’équilibre des repas. ''Le fait de ne pas voir son médecin tous les trois mois, quatre maximum, démotive les patients. Ils sont moins vigilants, moins attentifs, alors qu’ils doivent au contraire redoubler de vigilance pendant des périodes difficiles. Certains patients sont arrivés dans des états catastrophiques, avec d’importantes prises de poids, parfois jusqu’à 10 kg. Quand les contrôles ne sont pas effectués comme ils devraient l’être, le patient a l’impression que tout va bien car le diabète est une maladie silencieuse'', prévient Jamal Belkhadir.

Éviter le relâchement

Les enfants diabétiques ne sont pas en reste. Les mauvaises habitudes alimentaires prises pendant les trois mois d’enseignement à distance ont aggravé l’état de santé de certains d’entre eux. Faute de pouvoir pratiquer une activité physique régulière, ils se sont en effet rabattus sur le grignotage. ''A la sortie du confinement, la majorité des enfants diabétiques que j’ai vus avaient pris du poids'', confie Badia Benhammou, pédiatre et présidente de l’association Badil, qui gère la Maison du jeune diabétique à Rabat, où un peu plus de 2.000 enfants diabétiques sont suivis.

Les propos de Mounia Maati, psychologue au sein de l’association, font écho à ceux de Jamal Belkhadir lorsqu’il dit que le diabète est une maladie silencieuse, et donc trompeuse : ''Les enfants entendent parler des décès provoqués par le Covid-19, mais pas de ceux du diabète. Ils ont l’impression que le Covid tue plus que le diabète et s’autorisent quelques petits, voire gros écarts alimentaires qui peuvent avoir un impact très néfaste sur leur santé. Même encore aujourd’hui, alors que l’enseignement se fait selon un modèle hybride et que les enfants peuvent sortir, beaucoup de ceux que nous recevons n’ont pas repris un taux correct d’hémoglobine glyquée.''

De plus, cette interminable crise sanitaire a plongé, et plonge encore, des familles dans des situations très précaires. ''La particularité de cette année, c’est que beaucoup de parents ont perdu leur emploi à cause de la crise économique générée par la crise sanitaire. Ce sont des gens qui avaient des emplois informels, temporaires, journaliers… Leur situation n’a fait que s’aggraver'', ajoute Mounia Maati. Et leurs difficultés à retrouver du travail dans ce contexte sanitaire très tendu n’arrange rien.

Jamal Belkhadir n’a donc qu’un mot en tête : prudence. Il formule à l’égard des patients diabétiques les mêmes précautions sanitaires que pour les non-diabétiques : distanciation sociale, port du masque et lavage régulier des mains au savon ou au gel hydroalcoolique – ''avec un accent particulier sur le traitement de leur diabète''. Ce diabétologue en appelle particulièrement à une rigueur dans la prise des médicaments et des rendez-vous trimestriels. ''Il faut à tout prix que les patients diabétiques évitent le relâchement. Ils sont appelés à suivre scrupuleusement les prescriptions médicales, avec respect et des mesures diététiques et des mesures sanitaires relatives au Covid-19.''

La recrudescence de la crise sanitaire freine la prise en charge des diabétiques

Le 17 novembre 2020 à17:17

Modifié le 17 novembre 2020 à 17:17

Les patients diabétiques sont notamment confrontés à une concentration des services hospitaliers sur les cas Covid-19, ce qui génère parfois chez eux un sentiment d’abandon. Le professeur Jamal Belkhadir, président de la Ligue marocaine de lutte contre le diabète, appelle à éviter malgré tout des relâchements dans les consultations trimestrielles et la prise du traitement, au risque de voir s’aggraver leur état de santé.

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La célébration, samedi 14 novembre, de la Journée mondiale du diabète, a eu cette année une résonance particulière. Au Maroc, où environ deux millions de personnes souffrent du diabète, ces patients se heurtent toujours à des obstacles dans leur prise en charge et le suivi de leur traitement, en raison de cette crise sanitaire qui n’en finit pas et s’aggrave de jour en jour. C’est ce qu’explique à Médias24 le professeur Jamal Belkhadir, président de la Ligue marocaine de lutte contre le diabète et président de la Fédération internationale du diabète dans la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

Bien sûr (et heureusement), la tendance actuelle n’égale pas celle qui prévalait au printemps dernier, durant le confinement, où les patients, toute pathologie confondue, étaient extrêmement réticents à se rendre dans les hôpitaux ou les cabinets médicaux, au point que la Société marocaine des sciences médicales avait demandé au ministère de la Santé d’organiser une campagne de sensibilisation pour inciter les personnes ayant des maladies chroniques à ne pas relâcher le suivi de leur état de santé.

Il n’empêche, certains patients, diabétiques en l’occurrence, se montrent toujours récalcitrants à se rendre dans les structures de la santé, publiques ou privées, par crainte de contracter le virus, d’autant que sa circulation ne faiblit pas. ''Le déconfinement a effectivement permis de reprendre les consultations, mais certains patients sont toujours très réticents. Pendant les périodes de crise comme celle que nous traversons actuellement, la peur d’être infecté est palpable. Oui, les gens ont encore peur d’être contaminés, dans les établissements de santé aussi bien que dans les petits cabinets. Il se peut également que ce soit parfois les médecins eux-mêmes qui formulent des craintes et dissuadent les patients de venir si leur situation n’est pas urgente, que ce soit dans le secteur public ou privé'', indique Jamal Belkhadir.

Les services de santé toujours focalisés sur le Covid-19

L’obligation de disposer d’une autorisation des autorités locales pour se déplacer d’une ville à une autre entrave également la prise en charge des patients diabétiques. Dans le cas du diabète en l’occurrence, certains soins ne sont dispensés que dans les grands hôpitaux qu’abritent Casablanca et Rabat, obligeant ainsi les patients à se déplacer d’une région à une autre. Jamal Belkhadir estime entre 20 et 30% le taux de sa patientèle venant de l’extérieur de Rabat, notamment Kénitra, Tanger et quelques villes de l’est du Maroc. ''Ils ont parfois du mal à obtenir l’autorisation de sortie et cela complique leur situation'', souligne-t-il.

Un autre facteur de complication a émergé ces dernières semaines : le redéploiement des activités hospitalières vers les cas Covid. ''Les hôpitaux sont bondés de personnes atteintes du Covid-19. Nous sommes en pleine crise sanitaire. L’orientation massive et prioritaire des unités de santé vers la prise en charge du Covid-19 entraîne un retard dans la prise en charge des complications chroniques du diabétique, notamment oculaires, neurologiques et rénales'', ajoute Jamal Belkhadir. Certains de ses patients diabétiques testés positifs au Covid-19 ont développé une insuffisance cardiaque ou rénale, voire des accidents vasculaires cérébraux. ''Peu d’entre eux sont décédés'', tient-il toutefois à préciser.

Cette concentration des services hospitaliers, et donc forcément du personnel, sur les activités Covid génère aussi une réduction de la fréquence des consultations trimestrielles, pourtant indispensables car elles permettent de vérifier la qualité de la glycémie (le taux de sucre dans le sang) et de s’assurer que le patient conserve un équilibre métabolique. Or, la baisse du rythme des consultations conduit à un relâchement des patients concernant la rigueur qu’ils doivent observer, particulièrement dans la régularité et l’équilibre des repas. ''Le fait de ne pas voir son médecin tous les trois mois, quatre maximum, démotive les patients. Ils sont moins vigilants, moins attentifs, alors qu’ils doivent au contraire redoubler de vigilance pendant des périodes difficiles. Certains patients sont arrivés dans des états catastrophiques, avec d’importantes prises de poids, parfois jusqu’à 10 kg. Quand les contrôles ne sont pas effectués comme ils devraient l’être, le patient a l’impression que tout va bien car le diabète est une maladie silencieuse'', prévient Jamal Belkhadir.

Éviter le relâchement

Les enfants diabétiques ne sont pas en reste. Les mauvaises habitudes alimentaires prises pendant les trois mois d’enseignement à distance ont aggravé l’état de santé de certains d’entre eux. Faute de pouvoir pratiquer une activité physique régulière, ils se sont en effet rabattus sur le grignotage. ''A la sortie du confinement, la majorité des enfants diabétiques que j’ai vus avaient pris du poids'', confie Badia Benhammou, pédiatre et présidente de l’association Badil, qui gère la Maison du jeune diabétique à Rabat, où un peu plus de 2.000 enfants diabétiques sont suivis.

Les propos de Mounia Maati, psychologue au sein de l’association, font écho à ceux de Jamal Belkhadir lorsqu’il dit que le diabète est une maladie silencieuse, et donc trompeuse : ''Les enfants entendent parler des décès provoqués par le Covid-19, mais pas de ceux du diabète. Ils ont l’impression que le Covid tue plus que le diabète et s’autorisent quelques petits, voire gros écarts alimentaires qui peuvent avoir un impact très néfaste sur leur santé. Même encore aujourd’hui, alors que l’enseignement se fait selon un modèle hybride et que les enfants peuvent sortir, beaucoup de ceux que nous recevons n’ont pas repris un taux correct d’hémoglobine glyquée.''

De plus, cette interminable crise sanitaire a plongé, et plonge encore, des familles dans des situations très précaires. ''La particularité de cette année, c’est que beaucoup de parents ont perdu leur emploi à cause de la crise économique générée par la crise sanitaire. Ce sont des gens qui avaient des emplois informels, temporaires, journaliers… Leur situation n’a fait que s’aggraver'', ajoute Mounia Maati. Et leurs difficultés à retrouver du travail dans ce contexte sanitaire très tendu n’arrange rien.

Jamal Belkhadir n’a donc qu’un mot en tête : prudence. Il formule à l’égard des patients diabétiques les mêmes précautions sanitaires que pour les non-diabétiques : distanciation sociale, port du masque et lavage régulier des mains au savon ou au gel hydroalcoolique – ''avec un accent particulier sur le traitement de leur diabète''. Ce diabétologue en appelle particulièrement à une rigueur dans la prise des médicaments et des rendez-vous trimestriels. ''Il faut à tout prix que les patients diabétiques évitent le relâchement. Ils sont appelés à suivre scrupuleusement les prescriptions médicales, avec respect et des mesures diététiques et des mesures sanitaires relatives au Covid-19.''

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