Mehdi Bensaid

Ex membre de la Chambre basse et ancien président de la commission des Affaires étrangères 

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La nécessaire (ré) industrialisation du Maroc Post-Covid19

La nécessaire (ré) industrialisation du Maroc Post-Covid19

Le 25 juin 2020 à 12:54

Modifié le 25 juin 2020 à 12:54

Si la gestion de la crise due à la Covid19 constitue aujourd’hui la préoccupation majeure sur la scène publique nationale, la santé n’en est malheureusement pas la seule conséquence. La crise sanitaire finira par tirer sa révérence et laissera place à l’heure du bilan social et économique et à l’inventaire dramatique d’une économie où le temps s’est arrêté à la veille du confinement.

Cette crise aura frappé de plein fouet plusieurs secteurs de l’économie nationale et risque de les impacter à moyen-terme y compris au lendemain de la crise, il convient dès lors d’en faire un constat objectif, et de se refuser à toute complaisance faussement optimiste qui pourrait altérer le jugement ou le pervertir.

Le secteur du tourisme sera une des principales victimes de cet arrêt, les compagnies aériennes ne prévoient un retour à la normale de leurs activités qu’en 2023.

En plus de ses conséquences psychologiques, la crise Covid19 et ce qui en suivra impacteront immanquablement l’activité touristique dans notre pays, et sectionneront les entrées en devises, chiffrées à plus de 60 milliards de dirhams.

De même, la crise économique conséquente à la Covid19 sera mondiale, et les Investissements Directs Étrangers seront réorientés vers la relance des économies nationales. Une baisse importante du montant des IDE dans le Royaume serait à prévoir, privant le Maroc d’une partie des entrées de devises liées à l’activité des IDE, à savoir un montant global de 35 milliards de dirhams.

Aussi, les conséquences sociales de cette période exceptionnelle n’épargnent pas les Marocains Résidant à l’Étranger, dont les versements de devises aux familles et au Maroc se verront largement diminués à la suite du ralentissement de l’économie européenne, lourdement impactée par le virus.

De surcroît, la sécheresse qui frappe notre pays cette année pourrait augmenter les besoins en importation de produits de première nécessité, notamment le blé dont le Maroc importe 40% des besoins annuels, pour un total de plus de 15 milliards de DH.

Devant l’ensemble de ces défis auxquels fera face notre pays en cette période difficile, il est important que notre gouvernement ne s’arrête pas à des mesures superficielles qui peuvent aider mais ne peuvent en aucun cas vaincre la crise à venir, lequel continue d’annoncer des mesures peu encourageantes et dont l’utilité ne saurait être prouvée. 

Un contrat moral nécessaire entre les partenaires économiques et le gouvernement

A partir de là, il apparait important de mettre en place des mesures à même de produire une forte valeur ajoutée, et dont la production puisse aider le Royaume à attirer les devises dont il aura nécessairement besoin pour assurer son autonomie et son indépendance financière.

Dans ce cadre-là, il est remarqué que plusieurs grands États, à l’instar des États-Unis, appellent de leur vœux une réindustrialisation de leur économie, et ce devrait être notre objectif.

Une industrie nationale forte, en plus de créer des milliers d’emplois, peut agir en filet de sécurité à l’export pour l’entrées de devises, et sa lente agonie actuelle peut conduire à un cercle vicieux irréversible, qu’il ne sera plus utile de rendre vertueux dès le moment où il sera entamé.

Depuis des années, le tissu industriel marocain subit de fortes attaques de la part de la concurrence internationale, et subit pleinement les affres de la mondialisation et d’accords de libre-échange parfois non maitrisés, le « made in Morocco » est aujourd’hui à la croisée des chemins et doit être fortement aidé par le gouvernement marocain afin de reprendre sa compétitivité et d’aider l’ensemble du tissu économique national à faire face au lendemain de crise.

L’heure aujourd’hui n’est pas à l’aide inconditionnelle ni à l’assistanat économique, le gouvernement marocain devrait aujourd’hui se tourner vers les secteurs productifs afin d’établir un partenariat fort, gagnant-gagnant, entre l’Etat et ses partenaires industriels.

La relance économique dont le pays aura besoin des suites de la présente période ne pourra se faire sans l’établissement d’un contrat moral entre les partenaires économiques et le gouvernement du pays, il s’agira de fédérer les bonnes volontés afin d’assurer un maximum d’embauches et remettre le secteur industriel marocain à un niveau compétitif important.

Dans cette perspective, il convient de rappeler que pour la nécessaire survie du secteur productif marocain, il est important de saisir l’opportunité économique qu’offre la crise actuelle afin d’agir en tant qu’accélérateur de l’industrialisation du pays et d’augmentation de sa compétitivité à l’échelle mondiale.

Au lendemain de la crise, deux possibilités s’offriront à nous : baser notre croissance (entre autres) sur un secteur productif et industriel important, en confirmant le leadership du Royaume en Afrique, et ainsi devenir un partenaire plus important pour les pays dits du « Nord », et un hub industriel entre les pays du « Nord » et l’Afrique subsaharienne, ou prendre le risque de condamner ce secteur au risque de perdre définitivement toute compétitivité.

Ce dernier scénarii est par ailleurs prouvé dans les pays anciennement industrialisés qui ont désormais le plus grand mal à relocaliser leur industrie et qui font face à de grandes difficultés du fait de la « fin » de l’ère industrielle dans leurs pays.

Notre pays gagnerait énormément à favoriser un secteur producteur de richesse, de valeur ajoutée et d’emplois.

Pour ce faire, il est important de voir en la crise internationale actuelle et future une fenêtre d’opportunité réelle pour se mettre au travail, nonobstant les « craintes » qu’elle pourrait soulever.

D’aucuns prévoiront une crise du marché de l’export, mais ce serait sans prendre en compte les atouts majeurs dont le pays dispose : un personnel qualifié, un SMIG inférieur à celui des partenaires économiques du pays, une proximité géographique facilitant le transport des biens en période d’urgence, et une population jeune constituant un bassin d’emploi très important et une capacité productive élevée et efficace.

Aussi, notre pays dispose d’un potentiel de croissance conséquent sur le marché européen et américain, ainsi que sur le marché africain dont les atouts et l’attrait demeurent importants.

Face à la concurrence déloyale, le gouvernement marocain serait avisé de déclarer la qualification du secteur industriel national une priorité de son programme de relance et gagnerait à mettre en place des mesures d’accompagnement et de soutien, moyennant des attentes chiffrées aux industriels, dans le but de préparer ce secteur à la concurrence industrielle et de faire du Royaume un pilier industriel en Afrique en mettant à profit la crise économique chez son principal concurrent dans le continent, et ainsi promouvoir la capacité du pays à devenir un hub industriel desservant les principaux partenaires économiques au Nord et au Sud.

Mehdi Bensaid

Ex membre de la Chambre basse et ancien président de la commission des Affaires étrangères 

La nécessaire (ré) industrialisation du Maroc Post-Covid19

Le 25 juin 2020 à12:54

Modifié le 25 juin 2020 à 12:54

Si la gestion de la crise due à la Covid19 constitue aujourd’hui la préoccupation majeure sur la scène publique nationale, la santé n’en est malheureusement pas la seule conséquence. La crise sanitaire finira par tirer sa révérence et laissera place à l’heure du bilan social et économique et à l’inventaire dramatique d’une économie où le temps s’est arrêté à la veille du confinement.

Cette crise aura frappé de plein fouet plusieurs secteurs de l’économie nationale et risque de les impacter à moyen-terme y compris au lendemain de la crise, il convient dès lors d’en faire un constat objectif, et de se refuser à toute complaisance faussement optimiste qui pourrait altérer le jugement ou le pervertir.

Le secteur du tourisme sera une des principales victimes de cet arrêt, les compagnies aériennes ne prévoient un retour à la normale de leurs activités qu’en 2023.

En plus de ses conséquences psychologiques, la crise Covid19 et ce qui en suivra impacteront immanquablement l’activité touristique dans notre pays, et sectionneront les entrées en devises, chiffrées à plus de 60 milliards de dirhams.

De même, la crise économique conséquente à la Covid19 sera mondiale, et les Investissements Directs Étrangers seront réorientés vers la relance des économies nationales. Une baisse importante du montant des IDE dans le Royaume serait à prévoir, privant le Maroc d’une partie des entrées de devises liées à l’activité des IDE, à savoir un montant global de 35 milliards de dirhams.

Aussi, les conséquences sociales de cette période exceptionnelle n’épargnent pas les Marocains Résidant à l’Étranger, dont les versements de devises aux familles et au Maroc se verront largement diminués à la suite du ralentissement de l’économie européenne, lourdement impactée par le virus.

De surcroît, la sécheresse qui frappe notre pays cette année pourrait augmenter les besoins en importation de produits de première nécessité, notamment le blé dont le Maroc importe 40% des besoins annuels, pour un total de plus de 15 milliards de DH.

Devant l’ensemble de ces défis auxquels fera face notre pays en cette période difficile, il est important que notre gouvernement ne s’arrête pas à des mesures superficielles qui peuvent aider mais ne peuvent en aucun cas vaincre la crise à venir, lequel continue d’annoncer des mesures peu encourageantes et dont l’utilité ne saurait être prouvée. 

Un contrat moral nécessaire entre les partenaires économiques et le gouvernement

A partir de là, il apparait important de mettre en place des mesures à même de produire une forte valeur ajoutée, et dont la production puisse aider le Royaume à attirer les devises dont il aura nécessairement besoin pour assurer son autonomie et son indépendance financière.

Dans ce cadre-là, il est remarqué que plusieurs grands États, à l’instar des États-Unis, appellent de leur vœux une réindustrialisation de leur économie, et ce devrait être notre objectif.

Une industrie nationale forte, en plus de créer des milliers d’emplois, peut agir en filet de sécurité à l’export pour l’entrées de devises, et sa lente agonie actuelle peut conduire à un cercle vicieux irréversible, qu’il ne sera plus utile de rendre vertueux dès le moment où il sera entamé.

Depuis des années, le tissu industriel marocain subit de fortes attaques de la part de la concurrence internationale, et subit pleinement les affres de la mondialisation et d’accords de libre-échange parfois non maitrisés, le « made in Morocco » est aujourd’hui à la croisée des chemins et doit être fortement aidé par le gouvernement marocain afin de reprendre sa compétitivité et d’aider l’ensemble du tissu économique national à faire face au lendemain de crise.

L’heure aujourd’hui n’est pas à l’aide inconditionnelle ni à l’assistanat économique, le gouvernement marocain devrait aujourd’hui se tourner vers les secteurs productifs afin d’établir un partenariat fort, gagnant-gagnant, entre l’Etat et ses partenaires industriels.

La relance économique dont le pays aura besoin des suites de la présente période ne pourra se faire sans l’établissement d’un contrat moral entre les partenaires économiques et le gouvernement du pays, il s’agira de fédérer les bonnes volontés afin d’assurer un maximum d’embauches et remettre le secteur industriel marocain à un niveau compétitif important.

Dans cette perspective, il convient de rappeler que pour la nécessaire survie du secteur productif marocain, il est important de saisir l’opportunité économique qu’offre la crise actuelle afin d’agir en tant qu’accélérateur de l’industrialisation du pays et d’augmentation de sa compétitivité à l’échelle mondiale.

Au lendemain de la crise, deux possibilités s’offriront à nous : baser notre croissance (entre autres) sur un secteur productif et industriel important, en confirmant le leadership du Royaume en Afrique, et ainsi devenir un partenaire plus important pour les pays dits du « Nord », et un hub industriel entre les pays du « Nord » et l’Afrique subsaharienne, ou prendre le risque de condamner ce secteur au risque de perdre définitivement toute compétitivité.

Ce dernier scénarii est par ailleurs prouvé dans les pays anciennement industrialisés qui ont désormais le plus grand mal à relocaliser leur industrie et qui font face à de grandes difficultés du fait de la « fin » de l’ère industrielle dans leurs pays.

Notre pays gagnerait énormément à favoriser un secteur producteur de richesse, de valeur ajoutée et d’emplois.

Pour ce faire, il est important de voir en la crise internationale actuelle et future une fenêtre d’opportunité réelle pour se mettre au travail, nonobstant les « craintes » qu’elle pourrait soulever.

D’aucuns prévoiront une crise du marché de l’export, mais ce serait sans prendre en compte les atouts majeurs dont le pays dispose : un personnel qualifié, un SMIG inférieur à celui des partenaires économiques du pays, une proximité géographique facilitant le transport des biens en période d’urgence, et une population jeune constituant un bassin d’emploi très important et une capacité productive élevée et efficace.

Aussi, notre pays dispose d’un potentiel de croissance conséquent sur le marché européen et américain, ainsi que sur le marché africain dont les atouts et l’attrait demeurent importants.

Face à la concurrence déloyale, le gouvernement marocain serait avisé de déclarer la qualification du secteur industriel national une priorité de son programme de relance et gagnerait à mettre en place des mesures d’accompagnement et de soutien, moyennant des attentes chiffrées aux industriels, dans le but de préparer ce secteur à la concurrence industrielle et de faire du Royaume un pilier industriel en Afrique en mettant à profit la crise économique chez son principal concurrent dans le continent, et ainsi promouvoir la capacité du pays à devenir un hub industriel desservant les principaux partenaires économiques au Nord et au Sud.

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