Islam. L’héritage Mohamed Shahrour

Le penseur syrien s’est éteint dimanche 21 décembre à l’âge de 81 ans. Son cheminement intellectuel l’a mené à produire une nouvelle exégèse du Coran, jetant les bases d’un islam éclairé, moderne, humaniste et universel.

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Islam. L’héritage Mohamed Shahrour

Le 24 décembre 2019 à 16:22

Modifié le 24 décembre 2019 à 16:48

C’est l’un des grands penseurs de l’islam qui vient de nous quitter. Mohamed Shahrour, ingénieur syrien qui a dédié toute sa vie à la recherche du sens premier de l’islam, s’est éteint dimanche 21 décembre, à l’âge de 81 ans, à Abu Dhabi.

Il nous lègue une œuvre riche, d’une impressionnante modernité, où il a donné de nouvelles fondations à l’Islam, au Coran et à son interprétation.

Il est considéré pour cela comme l’un des principaux exégètes contemporains du Coran, le "Martin Luther de l’islam" comme l’a baptisé l’anthropologue américain Dale Eickelman.

Comme le célèbre réformateur chrétien, Shahrour a tenté à travers ses travaux de relire le texte fondateur de l’islam, en le remettant au centre. Il a tenté de manière scientifique, sérieuse, de débarrasser l’islam de ce qui relève de l’historique, du culturel, pour en ressortir le sens originel, le souffle universel. Ce qui n’a pas toujours été du goût des clercs…

Le déclic de la Nakssa

Mais rien ne prédestinait ce spécialiste de la mécanique des sols formé dans les années 1960 en URSS à cette destinée. Le déclic est venu en 1967, après la cuisante défaite des armée arabes contre Israël dans la guerre des six jours, comme il le raconte lui-même dans plusieurs émissions télé (disponibles sur YouTube) qui ont permis au grand public de connaître ses idées, sa théorie.

Se rendant à la mosquée après la Nakssa, il entend l’Imam pester contre le délitement des mœurs, notamment chez la gente féminine, et établit une relation directe entre la défaite des armées arabes et l’abandon du voile par la femme.

Quelques jours plus tard, un ami communiste lui propose une autre lecture des choses : les armées arabes ont perdu la guerre car leurs soldats jeûnaient et n’avaient pas assez de force pour résister à l’ennemi.

De l’imam expliquant une défaite militaire par l’abandon de la religion à l’athée qui la justifie par l’excès de religiosité, deux extrêmes s’affrontent. Avec entre les deux, un vide où la raison n’a pas de place constate alors le jeune ingénieur.

"J’ai alors réalisé qu’on avait un gros problème de rationalité, les uns voulant copier le modèle soviétique d’alors, les autres retourner à l’islam du VIIe siècle", raconte-t-il. Des idées qui seront également soutenues au Maroc par Mohamed Abed Al-Jabri dans ses travaux sur Al aql al arabi (la raison arabe).

La télévision peut être déclarée halal ou haram, mais on se dispense de savoir comment elle fonctionne…

"Notre mentalité fonctionne sur le mode binaire, à savoir l’autorisé et le pur (halal); l’interdit et l’impur (haram), licite ou illicite. Ainsi, la télévision peut être déclarée halal ou haram, mais on se dispense de savoir comment elle fonctionne… Ma pensée mathématique m’a aidé à réfléchir différemment, je voulais comprendre pourquoi nos sociétés étaient aussi arriérées…".

Abolition du "taradouf" dans le Coran

Commence alors une véritable plongée dans l’histoire, la tradition islamique et les textes religieux.

Le premier fruit de ce travail d’introspection fut "Le livre et le Coran, lecture contemporaine", ouvrage paru en 1990 où le penseur expose sa théorie, sa méthodologie. Ce travail produit un choc, tant les concepts sont nouveaux, surprenants, modernes, ouvrant la voie à un islam universel, débarrassé des scories d’interprétations et des utilisations qui en ont été faites tout au long de l’histoire.

Shahrour y plaide pour un retour exclusif au Coran. A sa relecture selon les connaissances et sciences d’aujourd’hui. Et rejette la Sunna et le Fiqh qui pour lui sont un pur produit des sociétés des siècles premiers de l’islam. Les Hadiths ne sont, selon lui, qu’une matière historique et ne peuvent faire force de loi. Surtout dans notre époque actuelle.

Dans sa lecture du Coran, il rejette ainsi "le taradouf", cet art des synonymes très cher aux arabes.

"Je suis un ingénieur en sciences. J’interprète le Coran à la manière d’Isaac Newton. Eux (les traditionalistes) font de la poésie. Ils le lisent comme du Shakespeare", avait-il l’habitude de déclarer dans ses conférences.

Cette abolition d’une lecture littéraire, poétique du texte sacré jette une nouvelle lumière sur le Coran. Ainsi Kitab et Quraan ne veulent pas dire forcément la même chose selon lui. Idem pour ab’ (père) et oualid (géniteur), houbout et nouzoul, Janna et Firadous...

Dieu n’est pas un poète, soutient-il. Chaque mot a un sens. Et si tel mot est choisi à la place d’un autre, c’est qu’il y a bien une raison, explique le penseur. Et ce sens, inutile de le chercher ailleurs, dans le hadith, dans "asbab annouzoul" ou autres productions des exégètes de l’ère abbaside. Le Coran contient son sens en son sein. Et les sourates, les mots, s’expliquent par eux-mêmes, à l’intérieur du Coran. Et par le Coran.

Les deux niveaux de croyance de Shahrour

Cette méthodologie lui permet ainsi de remettre sur la table plusieurs définitions fondatrices de la religion. La plus célèbre et bouleversante étant celle de l’Islam et de l’Imane (la foi), deux concepts que le penseur inverse en se référant exclusivement aux versets du Coran.

Le résultat est éclatant de modernité. Et fait de l’islam une religion universelle. Qui ne s’adresse pas seulement aux peuples d’Arabie du 7e siècle.

Nous l’avons tous appris à l’école, les cinq piliers de l’Islam sont la foi en un Dieu unique, en le prophète Mohammed, la pratique de la prière, du jeûne du ramadan et le Hajj pour ceux qui en ont la capacité. Or ce sont là les piliers d’al imane, soutient Shahrour.

L’islam devient alors une foi en Dieu. Et n’est en aucun cas conditionné par les rites.

"Ces rituels me définissent comme disciple de Mohammed. En suivant par exemple le jeûne du ramadan, je suis “mahométan”. Mais je n’ai pas besoin d’être “mahométan” pour être bon avec mes parents. Je pourrais être bouddhiste ou hindou. Etre bon avec ses parents, c’est l’islam. Dans le Coran, on appelle “mumminin” (croyants) ceux qui suivent Mohammed et ceux qui suivent Dieu sont appelés “musulmans”. C’est pour cela qu’il y a des musulmans juifs, des musulmans chrétiens, des musulmans bouddhistes. Chaque être humain peut être musulman. S’il ajoute Moïse, il est juif. S’il ajoute Jésus-Christ, il est chrétien. S’il ajoute Mohammed, il est “mahométan”. Il y a donc deux niveaux de croyances distincts : le premier en Dieu et le second en Mohammed", explique-t-il dans plusieurs interviews.

Cette inversion des concepts choque dans les milieux traditionalistes mais réconcilie beaucoup de musulmans avec le texte sacré.

La théorie des "limites" et la liberté de légiférer

Autre concept réétudié, rafraîchi : les houdouds (les interdits). Considérés par la théorie dominante comme des peines non négociables, ces houdouds sont pensés par Shahrour comme de simples "limites", à l’intérieur desquelles l’Homme a une liberté totale d’agir, de légiférer.

Couper la main d’un voleur, un hadd établi par le Coran, ne peut donc être un châtiment fixe, mais la limite de ce qu’on peut légiférer, soutient ainsi Shahrour.

L’ensemble des houdouds fixerait donc un cadre, dans lequel l’homme peut légiférer en toute liberté, selon le contexte social et politique de son temps.

"Dieu nous a donné seulement quatorze péchés (qui reprennent globalement les dix commandements de Moise selon Shahrour), mais on en trouve plus de deux cents dans la littérature islamique. Danser est un péché, écouter de la musique est un péché, penser est un péché, écrire est un péché, peindre est un péché,…", conteste-t-il.

Les batailles contre le conservatisme

La nouvelle exégèse produite par Shahrour chamboule également les certitudes que la lecture traditionaliste a pu installer pendant de longs siècles.

Ainsi, le jeûne du ramadan est présenté par le penseur comme un choix. Il se réfère pour cela au verset 184 de Sourate Al Baqara, qui le dit clairement, mais dont le sens a été tordu selon lui par les traditionalistes.

Il conteste les clés de répartition dans l’héritage, revendique une égalité parfaite entre hommes et femmes, et soutient que dans le Coran, c’est d’abord la transmission par voie testamentaire qui est privilégié.

Le concept de zina (fornication) est également revisité. Ce qui est largement admis comme un acte sexuel hors des liens du mariage est défini par Shahrour comme de l’adultère. Ainsi, selon lui, le Coran n’a jamais condamné les rapports sexuels entre deux personnes consentantes, mais a toutefois interdit l’adultère, acte que la morale universelle condamne, explique-t-il.

"Dieu est tout puissant. Les règles et valeurs qu’il établit se doivent d’être universelles puisqu’il s’est adressé à travers le Coran à toute l’humanité. On doit donc retrouver ces valeurs dans toutes les sociétés, quelles que soient leur différences. C’est cela l’Islam, une religion universelle, et non un dogme limité dans le temps et dans l’espace", avait-il l’habitude d’expliquer.

Il a pour cela essuyé, ainsi que pour l’ensemble de son œuvre, de vives critiques (souvent violentes) des milieux officiels de l’Islam, des salafistes et autres mouvements islamistes. Certains le déclarant athée, d’autres le taxant de communiste dont l’objectif serait de pervertir la oumma, lui déniant toute légitimité pour parler de religion lui qui a été formé au génie civil chez les soviets.

Des attaques virulentes qui le suivent jusqu’après sa mort, de nombreux salafistes n’ayant pas manqué de se réjouir publiquement de sa disparition… Une pensée noire, qui exclut tout dialogue ou lecture critique de la tradition et des textes, que le penseur a combattue toute sa vie. A travers les idées, les livres. Des livres qui gagneraient aujourd’hui à être étudiés en profondeur, et pourquoi pas être un jour enseignés (aux côtés d’autres théories et travaux) dans nos écoles et universités. 

Islam. L’héritage Mohamed Shahrour

Le 24 décembre 2019 à16:43

Modifié le 24 décembre 2019 à 16:48

Le penseur syrien s’est éteint dimanche 21 décembre à l’âge de 81 ans. Son cheminement intellectuel l’a mené à produire une nouvelle exégèse du Coran, jetant les bases d’un islam éclairé, moderne, humaniste et universel.

C’est l’un des grands penseurs de l’islam qui vient de nous quitter. Mohamed Shahrour, ingénieur syrien qui a dédié toute sa vie à la recherche du sens premier de l’islam, s’est éteint dimanche 21 décembre, à l’âge de 81 ans, à Abu Dhabi.

Il nous lègue une œuvre riche, d’une impressionnante modernité, où il a donné de nouvelles fondations à l’Islam, au Coran et à son interprétation.

Il est considéré pour cela comme l’un des principaux exégètes contemporains du Coran, le "Martin Luther de l’islam" comme l’a baptisé l’anthropologue américain Dale Eickelman.

Comme le célèbre réformateur chrétien, Shahrour a tenté à travers ses travaux de relire le texte fondateur de l’islam, en le remettant au centre. Il a tenté de manière scientifique, sérieuse, de débarrasser l’islam de ce qui relève de l’historique, du culturel, pour en ressortir le sens originel, le souffle universel. Ce qui n’a pas toujours été du goût des clercs…

Le déclic de la Nakssa

Mais rien ne prédestinait ce spécialiste de la mécanique des sols formé dans les années 1960 en URSS à cette destinée. Le déclic est venu en 1967, après la cuisante défaite des armée arabes contre Israël dans la guerre des six jours, comme il le raconte lui-même dans plusieurs émissions télé (disponibles sur YouTube) qui ont permis au grand public de connaître ses idées, sa théorie.

Se rendant à la mosquée après la Nakssa, il entend l’Imam pester contre le délitement des mœurs, notamment chez la gente féminine, et établit une relation directe entre la défaite des armées arabes et l’abandon du voile par la femme.

Quelques jours plus tard, un ami communiste lui propose une autre lecture des choses : les armées arabes ont perdu la guerre car leurs soldats jeûnaient et n’avaient pas assez de force pour résister à l’ennemi.

De l’imam expliquant une défaite militaire par l’abandon de la religion à l’athée qui la justifie par l’excès de religiosité, deux extrêmes s’affrontent. Avec entre les deux, un vide où la raison n’a pas de place constate alors le jeune ingénieur.

"J’ai alors réalisé qu’on avait un gros problème de rationalité, les uns voulant copier le modèle soviétique d’alors, les autres retourner à l’islam du VIIe siècle", raconte-t-il. Des idées qui seront également soutenues au Maroc par Mohamed Abed Al-Jabri dans ses travaux sur Al aql al arabi (la raison arabe).

La télévision peut être déclarée halal ou haram, mais on se dispense de savoir comment elle fonctionne…

"Notre mentalité fonctionne sur le mode binaire, à savoir l’autorisé et le pur (halal); l’interdit et l’impur (haram), licite ou illicite. Ainsi, la télévision peut être déclarée halal ou haram, mais on se dispense de savoir comment elle fonctionne… Ma pensée mathématique m’a aidé à réfléchir différemment, je voulais comprendre pourquoi nos sociétés étaient aussi arriérées…".

Abolition du "taradouf" dans le Coran

Commence alors une véritable plongée dans l’histoire, la tradition islamique et les textes religieux.

Le premier fruit de ce travail d’introspection fut "Le livre et le Coran, lecture contemporaine", ouvrage paru en 1990 où le penseur expose sa théorie, sa méthodologie. Ce travail produit un choc, tant les concepts sont nouveaux, surprenants, modernes, ouvrant la voie à un islam universel, débarrassé des scories d’interprétations et des utilisations qui en ont été faites tout au long de l’histoire.

Shahrour y plaide pour un retour exclusif au Coran. A sa relecture selon les connaissances et sciences d’aujourd’hui. Et rejette la Sunna et le Fiqh qui pour lui sont un pur produit des sociétés des siècles premiers de l’islam. Les Hadiths ne sont, selon lui, qu’une matière historique et ne peuvent faire force de loi. Surtout dans notre époque actuelle.

Dans sa lecture du Coran, il rejette ainsi "le taradouf", cet art des synonymes très cher aux arabes.

"Je suis un ingénieur en sciences. J’interprète le Coran à la manière d’Isaac Newton. Eux (les traditionalistes) font de la poésie. Ils le lisent comme du Shakespeare", avait-il l’habitude de déclarer dans ses conférences.

Cette abolition d’une lecture littéraire, poétique du texte sacré jette une nouvelle lumière sur le Coran. Ainsi Kitab et Quraan ne veulent pas dire forcément la même chose selon lui. Idem pour ab’ (père) et oualid (géniteur), houbout et nouzoul, Janna et Firadous...

Dieu n’est pas un poète, soutient-il. Chaque mot a un sens. Et si tel mot est choisi à la place d’un autre, c’est qu’il y a bien une raison, explique le penseur. Et ce sens, inutile de le chercher ailleurs, dans le hadith, dans "asbab annouzoul" ou autres productions des exégètes de l’ère abbaside. Le Coran contient son sens en son sein. Et les sourates, les mots, s’expliquent par eux-mêmes, à l’intérieur du Coran. Et par le Coran.

Les deux niveaux de croyance de Shahrour

Cette méthodologie lui permet ainsi de remettre sur la table plusieurs définitions fondatrices de la religion. La plus célèbre et bouleversante étant celle de l’Islam et de l’Imane (la foi), deux concepts que le penseur inverse en se référant exclusivement aux versets du Coran.

Le résultat est éclatant de modernité. Et fait de l’islam une religion universelle. Qui ne s’adresse pas seulement aux peuples d’Arabie du 7e siècle.

Nous l’avons tous appris à l’école, les cinq piliers de l’Islam sont la foi en un Dieu unique, en le prophète Mohammed, la pratique de la prière, du jeûne du ramadan et le Hajj pour ceux qui en ont la capacité. Or ce sont là les piliers d’al imane, soutient Shahrour.

L’islam devient alors une foi en Dieu. Et n’est en aucun cas conditionné par les rites.

"Ces rituels me définissent comme disciple de Mohammed. En suivant par exemple le jeûne du ramadan, je suis “mahométan”. Mais je n’ai pas besoin d’être “mahométan” pour être bon avec mes parents. Je pourrais être bouddhiste ou hindou. Etre bon avec ses parents, c’est l’islam. Dans le Coran, on appelle “mumminin” (croyants) ceux qui suivent Mohammed et ceux qui suivent Dieu sont appelés “musulmans”. C’est pour cela qu’il y a des musulmans juifs, des musulmans chrétiens, des musulmans bouddhistes. Chaque être humain peut être musulman. S’il ajoute Moïse, il est juif. S’il ajoute Jésus-Christ, il est chrétien. S’il ajoute Mohammed, il est “mahométan”. Il y a donc deux niveaux de croyances distincts : le premier en Dieu et le second en Mohammed", explique-t-il dans plusieurs interviews.

Cette inversion des concepts choque dans les milieux traditionalistes mais réconcilie beaucoup de musulmans avec le texte sacré.

La théorie des "limites" et la liberté de légiférer

Autre concept réétudié, rafraîchi : les houdouds (les interdits). Considérés par la théorie dominante comme des peines non négociables, ces houdouds sont pensés par Shahrour comme de simples "limites", à l’intérieur desquelles l’Homme a une liberté totale d’agir, de légiférer.

Couper la main d’un voleur, un hadd établi par le Coran, ne peut donc être un châtiment fixe, mais la limite de ce qu’on peut légiférer, soutient ainsi Shahrour.

L’ensemble des houdouds fixerait donc un cadre, dans lequel l’homme peut légiférer en toute liberté, selon le contexte social et politique de son temps.

"Dieu nous a donné seulement quatorze péchés (qui reprennent globalement les dix commandements de Moise selon Shahrour), mais on en trouve plus de deux cents dans la littérature islamique. Danser est un péché, écouter de la musique est un péché, penser est un péché, écrire est un péché, peindre est un péché,…", conteste-t-il.

Les batailles contre le conservatisme

La nouvelle exégèse produite par Shahrour chamboule également les certitudes que la lecture traditionaliste a pu installer pendant de longs siècles.

Ainsi, le jeûne du ramadan est présenté par le penseur comme un choix. Il se réfère pour cela au verset 184 de Sourate Al Baqara, qui le dit clairement, mais dont le sens a été tordu selon lui par les traditionalistes.

Il conteste les clés de répartition dans l’héritage, revendique une égalité parfaite entre hommes et femmes, et soutient que dans le Coran, c’est d’abord la transmission par voie testamentaire qui est privilégié.

Le concept de zina (fornication) est également revisité. Ce qui est largement admis comme un acte sexuel hors des liens du mariage est défini par Shahrour comme de l’adultère. Ainsi, selon lui, le Coran n’a jamais condamné les rapports sexuels entre deux personnes consentantes, mais a toutefois interdit l’adultère, acte que la morale universelle condamne, explique-t-il.

"Dieu est tout puissant. Les règles et valeurs qu’il établit se doivent d’être universelles puisqu’il s’est adressé à travers le Coran à toute l’humanité. On doit donc retrouver ces valeurs dans toutes les sociétés, quelles que soient leur différences. C’est cela l’Islam, une religion universelle, et non un dogme limité dans le temps et dans l’espace", avait-il l’habitude d’expliquer.

Il a pour cela essuyé, ainsi que pour l’ensemble de son œuvre, de vives critiques (souvent violentes) des milieux officiels de l’Islam, des salafistes et autres mouvements islamistes. Certains le déclarant athée, d’autres le taxant de communiste dont l’objectif serait de pervertir la oumma, lui déniant toute légitimité pour parler de religion lui qui a été formé au génie civil chez les soviets.

Des attaques virulentes qui le suivent jusqu’après sa mort, de nombreux salafistes n’ayant pas manqué de se réjouir publiquement de sa disparition… Une pensée noire, qui exclut tout dialogue ou lecture critique de la tradition et des textes, que le penseur a combattue toute sa vie. A travers les idées, les livres. Des livres qui gagneraient aujourd’hui à être étudiés en profondeur, et pourquoi pas être un jour enseignés (aux côtés d’autres théories et travaux) dans nos écoles et universités. 

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