Brésil: dégringolade des actions de Petrobras, Bolsonaro impassible

(AFP)

Les actions de Petrobras ont fondu comme neige au soleil lundi à la Bourse de Sao Paulo, les marchés ayant réagi négativement à la désignation d'un général à la tête de la compagnie, signe d'une ingérence croissante du gouvernement Bolsonaro dans l'économie.

Les actions ordinaires du géant pétrolier ont perdu 20,48% à la clôture et les préférentielles 21,51%, tandis que l'indice Ibovespa cédait 4,87% et que le réal brésilien reculait de 1,26% face au dollar.

Vendredi, les actions de Petrobras avaient déjà chuté de plus de 7% à la suite de déclarations du président Bolsonaro qui avait évoqué des "changements" à venir chez Petrobras.

La perte de capitalisation boursière a atteint plus de 100 milliards de réais (18,4 milliards de dollars) lors de ces deux séances, 72 milliards sur la seule journée de lundi.

La raison de ce plongeon: l'annonce vendredi soir de la non-reconduction du président de Petrobras, Roberto Castello Branco, que M. Bolsonaro incrimine pour les quatre augmentations successives des prix des combustibles en moins de deux mois (+35% depuis le début de l'année).

À sa place, il a désigné un général de réserve, Joaquim Silva e Luna, ex-ministre de la Défense, dont le nom doit encore être approuvé par le conseil d'administration du groupe, mardi.

"Impulsion autoritaire", "intervention militaire" : les critiques ont fusé dans les éditoriaux des principaux journaux brésiliens, tandis que de nombreux analystes craignent que ce changement intempestif à la tête du géant pétrolier n'entame sérieusement la crédibilité du Brésil auprès des investisseurs étrangers.

- Virage à 180 degrés -

Mais le président d'extrême droite ne semblait pas trop s'inquiéter de la dégringolade du cours des actions de la plus grande compagnie publique du pays, préférant stigmatiser les milieux d'affaires qui ont pourtant contribué à le faire élire fin 2018.

"Cela montre que certaines personnes liées aux marchés financiers sont très satisfaites d'une politique de Petrobras qui n'avait qu'un seul but: servir les intérêts de certains groupes au Brésil", a-t-il affirmé lundi devant des partisans à la sortie de sa résidence officielle du Palais de l'Alvorada.

"Le pétrole est-il à nous ou à un petit groupe de Brésiliens ?", a-t-il demandé.

Ces propos montrent un virage à 180 degrés par rapport aux promesses de campagne du président Bolsonaro, qui avait nommé au ministère de l'Economie l'ultra-libéral Paulo Guedes.

M. Castello Branco est un "Chicago Boy", comme le ministre Guedes, qui semble perdre de plus en plus le contrôle de la politique économique du pays.

"Avec le changement à la tête de Petrobras, le gouvernement a fait clairement preuve d'ingérence parce que Bolsonaro est contre l'augmentation systématique de prix des combustibles", dit à l'AFP Alex Agostini, du cabinet de consultants Austin Ratings.

Jair Bolsonaro, dont la cote de popularité a baissé, "a en tête la prochaine élection" présidentielle en 2022.

- "Réaction démagogique" -

Le chef de l'Etat s'est pourtant défendu de toute ingérence dans la fixation des prix des combustibles. "Vous avez vu les prix baisser? Où est l'ingérence? Tout ce que j'exige de la part de Petrobras, c'est de la transparence et de la prévisibilité".

La dernière fois qu'un gouvernement est intervenu sur les prix, c'était sous la présidence de Dilma Rousseff (2011-2016), dirigeante de gauche honnie par Jair Bolsonaro.

"Nous savons que ça avait coûté très cher à Petrobras, qui a pratiqué des prix très en dessous du marché", souligne Alex Agostini.

Des difficultés financières pour le groupe aggravées par le gigantesque scandale de corruption mis au jour par l'enquête Lava Jato (Lavage express), qui vient d'être enterrée.

Petrobras a commencé à refaire surface ces dernières années, réduisant son endettement grâce à la cession d'actifs.

L'intervention du président d'extrême droite lui a valu le surnom de "Dilmonaro" sur les réseaux sociaux.

Dans un éditorial, le quotidien Folha de S. Paulo a qualifié lundi l'ingérence de M. Bolsonaro de "réaction démagogique à ces hausses de prix qui gênent ses alliés camionneurs", en référence à la menace de grève des chauffeurs routiers, qui avaient paralysé le pays en 2018.

Mais pour Miriam Leitao, éditorialiste du quotidien O Globo, le fait de "s'attaquer à la gouvernance de Petrobras pour contrôler les prix ne va contenter personne, pas même les chauffeurs routiers".

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Brésil: dégringolade des actions de Petrobras, Bolsonaro impassible

Le 22 février 2021 à22:55

Les actions de Petrobras ont fondu comme neige au soleil lundi à la Bourse de Sao Paulo, les marchés ayant réagi négativement à la désignation d'un général à la tête de la compagnie, signe d'une ingérence croissante du gouvernement Bolsonaro dans l'économie.

Les actions ordinaires du géant pétrolier ont perdu 20,48% à la clôture et les préférentielles 21,51%, tandis que l'indice Ibovespa cédait 4,87% et que le réal brésilien reculait de 1,26% face au dollar.

Vendredi, les actions de Petrobras avaient déjà chuté de plus de 7% à la suite de déclarations du président Bolsonaro qui avait évoqué des "changements" à venir chez Petrobras.

La perte de capitalisation boursière a atteint plus de 100 milliards de réais (18,4 milliards de dollars) lors de ces deux séances, 72 milliards sur la seule journée de lundi.

La raison de ce plongeon: l'annonce vendredi soir de la non-reconduction du président de Petrobras, Roberto Castello Branco, que M. Bolsonaro incrimine pour les quatre augmentations successives des prix des combustibles en moins de deux mois (+35% depuis le début de l'année).

À sa place, il a désigné un général de réserve, Joaquim Silva e Luna, ex-ministre de la Défense, dont le nom doit encore être approuvé par le conseil d'administration du groupe, mardi.

"Impulsion autoritaire", "intervention militaire" : les critiques ont fusé dans les éditoriaux des principaux journaux brésiliens, tandis que de nombreux analystes craignent que ce changement intempestif à la tête du géant pétrolier n'entame sérieusement la crédibilité du Brésil auprès des investisseurs étrangers.

- Virage à 180 degrés -

Mais le président d'extrême droite ne semblait pas trop s'inquiéter de la dégringolade du cours des actions de la plus grande compagnie publique du pays, préférant stigmatiser les milieux d'affaires qui ont pourtant contribué à le faire élire fin 2018.

"Cela montre que certaines personnes liées aux marchés financiers sont très satisfaites d'une politique de Petrobras qui n'avait qu'un seul but: servir les intérêts de certains groupes au Brésil", a-t-il affirmé lundi devant des partisans à la sortie de sa résidence officielle du Palais de l'Alvorada.

"Le pétrole est-il à nous ou à un petit groupe de Brésiliens ?", a-t-il demandé.

Ces propos montrent un virage à 180 degrés par rapport aux promesses de campagne du président Bolsonaro, qui avait nommé au ministère de l'Economie l'ultra-libéral Paulo Guedes.

M. Castello Branco est un "Chicago Boy", comme le ministre Guedes, qui semble perdre de plus en plus le contrôle de la politique économique du pays.

"Avec le changement à la tête de Petrobras, le gouvernement a fait clairement preuve d'ingérence parce que Bolsonaro est contre l'augmentation systématique de prix des combustibles", dit à l'AFP Alex Agostini, du cabinet de consultants Austin Ratings.

Jair Bolsonaro, dont la cote de popularité a baissé, "a en tête la prochaine élection" présidentielle en 2022.

- "Réaction démagogique" -

Le chef de l'Etat s'est pourtant défendu de toute ingérence dans la fixation des prix des combustibles. "Vous avez vu les prix baisser? Où est l'ingérence? Tout ce que j'exige de la part de Petrobras, c'est de la transparence et de la prévisibilité".

La dernière fois qu'un gouvernement est intervenu sur les prix, c'était sous la présidence de Dilma Rousseff (2011-2016), dirigeante de gauche honnie par Jair Bolsonaro.

"Nous savons que ça avait coûté très cher à Petrobras, qui a pratiqué des prix très en dessous du marché", souligne Alex Agostini.

Des difficultés financières pour le groupe aggravées par le gigantesque scandale de corruption mis au jour par l'enquête Lava Jato (Lavage express), qui vient d'être enterrée.

Petrobras a commencé à refaire surface ces dernières années, réduisant son endettement grâce à la cession d'actifs.

L'intervention du président d'extrême droite lui a valu le surnom de "Dilmonaro" sur les réseaux sociaux.

Dans un éditorial, le quotidien Folha de S. Paulo a qualifié lundi l'ingérence de M. Bolsonaro de "réaction démagogique à ces hausses de prix qui gênent ses alliés camionneurs", en référence à la menace de grève des chauffeurs routiers, qui avaient paralysé le pays en 2018.

Mais pour Miriam Leitao, éditorialiste du quotidien O Globo, le fait de "s'attaquer à la gouvernance de Petrobras pour contrôler les prix ne va contenter personne, pas même les chauffeurs routiers".

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