L'avion de l'opposant Alexeï Navalny dérouté, ses alliés arrêtés pour son retour en Russie

(AFP)

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, est arrivé dimanche à Moscou, où il risque d'être arrêté, après que l'avion le transportant a été dérouté à la dernière minute et que la plupart de ses alliés ont été interpellés.

Devant à l'origine atterrir à l'aéroport Vnoukovo de Moscou, l'avion transportant l'opposant a été dérouté vers celui de Cheremetievo et s'est posé à 20H12 (17H12 GMT), près de trois heures après avoir quitté Berlin, selon des journalistes de l'AFP à bord.

En montant à bord aux côtés de sa femme Ioulia, Alexeï Navalny avait dit être "très heureux" de revenir et assuré "n'avoir rien à craindre en Russie". "Je suis certain que tout va bien se passer. On va m'arrêter? Ce n'est pas possible, je suis innocent", a-t-il lancé, avant d'ajouter: "En Allemagne, c'était bien, mais rentrer à la maison c'est toujours mieux".

A l'aéroport Vnoukovo, où l'opposant était à l'origine attendu, la police a pourtant interpellé la plupart de ses alliés venus l'accueillir, dont Lioubov Sobol, figure montante de l'opposition russe déjà arrêtée il y a quelques semaines.

La police antiémeute y était présente en force et délogeait progressivement de l'aéroport la plupart des quelques 200 partisans de M. Navalny qui s'y trouvaient, selon des journalistes de l'AFP.

Les alliés de M. Navalny sont accusés de "désobéissance" envers la police, a précisé sur Twitter un proche collaborateur, Ivan Jdanov.

Selon l'ONG spécialisée OVD-Info, 37 personnes au total ont été arrêtées dimanche à Moscou avant l'arrivée de M. Navalny.

"Comme d'habitude, les autorités russes sont caractérisées par leur peur", avait encore dit l'opposant, âgé de 44 ans, en montant dans l'appareil.

Depuis que le pire ennemi du président Vladimir Poutine a annoncé mercredi son intention de rentrer, les services pénitentiaires russes (FSIN) l'ont mis en garde et assuré qu'ils seraient "obligés" de l'arrêter pour avoir violé les conditions d'une peine de prison avec sursis à laquelle il a été condamné en 2014.

Le chef de file de l'opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l'opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l'époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L'opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d'avoir tenté de l'assassiner sur l'ordre direct de Vladimir Poutine.

- Enquête pour fraude -

Au gré des versions, les autorités russes ont elles mis en cause les services secrets occidentaux, ou l'hygiène de vie d'Alexeï Navalny, refusant d'ouvrir une enquête, arguant notamment du refus de l'Allemagne de transmettre ses données à la Russie.

Samedi, Berlin a toutefois annoncé avoir transmis à Moscou des éléments de son enquête judiciaire, notamment "des procès-verbaux" d'interrogatoires d'Alexeï Navalny et "des échantillons de sang et de tissus, ainsi que des morceaux de vêtements".

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a confirmé dimanche que Moscou avait reçu ces documents mais assuré qu'ils "ne comportaient essentiellement rien" de ce que la Russie voulait.

Selon le FSIN, Alexeï Navalny n'a pas respecté quand il était en Allemagne les conditions d'une peine de prison avec sursis reçue en 2014, qui l'obligeait à pointer au moins deux fois par mois à l'administration pénitentiaire.

L'opposant est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d'avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros) de dons.

S'il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d'abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20% des Russes approuvaient ses actions.

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L'avion de l'opposant Alexeï Navalny dérouté, ses alliés arrêtés pour son retour en Russie

Le 17 janvier 2021 à18:55

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, est arrivé dimanche à Moscou, où il risque d'être arrêté, après que l'avion le transportant a été dérouté à la dernière minute et que la plupart de ses alliés ont été interpellés.

Devant à l'origine atterrir à l'aéroport Vnoukovo de Moscou, l'avion transportant l'opposant a été dérouté vers celui de Cheremetievo et s'est posé à 20H12 (17H12 GMT), près de trois heures après avoir quitté Berlin, selon des journalistes de l'AFP à bord.

En montant à bord aux côtés de sa femme Ioulia, Alexeï Navalny avait dit être "très heureux" de revenir et assuré "n'avoir rien à craindre en Russie". "Je suis certain que tout va bien se passer. On va m'arrêter? Ce n'est pas possible, je suis innocent", a-t-il lancé, avant d'ajouter: "En Allemagne, c'était bien, mais rentrer à la maison c'est toujours mieux".

A l'aéroport Vnoukovo, où l'opposant était à l'origine attendu, la police a pourtant interpellé la plupart de ses alliés venus l'accueillir, dont Lioubov Sobol, figure montante de l'opposition russe déjà arrêtée il y a quelques semaines.

La police antiémeute y était présente en force et délogeait progressivement de l'aéroport la plupart des quelques 200 partisans de M. Navalny qui s'y trouvaient, selon des journalistes de l'AFP.

Les alliés de M. Navalny sont accusés de "désobéissance" envers la police, a précisé sur Twitter un proche collaborateur, Ivan Jdanov.

Selon l'ONG spécialisée OVD-Info, 37 personnes au total ont été arrêtées dimanche à Moscou avant l'arrivée de M. Navalny.

"Comme d'habitude, les autorités russes sont caractérisées par leur peur", avait encore dit l'opposant, âgé de 44 ans, en montant dans l'appareil.

Depuis que le pire ennemi du président Vladimir Poutine a annoncé mercredi son intention de rentrer, les services pénitentiaires russes (FSIN) l'ont mis en garde et assuré qu'ils seraient "obligés" de l'arrêter pour avoir violé les conditions d'une peine de prison avec sursis à laquelle il a été condamné en 2014.

Le chef de file de l'opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l'opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l'époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L'opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d'avoir tenté de l'assassiner sur l'ordre direct de Vladimir Poutine.

- Enquête pour fraude -

Au gré des versions, les autorités russes ont elles mis en cause les services secrets occidentaux, ou l'hygiène de vie d'Alexeï Navalny, refusant d'ouvrir une enquête, arguant notamment du refus de l'Allemagne de transmettre ses données à la Russie.

Samedi, Berlin a toutefois annoncé avoir transmis à Moscou des éléments de son enquête judiciaire, notamment "des procès-verbaux" d'interrogatoires d'Alexeï Navalny et "des échantillons de sang et de tissus, ainsi que des morceaux de vêtements".

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a confirmé dimanche que Moscou avait reçu ces documents mais assuré qu'ils "ne comportaient essentiellement rien" de ce que la Russie voulait.

Selon le FSIN, Alexeï Navalny n'a pas respecté quand il était en Allemagne les conditions d'une peine de prison avec sursis reçue en 2014, qui l'obligeait à pointer au moins deux fois par mois à l'administration pénitentiaire.

L'opposant est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d'avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros) de dons.

S'il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d'abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20% des Russes approuvaient ses actions.

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