Roland-Garros: comment le Covid-19 assèche les recettes du tennis français

(AFP)

Public réduit à l'extrême, clientèle d'affaires aussi très affectée, poids additionnel du protocole sanitaire: le manque à gagner s'annonce considérable pour Roland-Garros au temps du Covid-19. Avec des implications directes pour le tennis français, très largement irrigué par le Grand Chelem parisien.

Un chiffre résume la "Roland-Garros dépendance" de la Fédération française de tennis (FFT): sur son budget de 325 millions d'euros en 2019 - qui en fait le plus important des fédérations sportives françaises -, plus de 255 millions d'euros viennent de son prestigieux tournoi. Soit près de 80%.

Les organisateurs n'en font pas mystère, cette édition 2020 exceptionnellement reprogrammée à l'automne sous la contrainte du Covid-19, qui s'ouvre dimanche, n'atteindra pas ces sommets.

"On organise ce tournoi en sachant que nous aurons des recettes moindres", reconnaissait début septembre le président de la FFT Bernard Giudicelli.

Que restera-t-il alors de cette manne financière ?

Quand la jauge était encore fixée à 11.500 spectateurs quotidiens au maximum début septembre, le directeur de Roland-Garros Guy Forget tablait sur des "produits divisés par deux" et évaluait le manque à gagner entre 130 et 140 millions d'euros. Mais la situation s'est encore dégradée depuis.

Concrètement, rayon recettes, deux postes trinquent principalement: la billetterie et les prestations liées à la clientèle d'affaires (hospitalités). Chacun pèse 18% des rentrées totales.

- "Paradis" perdu -

Très, très loin des quelque 520.000 spectateurs accueillis Porte d'Auteuil en 2019, Roland-Garros a appris jeudi soir qu'elle ne pourrait en recevoir que 15.000 au long de la quinzaine parisienne - 1.000 par jour. Soit moins de 3% de son taux de remplissage d'il y a un an.

Un coup de rabot supplémentaire qui fait suite aux nouvelles restrictions de rassemblement annoncées mercredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran, en l'occurrence un millier de personnes maximum à Paris, classée en "zone d'alerte renforcée" comme dix autres grandes villes françaises.

"Roland-Garros, c'est aussi le paradis des hospitalités, avec les loges, les repas d'affaires, etc. C'est sûr que c'est une prestation largement touchée, impossible à maintenir au niveau d'avant, et vous avez des contrats qui se cassent", complète auprès de l'AFP Lionel Maltese, professeur d'économie du sport à l'Université d'Aix-Marseille et membre du comité directeur de la FFT en charge du développement économique.

Au bout de la chaîne, la vente de produits dérivés (4%) va elle aussi plonger.

Dans ce climat morose, la bonne nouvelle pour le Grand Chelem parisien, c'est que son premier poste de revenus, les droits télé, qui compte pour plus d'un tiers (36%, environ 80 ME), tient lui le coup.

Rayon dépenses, s'ajoute le poids mouvant du protocole sanitaire à déployer et adapter au gré des décisions des autorités françaises.

Quant au "prize money", c'est à dire les primes de résultat pour les joueurs et joueuses, les organisateurs l'ont tempéré, mais maintenu à un haut niveau, à "un peu plus de 38 millions d'euros, de l'ordre de 90% de l'année précédente", compare Forget.

- "Dépendance" -

Avec cet inévitable trou dans la caisse, quelles conséquences pour le tennis français ?

"C'est une édition sinistrée, et une année sinistrée pour le tennis français. C'est l'exemple d'un modèle vertueux, assez unique, où les recettes de Roland-Garros ruissellent normalement vers l'ensemble du tennis, qui s'autofinance quand ça se passe bien et qui là s'écroule avec le contexte sanitaire", décrit à l'AFP Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d'économie du sport (CDES) à Limoges.

Pour passer le cap du décalage exceptionnel du tournoi, la FFT a eu recours au dispositif du prêt garanti par l'Etat et à un emprunt important auprès de son partenaire principal BNP Paribas, explique Maltese.

"La fédération n'est pas du tout en danger, elle a eu des revenus, elle a fait des investissements, elle est propriétaire de beaucoup de choses, dont Roland-Garros" et le Masters 1000 de Paris, "c'est un actif énorme", développe l'universitaire, qui insiste sur le fait qu'elle n'a procédé à aucun licenciement, contrairement à son homologue américaine (USTA).

Mais "là où il y avait un bénéfice important, entre 60 et 80 millions d'euros chaque année, aujourd'hui, en dispositif Covid, on arrive à peine à équilibrer, voire on perd un peu d'argent", poursuit-il.

"La fédération avait l'habitude d'avoir de la marge de manoeuvre pour pouvoir investir sur beaucoup de projets. La question qui va se poser, c'est comment on va revoir les charges pour compenser", complète Maltese, en évoquant "des investissements qui ne vont pas pouvoir se faire comme avant", à "concentrer sur des projets indispensables" et la nécessité de renforcer son contrôle de gestion.

"Cette dépendance devient un souci avec le contexte (sanitaire). Il ne faut pas que ça dure trop longtemps", souligne Lepetit. "Roland-Garros 2021 arrive vite."

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Roland-Garros: comment le Covid-19 assèche les recettes du tennis français

Le 25 septembre 2020 à06:49

Public réduit à l'extrême, clientèle d'affaires aussi très affectée, poids additionnel du protocole sanitaire: le manque à gagner s'annonce considérable pour Roland-Garros au temps du Covid-19. Avec des implications directes pour le tennis français, très largement irrigué par le Grand Chelem parisien.

Un chiffre résume la "Roland-Garros dépendance" de la Fédération française de tennis (FFT): sur son budget de 325 millions d'euros en 2019 - qui en fait le plus important des fédérations sportives françaises -, plus de 255 millions d'euros viennent de son prestigieux tournoi. Soit près de 80%.

Les organisateurs n'en font pas mystère, cette édition 2020 exceptionnellement reprogrammée à l'automne sous la contrainte du Covid-19, qui s'ouvre dimanche, n'atteindra pas ces sommets.

"On organise ce tournoi en sachant que nous aurons des recettes moindres", reconnaissait début septembre le président de la FFT Bernard Giudicelli.

Que restera-t-il alors de cette manne financière ?

Quand la jauge était encore fixée à 11.500 spectateurs quotidiens au maximum début septembre, le directeur de Roland-Garros Guy Forget tablait sur des "produits divisés par deux" et évaluait le manque à gagner entre 130 et 140 millions d'euros. Mais la situation s'est encore dégradée depuis.

Concrètement, rayon recettes, deux postes trinquent principalement: la billetterie et les prestations liées à la clientèle d'affaires (hospitalités). Chacun pèse 18% des rentrées totales.

- "Paradis" perdu -

Très, très loin des quelque 520.000 spectateurs accueillis Porte d'Auteuil en 2019, Roland-Garros a appris jeudi soir qu'elle ne pourrait en recevoir que 15.000 au long de la quinzaine parisienne - 1.000 par jour. Soit moins de 3% de son taux de remplissage d'il y a un an.

Un coup de rabot supplémentaire qui fait suite aux nouvelles restrictions de rassemblement annoncées mercredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran, en l'occurrence un millier de personnes maximum à Paris, classée en "zone d'alerte renforcée" comme dix autres grandes villes françaises.

"Roland-Garros, c'est aussi le paradis des hospitalités, avec les loges, les repas d'affaires, etc. C'est sûr que c'est une prestation largement touchée, impossible à maintenir au niveau d'avant, et vous avez des contrats qui se cassent", complète auprès de l'AFP Lionel Maltese, professeur d'économie du sport à l'Université d'Aix-Marseille et membre du comité directeur de la FFT en charge du développement économique.

Au bout de la chaîne, la vente de produits dérivés (4%) va elle aussi plonger.

Dans ce climat morose, la bonne nouvelle pour le Grand Chelem parisien, c'est que son premier poste de revenus, les droits télé, qui compte pour plus d'un tiers (36%, environ 80 ME), tient lui le coup.

Rayon dépenses, s'ajoute le poids mouvant du protocole sanitaire à déployer et adapter au gré des décisions des autorités françaises.

Quant au "prize money", c'est à dire les primes de résultat pour les joueurs et joueuses, les organisateurs l'ont tempéré, mais maintenu à un haut niveau, à "un peu plus de 38 millions d'euros, de l'ordre de 90% de l'année précédente", compare Forget.

- "Dépendance" -

Avec cet inévitable trou dans la caisse, quelles conséquences pour le tennis français ?

"C'est une édition sinistrée, et une année sinistrée pour le tennis français. C'est l'exemple d'un modèle vertueux, assez unique, où les recettes de Roland-Garros ruissellent normalement vers l'ensemble du tennis, qui s'autofinance quand ça se passe bien et qui là s'écroule avec le contexte sanitaire", décrit à l'AFP Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d'économie du sport (CDES) à Limoges.

Pour passer le cap du décalage exceptionnel du tournoi, la FFT a eu recours au dispositif du prêt garanti par l'Etat et à un emprunt important auprès de son partenaire principal BNP Paribas, explique Maltese.

"La fédération n'est pas du tout en danger, elle a eu des revenus, elle a fait des investissements, elle est propriétaire de beaucoup de choses, dont Roland-Garros" et le Masters 1000 de Paris, "c'est un actif énorme", développe l'universitaire, qui insiste sur le fait qu'elle n'a procédé à aucun licenciement, contrairement à son homologue américaine (USTA).

Mais "là où il y avait un bénéfice important, entre 60 et 80 millions d'euros chaque année, aujourd'hui, en dispositif Covid, on arrive à peine à équilibrer, voire on perd un peu d'argent", poursuit-il.

"La fédération avait l'habitude d'avoir de la marge de manoeuvre pour pouvoir investir sur beaucoup de projets. La question qui va se poser, c'est comment on va revoir les charges pour compenser", complète Maltese, en évoquant "des investissements qui ne vont pas pouvoir se faire comme avant", à "concentrer sur des projets indispensables" et la nécessité de renforcer son contrôle de gestion.

"Cette dépendance devient un souci avec le contexte (sanitaire). Il ne faut pas que ça dure trop longtemps", souligne Lepetit. "Roland-Garros 2021 arrive vite."

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