Affluence et répression pour un duel électoral inattendu au Bélarus

(AFP)

Les Bélarusses votaient en nombre dimanche lors d'une présidentielle tendue, opposant Alexandre Loukachenko à une candidate inattendue, qui a mobilisé les foules malgré une répression croissante.

Signe des tensions, à Minsk, des contrôles de police ont été mis en place et la circulation limitée, tandis que des blindés, camions militaires, véhicules de police et canons à eau étaient déployés, selon des témoins et des images diffusées sur les réseaux sociaux. De nombreux sites internet et réseaux sociaux étaient difficilement accessibles ou coupés.

Le scrutin de dimanche, prévu jusqu'à 20H00 (17H00 GMT), a été précédé d'un vote anticipé, dénoncé par l'opposition comme favorisant les fraudes. A 16H00, la participation était de 73,4%. Des résultats partiels sont attendus dans la soirée.

Après avoir voté, le président bélarusse a signifié qu'il "n'autoriserait pas de perte de contrôle" ni de "chaos" dans le pays, alors que des appels à manifester se multipliaient en ligne.

Ces derniers jours, il a accusé des mercenaires russes et des opposants de préparer un "massacre", des affirmations rejetées par ses détracteurs et la Russie.

Le procureur général, Alexandre Koniouk, a mis en garde contre toute participation à des rassemblements non autorisées.

La principale adversaire du président, Svetlana Tikhanovskaïa, dont l'ascension surprise a galvanisé le Bélarus, a elle réclamé une "élection honnête" après avoir voté.

- Bracelets blancs -

Le pouvoir a redoublé d'efforts pour enrayer l'essor de cette novice en politique, qui a monté une campagne historique au Bélarus, en formant une trio rafraîchissant avec Véronika Tsepkalo, compagne d'un opposant exilé, et Maria Kolesnikova, directrice de campagne d'un ex-banquier emprisonné alors qu'il souhaitait se présenter.

Samedi, la cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz, a été arrêtée et Maria Kolesnikova brièvement interpellée. Dimanche, Veronika Tsepkalo a préféré partir en Russie.

Selon l'ONG Viasna, plus de vingt personnes ont été arrêtées dimanche dont trois journalistes de la chaîne télévisée indépendante russe Dojd. A cela s'ajoutent neuf membres de l'équipe de Mme Tikhanovskaïa détenus ces derniers jours, selon sa campagne.

Cette enseignante d'anglais de formation, âgée de 37 ans, a dit tenir bon malgré la "peur", mais a dû quitter son appartement samedi pour des raisons de sécurité.

Dimanche, de longues queues d'électeurs inédites se sont formées devant les bureaux de vote.

Les partisans de l'opposition étaient munis de bracelets blancs, signe de soutien à leur égérie, qui les a invités à envoyer des photos de leurs bulletins de vote afin d'organiser un comptage indépendant.

Vadim Svichkarev, agent de sécurité de 49 ans, espère un changement après ce scrutin: "C'est très difficile de ne pas avancer pendant 26 ans", dit-il en référence au quart de siècle de pouvoir de M. Loukachenko.

- Impitoyable -

Artiom, programmateur de 33 ans, affirme avoir constaté des fraudes: "dans mon bureau de vote, il y a une participation de près de 100%".

Mme Tikhanovskaïa a dit d'ailleurs vendredi à l'AFP ne pas avoir d'illusions quant au résultat, dénonçant des "fraudes éhontées". Le nombre d'observateurs indépendants a été réduit au minimum.

Dans ce contexte, beaucoup craignent que la répression puisse encore s'accentuer en cas de contestation populaire.

"Connaissant la nature impitoyable de Loukachenko, quiconque s'intéresse au Bélarus s'inquiètera pour le peuple bélarusse dans les prochains jours", affirme à l'AFP Nigel Gould-Davies, analyste à l'International Institute for Strategic Studies et ancien ambassadeur britannique dans l'ex-république soviétique.

Avant l'émergence de Mme Tikhanovskaïa, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés: deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats autorisés n'ont pas mobilisé.

Svetlana Tikhanovskaïa a elle remplacé son mari, Sergueï Tikhanovski, un blogueur incarcéré en mai alors qu'il faisait campagne. Sa réussite est d'autant plus remarquable que le Bélarus n'a jamais vu émerger d'opposition unie et structurée.

En cas de victoire, elle a promis de libérer "les prisonniers politiques", et d'organiser une réforme constitutionnelle puis de nouvelles élections.

Sa montée en puissance s'est faite sur fond de difficultés économiques croissantes, aggravées par des tensions avec la Russie, accusée de chercher à vassaliser le Bélarus, et de la réponse controversée d'Alexandre Loukachenko à l'épidémie de nouveau coronavirus, qu'il a qualifiée de "psychose".

Le Bélarus n'a pas organisé de scrutin jugé libre depuis 1995. A plusieurs reprises, les manifestations y ont été matées par la force.

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Affluence et répression pour un duel électoral inattendu au Bélarus

Le 09 août 2020 à15:31

Les Bélarusses votaient en nombre dimanche lors d'une présidentielle tendue, opposant Alexandre Loukachenko à une candidate inattendue, qui a mobilisé les foules malgré une répression croissante.

Signe des tensions, à Minsk, des contrôles de police ont été mis en place et la circulation limitée, tandis que des blindés, camions militaires, véhicules de police et canons à eau étaient déployés, selon des témoins et des images diffusées sur les réseaux sociaux. De nombreux sites internet et réseaux sociaux étaient difficilement accessibles ou coupés.

Le scrutin de dimanche, prévu jusqu'à 20H00 (17H00 GMT), a été précédé d'un vote anticipé, dénoncé par l'opposition comme favorisant les fraudes. A 16H00, la participation était de 73,4%. Des résultats partiels sont attendus dans la soirée.

Après avoir voté, le président bélarusse a signifié qu'il "n'autoriserait pas de perte de contrôle" ni de "chaos" dans le pays, alors que des appels à manifester se multipliaient en ligne.

Ces derniers jours, il a accusé des mercenaires russes et des opposants de préparer un "massacre", des affirmations rejetées par ses détracteurs et la Russie.

Le procureur général, Alexandre Koniouk, a mis en garde contre toute participation à des rassemblements non autorisées.

La principale adversaire du président, Svetlana Tikhanovskaïa, dont l'ascension surprise a galvanisé le Bélarus, a elle réclamé une "élection honnête" après avoir voté.

- Bracelets blancs -

Le pouvoir a redoublé d'efforts pour enrayer l'essor de cette novice en politique, qui a monté une campagne historique au Bélarus, en formant une trio rafraîchissant avec Véronika Tsepkalo, compagne d'un opposant exilé, et Maria Kolesnikova, directrice de campagne d'un ex-banquier emprisonné alors qu'il souhaitait se présenter.

Samedi, la cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz, a été arrêtée et Maria Kolesnikova brièvement interpellée. Dimanche, Veronika Tsepkalo a préféré partir en Russie.

Selon l'ONG Viasna, plus de vingt personnes ont été arrêtées dimanche dont trois journalistes de la chaîne télévisée indépendante russe Dojd. A cela s'ajoutent neuf membres de l'équipe de Mme Tikhanovskaïa détenus ces derniers jours, selon sa campagne.

Cette enseignante d'anglais de formation, âgée de 37 ans, a dit tenir bon malgré la "peur", mais a dû quitter son appartement samedi pour des raisons de sécurité.

Dimanche, de longues queues d'électeurs inédites se sont formées devant les bureaux de vote.

Les partisans de l'opposition étaient munis de bracelets blancs, signe de soutien à leur égérie, qui les a invités à envoyer des photos de leurs bulletins de vote afin d'organiser un comptage indépendant.

Vadim Svichkarev, agent de sécurité de 49 ans, espère un changement après ce scrutin: "C'est très difficile de ne pas avancer pendant 26 ans", dit-il en référence au quart de siècle de pouvoir de M. Loukachenko.

- Impitoyable -

Artiom, programmateur de 33 ans, affirme avoir constaté des fraudes: "dans mon bureau de vote, il y a une participation de près de 100%".

Mme Tikhanovskaïa a dit d'ailleurs vendredi à l'AFP ne pas avoir d'illusions quant au résultat, dénonçant des "fraudes éhontées". Le nombre d'observateurs indépendants a été réduit au minimum.

Dans ce contexte, beaucoup craignent que la répression puisse encore s'accentuer en cas de contestation populaire.

"Connaissant la nature impitoyable de Loukachenko, quiconque s'intéresse au Bélarus s'inquiètera pour le peuple bélarusse dans les prochains jours", affirme à l'AFP Nigel Gould-Davies, analyste à l'International Institute for Strategic Studies et ancien ambassadeur britannique dans l'ex-république soviétique.

Avant l'émergence de Mme Tikhanovskaïa, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés: deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats autorisés n'ont pas mobilisé.

Svetlana Tikhanovskaïa a elle remplacé son mari, Sergueï Tikhanovski, un blogueur incarcéré en mai alors qu'il faisait campagne. Sa réussite est d'autant plus remarquable que le Bélarus n'a jamais vu émerger d'opposition unie et structurée.

En cas de victoire, elle a promis de libérer "les prisonniers politiques", et d'organiser une réforme constitutionnelle puis de nouvelles élections.

Sa montée en puissance s'est faite sur fond de difficultés économiques croissantes, aggravées par des tensions avec la Russie, accusée de chercher à vassaliser le Bélarus, et de la réponse controversée d'Alexandre Loukachenko à l'épidémie de nouveau coronavirus, qu'il a qualifiée de "psychose".

Le Bélarus n'a pas organisé de scrutin jugé libre depuis 1995. A plusieurs reprises, les manifestations y ont été matées par la force.

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