De la finance à la politique, Wirecard fait des vagues en Autriche

(AFP)

Le scandale financier autour de la société allemande Wirecard se rapproche de Vienne où droite et extrême droite se sont accusées lundi d'espionnage prorusse et de liens d'argent avec les deux protagonistes au coeur de l'affaire, originaires d'Autriche.

La déflagration est partie d'Allemagne, dans le sillage du dépôt de bilan en juin du prestataire de paiements en ligne Wirecard, obligé d'admettre qu'une somme de 1,9 milliard d'euros manquant à ses comptes n'existait probablement pas. Un scandale "sans équivalent" dans le monde financier, selon Berlin.

Depuis, le mystère ne fait que s'épaissir avec une série d'informations de presse sur la personnalité sulfureuse d'un des dirigeants de l'entreprise, Jan Marsalek, soupçonné de liens avec divers services de renseignement.

M. Marsalek, tout comme le fondateur de Wirecard, Markus Braun, sont Autrichiens et bien connus dans les cercles politiques viennois.

Les dernières révélations ont conduit lundi le parti conservateur (ÖVP) du chancelier Sebastian Kurz à convoquer un Conseil national de sécurité, organe consultatif du gouvernement en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense.

La droite dit vouloir faire la lumière sur les liens politico-financiers entretenus par Jan Marsalek - désormais en cavale - et l'ex-PDG Markus Braun - sous les verrous - avec la classe politique en Autriche.

-"Taupe"-

En fin de semaine dernière, le quotidien autrichien Die Presse avait révélé les relations cultivées par M. Marsalek avec la formation d'extrême droite FPÖ, qu'il aurait illégalement abreuvée, à partir de 2017, d'informations émanant des services secrets autrichiens.

Depuis, des "investigations internes intenses" ont lieu au ministère de l'Intérieur pour identifier les possibles "taupes", selon les médias autrichiens.

L'affaire est d'autant plus embarrassante pour l'Autriche, un pays neutre non membre de l'OTAN, que, selon le Financial Times (FT), Jan Marsalek était aussi en contact avec le renseignement militaire russe (GRU). En Autriche, le FPÖ a affiché à maintes reprises ses relations privilégiées avec Moscou.

"La sécurité et la neutralité de l'Autriche sont en jeu et il nous faut aller au fond de ces questions", s'est émue lundi la vice-présidente du parti conservateur Gabriela Schwarz. "Quels sont les liens, à quel niveau d'intensité, qui a sorti quelle information secrète, tout cela peut être éclairci" au conseil de sécurité qui se réunira sous deux semaines, a-t-elle ajouté.

Ancien directeur des opérations de Wirecard, M. Marsalek aurait voulu impressionner des contacts commerciaux en 2018 à Londres en exhibant un document secret sur l'utilisation au Royaume-Uni d'une arme chimique russe à l'encontre de l'ancien agent double Sergueï Skripal.

Die Presse le soupçonne désormais d'avoir obtenu ces informations en Autriche: Vienne a eu accès à ce dossier classifié, Sergueï Skripal étant arrivé à l'Ouest à l'occasion d'un échange d'espions organisé sur le sol autrichien en 2010.

Par ailleurs, sous couvert d'un louable projet d'aide à la Libye, Jan Marsalek aurait tenté de former en 2017-2018 une milice de 15.000 hommes, a rapporté le FT. Pour cela, il aurait frappé à la porte du ministère autrichien de la Défense, alors dirigé d'abord par la gauche, puis par le FPÖ entre fin 2017 et mai 2019.

Le gouvernement autrichien a confirmé lundi plusieurs discussions portant uniquement sur un projet d'aide à la reconstruction et n'ayant abouti à aucun versement.

- Financement politique -

Mise en cause, l'extrême droite a contre-attaqué en dénonçant la proximité de Markus Braun avec la formation ÖVP de Sebastian Kurz, auquel l'ex PDG vedette a fait don légal de 70.000 euro en 2017, année de campagne électorale. Le chef du groupe parlementaire FPÖ Christian Hafenecker a dénoncé un "sombre réseau" liant les conservateurs et Wirecard.

Markus Braun a également été membre d'un groupe de réflexion travaillant pour la campagne de M. Kurz. Le fils d'un ancien président autrichien ÖVP a siégé au conseil de surveillance de Wirecard.

Le parti conservateur a rejeté lundi ce portrait de Markus Braun en "homme de l'ÖVP", rappelant qu'il avait également fait une donation au parti liberal NEOS.

La droite et l'extrême droite ont gouverné ensemble en Autriche entre décembre 2017 et mai 2019, avant qu'un autre scandale de corruption, l'Ibizagate, impliquant le FPÖ, ne mette un terme à cette alliance et provoque un scrutin anticipé.

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De la finance à la politique, Wirecard fait des vagues en Autriche

Le 13 juillet 2020 à17:53

Le scandale financier autour de la société allemande Wirecard se rapproche de Vienne où droite et extrême droite se sont accusées lundi d'espionnage prorusse et de liens d'argent avec les deux protagonistes au coeur de l'affaire, originaires d'Autriche.

La déflagration est partie d'Allemagne, dans le sillage du dépôt de bilan en juin du prestataire de paiements en ligne Wirecard, obligé d'admettre qu'une somme de 1,9 milliard d'euros manquant à ses comptes n'existait probablement pas. Un scandale "sans équivalent" dans le monde financier, selon Berlin.

Depuis, le mystère ne fait que s'épaissir avec une série d'informations de presse sur la personnalité sulfureuse d'un des dirigeants de l'entreprise, Jan Marsalek, soupçonné de liens avec divers services de renseignement.

M. Marsalek, tout comme le fondateur de Wirecard, Markus Braun, sont Autrichiens et bien connus dans les cercles politiques viennois.

Les dernières révélations ont conduit lundi le parti conservateur (ÖVP) du chancelier Sebastian Kurz à convoquer un Conseil national de sécurité, organe consultatif du gouvernement en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense.

La droite dit vouloir faire la lumière sur les liens politico-financiers entretenus par Jan Marsalek - désormais en cavale - et l'ex-PDG Markus Braun - sous les verrous - avec la classe politique en Autriche.

-"Taupe"-

En fin de semaine dernière, le quotidien autrichien Die Presse avait révélé les relations cultivées par M. Marsalek avec la formation d'extrême droite FPÖ, qu'il aurait illégalement abreuvée, à partir de 2017, d'informations émanant des services secrets autrichiens.

Depuis, des "investigations internes intenses" ont lieu au ministère de l'Intérieur pour identifier les possibles "taupes", selon les médias autrichiens.

L'affaire est d'autant plus embarrassante pour l'Autriche, un pays neutre non membre de l'OTAN, que, selon le Financial Times (FT), Jan Marsalek était aussi en contact avec le renseignement militaire russe (GRU). En Autriche, le FPÖ a affiché à maintes reprises ses relations privilégiées avec Moscou.

"La sécurité et la neutralité de l'Autriche sont en jeu et il nous faut aller au fond de ces questions", s'est émue lundi la vice-présidente du parti conservateur Gabriela Schwarz. "Quels sont les liens, à quel niveau d'intensité, qui a sorti quelle information secrète, tout cela peut être éclairci" au conseil de sécurité qui se réunira sous deux semaines, a-t-elle ajouté.

Ancien directeur des opérations de Wirecard, M. Marsalek aurait voulu impressionner des contacts commerciaux en 2018 à Londres en exhibant un document secret sur l'utilisation au Royaume-Uni d'une arme chimique russe à l'encontre de l'ancien agent double Sergueï Skripal.

Die Presse le soupçonne désormais d'avoir obtenu ces informations en Autriche: Vienne a eu accès à ce dossier classifié, Sergueï Skripal étant arrivé à l'Ouest à l'occasion d'un échange d'espions organisé sur le sol autrichien en 2010.

Par ailleurs, sous couvert d'un louable projet d'aide à la Libye, Jan Marsalek aurait tenté de former en 2017-2018 une milice de 15.000 hommes, a rapporté le FT. Pour cela, il aurait frappé à la porte du ministère autrichien de la Défense, alors dirigé d'abord par la gauche, puis par le FPÖ entre fin 2017 et mai 2019.

Le gouvernement autrichien a confirmé lundi plusieurs discussions portant uniquement sur un projet d'aide à la reconstruction et n'ayant abouti à aucun versement.

- Financement politique -

Mise en cause, l'extrême droite a contre-attaqué en dénonçant la proximité de Markus Braun avec la formation ÖVP de Sebastian Kurz, auquel l'ex PDG vedette a fait don légal de 70.000 euro en 2017, année de campagne électorale. Le chef du groupe parlementaire FPÖ Christian Hafenecker a dénoncé un "sombre réseau" liant les conservateurs et Wirecard.

Markus Braun a également été membre d'un groupe de réflexion travaillant pour la campagne de M. Kurz. Le fils d'un ancien président autrichien ÖVP a siégé au conseil de surveillance de Wirecard.

Le parti conservateur a rejeté lundi ce portrait de Markus Braun en "homme de l'ÖVP", rappelant qu'il avait également fait une donation au parti liberal NEOS.

La droite et l'extrême droite ont gouverné ensemble en Autriche entre décembre 2017 et mai 2019, avant qu'un autre scandale de corruption, l'Ibizagate, impliquant le FPÖ, ne mette un terme à cette alliance et provoque un scrutin anticipé.

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