Fehd Benchemsi : "Le public américain est sensible à la musique gnaouie"

De Los Angelos, où il est installé, l’acteur et musicien Fehd Benchemsi fait découvrir avec talent au public américain une musique Gnaoua mâtinée de jazz. Ce jeudi, il a mis en ligne son deuxième morceau enregistré avec le collectif Flight of Voices. L’occasion de revenir sur sa passion pour cette musique, sa carrière d’acteur aux Etats-Unis et ses projets.

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Fehd Benchemsi :

Le 16 janvier 2020 à 17:19

Modifié le 16 janvier 2020 à 19:41

- Médias 24 : Beaucoup ont découvert votre passion pour la musique gnaouie après la création de Gnawest et, plus récemment, la semaine dernière, avec la diffusion sur Youtube de votre morceau Shamharoush. Elle remonte à quand cette passion pour Gnaoua ?

- Fehd Benchemsi : Cette passion remonte à 1995 quand j’ai écouté, pour la première fois, du moins selon mes souvenirs, l’album de Led Zeppelin avec mâalem Brahim Belkani. C’est là que j’ai vraiment pris goût pour la musique gnaoua. Un goût que j’avais d’ailleurs développé avant en écoutant, depuis ma tendre enfance, Nass El Ghiwane avec mâalem Paco, m’imprégnant du son du guembri et de l’influence des Gnaoua dans la musique du groupe. Pendant ces années-là, je jouais dans un groupe de percussion qui s’appelle les Purple Dolphins et il y avait avec nous un jeune mâalem souiri qui jouait au guembri.

A partir de là, en 1997, je suis vraiment tombé amoureux de cette culture et j’ai commencé à m’intéresser non seulement à la musique mais aussi à l’aspect culturel en assistant aux lîlas, aux moussems pour essayer de comprendre l’esprit et le mode de fonctionnement de cette confrérie. Je me suis aussi plongé dans les livres et les études de Viviana Pâques, Georges Lapassade et de Bertrand Hello sur cet univers.

Après avoir lu tout cela, je commençais à assister aux moussem de Sidi Ali Ben Hamdouch, Tamesloht, Moulay Brahim…, à faire connaissance des m’qadmine et m’qadmate. Bref, je me suis plongé dans cette culture dont je suis amoureux fou.

- Comment ce projet « gnaoua fusion jazz » est-il né avec Flight of voices ? Y aura-t-il de la fusion dans tous les morceaux ?

- La fusion n’est pas vraiment née avec le collectif Flight of Voices. Après avoir joué avec Flight of Voices, j’ai rencontré un producteur, Alexandre Nimier, et Khalid Naitzehou. Alexandre Nimier avait travaillé avec Flight of Voices. Vu les réactions du public face à cette musique, on s’est dit qu’il fallait faire un album avec des jazzmen et c’est lui qui s’est occupé de la production de cet album en rassemblant les musiciens et le équipes de tournage, et en bookant les studios.

Est-ce qu’il y aura de la fusion dans tous les morceaux ? Le morceau que j'ai mis en ligne ce jeudi, Katibala, est différent : ce sont les back vocals qui sont à l’honneur. Pas d’instruments de fusion, juste le guembri, deux chanteuses américaines, un marocain en percussion et un batteur américain. Un rythme percussif.

- Le public américain connait-il un peu la culture et la musique gnaouies ? Comment réagit-il dans vos spectacles ?

- Le public américain ne connait pas vraiment la musique gnaouie. Pourquoi ça le touche ? C’est parce que, et c’est ma lecture propre, le jazz est la musique qui s’accorde le mieux avec gnaoua. Lors des premières manifestations de l’esclavagisme, en Afrique de l’Ouest, une partie des esclaves était dans le Maghreb, c’est elle qui a inventé Gnaoua. L’autre partie, qui était en Amérique, a inventé le jazz.

Ce sont les mêmes cultures, les mêmes influences et c’est pour ça qu’on retrouve cette osmose entre jazz et culture Gnaoua. La musique jazz est, soit dit en passant, beaucoup plus proche de la musique Gnaoua que la musique arabe. On ne peut pas, par exemple, fusionner Tarab avec gnaoua. Mais avec le jazz, ça marche. On sent cet ADN commun avec l’Afrique, ce rythme proche de la terre, ce rythme animal.

Les Américains sont sensibles à cette musique bien qu’ils ne comprennent pas la langue et les paroles qui constituent Gnaoua, il y a un feedback évident. C’est ce qui nous a encouragés.

- En 2016, peu après votre départ du Maroc, vous aviez déclaré au journal Le Desk : « La seule façon, chez nous, pour un acteur de gagner correctement sa vie est d’enchaîner les publicités et les sitcoms que les chaînes nationales diffusent durant ramadan. Moi, ce n’est pas mon trip. J’ai donc décidé d’aller voir, ailleurs, si l’herbe n’est pas plus verte…  » En quelques années, vous avez pu, en tant qu’acteur, décrocher des rôles dans des séries américaines et lancer votre carrière de musicien. L’herbe est-elle donc plus verte au pays de l’Oncle Sam ?

- Je n’en sais rien à ce stade. Ce qui est certain, c’est qu’il y a des opportunités ici qui peuvent changer le cours d’une carrière tant musicalement que cinématographiquement. Cela dit, j’ai réussi à avoir une bonne équipe de managers qui me fait faire de très bonnes auditions. Mais il faut savoir que la règle, dans une audition, c’est le « non ». L’exception, c’est le oui. J’ai eu quelques exceptions mais la règle c’est « non » pour l’instant.

J’ai pu en effet décrocher, ici, des rôles dans les séries Homeland et The Looming Tower et dans un long métrage aussi, The Yellow Birds. Ça commence gentiment. C’est un pays où il y a énormément de concurrence. Je suis conscient que cela va prendre du temps mais je suis venu ici pour me battre et je me donne toutes les chances pour y arriver.

Au niveau de la musique, cela fait très longtemps que je suis dedans. Quand je suis arrivé ici,  c’était logique de continuer à faire ce que j’aime et ce que je sais faire. Il s’avère que cette musique touche les gens. On a fait en sorte de pousser plus loin. Et avec le groupe Gnawest (fusion entre musique Gnawa et danse ouest-africaine) que j’ai créé et qui nous a conduits à lancer Fehd and Friends. Et on a pu rallier un certain nombre de fans qui nous suivent de concert en concert, ce qui nous a confortés dans l’idée que ça marchait. J’espère que cela va continuer ainsi.

- Avez-vous de nouveaux projets ?

- Beaucoup de musique, dont ce projet là, puis faire toute une campagne aux Etats-Unis pour faire les festivals, des tournées. Bref, faire écouter cette musique aux gens…

Au Maroc, j’ai une espèce de comédie musicale qui raconte l’histoire de gnaoua sur cent ans et qui s’appelle Ages of gnaoua, produite par Khadila Alami (K Films). Puis, j’ai plein d’auditions, plein de castings dont j’attends les réponses. D3iw m3ana (rires).

- Serez-vous présent au festival d’Essaouira cette année ?

- Je ne peux pas répondre pour l’instant. Normalement, je devrais avoir une surprise mais il n’y a encore rien d’officiel.

>>Lire aussi: Fehd Benchemsi enregistre de la musique gnawie à Los Angeles

Fehd Benchemsi : "Le public américain est sensible à la musique gnaouie"

Le 16 janvier 2020 à17:19

Modifié le 16 janvier 2020 à 19:41

De Los Angelos, où il est installé, l’acteur et musicien Fehd Benchemsi fait découvrir avec talent au public américain une musique Gnaoua mâtinée de jazz. Ce jeudi, il a mis en ligne son deuxième morceau enregistré avec le collectif Flight of Voices. L’occasion de revenir sur sa passion pour cette musique, sa carrière d’acteur aux Etats-Unis et ses projets.

- Médias 24 : Beaucoup ont découvert votre passion pour la musique gnaouie après la création de Gnawest et, plus récemment, la semaine dernière, avec la diffusion sur Youtube de votre morceau Shamharoush. Elle remonte à quand cette passion pour Gnaoua ?

- Fehd Benchemsi : Cette passion remonte à 1995 quand j’ai écouté, pour la première fois, du moins selon mes souvenirs, l’album de Led Zeppelin avec mâalem Brahim Belkani. C’est là que j’ai vraiment pris goût pour la musique gnaoua. Un goût que j’avais d’ailleurs développé avant en écoutant, depuis ma tendre enfance, Nass El Ghiwane avec mâalem Paco, m’imprégnant du son du guembri et de l’influence des Gnaoua dans la musique du groupe. Pendant ces années-là, je jouais dans un groupe de percussion qui s’appelle les Purple Dolphins et il y avait avec nous un jeune mâalem souiri qui jouait au guembri.

A partir de là, en 1997, je suis vraiment tombé amoureux de cette culture et j’ai commencé à m’intéresser non seulement à la musique mais aussi à l’aspect culturel en assistant aux lîlas, aux moussems pour essayer de comprendre l’esprit et le mode de fonctionnement de cette confrérie. Je me suis aussi plongé dans les livres et les études de Viviana Pâques, Georges Lapassade et de Bertrand Hello sur cet univers.

Après avoir lu tout cela, je commençais à assister aux moussem de Sidi Ali Ben Hamdouch, Tamesloht, Moulay Brahim…, à faire connaissance des m’qadmine et m’qadmate. Bref, je me suis plongé dans cette culture dont je suis amoureux fou.

- Comment ce projet « gnaoua fusion jazz » est-il né avec Flight of voices ? Y aura-t-il de la fusion dans tous les morceaux ?

- La fusion n’est pas vraiment née avec le collectif Flight of Voices. Après avoir joué avec Flight of Voices, j’ai rencontré un producteur, Alexandre Nimier, et Khalid Naitzehou. Alexandre Nimier avait travaillé avec Flight of Voices. Vu les réactions du public face à cette musique, on s’est dit qu’il fallait faire un album avec des jazzmen et c’est lui qui s’est occupé de la production de cet album en rassemblant les musiciens et le équipes de tournage, et en bookant les studios.

Est-ce qu’il y aura de la fusion dans tous les morceaux ? Le morceau que j'ai mis en ligne ce jeudi, Katibala, est différent : ce sont les back vocals qui sont à l’honneur. Pas d’instruments de fusion, juste le guembri, deux chanteuses américaines, un marocain en percussion et un batteur américain. Un rythme percussif.

- Le public américain connait-il un peu la culture et la musique gnaouies ? Comment réagit-il dans vos spectacles ?

- Le public américain ne connait pas vraiment la musique gnaouie. Pourquoi ça le touche ? C’est parce que, et c’est ma lecture propre, le jazz est la musique qui s’accorde le mieux avec gnaoua. Lors des premières manifestations de l’esclavagisme, en Afrique de l’Ouest, une partie des esclaves était dans le Maghreb, c’est elle qui a inventé Gnaoua. L’autre partie, qui était en Amérique, a inventé le jazz.

Ce sont les mêmes cultures, les mêmes influences et c’est pour ça qu’on retrouve cette osmose entre jazz et culture Gnaoua. La musique jazz est, soit dit en passant, beaucoup plus proche de la musique Gnaoua que la musique arabe. On ne peut pas, par exemple, fusionner Tarab avec gnaoua. Mais avec le jazz, ça marche. On sent cet ADN commun avec l’Afrique, ce rythme proche de la terre, ce rythme animal.

Les Américains sont sensibles à cette musique bien qu’ils ne comprennent pas la langue et les paroles qui constituent Gnaoua, il y a un feedback évident. C’est ce qui nous a encouragés.

- En 2016, peu après votre départ du Maroc, vous aviez déclaré au journal Le Desk : « La seule façon, chez nous, pour un acteur de gagner correctement sa vie est d’enchaîner les publicités et les sitcoms que les chaînes nationales diffusent durant ramadan. Moi, ce n’est pas mon trip. J’ai donc décidé d’aller voir, ailleurs, si l’herbe n’est pas plus verte…  » En quelques années, vous avez pu, en tant qu’acteur, décrocher des rôles dans des séries américaines et lancer votre carrière de musicien. L’herbe est-elle donc plus verte au pays de l’Oncle Sam ?

- Je n’en sais rien à ce stade. Ce qui est certain, c’est qu’il y a des opportunités ici qui peuvent changer le cours d’une carrière tant musicalement que cinématographiquement. Cela dit, j’ai réussi à avoir une bonne équipe de managers qui me fait faire de très bonnes auditions. Mais il faut savoir que la règle, dans une audition, c’est le « non ». L’exception, c’est le oui. J’ai eu quelques exceptions mais la règle c’est « non » pour l’instant.

J’ai pu en effet décrocher, ici, des rôles dans les séries Homeland et The Looming Tower et dans un long métrage aussi, The Yellow Birds. Ça commence gentiment. C’est un pays où il y a énormément de concurrence. Je suis conscient que cela va prendre du temps mais je suis venu ici pour me battre et je me donne toutes les chances pour y arriver.

Au niveau de la musique, cela fait très longtemps que je suis dedans. Quand je suis arrivé ici,  c’était logique de continuer à faire ce que j’aime et ce que je sais faire. Il s’avère que cette musique touche les gens. On a fait en sorte de pousser plus loin. Et avec le groupe Gnawest (fusion entre musique Gnawa et danse ouest-africaine) que j’ai créé et qui nous a conduits à lancer Fehd and Friends. Et on a pu rallier un certain nombre de fans qui nous suivent de concert en concert, ce qui nous a confortés dans l’idée que ça marchait. J’espère que cela va continuer ainsi.

- Avez-vous de nouveaux projets ?

- Beaucoup de musique, dont ce projet là, puis faire toute une campagne aux Etats-Unis pour faire les festivals, des tournées. Bref, faire écouter cette musique aux gens…

Au Maroc, j’ai une espèce de comédie musicale qui raconte l’histoire de gnaoua sur cent ans et qui s’appelle Ages of gnaoua, produite par Khadila Alami (K Films). Puis, j’ai plein d’auditions, plein de castings dont j’attends les réponses. D3iw m3ana (rires).

- Serez-vous présent au festival d’Essaouira cette année ?

- Je ne peux pas répondre pour l’instant. Normalement, je devrais avoir une surprise mais il n’y a encore rien d’officiel.

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