Hamid Chabar

Ambassadeur du Royaume du Maroc à Nouakchott

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Enseignements d'une crise et opportunités pour les pays émergents

Le 19 mai 2020 à 15:22

Modifié le 19 mai 2020 à 15:44

Hamid Chabar reprend ses réflexes de chercheur et se livre ci-dessous à une rapide synthèses de la crise et surtout aux premiers enseignements qui peuvent d'ores et déjà être tirés.

L’improvisation, la panique et, dans certains cas, une appréciation tardive de la nature ravageuse de la pandémie ont mis en évidence la triple incapacité de la plupart des Etats et de la communauté internationale à juguler ce fléau: Incapacité à prévoir la pandémie et à anticiper son évolution, incapacité à y faire face et, enfin, incapacité à protéger les citoyens (attribut régalien de l’Etat) et à rassurer les opinions publiques. Le réveil fut brutal et la plupart des Etats, mis, à la fois, devant le fait accompli et l’obligation morale et juridique d’assurer une protection à leurs populations, semblent avoir fait le choix, du reste salutaire, de sacrifier l’économie pour épargner les vies humaines.

Le Coronavirus ou Covid-19 restera, de ce fait, dans les annales des pandémies, qui ont endeuillé l’histoire de l’humanité, comme étant, indiscutablement, le plus dévastateur[1], au regard de l’ampleur du chaos qu’il a installé.

En effet, la singularité de la pandémie actuelle, découle essentiellement du confinement massif auquel elle a donné lieu et dont les conséquences sont encore incalculables tant sur les plans humain, social et politique que sur le plan économique.

1. Impact économique : Récession et horizons incertains.

Si ce que le FMI a appelé le « Grand Confinement »[2] a permis de sauver des vies, il n’en demeure pas moins que ces conséquences économiques sont sans précédent.

Le confinement a impacté gravement l’économie mondiale globalisée, à travers notamment l’arrêt substantiel de l’activité économique et le recul significatif des échanges internationaux. La fermeture, de par le monde, de centaines de milliers d’usines et d’entreprises s’est traduite par une perte de plusieurs millions d’emplois.

A quatre semaines à peine du début de la pandémie, des dizaines de millions d’actifs ont été mis au chômage. L’Organisation Internationale de Travail, dans un rapport récent, indique que les mesures de confinement total ou partiel pourraient toucher, à terme, environ 81% de la population active mondiale. C’est du jamais vu.

Ce tableau s’alourdit et aggrave les conséquences sociales de cette crise, si l’on souligne que plusieurs centaines de millions de personnes travaillent dans l’économie informelle. Cette catégorie de travailleurs, qui ne bénéficie, dans l’écrasante majorité des cas, d’aucun système de protection sociale, sera, incontestablement, la plus affectée par cette dramatique pandémie, en raison du caractère obligatoire du confinement. 

Personne ne peut prévoir si les filets sociaux, déjà mis à mal par les politiques ultralibérales, permettront aux Etats de prendre en charge ces masses, qui se sont trouvées brutalement privées de revenus. Il va sans dire qu’aucun pays ne peut supporter, à terme, le coût social d’une telle situation, surtout si l’arrêt de l’activité économique est appelé à se prolonger encore de quelques semaines.

Parallèlement, et sur le plan financier, les prémices d’un krach boursier se précisent de jour en jour, en raison, cette fois-ci, d’un dérèglement de l’économie réelle et non spéculative comme ce fut le cas en 2008.

En effet, les mesures de confinement et de fermeture des frontières ont engendré une paralysie du trafic aérien et, dans une moindre mesure, celle du trafic maritime. S’en sont suivis, par un effet d’entrainement, un arrêt sans précédent de l’activité économique et une baisse substantielle des échanges commerciaux. Tout ceci a impacté négativement l’appareil productif des biens et services, qui est pratiquement à l’arrêt.

A leur tour, les prix du pétrole ont chuté à un niveau jamais atteint auparavant[3]. Une récession sans précédent s’annonce en raison aussi bien d’une baisse de la demande que d’une contraction de l’offre. Elle pourrait enregistrer des taux négatifs, jamais atteints, du moins depuis la première guerre mondiale.

Ainsi, selon le FMI, le «Grand confinement » aura de graves conséquences, qui n’épargneront aucun continent et provoqueront une récession « historique » sans précédent. L’économie mondiale connaitra, dans une hypothèse optimiste, tablant sur une diminution de la pandémie au cours du second semestre 2020, une contraction du PIB mondial du 3% en 2020, contraction moins marquée que celle des États-Unis (-5,9 %) et de la zone euro (-7,5 %). Seule la Chine pourrait garder, toujours selon le FMI, une croissance positive de 1,2 %.

De même, les programmes de soutien à l’économie (banques et entreprises) et les aides directes aux populations, ayant perdu leurs sources de revenus, entraineront, inévitablement, une envolée de l’endettement public, qui atteindra des niveaux inégalés. Dans les pays en développement, dépendant de l’exportation des matières premières, le coup d’arrêt de l’économie mondiale aura, sans conteste, des effets dévastateurs sur les équilibres socio-économiques déjà fragiles de ces pays et, partant, sur leur sécurité et leur stabilité politique.

Il va de soi que plus le confinement perdure, plus le coût social devient exorbitant. Une telle situation ne manquera pas de placer les pouvoirs publics, dans la plupart des pays, devant un dilemme cornélien : Déconfiner pour sauver l’économie et soulager le coût social résultant de la gestion de cette pandémie ou continuer à faire observer le confinement pour sauver les vies humaines.

Les Etats sont confrontés, de ce fait, à une situation inédite ; quand bien même le souhaitent-ils, ils ne pourraient être en mesure de continuer à supporter le coût et les dégâts sociaux de l’arrêt, même partiel, de l’activité économique.

C’est pourquoi la perspective de « déconfinement », est scrutée avec soulagement mais aussi avec anxiété et angoisse. La reprise de l’activité économique sera longue, douloureuse et coûteuse et ne permettra certainement pas de renouer avec la croissance, du moins à court terme.

Seul l’environnement semble avoir bénéficié de l’arrêt de l’activité économique ainsi que du confinement de la moitié de la population mondiale. En effet, cette pandémie s’est accompagnée par une prise de conscience globale de la fragilité de l’existence de l’être humain. Elle poussera, inévitablement, les sensés, parmi nous, à une réflexion sur la capacité de l’Homme à se concentrer sur l’essentiel et à procéder à un examen de conscience, sur fond d’une reconsidération des priorités, y compris la finalité de l’activité humaine.

2. Impact politique : Réhabilitation de l’Etat et quête de résilience nationale.

Personne ne conteste le fait que cette crise a réconcilié l’Etat avec ses citoyens. Il a été constaté, un peu partout, une tendance à la consolidation du consensus national.

Les forces de l’opposition et la société civile ont été amenées, devant l’élan général de mobilisation et de solidarité, à se ranger derrière leurs gouvernements pour pouvoir surmonter la crise. L’instinct de survie, le sentiment d’insécurité, la peur et le besoin de protection, semblent avoir bousculé l’ordre des priorités. L’exigence d’efficacité et de performance, désormais clamée par les citoyens, semble se substituer à une autre exigence, celle de la légitimité démocratique, reléguée au second plan.

L’on assiste, par conséquent, à une véritable réhabilitation de l’Etat national, en ce sens que ce dernier s’est trouvé seul et ne pouvait compter que sur ses propres ressources pour faire face à la pandémie. Cette dernière a, en effet, provoqué une forte « demande de l’intervention de l’Etat », que ce soit pour les soins de santé et la prise en charge des malades, l’organisation de l’approvisionnement du marché en produits de première nécessité ou encore pour la stricte observation du confinement des population et l’assistance aux plus démunis.

Cette réhabilitation de l’Etat pourrait, d’ores et déjà, se prévaloir d’une forte tendance, au sein de l’opinion, appelant à l’isolationnisme, au repli sur soi, au retour à l’économie autarcique et à la souveraineté économique. En un mot, la reconquête de « l’autonomie stratégique » semble devenir un impératif autour duquel se dégage un consensus national, partout dans le monde.

L’on assiste, également, à un retour des valeurs de solidarité au détriment de l’individualisme célébré par la philosophie néolibérale. Comme signalé ci-dessus, ce retour en force de l’Etat, quand bien même réducteur voire privatif, dans certains cas, des libertés individuelles et collectives, se trouve, paradoxalement, soutenu par les populations en quête de survie et de protection.

Au niveau des politiques publiques, il y a lieu de noter qu’on assiste à un sursaut civique appelant les Politiques à mettre l’accent sur les questions ayant trait à la santé publique, à l’enseignement et la recherche scientifique, à la valorisation des spécificités nationales, au renforcement de la résilience nationale et à une meilleure répartition des richesses en faveur des classes sociales défavorisées. Un questionnement radical de certains choix se posera, sans doute, et avec acuité, dès la fin de la crise.

Cette situation impliquera, immanquablement, une reconsidération des priorités des politiques publiques et, partant, des modèles de développement ayant prévalu depuis la fin de la deuxième guerre.

3. Impact social : Vulnérabilité individuelle et collective…

Sur le plan social, et bien que le confinement ait montré son efficacité à limiter la propagation du virus, il n’en demeure pas moins que sa généralisation et sa persistance constituent un brutal rappel à l’ordre, quant à la fragilité de nos libertés individuelles et collectives et à la viabilité de notre mode de vie.

Sur le plan strictement psychologique et humain, le confinement offre, distanciation sociale oblige, l’opportunité d’une introspection sur soi. L’être humain est, subitement, mis devant l’épreuve d’une prise de conscience de sa vulnérabilité en tant qu’individu et en tant que membre d’un groupe ou d’une communauté. Il est amené, de ce fait, à reconsidérer la nature de ses priorités et de ses relations avec son environnement.

Le confinement, impliquant une autre forme de socialisation, testera, immanquablement, la disposition de l’Homme à se délester de son égoïsme et de son individualisme pour pouvoir œuvrer à l’avènement d’une société reconfigurée autour de valeurs que pourraient être: la solidarité, le partage, la tolérance et l’humilité.

Cette situation singulière laissera, inévitablement, des séquelles. Le confinement massif s’est révélé être difficile à observer, au regard des effets délétères qu’il ne cessera d’engendrer tant qu’il perdure (violences dans les ménages, violence faite aux femmes et aux enfants, difficultés à coexister dans le même espace). La promiscuité, la perte de revenus, l’arrêt de scolarité des enfants, le chômage et l’absence de loisirs demeurent les ingrédients d’une détresse psychosociale, dont on n’a pas, encore, mesuré toute l’étendue et toutes les conséquences.

Sur un autre plan, la persistance du confinement va se traduire, immanquablement, par la mobilisation de moyens budgétaires conséquents, destinés à subvenir aux besoins des catégories sociales en situation de précarité. Une telle situation n’est pas sans mettre les Etats en difficulté, en raison de leur incapacité structurelle à pouvoir continuer à secourir ces catégories de population.

La raison en est que la paralysie de l’activité économique affecte directement les ressources de l’Etat, notamment en termes de recettes fiscales. Le mécontentement résultant d’une telle situation de tarissement de filets sociaux pourrait, dans certains cas, générer de tensions sociales et politiques et, par conséquent, installer un climat d’insécurité et d’instabilité.

4. Essoufflement du multilatéralisme et espoir d’éclosion d’un nouvel ordre mondial.

- La pandémie Covid-19 aura constitué un tournant inédit dans l’histoire de l’Humanité. Cette dernière n’en sortira pas indemne. Tout laisse indiquer que cette épreuve ne manquera pas de préfigurer de profondes mutations et pourrait se traduire par une redéfinition des priorités, tant au niveau national qu’international.

Cette pandémie semble, en effet, avoir montré les limites aussi bien de la communauté internationale que des Etats à faire face, promptement, à une crise inédite et a révélé un certain essoufflement du modèle néolibéral fondé sur l’obsession de la croissance, elle-même synonyme d’une exploitation effrénée des ressources de la planète. Le modèle néolibéral, qui prétend tout avoir domestiqué par la main invisible du marché mondialisé, s’est avéré inopérant pour surmonter cette épreuve d’envergure à laquelle le monde se trouve confronté.

- En effet, les conséquences de cette pandémie se sont vues amplifiées, en partie, à cause des effets pervers induits par les politiques néolibérales en matière, notamment, de  réduction des dépenses sociales de santé, de privatisation de l’accès aux soins et de désengagement de l’Etat des secteurs sociaux, de manière générale.

- Cependant, il faudrait admettre que cette mondialisation, en dépit des reproches fondés et légitimes qui lui sont faits, ne peut être démantelée, étant donné le caractère interdépendant des économies au niveau planétaire. Indispensable, elle l’est certes, mais elle gagnerait à être repensée et rénovée pour intégrer les principaux enseignements de cette crise sanitaire. La mondialisation a, certes, permis à certains pays émergents de s’enrichir[4] mais elle a aussi creusé les écarts à la fois entre les pays riches et les pays pauvres et au sein même des pays riches, où certaines catégories sociales se sont trouvées exclues de ses dividendes.

- Par ailleurs, et sur le plan de la coopération multilatérale, il est regrettable de constater que le supranational, de manière générale, a souffert d’un déficit d’efficacité en matière d’organisation de la solidarité mondiale et a laissé le terrain libre à l’individualisme des Etats, ce qui a donné lieu à des situations inédites: Détournement de masques et équipements sanitaires destinés aux pays tiers, refus d’aider les pays les plus touchés, baisse de l’aide aux pays en développement, etc.

- Le repli sur soi des Etats et le déficit en matière de solidarité interétatique présagent, également, d’un risque de démantèlement de certains groupements régionaux. L’échec des entités régionales à apporter des réponses collectives à la pandémie ne manquera pas de soulever des interrogations légitimes quant à leur raison d’être et, par conséquent, à leur devenir.

- L’Etat bien qu’ayant gagné en puissance, durant la pandémie, n’a pas vocation à se substituer aux institutions multilatérales. Toutefois, le peu d’initiatives et l’effacement relatif dont les organisations internationales de régulation semblent avoir fait montre, dans la gestion de cette crise sanitaire, devraient nous interpeller. Il semble impératif, en vue de la préservation du système multilatéral dans son ensemble, de focaliser, dès à présent, la réflexion sur les voies et moyens à même de préparer et de qualifier davantage ce système, afin qu’il puisse anticiper et faire face à des menaces futures similaires, qui sont de nature à mettre en danger la survie même de l’espèce humaine.

- Le chaos engendré par cette crise pandémique devrait amener les gouvernements, les décideurs et les faiseurs d’opinions, en un mot les élites nationales, à abandonner les dogmes désuets et les raccourcis simplificateurs, en un mot, à se départir d’une certaine approche, qui semble avoir prévalu auparavant et qui avait consisté à concevoir le développement socio-économique à travers l’unique prisme de la croissance.

Il est impératif de pouvoir, désormais, découpler la croissance économique du développement, dans sa portée humaine et durable. Il y va de même pour l’abandon d’une gouvernance économique basée sur le souci de rationalité budgétaire et du respect des équilibres macro-économiques, érigés en dogmes sacro-saints, pour un modèle de développement reflétant les besoins et les attentes des couches sociales défavorisées et articulé autour d’une priorisation des secteurs socio-éducatifs (enseignement public, services de santé, administration de proximité…).

- Dans ce cadre, et dans la perspective du déconfinement et de ce que devrait être le monde après cette pandémie, Jacques Attali esquisse une piste de réflexion qui, compte tenu de la nature et de l’ampleur des dégâts de cette crise sanitaire, semble ne pas manquer de pertinence. Ce dernier considère, en effet, que bien que douloureuse et lourde de conséquences, la crise inédite générée par cette pandémie, pourrait se révéler salutaire et constituer, même, une chance pour repenser les économies nationales et, pourquoi pas, une mondialisation, à réinventer, autour de ce qu’il a appelé, récemment, « l’économie de la vie ».

- Les Etats, ayant fait le choix, dans la gestion de cette crise inédite, de sacrifier, du moins momentanément, l’économie au profit de la préservation des vies humaines, ne devraient pas être insensibles à de telles pistes de réflexions. Les gouvernements se devraient d’anticiper et de préparer l’après-coronavirus, qui préfigurera, incontestablement, une nouvelle ère. Celle-ci devrait placer l’Homme au premier plan et restituer au développement humain et à la préservation de l’environnement la place qui devrait être la leur.

Si l’humanité gagne ce pari, l’Histoire retiendra que le chaos installé par la pandémie Covid 19, aura servi de catalyseur pour l’éclosion d’un nouvel ordre mondial, résolument différent du précédent. 

5. Enseignements et perspectives pour les pays du Sud/ cas du Maroc.

Les conséquences de cette crise inédite devraient interpeller plus que jamais les pays du Sud, qui continuent à se débattre dans des problèmes structurels de sous-développement et qui peinent à s’en sortir. Pour ces pays, et notamment ceux dits émergents, l’après Covid-19 pourrait constituer une réelle opportunité pour, d’une part, revoir leurs modèles de développement et à en reconsidérer la viabilité et, d’autre part, pour se repositionner, à travers de nouvelles niches, tant au niveau régional que mondial.

Parmi ces pays émergents, et de l’avis de nombreux observateurs, le Maroc dispose de tous les atouts pour pouvoir tirer avantage de cette transition, que d’aucuns considèrent comme inéluctable. De cette transition résultera, certainement, une nouvelle division du travail à échelle de la planète, étant donné que le caractère interdépendant des économies ne peut pas être totalement remis en cause après la crise.

En effet, sous le leadership de Sa Majesté le  Roi Mohammed VI, le Royaume, qui s’est développé dix fois plus vite en dix fois moins de temps, au cours de ces deux dernières décennies, dispose de réels avantages comparatifs pour pouvoir assurer cette transition. Parmi ces avantages l’on citera :

§  Une économie diversifiée, portée par des stratégies sectorielles et articulées autour de secteurs productifs de biens et de services, qui a réduit drastiquement la dépendance du pays envers l’exportation d’une ou deux matières premières, comme c’est le cas pour d’autres pays. Ces secteurs, à fort potentiel exportateur, ont consolidé la place du Maroc dans le circuit du commerce international.

§  Un tissu industriel jeune et performant, notamment dans des secteurs, tels que l’automobile, l’aéronautique, les industries chimiques et pharmaceutiques ou le textile. Ce tissu industriel a fait preuve d’une capacité de réadaptation et de synergie, comme ce fut le cas en matière de production de masques et d’aspirateurs, ce qui a permis au Maroc de devenir, en un temps record, l’un des principaux producteurs d’équipements sanitaires liés à cette pandémie.

§  Un secteur agricole moderne et exportateur s’appuyant sur une industrie agro-alimentaire à très forte valeur ajoutée. Un secteur minier valorisé  et un tourisme en nette progression.

§  Un secteur bancaire, qui s’est professionnalisé et internationalisé et qui est, aujourd’hui, considéré comme le meilleur en Afrique. Les banques marocaines constituent, également, un réel atout d’accompagnement pour les investisseurs marocains à l’étranger, notamment en Afrique, ainsi que pour les investissements directs étrangers, au Maroc.

§  Une stabilité politique portée par des institutions fortes et garantie par une monarchie  démocratique et moderniste.

§  Une très bonne réputation à l’international, qui donne au Maroc un accès facile au crédit auprès des places financières et des bailleurs de fonds.

§  Une population jeune et un système de formation professionnelle permettant de doter le tissu productif d’une main-d’œuvre, de cadres et de techniciens qualifiés et compétitifs.

§  Une position géostratégique de choix servie par une connexion maritime, aérienne et ferroviaire sans équivalent en Afrique (port Tanger-Med, Hub aérien de l’aéroport Mohammed V de Casablanca desservie par une importante flotte de l’opérateur national, Ligne à Grande Vitesse, en cours d’extension).

§  Une culture entrepreneuriale enracinée et une diaspora très active, dont l’apport aussi bien en idées novatrices qu’en ressources financières en devises constitue un atout inégalé.

L’ensemble de ces atouts se trouve servi par une vision royale d’ouverture sur le reste du monde, et plus particulièrement sur le continent africain, et ce, dans le cadre d’une solidarité agissante et d’une coopération Sud-Sud basée sur une approche gagnant-gagnant.

L’initiative récente prise par Sa Majesté le Roi, à l’endroit de certains pays africains frères, portant partage de bonnes pratiques en matière de gestion de cette pandémie, traduit non seulement la qualité de la riposte marocaine à cette crise sanitaire saluée du reste, par tous, mais, surtout, la capacité du pays à jouer un rôle leader et à réussir son repositionnement  le monde de l’après crise.

Le Maroc semble, donc, être qualifié à se repositionner lors de la transition qui s’annonce, d’autant plus que, toujours sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi, un nouveau modèle de développement est en cours d’élaboration. C’est l’occasion idoine pour y intégrer les enseignements tirés de cette crise.

La mise en œuvre de ce nouveau modèle de développement nécessiterait, sans doute, la reconsidération de certaines priorités. Les investissements publics et privés gagnerait, au regard aussi bien de la teneur de la feuille de route fixée par Sa Majesté le Roi au nouveau modèle de développement, que des conséquences de cette crise inédite, à être focalisés et orientés en direction des secteurs d’activités que sont : l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire, la santé, l’éducation et la recherche scientifique, les énergies renouvelables, la mobilisation des ressources en eau, la culture, le digital, le tourisme et les loisirs, sans oublier les secteurs sociaux. Ces secteurs, pris sérieusement en charge, pourraient constituer à la fois l’essentiel du PIB du pays et, partant, les principaux atouts du nouveau positionnement du Maroc sur la chaine de valeurs à échelle internationale.

Il résulte de ces considérations que l’appel lancé par Sa Majesté pour reconsidérer le modèle de développement, à l’effet d’intégrer les besoins croissants des citoyens et de réduire les disparités socio-spatiales, est plus que jamais d’actualité. Par cet appel, Sa Majesté a, en effet, anticipé cette crise inédite qui secoue le monde d’aujourd’hui.                                                                                                       

[1] La peste noire, au 14èmesiècle ou encore la grippe espagnole, au début du 20ème, pour ne citer que ces deux pandémies, ont été, de loin, plus ravageurs, en termes de pertes en vie humaines.
[2] Rapport Consulté sur le lien https://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2020/04/14/weo-april-2020
[3] Aux dernières nouvelles, les prix du baril se sont littéralement effondrés aux Etats Unis, ce qui ne manquera pas d’affecter substantiellement les cours mondiaux de cette matière première.
[4] Il s’agit des pays du Sud ayant intégré le cercle des pays exportateurs de produits industriels et manufacturés ainsi que des Nouvelles Technologies d’Information et de Communication (NTIC). 

L'auteur. Hamid Chabar est actuellement ambassadeur du Royaume du Maroc en Mauritanie

Il est titulaire d’un doctorat d’Etat en relations internationales de l’université Libre de Bruxelles et d’un diplôme de troisième cycle en études de développement de l’Université de Louvain (Belgique). Il fut aussi chercheur dans cette même université. 

De retour dans son pays, il fut successivement haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur et gouverneur chargé de la coordination avec la Minurso. Envoyé en 2006 comme ambassadeur représentant permanent adjoint du Royaume auprès des Nations Unies, il ne tarde pas être rappelé au pays pour être nommé en 2009 wali de la région Dakhla  Ouad Dhahab. Un poste qu’il occupera jusqu’à sa nomination en 2014 comme haut responsable de la coopération internationale au ministère de l’Intérieur. En 2016, il fait son grand retour aux Affaires étrangères, ambassadeur au Ghana en 2016 puis en Mauritanie depuis 2018.

Hamid Chabar

Ambassadeur du Royaume du Maroc à Nouakchott

Enseignements d'une crise et opportunités pour les pays émergents

Le 19 mai 2020 à15:39

Modifié le 19 mai 2020 à 15:44

Hamid Chabar reprend ses réflexes de chercheur et se livre ci-dessous à une rapide synthèses de la crise et surtout aux premiers enseignements qui peuvent d'ores et déjà être tirés.

com_redaction-22

L’improvisation, la panique et, dans certains cas, une appréciation tardive de la nature ravageuse de la pandémie ont mis en évidence la triple incapacité de la plupart des Etats et de la communauté internationale à juguler ce fléau: Incapacité à prévoir la pandémie et à anticiper son évolution, incapacité à y faire face et, enfin, incapacité à protéger les citoyens (attribut régalien de l’Etat) et à rassurer les opinions publiques. Le réveil fut brutal et la plupart des Etats, mis, à la fois, devant le fait accompli et l’obligation morale et juridique d’assurer une protection à leurs populations, semblent avoir fait le choix, du reste salutaire, de sacrifier l’économie pour épargner les vies humaines.

Le Coronavirus ou Covid-19 restera, de ce fait, dans les annales des pandémies, qui ont endeuillé l’histoire de l’humanité, comme étant, indiscutablement, le plus dévastateur[1], au regard de l’ampleur du chaos qu’il a installé.

En effet, la singularité de la pandémie actuelle, découle essentiellement du confinement massif auquel elle a donné lieu et dont les conséquences sont encore incalculables tant sur les plans humain, social et politique que sur le plan économique.

1. Impact économique : Récession et horizons incertains.

Si ce que le FMI a appelé le « Grand Confinement »[2] a permis de sauver des vies, il n’en demeure pas moins que ces conséquences économiques sont sans précédent.

Le confinement a impacté gravement l’économie mondiale globalisée, à travers notamment l’arrêt substantiel de l’activité économique et le recul significatif des échanges internationaux. La fermeture, de par le monde, de centaines de milliers d’usines et d’entreprises s’est traduite par une perte de plusieurs millions d’emplois.

A quatre semaines à peine du début de la pandémie, des dizaines de millions d’actifs ont été mis au chômage. L’Organisation Internationale de Travail, dans un rapport récent, indique que les mesures de confinement total ou partiel pourraient toucher, à terme, environ 81% de la population active mondiale. C’est du jamais vu.

Ce tableau s’alourdit et aggrave les conséquences sociales de cette crise, si l’on souligne que plusieurs centaines de millions de personnes travaillent dans l’économie informelle. Cette catégorie de travailleurs, qui ne bénéficie, dans l’écrasante majorité des cas, d’aucun système de protection sociale, sera, incontestablement, la plus affectée par cette dramatique pandémie, en raison du caractère obligatoire du confinement. 

Personne ne peut prévoir si les filets sociaux, déjà mis à mal par les politiques ultralibérales, permettront aux Etats de prendre en charge ces masses, qui se sont trouvées brutalement privées de revenus. Il va sans dire qu’aucun pays ne peut supporter, à terme, le coût social d’une telle situation, surtout si l’arrêt de l’activité économique est appelé à se prolonger encore de quelques semaines.

Parallèlement, et sur le plan financier, les prémices d’un krach boursier se précisent de jour en jour, en raison, cette fois-ci, d’un dérèglement de l’économie réelle et non spéculative comme ce fut le cas en 2008.

En effet, les mesures de confinement et de fermeture des frontières ont engendré une paralysie du trafic aérien et, dans une moindre mesure, celle du trafic maritime. S’en sont suivis, par un effet d’entrainement, un arrêt sans précédent de l’activité économique et une baisse substantielle des échanges commerciaux. Tout ceci a impacté négativement l’appareil productif des biens et services, qui est pratiquement à l’arrêt.

A leur tour, les prix du pétrole ont chuté à un niveau jamais atteint auparavant[3]. Une récession sans précédent s’annonce en raison aussi bien d’une baisse de la demande que d’une contraction de l’offre. Elle pourrait enregistrer des taux négatifs, jamais atteints, du moins depuis la première guerre mondiale.

Ainsi, selon le FMI, le «Grand confinement » aura de graves conséquences, qui n’épargneront aucun continent et provoqueront une récession « historique » sans précédent. L’économie mondiale connaitra, dans une hypothèse optimiste, tablant sur une diminution de la pandémie au cours du second semestre 2020, une contraction du PIB mondial du 3% en 2020, contraction moins marquée que celle des États-Unis (-5,9 %) et de la zone euro (-7,5 %). Seule la Chine pourrait garder, toujours selon le FMI, une croissance positive de 1,2 %.

De même, les programmes de soutien à l’économie (banques et entreprises) et les aides directes aux populations, ayant perdu leurs sources de revenus, entraineront, inévitablement, une envolée de l’endettement public, qui atteindra des niveaux inégalés. Dans les pays en développement, dépendant de l’exportation des matières premières, le coup d’arrêt de l’économie mondiale aura, sans conteste, des effets dévastateurs sur les équilibres socio-économiques déjà fragiles de ces pays et, partant, sur leur sécurité et leur stabilité politique.

Il va de soi que plus le confinement perdure, plus le coût social devient exorbitant. Une telle situation ne manquera pas de placer les pouvoirs publics, dans la plupart des pays, devant un dilemme cornélien : Déconfiner pour sauver l’économie et soulager le coût social résultant de la gestion de cette pandémie ou continuer à faire observer le confinement pour sauver les vies humaines.

Les Etats sont confrontés, de ce fait, à une situation inédite ; quand bien même le souhaitent-ils, ils ne pourraient être en mesure de continuer à supporter le coût et les dégâts sociaux de l’arrêt, même partiel, de l’activité économique.

C’est pourquoi la perspective de « déconfinement », est scrutée avec soulagement mais aussi avec anxiété et angoisse. La reprise de l’activité économique sera longue, douloureuse et coûteuse et ne permettra certainement pas de renouer avec la croissance, du moins à court terme.

Seul l’environnement semble avoir bénéficié de l’arrêt de l’activité économique ainsi que du confinement de la moitié de la population mondiale. En effet, cette pandémie s’est accompagnée par une prise de conscience globale de la fragilité de l’existence de l’être humain. Elle poussera, inévitablement, les sensés, parmi nous, à une réflexion sur la capacité de l’Homme à se concentrer sur l’essentiel et à procéder à un examen de conscience, sur fond d’une reconsidération des priorités, y compris la finalité de l’activité humaine.

2. Impact politique : Réhabilitation de l’Etat et quête de résilience nationale.

Personne ne conteste le fait que cette crise a réconcilié l’Etat avec ses citoyens. Il a été constaté, un peu partout, une tendance à la consolidation du consensus national.

Les forces de l’opposition et la société civile ont été amenées, devant l’élan général de mobilisation et de solidarité, à se ranger derrière leurs gouvernements pour pouvoir surmonter la crise. L’instinct de survie, le sentiment d’insécurité, la peur et le besoin de protection, semblent avoir bousculé l’ordre des priorités. L’exigence d’efficacité et de performance, désormais clamée par les citoyens, semble se substituer à une autre exigence, celle de la légitimité démocratique, reléguée au second plan.

L’on assiste, par conséquent, à une véritable réhabilitation de l’Etat national, en ce sens que ce dernier s’est trouvé seul et ne pouvait compter que sur ses propres ressources pour faire face à la pandémie. Cette dernière a, en effet, provoqué une forte « demande de l’intervention de l’Etat », que ce soit pour les soins de santé et la prise en charge des malades, l’organisation de l’approvisionnement du marché en produits de première nécessité ou encore pour la stricte observation du confinement des population et l’assistance aux plus démunis.

Cette réhabilitation de l’Etat pourrait, d’ores et déjà, se prévaloir d’une forte tendance, au sein de l’opinion, appelant à l’isolationnisme, au repli sur soi, au retour à l’économie autarcique et à la souveraineté économique. En un mot, la reconquête de « l’autonomie stratégique » semble devenir un impératif autour duquel se dégage un consensus national, partout dans le monde.

L’on assiste, également, à un retour des valeurs de solidarité au détriment de l’individualisme célébré par la philosophie néolibérale. Comme signalé ci-dessus, ce retour en force de l’Etat, quand bien même réducteur voire privatif, dans certains cas, des libertés individuelles et collectives, se trouve, paradoxalement, soutenu par les populations en quête de survie et de protection.

Au niveau des politiques publiques, il y a lieu de noter qu’on assiste à un sursaut civique appelant les Politiques à mettre l’accent sur les questions ayant trait à la santé publique, à l’enseignement et la recherche scientifique, à la valorisation des spécificités nationales, au renforcement de la résilience nationale et à une meilleure répartition des richesses en faveur des classes sociales défavorisées. Un questionnement radical de certains choix se posera, sans doute, et avec acuité, dès la fin de la crise.

Cette situation impliquera, immanquablement, une reconsidération des priorités des politiques publiques et, partant, des modèles de développement ayant prévalu depuis la fin de la deuxième guerre.

3. Impact social : Vulnérabilité individuelle et collective…

Sur le plan social, et bien que le confinement ait montré son efficacité à limiter la propagation du virus, il n’en demeure pas moins que sa généralisation et sa persistance constituent un brutal rappel à l’ordre, quant à la fragilité de nos libertés individuelles et collectives et à la viabilité de notre mode de vie.

Sur le plan strictement psychologique et humain, le confinement offre, distanciation sociale oblige, l’opportunité d’une introspection sur soi. L’être humain est, subitement, mis devant l’épreuve d’une prise de conscience de sa vulnérabilité en tant qu’individu et en tant que membre d’un groupe ou d’une communauté. Il est amené, de ce fait, à reconsidérer la nature de ses priorités et de ses relations avec son environnement.

Le confinement, impliquant une autre forme de socialisation, testera, immanquablement, la disposition de l’Homme à se délester de son égoïsme et de son individualisme pour pouvoir œuvrer à l’avènement d’une société reconfigurée autour de valeurs que pourraient être: la solidarité, le partage, la tolérance et l’humilité.

Cette situation singulière laissera, inévitablement, des séquelles. Le confinement massif s’est révélé être difficile à observer, au regard des effets délétères qu’il ne cessera d’engendrer tant qu’il perdure (violences dans les ménages, violence faite aux femmes et aux enfants, difficultés à coexister dans le même espace). La promiscuité, la perte de revenus, l’arrêt de scolarité des enfants, le chômage et l’absence de loisirs demeurent les ingrédients d’une détresse psychosociale, dont on n’a pas, encore, mesuré toute l’étendue et toutes les conséquences.

Sur un autre plan, la persistance du confinement va se traduire, immanquablement, par la mobilisation de moyens budgétaires conséquents, destinés à subvenir aux besoins des catégories sociales en situation de précarité. Une telle situation n’est pas sans mettre les Etats en difficulté, en raison de leur incapacité structurelle à pouvoir continuer à secourir ces catégories de population.

La raison en est que la paralysie de l’activité économique affecte directement les ressources de l’Etat, notamment en termes de recettes fiscales. Le mécontentement résultant d’une telle situation de tarissement de filets sociaux pourrait, dans certains cas, générer de tensions sociales et politiques et, par conséquent, installer un climat d’insécurité et d’instabilité.

4. Essoufflement du multilatéralisme et espoir d’éclosion d’un nouvel ordre mondial.

- La pandémie Covid-19 aura constitué un tournant inédit dans l’histoire de l’Humanité. Cette dernière n’en sortira pas indemne. Tout laisse indiquer que cette épreuve ne manquera pas de préfigurer de profondes mutations et pourrait se traduire par une redéfinition des priorités, tant au niveau national qu’international.

Cette pandémie semble, en effet, avoir montré les limites aussi bien de la communauté internationale que des Etats à faire face, promptement, à une crise inédite et a révélé un certain essoufflement du modèle néolibéral fondé sur l’obsession de la croissance, elle-même synonyme d’une exploitation effrénée des ressources de la planète. Le modèle néolibéral, qui prétend tout avoir domestiqué par la main invisible du marché mondialisé, s’est avéré inopérant pour surmonter cette épreuve d’envergure à laquelle le monde se trouve confronté.

- En effet, les conséquences de cette pandémie se sont vues amplifiées, en partie, à cause des effets pervers induits par les politiques néolibérales en matière, notamment, de  réduction des dépenses sociales de santé, de privatisation de l’accès aux soins et de désengagement de l’Etat des secteurs sociaux, de manière générale.

- Cependant, il faudrait admettre que cette mondialisation, en dépit des reproches fondés et légitimes qui lui sont faits, ne peut être démantelée, étant donné le caractère interdépendant des économies au niveau planétaire. Indispensable, elle l’est certes, mais elle gagnerait à être repensée et rénovée pour intégrer les principaux enseignements de cette crise sanitaire. La mondialisation a, certes, permis à certains pays émergents de s’enrichir[4] mais elle a aussi creusé les écarts à la fois entre les pays riches et les pays pauvres et au sein même des pays riches, où certaines catégories sociales se sont trouvées exclues de ses dividendes.

- Par ailleurs, et sur le plan de la coopération multilatérale, il est regrettable de constater que le supranational, de manière générale, a souffert d’un déficit d’efficacité en matière d’organisation de la solidarité mondiale et a laissé le terrain libre à l’individualisme des Etats, ce qui a donné lieu à des situations inédites: Détournement de masques et équipements sanitaires destinés aux pays tiers, refus d’aider les pays les plus touchés, baisse de l’aide aux pays en développement, etc.

- Le repli sur soi des Etats et le déficit en matière de solidarité interétatique présagent, également, d’un risque de démantèlement de certains groupements régionaux. L’échec des entités régionales à apporter des réponses collectives à la pandémie ne manquera pas de soulever des interrogations légitimes quant à leur raison d’être et, par conséquent, à leur devenir.

- L’Etat bien qu’ayant gagné en puissance, durant la pandémie, n’a pas vocation à se substituer aux institutions multilatérales. Toutefois, le peu d’initiatives et l’effacement relatif dont les organisations internationales de régulation semblent avoir fait montre, dans la gestion de cette crise sanitaire, devraient nous interpeller. Il semble impératif, en vue de la préservation du système multilatéral dans son ensemble, de focaliser, dès à présent, la réflexion sur les voies et moyens à même de préparer et de qualifier davantage ce système, afin qu’il puisse anticiper et faire face à des menaces futures similaires, qui sont de nature à mettre en danger la survie même de l’espèce humaine.

- Le chaos engendré par cette crise pandémique devrait amener les gouvernements, les décideurs et les faiseurs d’opinions, en un mot les élites nationales, à abandonner les dogmes désuets et les raccourcis simplificateurs, en un mot, à se départir d’une certaine approche, qui semble avoir prévalu auparavant et qui avait consisté à concevoir le développement socio-économique à travers l’unique prisme de la croissance.

Il est impératif de pouvoir, désormais, découpler la croissance économique du développement, dans sa portée humaine et durable. Il y va de même pour l’abandon d’une gouvernance économique basée sur le souci de rationalité budgétaire et du respect des équilibres macro-économiques, érigés en dogmes sacro-saints, pour un modèle de développement reflétant les besoins et les attentes des couches sociales défavorisées et articulé autour d’une priorisation des secteurs socio-éducatifs (enseignement public, services de santé, administration de proximité…).

- Dans ce cadre, et dans la perspective du déconfinement et de ce que devrait être le monde après cette pandémie, Jacques Attali esquisse une piste de réflexion qui, compte tenu de la nature et de l’ampleur des dégâts de cette crise sanitaire, semble ne pas manquer de pertinence. Ce dernier considère, en effet, que bien que douloureuse et lourde de conséquences, la crise inédite générée par cette pandémie, pourrait se révéler salutaire et constituer, même, une chance pour repenser les économies nationales et, pourquoi pas, une mondialisation, à réinventer, autour de ce qu’il a appelé, récemment, « l’économie de la vie ».

- Les Etats, ayant fait le choix, dans la gestion de cette crise inédite, de sacrifier, du moins momentanément, l’économie au profit de la préservation des vies humaines, ne devraient pas être insensibles à de telles pistes de réflexions. Les gouvernements se devraient d’anticiper et de préparer l’après-coronavirus, qui préfigurera, incontestablement, une nouvelle ère. Celle-ci devrait placer l’Homme au premier plan et restituer au développement humain et à la préservation de l’environnement la place qui devrait être la leur.

Si l’humanité gagne ce pari, l’Histoire retiendra que le chaos installé par la pandémie Covid 19, aura servi de catalyseur pour l’éclosion d’un nouvel ordre mondial, résolument différent du précédent. 

5. Enseignements et perspectives pour les pays du Sud/ cas du Maroc.

Les conséquences de cette crise inédite devraient interpeller plus que jamais les pays du Sud, qui continuent à se débattre dans des problèmes structurels de sous-développement et qui peinent à s’en sortir. Pour ces pays, et notamment ceux dits émergents, l’après Covid-19 pourrait constituer une réelle opportunité pour, d’une part, revoir leurs modèles de développement et à en reconsidérer la viabilité et, d’autre part, pour se repositionner, à travers de nouvelles niches, tant au niveau régional que mondial.

Parmi ces pays émergents, et de l’avis de nombreux observateurs, le Maroc dispose de tous les atouts pour pouvoir tirer avantage de cette transition, que d’aucuns considèrent comme inéluctable. De cette transition résultera, certainement, une nouvelle division du travail à échelle de la planète, étant donné que le caractère interdépendant des économies ne peut pas être totalement remis en cause après la crise.

En effet, sous le leadership de Sa Majesté le  Roi Mohammed VI, le Royaume, qui s’est développé dix fois plus vite en dix fois moins de temps, au cours de ces deux dernières décennies, dispose de réels avantages comparatifs pour pouvoir assurer cette transition. Parmi ces avantages l’on citera :

§  Une économie diversifiée, portée par des stratégies sectorielles et articulées autour de secteurs productifs de biens et de services, qui a réduit drastiquement la dépendance du pays envers l’exportation d’une ou deux matières premières, comme c’est le cas pour d’autres pays. Ces secteurs, à fort potentiel exportateur, ont consolidé la place du Maroc dans le circuit du commerce international.

§  Un tissu industriel jeune et performant, notamment dans des secteurs, tels que l’automobile, l’aéronautique, les industries chimiques et pharmaceutiques ou le textile. Ce tissu industriel a fait preuve d’une capacité de réadaptation et de synergie, comme ce fut le cas en matière de production de masques et d’aspirateurs, ce qui a permis au Maroc de devenir, en un temps record, l’un des principaux producteurs d’équipements sanitaires liés à cette pandémie.

§  Un secteur agricole moderne et exportateur s’appuyant sur une industrie agro-alimentaire à très forte valeur ajoutée. Un secteur minier valorisé  et un tourisme en nette progression.

§  Un secteur bancaire, qui s’est professionnalisé et internationalisé et qui est, aujourd’hui, considéré comme le meilleur en Afrique. Les banques marocaines constituent, également, un réel atout d’accompagnement pour les investisseurs marocains à l’étranger, notamment en Afrique, ainsi que pour les investissements directs étrangers, au Maroc.

§  Une stabilité politique portée par des institutions fortes et garantie par une monarchie  démocratique et moderniste.

§  Une très bonne réputation à l’international, qui donne au Maroc un accès facile au crédit auprès des places financières et des bailleurs de fonds.

§  Une population jeune et un système de formation professionnelle permettant de doter le tissu productif d’une main-d’œuvre, de cadres et de techniciens qualifiés et compétitifs.

§  Une position géostratégique de choix servie par une connexion maritime, aérienne et ferroviaire sans équivalent en Afrique (port Tanger-Med, Hub aérien de l’aéroport Mohammed V de Casablanca desservie par une importante flotte de l’opérateur national, Ligne à Grande Vitesse, en cours d’extension).

§  Une culture entrepreneuriale enracinée et une diaspora très active, dont l’apport aussi bien en idées novatrices qu’en ressources financières en devises constitue un atout inégalé.

L’ensemble de ces atouts se trouve servi par une vision royale d’ouverture sur le reste du monde, et plus particulièrement sur le continent africain, et ce, dans le cadre d’une solidarité agissante et d’une coopération Sud-Sud basée sur une approche gagnant-gagnant.

L’initiative récente prise par Sa Majesté le Roi, à l’endroit de certains pays africains frères, portant partage de bonnes pratiques en matière de gestion de cette pandémie, traduit non seulement la qualité de la riposte marocaine à cette crise sanitaire saluée du reste, par tous, mais, surtout, la capacité du pays à jouer un rôle leader et à réussir son repositionnement  le monde de l’après crise.

Le Maroc semble, donc, être qualifié à se repositionner lors de la transition qui s’annonce, d’autant plus que, toujours sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi, un nouveau modèle de développement est en cours d’élaboration. C’est l’occasion idoine pour y intégrer les enseignements tirés de cette crise.

La mise en œuvre de ce nouveau modèle de développement nécessiterait, sans doute, la reconsidération de certaines priorités. Les investissements publics et privés gagnerait, au regard aussi bien de la teneur de la feuille de route fixée par Sa Majesté le Roi au nouveau modèle de développement, que des conséquences de cette crise inédite, à être focalisés et orientés en direction des secteurs d’activités que sont : l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire, la santé, l’éducation et la recherche scientifique, les énergies renouvelables, la mobilisation des ressources en eau, la culture, le digital, le tourisme et les loisirs, sans oublier les secteurs sociaux. Ces secteurs, pris sérieusement en charge, pourraient constituer à la fois l’essentiel du PIB du pays et, partant, les principaux atouts du nouveau positionnement du Maroc sur la chaine de valeurs à échelle internationale.

Il résulte de ces considérations que l’appel lancé par Sa Majesté pour reconsidérer le modèle de développement, à l’effet d’intégrer les besoins croissants des citoyens et de réduire les disparités socio-spatiales, est plus que jamais d’actualité. Par cet appel, Sa Majesté a, en effet, anticipé cette crise inédite qui secoue le monde d’aujourd’hui.                                                                                                       

[1] La peste noire, au 14èmesiècle ou encore la grippe espagnole, au début du 20ème, pour ne citer que ces deux pandémies, ont été, de loin, plus ravageurs, en termes de pertes en vie humaines.
[2] Rapport Consulté sur le lien https://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2020/04/14/weo-april-2020
[3] Aux dernières nouvelles, les prix du baril se sont littéralement effondrés aux Etats Unis, ce qui ne manquera pas d’affecter substantiellement les cours mondiaux de cette matière première.
[4] Il s’agit des pays du Sud ayant intégré le cercle des pays exportateurs de produits industriels et manufacturés ainsi que des Nouvelles Technologies d’Information et de Communication (NTIC). 

L'auteur. Hamid Chabar est actuellement ambassadeur du Royaume du Maroc en Mauritanie

Il est titulaire d’un doctorat d’Etat en relations internationales de l’université Libre de Bruxelles et d’un diplôme de troisième cycle en études de développement de l’Université de Louvain (Belgique). Il fut aussi chercheur dans cette même université. 

De retour dans son pays, il fut successivement haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur et gouverneur chargé de la coordination avec la Minurso. Envoyé en 2006 comme ambassadeur représentant permanent adjoint du Royaume auprès des Nations Unies, il ne tarde pas être rappelé au pays pour être nommé en 2009 wali de la région Dakhla  Ouad Dhahab. Un poste qu’il occupera jusqu’à sa nomination en 2014 comme haut responsable de la coopération internationale au ministère de l’Intérieur. En 2016, il fait son grand retour aux Affaires étrangères, ambassadeur au Ghana en 2016 puis en Mauritanie depuis 2018.

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