En difficulté, des agences de voyages craignent pour leur survie

Près de quatre mois après la fermeture des frontières, les agences de voyages ne réalisent plus aucune opération à l’international et ont du mal à obtenir des réservations des nationaux. Si le président de la fédération, Khalid Benazzouz avance que le secteur survivra à la crise et rebondira d’ici décembre prochain, Hayat Jabrane, agent de voyages de Casablanca, table sur une faillite de nombreux acteurs, si les mesures de soutien du CVE ne sont pas prolongées jusqu’à la fin de l’année.

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En difficulté, des agences de voyages craignent pour leur survie

Le 07 juillet 2020 à 16:11

Modifié le 09 juillet 2020 à 17:49

A l’image des hôteliers qui attendent désespérément l’ouverture des frontières pour remplir leurs établissements, les 1.450 agents de voyage du Maroc sont confrontés à une crise sans précédent avec un niveau de réservations quasi nul, ce qui risque d’emporter les moins structurés dans les 6 mois à venir.

Une crise qui a démarré en janvier avec le réceptif chinois

Habituée à ne pas mâcher ses mots, c’est la DG de l’agence « Goal Voyages », spécialisée en réceptif de touristes chinois qui lance un vrai cri d’alarme sur la situation sectorielle.

« Contrairement à certains je ne vois pas la vie en rose, d’autant plus que pour moi la crise a commencé en janvier, soit au moment où la Chine a commencé à confiner sa population.

« En effet, sachant que je réalise 80% de mon chiffre d'affaires avec le marché émetteur chinois, cela veut dire que depuis près de sept mois mon agence a enregistré zéro dirhams de recettes.

« Avec le recul, c’était peut-être une erreur d'avoir été une des pionnières de ce marché, mais durant les 12 dernières années, je n'ai jamais eu à me plaindre ou à prendre des crédits et facilités de caisse.

Aucune visibilité aussi bien pour les nationaux que les étrangers

« Au début, mes clients chinois m’appelaient pour des séjours au Maroc, mais comme je suis incapable de leur donner une date de réouverture des frontières, ils ont fini par laisser tomber.

« Idem pour les marchés turc, algérien et hollandais à qui je n’ai aucune réponse à fournir.

« Si nous avons des packages et des tarifs à proposer aux touristes nationaux, nous n’avons là-encore aucune visibilité sachant qu’il y a plusieurs demandes téléphoniques mais aucune réservation ferme.

Le CVE doit prolonger les mesures de soutien jusqu’en décembre

« S’il convient de saluer les mesures prises depuis les trois derniers mois, il va falloir prolonger les mesures d'urgence pour éviter une crise sociale à notre secteur qui emploie 11.000 personnes car d'ici la fin du mois de juillet, de nombreux agents de voyage devront faire face à des frais.

« Selon moi, il va falloir prolonger l'indemnité CNSS jusqu'en décembre prochain à laquelle s'ajoutera une petite contribution des employeurs pour soulager notre trésorerie.

« Hormis la prolongation de l'indemnité de 2.000 dirhams pour les 120.000 employés déclarés de la profession touristique, il faudra aussi suspendre leurs traites des crédits à la consommation et immobiliers et nous réserver des crédits à des taux raisonnables car nous sommes vraiment en train d'agoniser.

La réouverture des frontières ne changera rien

« L’objectif étant de préserver ces milliers d’emplois car même si les frontières ouvrent à la fin juillet, cela ne changera absolument rien à l'année 2020 qui est d'ores et déjà morte.

« En effet, jusqu'à la fin de l'année il ne faut pas espérer une amélioration sensible pour tous les secteurs touristiques que ce soit les agences de voyages, les hôteliers, les restaurateurs...

« Tout cela passe avant notre demande de réouverture des frontières, car au vu de la recrudescence des cas de coronavirus, il n'est pas exclu qu'il y ait une deuxième vague de cette pandémie.

« Le comité de veille économique doit prendre des décisions rapides car il est faux de penser que nous limiterons les dégâts avec les nationaux qui ne remplaceront jamais le tourisme international.

Un risque de faillite du secteur d’ici décembre

« Si rien n'est fait par le comité de veille, nous n'aurons d'autre choix que de nous adresser à Sa Majesté qui a précisé que le tourisme devait être un des secteurs prioritaires du Fonds de soutien.

« Sachant qu’une grande partie des 1.450 agences de voyages sont petites, le risque de faillite augmente chaque mois, et me concernant je ne pourrais pas tenir jusqu'à décembre », conclut la DG qui veut savoir quand aura lieu la réouverture des frontières, même si ça doit être en 2022.

Les agences spécialisées en réceptif étranger à l’arrêt total

De son côté, Khalid Benazzouz qui préside la Fédération nationale des agences de voyages se veut beaucoup plus optimiste sur le sort des 1.450 agences et de leurs 11.000 employés directs.

« Après 4 mois de confinement, notre situation est toujours à l'arrêt mais heureusement que Sa Majesté a validé, hier, un programme pour les secteurs les plus touchés comme celui du tourisme.

« Sachant que certaines agences sont plus dépendantes des marchés étrangers où la situation est également catastrophique, il ne risque pas d'y avoir, de sitôt, le même niveau d’arrivées qu’en 2019.

« Quoiqu’il arrive, la saison ne commencera pas avant le 17 juillet prochain car non seulement le Maroc est en période d'examen, mais aussi parce que les Marocains réservent à la dernière minute.

Le secteur réalisera à peine 10% de son chiffre d’affaires habituel

« En août, nous essayerons de travailler le temps que les frontières ouvrent pour recevoir les MRE et quelques visiteurs étrangers, mais pour tout ce qui est incentive, il n'y a rien à espérer pour cette année.

« Ceci dit, nous ne réaliserons pas plus de 10% de notre chiffre d'affaires habituel avec les nationaux, car nous nous sommes faits à l’idée que 2020 est une année de survie avant de se préparer à 2021.

Une reprise espérée en décembre

« Si je préfère ne pas me prononcer sur le risque de faillite de certaines agences, nous finirons par dépasser cette crise grâce notamment à la loi 30-20 qui nous a permis de soulager notre trésorerie

« Au final, si personne n’est capable de prévoir la date de la fin de cette pandémie, je pense qu'en décembre prochain, nous ferons à nouveau un bon chiffre d'affaires car les gens auront envie de voyager après cette crise », conclut le président en affirmant que son agence a déjà plusieurs réservations confirmées de groupes de touristes américains pour le mois d'octobre prochain.

En difficulté, des agences de voyages craignent pour leur survie

Le 07 juillet 2020 à16:11

Modifié le 09 juillet 2020 à 17:49

Près de quatre mois après la fermeture des frontières, les agences de voyages ne réalisent plus aucune opération à l’international et ont du mal à obtenir des réservations des nationaux. Si le président de la fédération, Khalid Benazzouz avance que le secteur survivra à la crise et rebondira d’ici décembre prochain, Hayat Jabrane, agent de voyages de Casablanca, table sur une faillite de nombreux acteurs, si les mesures de soutien du CVE ne sont pas prolongées jusqu’à la fin de l’année.

A l’image des hôteliers qui attendent désespérément l’ouverture des frontières pour remplir leurs établissements, les 1.450 agents de voyage du Maroc sont confrontés à une crise sans précédent avec un niveau de réservations quasi nul, ce qui risque d’emporter les moins structurés dans les 6 mois à venir.

Une crise qui a démarré en janvier avec le réceptif chinois

Habituée à ne pas mâcher ses mots, c’est la DG de l’agence « Goal Voyages », spécialisée en réceptif de touristes chinois qui lance un vrai cri d’alarme sur la situation sectorielle.

« Contrairement à certains je ne vois pas la vie en rose, d’autant plus que pour moi la crise a commencé en janvier, soit au moment où la Chine a commencé à confiner sa population.

« En effet, sachant que je réalise 80% de mon chiffre d'affaires avec le marché émetteur chinois, cela veut dire que depuis près de sept mois mon agence a enregistré zéro dirhams de recettes.

« Avec le recul, c’était peut-être une erreur d'avoir été une des pionnières de ce marché, mais durant les 12 dernières années, je n'ai jamais eu à me plaindre ou à prendre des crédits et facilités de caisse.

Aucune visibilité aussi bien pour les nationaux que les étrangers

« Au début, mes clients chinois m’appelaient pour des séjours au Maroc, mais comme je suis incapable de leur donner une date de réouverture des frontières, ils ont fini par laisser tomber.

« Idem pour les marchés turc, algérien et hollandais à qui je n’ai aucune réponse à fournir.

« Si nous avons des packages et des tarifs à proposer aux touristes nationaux, nous n’avons là-encore aucune visibilité sachant qu’il y a plusieurs demandes téléphoniques mais aucune réservation ferme.

Le CVE doit prolonger les mesures de soutien jusqu’en décembre

« S’il convient de saluer les mesures prises depuis les trois derniers mois, il va falloir prolonger les mesures d'urgence pour éviter une crise sociale à notre secteur qui emploie 11.000 personnes car d'ici la fin du mois de juillet, de nombreux agents de voyage devront faire face à des frais.

« Selon moi, il va falloir prolonger l'indemnité CNSS jusqu'en décembre prochain à laquelle s'ajoutera une petite contribution des employeurs pour soulager notre trésorerie.

« Hormis la prolongation de l'indemnité de 2.000 dirhams pour les 120.000 employés déclarés de la profession touristique, il faudra aussi suspendre leurs traites des crédits à la consommation et immobiliers et nous réserver des crédits à des taux raisonnables car nous sommes vraiment en train d'agoniser.

La réouverture des frontières ne changera rien

« L’objectif étant de préserver ces milliers d’emplois car même si les frontières ouvrent à la fin juillet, cela ne changera absolument rien à l'année 2020 qui est d'ores et déjà morte.

« En effet, jusqu'à la fin de l'année il ne faut pas espérer une amélioration sensible pour tous les secteurs touristiques que ce soit les agences de voyages, les hôteliers, les restaurateurs...

« Tout cela passe avant notre demande de réouverture des frontières, car au vu de la recrudescence des cas de coronavirus, il n'est pas exclu qu'il y ait une deuxième vague de cette pandémie.

« Le comité de veille économique doit prendre des décisions rapides car il est faux de penser que nous limiterons les dégâts avec les nationaux qui ne remplaceront jamais le tourisme international.

Un risque de faillite du secteur d’ici décembre

« Si rien n'est fait par le comité de veille, nous n'aurons d'autre choix que de nous adresser à Sa Majesté qui a précisé que le tourisme devait être un des secteurs prioritaires du Fonds de soutien.

« Sachant qu’une grande partie des 1.450 agences de voyages sont petites, le risque de faillite augmente chaque mois, et me concernant je ne pourrais pas tenir jusqu'à décembre », conclut la DG qui veut savoir quand aura lieu la réouverture des frontières, même si ça doit être en 2022.

Les agences spécialisées en réceptif étranger à l’arrêt total

De son côté, Khalid Benazzouz qui préside la Fédération nationale des agences de voyages se veut beaucoup plus optimiste sur le sort des 1.450 agences et de leurs 11.000 employés directs.

« Après 4 mois de confinement, notre situation est toujours à l'arrêt mais heureusement que Sa Majesté a validé, hier, un programme pour les secteurs les plus touchés comme celui du tourisme.

« Sachant que certaines agences sont plus dépendantes des marchés étrangers où la situation est également catastrophique, il ne risque pas d'y avoir, de sitôt, le même niveau d’arrivées qu’en 2019.

« Quoiqu’il arrive, la saison ne commencera pas avant le 17 juillet prochain car non seulement le Maroc est en période d'examen, mais aussi parce que les Marocains réservent à la dernière minute.

Le secteur réalisera à peine 10% de son chiffre d’affaires habituel

« En août, nous essayerons de travailler le temps que les frontières ouvrent pour recevoir les MRE et quelques visiteurs étrangers, mais pour tout ce qui est incentive, il n'y a rien à espérer pour cette année.

« Ceci dit, nous ne réaliserons pas plus de 10% de notre chiffre d'affaires habituel avec les nationaux, car nous nous sommes faits à l’idée que 2020 est une année de survie avant de se préparer à 2021.

Une reprise espérée en décembre

« Si je préfère ne pas me prononcer sur le risque de faillite de certaines agences, nous finirons par dépasser cette crise grâce notamment à la loi 30-20 qui nous a permis de soulager notre trésorerie

« Au final, si personne n’est capable de prévoir la date de la fin de cette pandémie, je pense qu'en décembre prochain, nous ferons à nouveau un bon chiffre d'affaires car les gens auront envie de voyager après cette crise », conclut le président en affirmant que son agence a déjà plusieurs réservations confirmées de groupes de touristes américains pour le mois d'octobre prochain.

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