Deux ans plus tard, l'affaire Khadija toujours au point mort

Entre retard judiciaire et oubli médiatique et associatif, la jeune Khadja a été "abandonnée" selon son avocat. Violée, séquestrée et torturée pendant 2 mois, l'histoire de Khadija avait ému tout le Maroc. Qu'est-elle devenue ?

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Deux ans plus tard, l'affaire Khadija toujours au point mort CHAMBRE CRIMINELLE PRÈS LA COUR D'APPEL DE BÉNI MELLAL. (PHOTO MÉDIAS24)

Le 15 octobre 2020 à 14:20

Modifié le 15 octobre 2020 à 15:44

“Le dossier n’avance pas”, affirme Me Ibrahim Hachane, avocat de la jeune Khadija victime d’un viol collectif, de séquestration et de torture. 

Les faits remontent à 2018. A l’époque, Khadija était mineure et a été placée sous les feux des projecteurs suite à ces événements tragiques. Elle a fait l’objet d’un intérêt constant des médias nationaux et internationaux, mais depuis, l’affaire a été reléguée aux oubliettes. 

Sur le plan judiciaire, l’affaire est au point mort. Sur le plan humain aussi.

“Toutes les associations, les personnes qui se sont mobilisées lorsque l’affaire a éclaté l’ont finalement laissée tomber. Cela fait plus d’un an que tout le monde l’a délaissée”, déclare l’avocat. 

Procès : Les raisons du retard 

Entre autres importantes affaires judiciaires oubliées ou en retard, “l’affaire Khadija” n’a toujours pas été mise en délibéré. 

Selon Me Hachane, ce retard s’explique d’abord par une lenteur des procédures relatives à l’octroi d’une assistance judiciaire aux accusés qui sont au nombre de 12. 

“Les familles des accusés ont déclaré ne pas avoir les moyens de se procurer un avocat. Ils ont donc demandé l’assistance judiciaire, une procédure qui a pris du temps”. 

Par la suite, vient la pandémie. La raison de tous les retards en 2020. 

“Pendant le confinement et même maintenant, la défense refuse le procès à distance. Les accusés demandent à être présents lors de l’audience, ce qui est difficile à mettre en place à cause du coronavirus d’une part, et de leur nombre, d’autre part”. 

En effet, sur les 20 audiences programmées entre fin avril 2019 et le 15 septembre 2020, le report de 5 d’entre elles a été justifié par la demande d’un délai pour préparer la défense et pour contacter le bâtonnier afin d’assurer une assistance judiciaire à 4 des 12 accusés. Tandis qu’une autre audience, datant du 11 août 2020, a été repoussée afin de permettre aux accusés d’assister au procès en présentiel. 

Selon Me Hachane, une nouvelle audience a été fixée pour le 27 octobre. Une annonce que l’avocat partage sans grand espoir d’avancement. 

En attendant… la jeune Khadija se perd 

Il y a deux ans, des acteurs de la société civile, des personnes touchées par ce qu’elle a subi, y compris le ministère de la Santé, se sont tous engagés à “détatouer” son corps. Mais cela n’a toujours pas été fait. 

Le suivi psychologique a quant à lui été bref. “Lorsqu’elle était encore sous pression, au moment où l’affaire était au centre de toutes les attentions, elle a été suivie par des professionnels à Casablanca, mais ce n’est plus d’actualité”. 

Ce qui reste à déterminer ici c’est de savoir pourquoi ces associations, qui se sont pourtant mobilisées et affichées en première ligne lorsque l’affaire a éclaté, ont fait marche arrière.

Jointe par Médias24, Loubna El Joud, présidente de l’association NSAT (Hna Mâak) s’explique : 

“Nous n’avons rien à cacher et rien à nous reprocher. Nous avions fait le déplacement à Oulad Ayad et assuré un soutien, notamment sur le plan financier à travers l'achat de médicaments pour la jeune fille ainsi que le financement des analyses pour vérifier qu’elle n’a pas contracté une MST. Nous l’avons également accompagnée chez un dermatologue et comptions faire un suivi par la suite. Cela dit, plusieurs raisons nous ont freinés. La première est qu’un homme proche de la famille, dont le statut nous est inconnu mais qui était apparemment chargé de coordonner avec les associations et les médias, chapeautait le tout. C’est lui qui décidait qui pouvait l’appeler et quand on pouvait l’aider ou la rencontrer. Lorsque nous tentions de la contacter, nous étions bloqués".  

“De plus, nous avons appris qu’une association à Casablanca avait pris en charge l’affaire et en faisait une source de mendicité à l’international. Une organisation mondiale nous a contactés dans ce sens, c’est ce qui nous a poussés à faire marche arrière”, ajoute-t-elle.

Par ailleurs, Loubna El Joud rappelle qu’une experte en détatouage avait fait une sortie médiatique surprenante.

“Elle a remis en question les accusations de Khadija et a déclaré que ses tatouages n’ont pas été faits par une tierce personne mais par elle-même. Ceci n'a pas impacté notre position à l'égard de la jeune fille, car nous avions eu l'occasion de constater des tatouages sur sa nuque qu'elle n'aurait pas pu faire seule, mais il est possible que ces déclarations aient refroidi d’autres acteurs de la société civile et d’autres personnes qui étaient pourtant prêtes à aider”. 

Que devient Khadija aujourd’hui ? 

Selon son avocat, la jeune fille, désormais majeure, est perdue. “Elle cumule les fugues au point que son père déclare ne plus avoir d’autorité sur elle”.

En plus du viol et de la torture présumés dont elle a été victime en 2018, suivis d’une énorme pression médiatique et “des attaques de la part des familles des accusés”, comme l’affirme son avocat (qui se déclare lui-même victime de ces derniers), Khadija a également été “abandonnée” par tous ceux qui se sont mobilisés pour elle. Un sentiment de solitude qui explique, selon Me Hachane, son état actuel. 

CHAMBRE CRIMINELLE PRÈS LA COUR D'APPEL DE BÉNI MELLAL. (PHOTO MÉDIAS24)

Deux ans plus tard, l'affaire Khadija toujours au point mort

Le 15 octobre 2020 à14:22

Modifié le 15 octobre 2020 à 15:44

Entre retard judiciaire et oubli médiatique et associatif, la jeune Khadja a été "abandonnée" selon son avocat. Violée, séquestrée et torturée pendant 2 mois, l'histoire de Khadija avait ému tout le Maroc. Qu'est-elle devenue ?

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“Le dossier n’avance pas”, affirme Me Ibrahim Hachane, avocat de la jeune Khadija victime d’un viol collectif, de séquestration et de torture. 

Les faits remontent à 2018. A l’époque, Khadija était mineure et a été placée sous les feux des projecteurs suite à ces événements tragiques. Elle a fait l’objet d’un intérêt constant des médias nationaux et internationaux, mais depuis, l’affaire a été reléguée aux oubliettes. 

Sur le plan judiciaire, l’affaire est au point mort. Sur le plan humain aussi.

“Toutes les associations, les personnes qui se sont mobilisées lorsque l’affaire a éclaté l’ont finalement laissée tomber. Cela fait plus d’un an que tout le monde l’a délaissée”, déclare l’avocat. 

Procès : Les raisons du retard 

Entre autres importantes affaires judiciaires oubliées ou en retard, “l’affaire Khadija” n’a toujours pas été mise en délibéré. 

Selon Me Hachane, ce retard s’explique d’abord par une lenteur des procédures relatives à l’octroi d’une assistance judiciaire aux accusés qui sont au nombre de 12. 

“Les familles des accusés ont déclaré ne pas avoir les moyens de se procurer un avocat. Ils ont donc demandé l’assistance judiciaire, une procédure qui a pris du temps”. 

Par la suite, vient la pandémie. La raison de tous les retards en 2020. 

“Pendant le confinement et même maintenant, la défense refuse le procès à distance. Les accusés demandent à être présents lors de l’audience, ce qui est difficile à mettre en place à cause du coronavirus d’une part, et de leur nombre, d’autre part”. 

En effet, sur les 20 audiences programmées entre fin avril 2019 et le 15 septembre 2020, le report de 5 d’entre elles a été justifié par la demande d’un délai pour préparer la défense et pour contacter le bâtonnier afin d’assurer une assistance judiciaire à 4 des 12 accusés. Tandis qu’une autre audience, datant du 11 août 2020, a été repoussée afin de permettre aux accusés d’assister au procès en présentiel. 

Selon Me Hachane, une nouvelle audience a été fixée pour le 27 octobre. Une annonce que l’avocat partage sans grand espoir d’avancement. 

En attendant… la jeune Khadija se perd 

Il y a deux ans, des acteurs de la société civile, des personnes touchées par ce qu’elle a subi, y compris le ministère de la Santé, se sont tous engagés à “détatouer” son corps. Mais cela n’a toujours pas été fait. 

Le suivi psychologique a quant à lui été bref. “Lorsqu’elle était encore sous pression, au moment où l’affaire était au centre de toutes les attentions, elle a été suivie par des professionnels à Casablanca, mais ce n’est plus d’actualité”. 

Ce qui reste à déterminer ici c’est de savoir pourquoi ces associations, qui se sont pourtant mobilisées et affichées en première ligne lorsque l’affaire a éclaté, ont fait marche arrière.

Jointe par Médias24, Loubna El Joud, présidente de l’association NSAT (Hna Mâak) s’explique : 

“Nous n’avons rien à cacher et rien à nous reprocher. Nous avions fait le déplacement à Oulad Ayad et assuré un soutien, notamment sur le plan financier à travers l'achat de médicaments pour la jeune fille ainsi que le financement des analyses pour vérifier qu’elle n’a pas contracté une MST. Nous l’avons également accompagnée chez un dermatologue et comptions faire un suivi par la suite. Cela dit, plusieurs raisons nous ont freinés. La première est qu’un homme proche de la famille, dont le statut nous est inconnu mais qui était apparemment chargé de coordonner avec les associations et les médias, chapeautait le tout. C’est lui qui décidait qui pouvait l’appeler et quand on pouvait l’aider ou la rencontrer. Lorsque nous tentions de la contacter, nous étions bloqués".  

“De plus, nous avons appris qu’une association à Casablanca avait pris en charge l’affaire et en faisait une source de mendicité à l’international. Une organisation mondiale nous a contactés dans ce sens, c’est ce qui nous a poussés à faire marche arrière”, ajoute-t-elle.

Par ailleurs, Loubna El Joud rappelle qu’une experte en détatouage avait fait une sortie médiatique surprenante.

“Elle a remis en question les accusations de Khadija et a déclaré que ses tatouages n’ont pas été faits par une tierce personne mais par elle-même. Ceci n'a pas impacté notre position à l'égard de la jeune fille, car nous avions eu l'occasion de constater des tatouages sur sa nuque qu'elle n'aurait pas pu faire seule, mais il est possible que ces déclarations aient refroidi d’autres acteurs de la société civile et d’autres personnes qui étaient pourtant prêtes à aider”. 

Que devient Khadija aujourd’hui ? 

Selon son avocat, la jeune fille, désormais majeure, est perdue. “Elle cumule les fugues au point que son père déclare ne plus avoir d’autorité sur elle”.

En plus du viol et de la torture présumés dont elle a été victime en 2018, suivis d’une énorme pression médiatique et “des attaques de la part des familles des accusés”, comme l’affirme son avocat (qui se déclare lui-même victime de ces derniers), Khadija a également été “abandonnée” par tous ceux qui se sont mobilisés pour elle. Un sentiment de solitude qui explique, selon Me Hachane, son état actuel. 

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