Covid-19 : les quatre messages du Dr My Saïd Afif, président de la SMSM

"La protection individuelle a une portée collective". "Il faut fêter l'Aid avec la famille la plus proche au 1er degré". "La situation est maîtrisée et maîtrisable mais elle est préoccupante". "Il n'y aura plus de confinement tel qu'on l'a connu".

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Covid-19 : les quatre messages du Dr My Saïd Afif, président de la SMSM Dr My Said Afif, président de la Société Marocaine des Sciences Médicales.

Le 26 juillet 2020 à 20:21

Modifié le 26 juillet 2020 à 22:30

Dans les milieux médicaux, le Dr Moulay Saïd Afif est connu comme le loup blanc. L’homme aux multiples casquettes et facettes, est notamment président de la Société marocaine des sciences médicales et d’InfoVac Maroc.

Depuis le début de la crise sanitaire actuelle, il a organisé plusieurs webinaires très réussis, avec une participation de haut niveau : la situation épidémiologique, l’état des connaissances à l’international, la Covid et les enfants, les retards de vaccination des enfants, la préparation du déconfinement et le rôle des médias… Le dernier webinaire est celui du samedi 25 juillet sur les vaccinations anti-grippales et anti pneumococciques dans la perspective de protéger les populations à risque en pleine pandémie de coronavirus.

Ci-dessous, il répond à quelques questions de Médias24 au sujet de la forte hausse du nombre de cas quotidiens depuis début juillet :

Médias24 : Dr Afif, faut-il s’inquiéter de la hausse du nombre des cas ?

Dr My Saïd Afif : Comme nous l’avions dit et redit, le déconfinement ne veut pas dire que le virus est parti.

Comme le Pr Robert Cohen l’a dit samedi dans le cadre du webinaire, il est devenu plus contagieux. Heureusement, la mutation ne l’a pas rendu plus virulent.

Ce qu’il faut voir, ce n’est pas le nombre global. C’est plutôt celui des personnes qui ont davantage de symptômes, ainsi que le nombre de personnes qui sont en réanimation. Ces deux chiffres sont en hausse au Maroc, d’où la hausse du nombre de décès d’ailleurs.

Avec le déconfinement, certains jeunes qui ne respectent pas les mesures barrières, le port du masque, la distanciation, le lavage des mains, développent des formes asymptomatiques de la maladie et infectent les personnes âgées ayant des maladies chroniques. Ce sont ces dernières que l’on retrouve en réanimation.

Le nombre de malades en réanimation est en hausse mais dans l’absolu n’est pas élevé. Mais c’est une situation qui exige la plus grande vigilance

Il y a un subtil dosage et équilibre à faire entre la santé d’un côté et l’économie de l’autre. C’est ce que fait le gouvernement.

-Personnellement, êtes-vous inquiet ?

-Il est normal d’être préoccupé par cette évolution.

La situation actuelle reste certes maîtrisable et maîtrisée. Mais nous ne voulons pas que notre système de santé soit dépassé. Et il faut que le système de santé continue à s’occuper des autres maladies, pour cela on ne doit pas avoir une hausse vertigineuse des cas de Covid et des cas en réanimation. Ce seraient des lits en moins pour les autres maladies graves.

La discipline de chacun d’entre nous, sa protection individuelle a une portée collective.

A l’occasion de l’Aid al Adha, les familles vont se rencontrer. C’est un facteur de risque.

On le sait que là maintenant la situation est plus ou moins maitrisée dans les structures professionnelles. Il faut maintenir les gestes barrières. Le masque est très important, il diminue de manière drastique la propagation entre les individus. Le masque bien mis, doit être gardé, sauf lorsqu’on est chez soi.

-Même en plein air, dans la rue ?

-Oui, parce que quand on rencontre quelqu’un, on discute avec lui il peut y avoir transmission. Même dans les milieux non clos, il peut y avoir des attroupements.

D’ailleurs, il faudrait garder le masque même à domicile s’il y a présence de personnes âgées ayant des pathologies comme le diabète ou l’hypertension artérielle.

Nous ne sommes pas ici pour faire peur à la population, mais vous avez des êtres chers, il ne faudrait pas qu’ils se retrouvent en réanimation.

Pour l’Aid, ça commence dans le transport public, les gens doivent mettre leurs masques et les garder. C’est difficile avec la chaleur, mais il faut le faire. Ni contaminer, ni se faire contaminer, c’est la règle qui dicte notre comportement.

Pendant l’Aid, je conseille à tout le monde de se limiter à la famille au premier degré, parents, enfants, frères et sœurs, et ça suffit.

-Y aura-t-il reconfinement après l’Aid ? Quel est votre sentiment ?

-Notre économie ne peut pas supporter un confinement comme celui qui existait auparavant.

S’il y a des reconfinements, cela concernera des régions, des villes ou des quartiers, ou encore des lieux qui reçoivent le public, cafés, restos…

En attendant le vaccin ou le traitement efficace, nous n’avons pour seules armes que les gestes barrières et le diagnostic précoce comme l’ont dit samedi les Pr Abdelfattah Chakib et Robert Cohen. Au moindre signe, tester. Et je salue au passage la décision du ministère d’élargir l’éventail des laboratoires au secteur privé, ce qui renforce la capacité du Maroc.

Quand on diagnostique précocement, avec le protocole suivi au Maroc, il y a moins de cas graves.

En plus des traitements qu’on utilise, notons que la corticothérapie et les anti-coagulants ont montré leur efficacité.

-Font-ils partie du protocole thérapeutique au Maroc ?

-Oui. Le protocole appliqué au Maroc, il est top.

C’est pour cela que nous avons un nombre de décès minime.

Le dernier élément du système marocain, c’est l’application Wiqaytna.

-Aujourd'hui, avec le recul, la stratégie marocaine a-t-elle été bonne à 100%. Si c'était à refaire, que faudrait-il changer ?

-Sincèrement, elle a été bonne. On a doit rendre hommage à la clairvoyance de Sa Majesté. A chaque fois, nous avons été bien en avance, nous avons pris la décision des tests dans les aéroports pour les rapatriés, l’obligation de porter les masques, …

Les mesures barrières doivent maintenant être intégrées à notre culture.

-Comment ça se passe au niveau du système de la santé avec cette hausse du nombre de cas ?

-Il y a une bonne réactivité du ministère de la santé, que ce soit dans les hôpitaux ou les CHU.

A chaque fois que nécessaire, il y a une adaptation, par exemple on installe de nouveaux lits de réanimation, tout en gardant de la capacité pour les autres pathologies.

Des pays mieux équipés que nous, ont été dépassés.

-Le système actuel peut absorber combien de cas actifs ?

-Le problème n’est pas là ; il se situe dans le nombre de cas graves.

80% des cas sont asymptomatiques ou peu symptomatiques et peuvent être suivis chez eux s’ils ont la possibilité de respecter l’isolement.

Le problème, ce sont les cas qui ont des symptômes, donc qui ont besoin de soins intensifs et qui ont besoin de réanimation, ce sont ceux-là qui plombent le système de santé.

-Comment se présente selon vous la rentrée scolaire ?

-Je tiens à féliciter le ministre de l’enseignement qui a su gérer dans les normes sanitaires les plus strictes les différents examens comme le bac.

Dorénavant, il y aura une dose d’enseignement à distance et une dose de présentiel.

Pour les tous petits, qui sont dans le primaire, on l’a dit et redit, il n’y a pas de problème à reprendre les cours à l’école.

Pour les grands, il faut qu’on continue à avoir le respect, la distanciation, le problème se posera surtout dans les facultés surchargées.

Il est également question d’effectuer une mise à niveau pendant le mois de septembre, pour les élèves, une mise à niveau ciblant les élèves qui ont décroché. En France, 20% à 25% des élèves du primaire et du secondaire ont décroché et n’ont pas pu suivre à distance.

Le ministère marocain a créé une commission de suivi des élèves sur tous les plans, avec la Société marocaine de pédiatrie et la Société marocaine de pédo-psychiatrie, ainsi que des responsables de l’Education nationale et la secrétaire générale de la jeunesse et des sports. Le redémarrage scolaire sera suivi par cette commission sur les plans sanitaire et celui de la mise à niveau et de la mobilisation des élèves.

Cette crise a montré l’ingéniosité des Marocains, tout le monde qui l’a pu s’est impliqué, masques, respirateurs, prises en charge, le système de santé est devenu un, il faut continuer pour le bien du pays.

Dr My Said Afif, président de la Société Marocaine des Sciences Médicales.

Covid-19 : les quatre messages du Dr My Saïd Afif, président de la SMSM

Le 26 juillet 2020 à20:23

Modifié le 26 juillet 2020 à 22:30

"La protection individuelle a une portée collective". "Il faut fêter l'Aid avec la famille la plus proche au 1er degré". "La situation est maîtrisée et maîtrisable mais elle est préoccupante". "Il n'y aura plus de confinement tel qu'on l'a connu".

Dans les milieux médicaux, le Dr Moulay Saïd Afif est connu comme le loup blanc. L’homme aux multiples casquettes et facettes, est notamment président de la Société marocaine des sciences médicales et d’InfoVac Maroc.

Depuis le début de la crise sanitaire actuelle, il a organisé plusieurs webinaires très réussis, avec une participation de haut niveau : la situation épidémiologique, l’état des connaissances à l’international, la Covid et les enfants, les retards de vaccination des enfants, la préparation du déconfinement et le rôle des médias… Le dernier webinaire est celui du samedi 25 juillet sur les vaccinations anti-grippales et anti pneumococciques dans la perspective de protéger les populations à risque en pleine pandémie de coronavirus.

Ci-dessous, il répond à quelques questions de Médias24 au sujet de la forte hausse du nombre de cas quotidiens depuis début juillet :

Médias24 : Dr Afif, faut-il s’inquiéter de la hausse du nombre des cas ?

Dr My Saïd Afif : Comme nous l’avions dit et redit, le déconfinement ne veut pas dire que le virus est parti.

Comme le Pr Robert Cohen l’a dit samedi dans le cadre du webinaire, il est devenu plus contagieux. Heureusement, la mutation ne l’a pas rendu plus virulent.

Ce qu’il faut voir, ce n’est pas le nombre global. C’est plutôt celui des personnes qui ont davantage de symptômes, ainsi que le nombre de personnes qui sont en réanimation. Ces deux chiffres sont en hausse au Maroc, d’où la hausse du nombre de décès d’ailleurs.

Avec le déconfinement, certains jeunes qui ne respectent pas les mesures barrières, le port du masque, la distanciation, le lavage des mains, développent des formes asymptomatiques de la maladie et infectent les personnes âgées ayant des maladies chroniques. Ce sont ces dernières que l’on retrouve en réanimation.

Le nombre de malades en réanimation est en hausse mais dans l’absolu n’est pas élevé. Mais c’est une situation qui exige la plus grande vigilance

Il y a un subtil dosage et équilibre à faire entre la santé d’un côté et l’économie de l’autre. C’est ce que fait le gouvernement.

-Personnellement, êtes-vous inquiet ?

-Il est normal d’être préoccupé par cette évolution.

La situation actuelle reste certes maîtrisable et maîtrisée. Mais nous ne voulons pas que notre système de santé soit dépassé. Et il faut que le système de santé continue à s’occuper des autres maladies, pour cela on ne doit pas avoir une hausse vertigineuse des cas de Covid et des cas en réanimation. Ce seraient des lits en moins pour les autres maladies graves.

La discipline de chacun d’entre nous, sa protection individuelle a une portée collective.

A l’occasion de l’Aid al Adha, les familles vont se rencontrer. C’est un facteur de risque.

On le sait que là maintenant la situation est plus ou moins maitrisée dans les structures professionnelles. Il faut maintenir les gestes barrières. Le masque est très important, il diminue de manière drastique la propagation entre les individus. Le masque bien mis, doit être gardé, sauf lorsqu’on est chez soi.

-Même en plein air, dans la rue ?

-Oui, parce que quand on rencontre quelqu’un, on discute avec lui il peut y avoir transmission. Même dans les milieux non clos, il peut y avoir des attroupements.

D’ailleurs, il faudrait garder le masque même à domicile s’il y a présence de personnes âgées ayant des pathologies comme le diabète ou l’hypertension artérielle.

Nous ne sommes pas ici pour faire peur à la population, mais vous avez des êtres chers, il ne faudrait pas qu’ils se retrouvent en réanimation.

Pour l’Aid, ça commence dans le transport public, les gens doivent mettre leurs masques et les garder. C’est difficile avec la chaleur, mais il faut le faire. Ni contaminer, ni se faire contaminer, c’est la règle qui dicte notre comportement.

Pendant l’Aid, je conseille à tout le monde de se limiter à la famille au premier degré, parents, enfants, frères et sœurs, et ça suffit.

-Y aura-t-il reconfinement après l’Aid ? Quel est votre sentiment ?

-Notre économie ne peut pas supporter un confinement comme celui qui existait auparavant.

S’il y a des reconfinements, cela concernera des régions, des villes ou des quartiers, ou encore des lieux qui reçoivent le public, cafés, restos…

En attendant le vaccin ou le traitement efficace, nous n’avons pour seules armes que les gestes barrières et le diagnostic précoce comme l’ont dit samedi les Pr Abdelfattah Chakib et Robert Cohen. Au moindre signe, tester. Et je salue au passage la décision du ministère d’élargir l’éventail des laboratoires au secteur privé, ce qui renforce la capacité du Maroc.

Quand on diagnostique précocement, avec le protocole suivi au Maroc, il y a moins de cas graves.

En plus des traitements qu’on utilise, notons que la corticothérapie et les anti-coagulants ont montré leur efficacité.

-Font-ils partie du protocole thérapeutique au Maroc ?

-Oui. Le protocole appliqué au Maroc, il est top.

C’est pour cela que nous avons un nombre de décès minime.

Le dernier élément du système marocain, c’est l’application Wiqaytna.

-Aujourd'hui, avec le recul, la stratégie marocaine a-t-elle été bonne à 100%. Si c'était à refaire, que faudrait-il changer ?

-Sincèrement, elle a été bonne. On a doit rendre hommage à la clairvoyance de Sa Majesté. A chaque fois, nous avons été bien en avance, nous avons pris la décision des tests dans les aéroports pour les rapatriés, l’obligation de porter les masques, …

Les mesures barrières doivent maintenant être intégrées à notre culture.

-Comment ça se passe au niveau du système de la santé avec cette hausse du nombre de cas ?

-Il y a une bonne réactivité du ministère de la santé, que ce soit dans les hôpitaux ou les CHU.

A chaque fois que nécessaire, il y a une adaptation, par exemple on installe de nouveaux lits de réanimation, tout en gardant de la capacité pour les autres pathologies.

Des pays mieux équipés que nous, ont été dépassés.

-Le système actuel peut absorber combien de cas actifs ?

-Le problème n’est pas là ; il se situe dans le nombre de cas graves.

80% des cas sont asymptomatiques ou peu symptomatiques et peuvent être suivis chez eux s’ils ont la possibilité de respecter l’isolement.

Le problème, ce sont les cas qui ont des symptômes, donc qui ont besoin de soins intensifs et qui ont besoin de réanimation, ce sont ceux-là qui plombent le système de santé.

-Comment se présente selon vous la rentrée scolaire ?

-Je tiens à féliciter le ministre de l’enseignement qui a su gérer dans les normes sanitaires les plus strictes les différents examens comme le bac.

Dorénavant, il y aura une dose d’enseignement à distance et une dose de présentiel.

Pour les tous petits, qui sont dans le primaire, on l’a dit et redit, il n’y a pas de problème à reprendre les cours à l’école.

Pour les grands, il faut qu’on continue à avoir le respect, la distanciation, le problème se posera surtout dans les facultés surchargées.

Il est également question d’effectuer une mise à niveau pendant le mois de septembre, pour les élèves, une mise à niveau ciblant les élèves qui ont décroché. En France, 20% à 25% des élèves du primaire et du secondaire ont décroché et n’ont pas pu suivre à distance.

Le ministère marocain a créé une commission de suivi des élèves sur tous les plans, avec la Société marocaine de pédiatrie et la Société marocaine de pédo-psychiatrie, ainsi que des responsables de l’Education nationale et la secrétaire générale de la jeunesse et des sports. Le redémarrage scolaire sera suivi par cette commission sur les plans sanitaire et celui de la mise à niveau et de la mobilisation des élèves.

Cette crise a montré l’ingéniosité des Marocains, tout le monde qui l’a pu s’est impliqué, masques, respirateurs, prises en charge, le système de santé est devenu un, il faut continuer pour le bien du pays.

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