Covid-19: L'accélération actuelle de la transformation digitale va-t-elle durer?

Le Maroc a fait un bond significatif en matière de digitalisation depuis le début du confinement. Est-ce une accélération conjoncturelle ? Comment maintenir cette vitesse ? Voici les réponses de Yassine Sekkat, expert en digital.

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Le 29 avril 2020 à 18:22

Modifié le 29 avril 2020 à 21:50

Comment expliquer l’accélération de la digitalisation au Maroc depuis le début du confinement ? Une transformation qu’il est nécessaire de faire durer dans le temps, mais par quels moyens ? Yassine Sekkat, directeur associé à McKinsey & Compagnie Maroc et expert en digital a répondu à ces questions et plus encore lors d’un E-Koffee de l’association Tizi organisé le lundi 27 avril. Voici l'essentiel de son intervention :

"Je vais me permettre de parler sans langue de bois et dire les choses en toute transparence. Je ne pense pas que la situation du digital au Maroc soit satisfaisante, malgré le fait qu’au cours de ces 3 ou 4 dernières années on ait vu une vraie prise de conscience et une volonté de vouloir accélérer".

"On estime qu’il y a pratiquement 50 à 60 heures perdues par semaine et par personne à effectuer des procédures administratives. C’est-à-dire une semaine et demi de travail par an", déclare Yassine Sekkat.

"Le citoyen a un sentiment d’injustice et d’insatisfaction par rapport aux services publics qui lui sont rendus. Et il a très peu de moyens de recours ou d’alternatives. Il est obligé de subir des procédures qui ne sont pas claires et je pense que c’est cela qui le frustre le plus", explique-t-il.

Le courage politique peut faire toute la différence

"Je pense qu’on peut donner beaucoup de raisons pour expliquer le retard des dernières années. On peut parler de moyens, talents, problèmes de sécurité, etc. Mais s’il y a un paramètre qui fait toute la différence c’est celui du courage politique et de la volonté des dirigeants d’aller jusqu’au bout", affirme l’expert.

"Certains projets ont bien fonctionné ces 5 - 6 dernières années. Ils avaient une chose en commun: les dirigeants qui étaient à leurs têtes avaient la volonté de continuer et d'exécuter leur feuille de route malgré les difficultés".

"Je pense qu’aujourd’hui au niveau politique mais aussi privé, il n’y a pas cette conviction, malgré les paroles. Tout le monde dit que le digital est très important, mais il n’y a pas encore de vraies transformations".

La crise sanitaire est difficile et violente, mais c’est aussi une bénédiction

"Il est clair que cette crise sanitaire est violente. C’est triste de parler d’opportunité ou d’occasion mais à vrai dire c’est le cas", affirme M. Sekkat.

"Je pense qu’il faut vraiment reconnaître que cette crise a la vertu et le mérite d’avoir accéléré massivement la transformation digitale. Elle s’est accompagnée, sous l’effet de la contrainte, d’une accélération de la transformation de certains services publics et de la capacité des entreprises à se moderniser, à pouvoir travailler à distance et à changer toute l’organisation en très peu de temps. Elle a aussi forcé l’usage, et par rapport à cela, on peut dire que c’est une bénédiction".

"Je pense que c’est le bon moment de prendre du recul et le temps de nous féliciter et d’encourager cette incroyable transformation. Nous sommes passés du Maroc digital 1.0 au Maroc digital 4.0 en quelques semaines".

"On le constate, premièrement au niveau du e-commerce, certains acteurs ont vu leur activité multipliée par 2 ou 3. Si on prend le leader à savoir Jumia, les derniers commentaires des dirigeants indiquent que leur activité a rarement été aussi élevée.

"On constate également des changements au niveau des services publics, je pense notamment à « portnet », qui est l’un des services digitaux les plus avancés dans le secteur public. Le nombre d’administrations connectées à été multiplié par 3 puisque nous sommes passés de 3 à 9 administrations. Cela aurait pris des années en temps normal, mais l’urgence a fait accélérer les choses".

"Ce qui a été fait par la CNSS est remarquable également. J’ai suivi ce sujet de près, le fait de pouvoir s’inscrire par numéro de téléphone et que toutes les banques et établissements de paiement aient réussi à créer des plateformes interconnectées en quelques jours, ou quelques nuits blanches plutôt, est impressionnant. Sachant que ce type de projet prend entre 6 mois et un an pour se mettre en place. On a aussi vu des changements réglementaires, qui ont été très rapides pour pouvoir activer ces transformations", renchérit l'expert.

"Mine de rien, plusieurs services, dans le secteur privé et public, ont été incroyablement adaptés. J’ai envie de dire que malheureusement, c’est cela le côté positif de cette crise. La contrainte a montré que cette transformation n’était pas un problème de moyens, ni d’argent, ni de talent, ni de réglementation parce qu’au final on a réussi à faire tout cela en si peu de temps".  

Education: 2 fois plus de contenu mis en ligne en 3 mois qu’en 8 ans

"Le secteur de l’éducation est aussi un exemple de changement, avec des retours plus ou moins bons. Le nombre de contenus mis en ligne au cours de ces 3 dernières semaines est 2 fois supérieur à ce qui a été mis en ligne au cours des 8 dernières années".

"Je pense que le digital peut être un des éléments de réponse mais pas le seul. L’idée des cours à distance est bonne, mais elle a aussi ses limites. Cela fait des années qu’on en parle partout dans le monde, le fait de pouvoir offrir une éducation à distance de qualité n’a pas encore été prouvé. Par contre, comme outil d’appoint ça a une vraie valeur. Des cours à distance, de qualité, peuvent être un incroyable atout. D’ailleurs il y a quelques starts up au Maroc comme « 9rayti » qui constitue un très bon exemple", précise-t-il.

"Le digital peut être largement utilisé dans les cours, pas seulement pour apprendre à coder mais aussi pour changer la manière avec laquelle on enseigne. Le digital représente également un très bon outil pour les enseignants, afin de les aider à faire leur travail, et cela même après le déconfinement".

Les mesures à prendre pour pérenniser les avancées acquises pendant le confinement

"Le vrai enjeu aujourd’hui, c’est que cette tendance qui a commencé ne s’arrête pas. Comment est-ce que les dirigeants vont saisir cette opportunité ? Ils sont responsables de l’accélération qui doit suivre les progrès des dernières semaines, pour en faire une transformation en profondeur dans leurs administrations".

"Je pense qu’il y a certaines mesures que les dirigeants peuvent prendre dès à présent, pour s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. La première, c’est probablement écouter, regarder l’utilisateur, et prendre le temps de réaliser qu’aujourd’hui, il est vraiment possible d’avoir des services digitaux et que le citoyen et l’entreprise y adhèrent".

"La deuxième, c’est de commencer, dès maintenant, à réfléchir à la feuille de route post-crise, revoir les priorités, s’attarder sur les projets qui ont fait leurs preuves et qu’il faut maintenant capitaliser et renforcer voire même les rendre obligatoires."

"Ensuite il faut se poser la question suivante: « Est-ce que nous voulons continuer à investir des dizaines de millions de dirhams dans des infrastructures physiques pour pouvoir offrir des services alors qu’avec le tiers de ce budget-là, il est possible de présenter des services à distance, probablement de meilleure qualité » ? ".

"Quatrièmement, se pencher sur les starts up et les moyens de les intégrer. Elles peuvent être un incroyable levier à ces réflexions et à ces réalisations.

Et cinquièmement, il faut se réorganiser. On peut voir aujourd’hui que c’est possible de travailler à distance, j’ai même quelques clients dont l’efficacité ou la production digitale a augmenté durant cette période-là".

"Ces cinq éléments seraient un incroyable accélérateur digital post-covid".

Relancer l’économie: L’impact du digital sur certains secteurs

"La productivité de certaines PME grâce aux outils digitaux est impressionnante en termes de planification et de production, d’amélioration de la supply chain, de réduction de coûts, d'amélioration des délais, etc. Il s'agit donc d'une opportunité pour le Maroc", déclare l'expert.

"Dans le secteur financier, le « mobile paiement » peut être un levier incroyable d’accélération du service financier en général. Quant à l’offshoring ou le BPO (Business Process Outsourcing, nldr), cela fait dix ans que le Maroc essaye de faire autre chose que des call centers ou de la vente à distance. Nous avons vu aujourd’hui qu’un certain nombre d’opérations peuvent être effectuées à distance. Cela peut être l’occasion pour les acteurs marocains de proposer une vraie externalisation de services étrangers afin de les réaliser au Maroc".

"Nous avons aujourd’hui 100.000 emplois dans l’offshoring, est-ce qu’on ne pourrait pas en créer deux fois plus ? Les opportunités pour le digital, quel que soit le secteur économique, sont monumentales.".

L’indéniable valeur du secteur formel

"Cela fait des années que nous essayons d’inclure dans le secteur formel le maximum d’entreprises qui sont dans l’informel. Ce qui a été mis en place ces dernières semaines par le Maroc, dont les aides CNSS mais aussi les aides Ramed, a permis de renforcer la confiance qu’avaient les citoyens en l’administration. Nous avons vu de vrais services qui ont été mis en œuvre pour eux", explique M. Sekkat.

"Le fait que des acteurs soient dans l’informel, s’explique par le fait qu’ils ne voient pas la valeur du secteur formel. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de leur dire « regardez ce qui a été fait pour ceux qui avaient cotisé à la CNSS, ils ont pu avoir accès à une meilleure allocation ». Autrement dit, ceux qui ont joué le jeu ont pu en bénéficier".

"Puisque nous avons la preuve qu’être dans le formel a une vraie valeur pour les entreprises et les citoyens, c’est peut-être le moment d’attirer les plus résistants à travers des packs de formalisation. Il s’agit de leur proposer de déclarer leurs employés et de bénéficier d’offres qui leur permettent de ne pas payer de CNSS les 10 premiers mois par exemple, ou de bénéficier de crédits auxquels ils n’auraient pas eu accès".  

A quoi ressemblerait le Maroc digital de demain ?

"Il pourrait être un Maroc où le citoyen, via son application mobile, peut avoir accès au service public basique. Où il n'aura plus besoin de se déplacer pour légaliser un document, demander des extraits d’acte de naissance ou faire des déclarations de naissance par exemple, puisque tout cela pourra être fait de manière centralisée et à distance, à travers un téléphone. Les quelques services auxquels nous avons eu accès durant ces dernières semaines prouvent que c’est possible.

"Je pense que c’est un Maroc où on peut créer une entreprise en 30 ou 40 minutes, où l’entreprise peut avoir accès à des marchés à distance et peut effectuer des procédures d’import-export voire des recrutements en ligne et où les starts up ont accès, de manière privilégiée, à certains appels d’offres qui leur sont dédiées", rajoute Yassine Sekkat.

"C’est peut-être un Maroc où au niveau des communes rurales, on utilise les centres de soins pour que les habitants enclavés puissent, via télémédecine, être raccordés aux hôpitaux les plus proches. Certains pays l’ont fait, comme l’Inde".

Covid-19: L'accélération actuelle de la transformation digitale va-t-elle durer?

Le 29 avril 2020 à18:54

Modifié le 29 avril 2020 à 21:50

Le Maroc a fait un bond significatif en matière de digitalisation depuis le début du confinement. Est-ce une accélération conjoncturelle ? Comment maintenir cette vitesse ? Voici les réponses de Yassine Sekkat, expert en digital.

Comment expliquer l’accélération de la digitalisation au Maroc depuis le début du confinement ? Une transformation qu’il est nécessaire de faire durer dans le temps, mais par quels moyens ? Yassine Sekkat, directeur associé à McKinsey & Compagnie Maroc et expert en digital a répondu à ces questions et plus encore lors d’un E-Koffee de l’association Tizi organisé le lundi 27 avril. Voici l'essentiel de son intervention :

"Je vais me permettre de parler sans langue de bois et dire les choses en toute transparence. Je ne pense pas que la situation du digital au Maroc soit satisfaisante, malgré le fait qu’au cours de ces 3 ou 4 dernières années on ait vu une vraie prise de conscience et une volonté de vouloir accélérer".

"On estime qu’il y a pratiquement 50 à 60 heures perdues par semaine et par personne à effectuer des procédures administratives. C’est-à-dire une semaine et demi de travail par an", déclare Yassine Sekkat.

"Le citoyen a un sentiment d’injustice et d’insatisfaction par rapport aux services publics qui lui sont rendus. Et il a très peu de moyens de recours ou d’alternatives. Il est obligé de subir des procédures qui ne sont pas claires et je pense que c’est cela qui le frustre le plus", explique-t-il.

Le courage politique peut faire toute la différence

"Je pense qu’on peut donner beaucoup de raisons pour expliquer le retard des dernières années. On peut parler de moyens, talents, problèmes de sécurité, etc. Mais s’il y a un paramètre qui fait toute la différence c’est celui du courage politique et de la volonté des dirigeants d’aller jusqu’au bout", affirme l’expert.

"Certains projets ont bien fonctionné ces 5 - 6 dernières années. Ils avaient une chose en commun: les dirigeants qui étaient à leurs têtes avaient la volonté de continuer et d'exécuter leur feuille de route malgré les difficultés".

"Je pense qu’aujourd’hui au niveau politique mais aussi privé, il n’y a pas cette conviction, malgré les paroles. Tout le monde dit que le digital est très important, mais il n’y a pas encore de vraies transformations".

La crise sanitaire est difficile et violente, mais c’est aussi une bénédiction

"Il est clair que cette crise sanitaire est violente. C’est triste de parler d’opportunité ou d’occasion mais à vrai dire c’est le cas", affirme M. Sekkat.

"Je pense qu’il faut vraiment reconnaître que cette crise a la vertu et le mérite d’avoir accéléré massivement la transformation digitale. Elle s’est accompagnée, sous l’effet de la contrainte, d’une accélération de la transformation de certains services publics et de la capacité des entreprises à se moderniser, à pouvoir travailler à distance et à changer toute l’organisation en très peu de temps. Elle a aussi forcé l’usage, et par rapport à cela, on peut dire que c’est une bénédiction".

"Je pense que c’est le bon moment de prendre du recul et le temps de nous féliciter et d’encourager cette incroyable transformation. Nous sommes passés du Maroc digital 1.0 au Maroc digital 4.0 en quelques semaines".

"On le constate, premièrement au niveau du e-commerce, certains acteurs ont vu leur activité multipliée par 2 ou 3. Si on prend le leader à savoir Jumia, les derniers commentaires des dirigeants indiquent que leur activité a rarement été aussi élevée.

"On constate également des changements au niveau des services publics, je pense notamment à « portnet », qui est l’un des services digitaux les plus avancés dans le secteur public. Le nombre d’administrations connectées à été multiplié par 3 puisque nous sommes passés de 3 à 9 administrations. Cela aurait pris des années en temps normal, mais l’urgence a fait accélérer les choses".

"Ce qui a été fait par la CNSS est remarquable également. J’ai suivi ce sujet de près, le fait de pouvoir s’inscrire par numéro de téléphone et que toutes les banques et établissements de paiement aient réussi à créer des plateformes interconnectées en quelques jours, ou quelques nuits blanches plutôt, est impressionnant. Sachant que ce type de projet prend entre 6 mois et un an pour se mettre en place. On a aussi vu des changements réglementaires, qui ont été très rapides pour pouvoir activer ces transformations", renchérit l'expert.

"Mine de rien, plusieurs services, dans le secteur privé et public, ont été incroyablement adaptés. J’ai envie de dire que malheureusement, c’est cela le côté positif de cette crise. La contrainte a montré que cette transformation n’était pas un problème de moyens, ni d’argent, ni de talent, ni de réglementation parce qu’au final on a réussi à faire tout cela en si peu de temps".  

Education: 2 fois plus de contenu mis en ligne en 3 mois qu’en 8 ans

"Le secteur de l’éducation est aussi un exemple de changement, avec des retours plus ou moins bons. Le nombre de contenus mis en ligne au cours de ces 3 dernières semaines est 2 fois supérieur à ce qui a été mis en ligne au cours des 8 dernières années".

"Je pense que le digital peut être un des éléments de réponse mais pas le seul. L’idée des cours à distance est bonne, mais elle a aussi ses limites. Cela fait des années qu’on en parle partout dans le monde, le fait de pouvoir offrir une éducation à distance de qualité n’a pas encore été prouvé. Par contre, comme outil d’appoint ça a une vraie valeur. Des cours à distance, de qualité, peuvent être un incroyable atout. D’ailleurs il y a quelques starts up au Maroc comme « 9rayti » qui constitue un très bon exemple", précise-t-il.

"Le digital peut être largement utilisé dans les cours, pas seulement pour apprendre à coder mais aussi pour changer la manière avec laquelle on enseigne. Le digital représente également un très bon outil pour les enseignants, afin de les aider à faire leur travail, et cela même après le déconfinement".

Les mesures à prendre pour pérenniser les avancées acquises pendant le confinement

"Le vrai enjeu aujourd’hui, c’est que cette tendance qui a commencé ne s’arrête pas. Comment est-ce que les dirigeants vont saisir cette opportunité ? Ils sont responsables de l’accélération qui doit suivre les progrès des dernières semaines, pour en faire une transformation en profondeur dans leurs administrations".

"Je pense qu’il y a certaines mesures que les dirigeants peuvent prendre dès à présent, pour s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. La première, c’est probablement écouter, regarder l’utilisateur, et prendre le temps de réaliser qu’aujourd’hui, il est vraiment possible d’avoir des services digitaux et que le citoyen et l’entreprise y adhèrent".

"La deuxième, c’est de commencer, dès maintenant, à réfléchir à la feuille de route post-crise, revoir les priorités, s’attarder sur les projets qui ont fait leurs preuves et qu’il faut maintenant capitaliser et renforcer voire même les rendre obligatoires."

"Ensuite il faut se poser la question suivante: « Est-ce que nous voulons continuer à investir des dizaines de millions de dirhams dans des infrastructures physiques pour pouvoir offrir des services alors qu’avec le tiers de ce budget-là, il est possible de présenter des services à distance, probablement de meilleure qualité » ? ".

"Quatrièmement, se pencher sur les starts up et les moyens de les intégrer. Elles peuvent être un incroyable levier à ces réflexions et à ces réalisations.

Et cinquièmement, il faut se réorganiser. On peut voir aujourd’hui que c’est possible de travailler à distance, j’ai même quelques clients dont l’efficacité ou la production digitale a augmenté durant cette période-là".

"Ces cinq éléments seraient un incroyable accélérateur digital post-covid".

Relancer l’économie: L’impact du digital sur certains secteurs

"La productivité de certaines PME grâce aux outils digitaux est impressionnante en termes de planification et de production, d’amélioration de la supply chain, de réduction de coûts, d'amélioration des délais, etc. Il s'agit donc d'une opportunité pour le Maroc", déclare l'expert.

"Dans le secteur financier, le « mobile paiement » peut être un levier incroyable d’accélération du service financier en général. Quant à l’offshoring ou le BPO (Business Process Outsourcing, nldr), cela fait dix ans que le Maroc essaye de faire autre chose que des call centers ou de la vente à distance. Nous avons vu aujourd’hui qu’un certain nombre d’opérations peuvent être effectuées à distance. Cela peut être l’occasion pour les acteurs marocains de proposer une vraie externalisation de services étrangers afin de les réaliser au Maroc".

"Nous avons aujourd’hui 100.000 emplois dans l’offshoring, est-ce qu’on ne pourrait pas en créer deux fois plus ? Les opportunités pour le digital, quel que soit le secteur économique, sont monumentales.".

L’indéniable valeur du secteur formel

"Cela fait des années que nous essayons d’inclure dans le secteur formel le maximum d’entreprises qui sont dans l’informel. Ce qui a été mis en place ces dernières semaines par le Maroc, dont les aides CNSS mais aussi les aides Ramed, a permis de renforcer la confiance qu’avaient les citoyens en l’administration. Nous avons vu de vrais services qui ont été mis en œuvre pour eux", explique M. Sekkat.

"Le fait que des acteurs soient dans l’informel, s’explique par le fait qu’ils ne voient pas la valeur du secteur formel. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de leur dire « regardez ce qui a été fait pour ceux qui avaient cotisé à la CNSS, ils ont pu avoir accès à une meilleure allocation ». Autrement dit, ceux qui ont joué le jeu ont pu en bénéficier".

"Puisque nous avons la preuve qu’être dans le formel a une vraie valeur pour les entreprises et les citoyens, c’est peut-être le moment d’attirer les plus résistants à travers des packs de formalisation. Il s’agit de leur proposer de déclarer leurs employés et de bénéficier d’offres qui leur permettent de ne pas payer de CNSS les 10 premiers mois par exemple, ou de bénéficier de crédits auxquels ils n’auraient pas eu accès".  

A quoi ressemblerait le Maroc digital de demain ?

"Il pourrait être un Maroc où le citoyen, via son application mobile, peut avoir accès au service public basique. Où il n'aura plus besoin de se déplacer pour légaliser un document, demander des extraits d’acte de naissance ou faire des déclarations de naissance par exemple, puisque tout cela pourra être fait de manière centralisée et à distance, à travers un téléphone. Les quelques services auxquels nous avons eu accès durant ces dernières semaines prouvent que c’est possible.

"Je pense que c’est un Maroc où on peut créer une entreprise en 30 ou 40 minutes, où l’entreprise peut avoir accès à des marchés à distance et peut effectuer des procédures d’import-export voire des recrutements en ligne et où les starts up ont accès, de manière privilégiée, à certains appels d’offres qui leur sont dédiées", rajoute Yassine Sekkat.

"C’est peut-être un Maroc où au niveau des communes rurales, on utilise les centres de soins pour que les habitants enclavés puissent, via télémédecine, être raccordés aux hôpitaux les plus proches. Certains pays l’ont fait, comme l’Inde".

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