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L’Algérie sacrifie le Hamas pour mieux s’accrocher au polisario

Qui s’attendait à voir l’Algérie, hier la Mecque des révolutionnaires, soutenir sans sourciller au Conseil de sécurité de l’ONU le plan de paix de Donald Trump pour Gaza, alors que la Russie et la Chine, fidèles à elles-mêmes, s’en sont abstenues ? Qui aurait cru qu’un jour le représentant permanent de l’Algérie remercierait le président américain en personne d’avoir proposé ce plan que le Hamas, l’allié d’Alger, a catégoriquement rejeté ?

Le 21 novembre 2025 à 12h01

Ce virage à 180 degrés est le prélude à une réorientation de la diplomatie algérienne, qui n’a plus d'autre choix que de vendre son âme, et de s’adapter aux changements qui s’opèrent autour d’elle, sans quoi elle subira alors les conséquences de ses choix politiques extrémistes.

C’est ainsi que sur les quinze membres du Conseil de sécurité, treize se sont prononcés en faveur du texte présenté par Washington que le représentant permanent américain Mike Waltz a qualifié d’historique et constructif. Seules la Russie et la Chine ont marqué leur désaccord aux propositions américaines et au soutien de Washington à Israël, et elles étaient bien seules.

L’Algérie, qui d’habitude fait partie des inconditionnels défenseurs de la cause palestinienne, l’a tout bonnement abandonnée, préférant défendre ses propres intérêts, en épousant ouvertement les positions de Washington pour desserrer l’eau qui étouffe sa diplomatie au niveau international.

Le Conseil de sécurité a donc approuvé ce texte de résolution inspirée directement du plan de paix pour Gaza promu par le président Donald Trump. Le président américain, qui rêvait de créer une riviera à Gaza, a enfin obtenu gain de cause pour avaliser sa stratégie et s’ouvrir légalement les portes de cette région qu’il compte remodeler comme il l’avait prévu. Après l’adoption de ce texte, il s’est félicité ouvertement d’une des approbations les plus importantes de l’histoire des Nations Unies.

Selon le texte de la résolution, le Conseil autorise donc la mise en place à Gaza d’une Force de stabilisation internationale, FSI. Cette institution sera chargée notamment de l’appui à la sécurisation de la frontière, en coopération avec l’Egypte et Israël, de la démilitarisation de Gaza, du désarmement des groupes armés non étatiques (Hamas), de la protection des civils et de la formation de la police palestinienne.

La résolution donne également mandat, jusqu’au 31 décembre 2027, à un comité de la paix, organe de gouvernance de transition qui gérera Gaza jusqu’à la réforme totale de l’Autorité palestinienne qui prendra par la suite la relève. La composition de la FSI n’a pas encore été évoquée, mais elle pourrait être composée d’éléments venant de pays arabes et musulmans.

Le vote de la rupture

Si l’Autorité palestinienne a salué le texte de la résolution, y voyant une consolidation des droits des Palestiniens à l’autodétermination, le Hamas, l’allié objectif d’Alger dans la région, a en revanche dénoncé ce mécanisme de tutelle internationale, accusant Washington d’imposer un dispositif au service des objectifs israéliens. Il est utile de rappeler qu’au lendemain de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël, Alger avait apporté son soutien total aux actions du Hamas, les qualifiant de légitime défense.

Ce n’est un secret pour personne la grande complicité qui a toujours prévalu entre Alger et le Hamas depuis de longues années. En juillet 2022, alors qu’Alger tentait de revenir sur la scène régionale en jouant les bons offices dans plusieurs conflits, une rencontre a été tenue pour rapprocher les points de vue entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le leader du Hamas Ismail Haniyah. Cette rencontre organisée à l’occasion du 60e anniversaire de l’Algérie a été une opportunité pour le Hamas de s’imposer face au parti Fatah avec qui il était en désaccord depuis le conflit fratricide de 2007.

Mais dès octobre dernier les relations entre les deux commençaient à battre des ailes. Après la signature de l’accord de cessez-le-feu entre l’Etat hébreu et le Hamas, cette dernière avait exprimé ses remerciements à plusieurs pays, en omettant de citer l’Algérie. Etait-ce une simple omission, ou un acte volontaire de la part de la mouvance islamiste palestinienne ? Tous les médias algériens se sont emparés de ce qu’ils ont appelé l’ingratitude du Hamas pour disqualifier ce mouvement aux yeux de l’opinion publique algérienne. Le président Tebboune lui-même réagit le 9 octobre dernier sur cet oubli lors d’une rencontre officielle avec les cadres militaires réunis au siège du ministère de la Défense.

Nous n’avons besoin de la reconnaissance de personne, leur a-t-il dit dans son style populiste habituel. Les Palestiniens eux-mêmes savent que les Algériens ont combattu en Palestine dès 1948, affirme le président naïvement. Il leur révèle également que lors de la proclamation de l’Etat palestinien en 1988 à Alger, Israël avait l’intention de bombarder le Club des Pins, là où s’étaient réunis tous les responsables palestiniens de l’époque pour annoncer la création de leur Etat.

Malgré l’apaisement que le président Tebboune voulait insuffler aux relations avec le Hamas, les médias algériens continuaient à critiquer l’ingratitude du Hamas à l’égard de l’Algérie qui supporte leur combat sans compter, selon un média. Le représentant de ce mouvement à Alger, Youssef Hamdan, a essayé de relativiser l’incident, relevant que les relations entre le mouvement et Alger sont beaucoup plus profondes. Mais à la fin il ajoute, en se référant à deux grands dirigeants de Hamas : "Nos remerciements à l’Algérie ont commencé avec le discours d’Abou Khaled Al-Deif lors de l’opération Déluge d’Al-Aqsa, dans lequel il avait expressément cité l’Algérie, et de Yahya Sinouar qui a adressé lui-même sa reconnaissance au président Tebboune, saluant les positions sincères et constantes de l’Algérie à l’égard de Hamas".

En votant donc la résolution américaine qui met ouvertement fin à la présence du Hamas à Gaza, l’Algérie prend un grand tournant en trahissant les propres valeurs qu’elle prônait en soutien aux mouvements de résistance armée et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’elle a tant défendu. On voyait la gêne du ministre algérien des affaires étrangères Ahmed Attaf quand il tentait de justifier le vote de son pays au Conseil de sécurité sur Gaza. Ce plan a-t-il dit n’est pas sans insuffisance, il est entaché d’ambiguïtés, et n’aborde pas les causes profondes du conflit en Palestine. Alors si c’est vraiment le cas, pourquoi l’Algérie l’a voté ?

Sa seule réponse, qui ne convainc personne, est que l’Algérie n’a fait que se plier à la décision des autres pays arabes et musulmans, qui eux voulaient voter la résolution. Alger ne pouvait donc se désolidariser de la position de ses frères palestiniens et du consensus arabo-islamique qui soutiennent cette résolution américaine, a-t-il laissé entendre. Il a par ailleurs tenté de mettre en relief les aspects positifs de la résolution, comme la gestion des conséquences de la guerre, de la consolidation du cessez-le-feu, ou de la reconstruction de la bande de Gaza. Nous espérons que cela contribuera à soulager les souffrances infligées au peuple palestinien, et que cette étape sera suivie d’une autre, pour aborder le fond du conflit, et ouvrir la voie à la création d’un Etat palestinien. En réalité, Alger a lâché le Hamas pour plaire aux Américains, et se concentrer sur le dossier du Sahara marocain où sa diplomatie est en pleine dérive.

L’abandon de soutien au Hamas et la soumission totale à l’Amérique augurent sans conteste des changements radicaux dans les relations extérieures de l’Algérie. En libérant parallèlement l’écrivain franco-algérien Boualam Sansal, Alger entame un rapprochement avec Paris dans la perspective de reprendre langue avec ce pays et l’ensemble européen. Avec les Etats-Unis, elle a déjà offert ses réserves de gaz aux entreprises américaines Exxon Mobil et Chevron, tout en intensifiant son lobbying pour remodeler son image abimée auprès de l’administration américaine.

Qui ne se rappelle pas de la déclaration de l’ambassadeur algérien à Washington Sabri Boukadoum en mars dernier, quand il a évoqué l'ouverture de la coopération bilatérale à tous les secteurs, et de sa fameuse phrase the sky is the limit qui, en langage brut, veut dire on vous offre tout, si vous changez de position sur le Sahara. Ou encore sa sortie cette semaine, informant que la normalisation avec Israël n’est plus un tabou en Algérie.

Le récent vote sur Gaza n’est donc pas un acte isolé, il est un élément du package et du deal. Il est l’aboutissement de ce redéploiement, pour ne pas dire reniement, de brader à bas coût la question palestinienne pour sauver le polisario. En un mot, il est le signal que l’Algérie est disposée aujourd’hui, et plus que jamais, à vendre son âme et à s’aligner sur les positions de Washington à n’importe quel prix.

L’Algérie a retenu les leçons de ses précédents choix et surtout de ses échecs diplomatiques cuisants. La Chine, comme la Russie, ses proches alliés, n’ont pas été, et à son grand regret, de grande utilité pour elle, comme lors de sa demande d’adhésion aux Brics, ou pendant le vote de la récente résolution sur le Sahara. Leur abstention sur cette dernière résolution a laissé auprès de la diplomatie algérienne un goût amer. De même, le vote de l’Algérie pour la résolution américaine sur Gaza était bien loin de plaire à ces deux proches alliés. En votant pour le plan américain sur Gaza, l’Algérie acte son ralliement sur Washington.

Avec le recul, la prorogation du mandat de la Minurso de trois mois, prévue initialement à un an, parait être le plus grand cadeau offert à l’Algérie. Alger aura durant cette année suffisamment de temps pour organiser sa riposte, contrecarrer le Maroc, et prolonger davantage le conflit. Des récentes sorties du ministre algérien des Affaires étrangères, et de ses deux ambassadeurs à Washington et à New York, on déduit que leur cheval de bataille sera, plus que jamais, le polisario qu’ils présentent comme le seul représentant du peuple sahraoui. L’autre penchant de leurs sorties est que l’Algérie est prête à proposer sa médiation entre le Royaume et ce groupuscule. En vérité, le polisario n’est que le représentant de l’armée algérienne, et l’Algérie est nommément citée par la dernière résolution comme partie entière de l’équation.

L’Algérie ne peut donc absoudre sa responsabilité dans la souffrance et l’état déplorable de la population réfugiée dans les camps de Tindouf. Elle porte la responsabilité politique et morale d’avoir toujours refusé le recensement de nos citoyens conformément au mandat et aux principes du Haut-commissariat aux réfugiés. Comme Alger table de mettre le polisario au-devant de la scène pour négocier avec le Maroc, le combat devra être d’abord le recensement et la libération et le retour au Royaume de ceux qui le souhaitent. A ce propos, il faudrait nous remémorer la réflexion, juste et profonde, de l’ancien représentant spécial du secrétaire général au Sahara Charles Dunbar : "Si les réfugiés retournent au Sahara, il y aura une solution à ce problème, que le référendum ait lieu ou non. Et si les réfugiés ne retournent pas, il n’y aura pas de solution, qu’il y ait référendum ou non". Réfléchissons-y.

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Le 21 novembre 2025 à 12h01

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