Carnets de confinement. Amine Mohamed Amine, réanimateur en état d'urgence

Le quotidien d'un anesthésiste-réanimateur au CHU Ibn Rochd de Casablanca. Il a mis sa vie de famille à distance, fait toit à part et souligne que "le devoir est plus grand que l'inquiétude". Le troisième de notre série "Carnets de confinement".

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Carnets de confinement. Amine Mohamed Amine, réanimateur en état d'urgence

Le 30 mars 2020 à 11:15

Modifié le 30 mars 2020 à 12:13

Les accidents arrivent vite, quand on enchaîne sans compter les heures au contact de patients contagieux. Partout dans le monde, les soignants paient un lourd tribut dans la lutte contre le coronavirus. Plus de 5.000 d'entre eux ont été contaminés en Italie, selon la Fédération nationale des médecins d'Italie, et 9.000 en Espagne, d'après la Confederacion Estatal Sindicatos Medicos (CESM), l’union syndicale des médecins espagnols.

Au Maroc, des cas de contamination ont été, à ce jour, recensés parmi le personnel de la santé, sans que le chiffre précis ne soit connu. "Tout le monde est inquiet", reconnaît Amine Mohamed Amine, anesthésiste-réanimateur au CHU Ibn Rochd de Casablanca. "Mais le devoir est plus grand que l'inquiétude. Quand on sait qu'un patient est positif, on a un peu peur, mais on fait notre travail".

Réanimateurs et urgentistes sont sur la ligne de front. Premiers à examiner les malades, ils sont aussi les plus exposés.

Au Maroc, la plupart de ceux qui ont été contaminés l'ont été "au début de la pandémie, quand il n'y avait pas encore de mesures spécifiques à suivre", relève l'anesthésiste-réanimateur. Entre temps, les protocoles de consultation ont changé. Désormais, "quel que soit le motif de la consultation, les médecins prennent toutes les précautions avant d'examiner les patients", et procèdent avec la plus grande prudence.

Changement du quotidien

Lauréat de la faculté de médecine de Casablanca, Amine Mohamed Amine a intégré le cursus médical en 2008, démarré sa spécialisation en 2016 et parachevé son parcours en mars 2020.

"Pour être sincère", reconnaît-il, il était plutôt tenté par des études d'ingénierie. "Mais pour la famille, la médecine est la voie de l'excellence". Il officie désormais au service de réanimation 27, "le premier à admettre les personnes atteintes du coronavirus au CHU de Casablanca".

Réanimateur bénévole, il appartient à "un groupe qui a terminé ses gardes en février. En raison de l'état d'alerte, nous avons répondu présent et avons décidé de prolonger". L'examen, prévu en juin, a été reporté. "Tout le monde est mobilisé: internes, résidents, professeurs, réanimateurs du secteur public, privé, ainsi que tout le personnel paramédical", se réjouit-il. "Mais si nous recevons des flux de malades aussi importants que ceux d'autres pays, ce ne sera pas suffisant", alerte le médecin.

A l'heure actuelle, selon notre interlocuteur, trois pôles du CHU de Casablanca sont équipés pour accueillir les patients testés positifs au coronavirus: le service de réanimation 27, le service de réanimation chirurgicale 17 et le pavillon 11, "qui peut admettre jusqu'à 17 patients sous respirateur. A partir du mois prochain, d'autres services s'ajouteront à la liste", affirme-t-il. Néanmoins, il note que "le flux s'est déjà accentué" ces derniers jours.

Les groupes de garde, composés de trois personnes chapeautées par un agrégé, exercent des shifts de douze heures, suivis de quarante-huit heures de repos. Les entrées et les sorties sont réparties à raison de deux à trois heures par équipe. A l'heure actuelle, dans son service, "il y a suffisamment de matériel convenable: masques, lunettes, visières, combinaisons". Avant et après les gardes, "on prend une douche, on se désinfecte, on enfile un pyjama jetable".

La nature de la maladie à laquelle ils sont confrontés a changé le quotidien des anesthésistes-réanimateurs et a bousculé les procédures routinières de prise en charge. "En situation ordinaire, nous travaillons avec des patients 'ouverts', immunodéprimés. Nous devons prendre des précautions pour ne pas les infecter". Avec le coronavirus, "c'est l'inverse: c'est nous qui sommes sains, et nous devons prendre des précautions pour éviter d'être contaminés. On doit désormais nous protéger et protéger le patient".

Confronté à des patients en état critique, intubés et placés sous respiration artificielle, Amine Mohamed Amine constate à quel point "ce virus est hyper-méchant. Il a mis à genoux tous les pays du monde. Il faut respecter les règles de prévention et ne pas minimiser sa virulence".

"Oubliez le fait que vous soyez jeune et sain", met-il en garde. "Il ne s'agit pas d'un virus 'normal' qui passe deux ou trois jours dans l'organisme puis s'en va. Il touche les poumons, il touche le cœur, il touche le système immunitaire, il provoque des inflammations partout. Il n'épargne ni jeunes, ni adultes, ni vieux. Il peut tuer tout le monde".

"Revoir ma famille"

Le jeune anesthésiste-réanimateur n'a pas vu ses parents depuis une quinzaine de jours. "Ils souffrent de diabète et d'hypertension artérielle. Je ne peux pas les mettre en situation de risque". Son épouse, médecin elle aussi, exerce dans une spécialité "moins stressante et moins risquée. Du coup, je reste seul à la maison".

Inquiets du risque de contagion qu'ils font peser sur leurs proches et leurs familles, nombre de médecins ont préféré faire toit à part. En réponse à leurs craintes, l'Association des médecins internes du CHU Ibn Rochd (AMIC) et l'Association des médecins résidents de Casablanca (ARC) ont pris contact avec des promoteurs et des groupes hôteliers pour mettre à leur disposition des possibilités d'hébergement. "Nous avons désormais accès à un hôtel et à des appartements à proximité du CHU. Je tiens à féliciter l'initiative".

Quand tout ceci prendra fin, Amine Mohamed Amine n'a qu'une envie: "revoir ma famille, qui me manque, et prendre un café avec les amis réanimateurs. Aujourd'hui, on ne se voit que lors de l'échange de consignes à la fin de chaque garde. Nous restons à deux mètres de distance les uns des autres".

Carnets de confinement. Amine Mohamed Amine, réanimateur en état d'urgence

Le 30 mars 2020 à11:12

Modifié le 30 mars 2020 à 12:13

Le quotidien d'un anesthésiste-réanimateur au CHU Ibn Rochd de Casablanca. Il a mis sa vie de famille à distance, fait toit à part et souligne que "le devoir est plus grand que l'inquiétude". Le troisième de notre série "Carnets de confinement".

Les accidents arrivent vite, quand on enchaîne sans compter les heures au contact de patients contagieux. Partout dans le monde, les soignants paient un lourd tribut dans la lutte contre le coronavirus. Plus de 5.000 d'entre eux ont été contaminés en Italie, selon la Fédération nationale des médecins d'Italie, et 9.000 en Espagne, d'après la Confederacion Estatal Sindicatos Medicos (CESM), l’union syndicale des médecins espagnols.

Au Maroc, des cas de contamination ont été, à ce jour, recensés parmi le personnel de la santé, sans que le chiffre précis ne soit connu. "Tout le monde est inquiet", reconnaît Amine Mohamed Amine, anesthésiste-réanimateur au CHU Ibn Rochd de Casablanca. "Mais le devoir est plus grand que l'inquiétude. Quand on sait qu'un patient est positif, on a un peu peur, mais on fait notre travail".

Réanimateurs et urgentistes sont sur la ligne de front. Premiers à examiner les malades, ils sont aussi les plus exposés.

Au Maroc, la plupart de ceux qui ont été contaminés l'ont été "au début de la pandémie, quand il n'y avait pas encore de mesures spécifiques à suivre", relève l'anesthésiste-réanimateur. Entre temps, les protocoles de consultation ont changé. Désormais, "quel que soit le motif de la consultation, les médecins prennent toutes les précautions avant d'examiner les patients", et procèdent avec la plus grande prudence.

Changement du quotidien

Lauréat de la faculté de médecine de Casablanca, Amine Mohamed Amine a intégré le cursus médical en 2008, démarré sa spécialisation en 2016 et parachevé son parcours en mars 2020.

"Pour être sincère", reconnaît-il, il était plutôt tenté par des études d'ingénierie. "Mais pour la famille, la médecine est la voie de l'excellence". Il officie désormais au service de réanimation 27, "le premier à admettre les personnes atteintes du coronavirus au CHU de Casablanca".

Réanimateur bénévole, il appartient à "un groupe qui a terminé ses gardes en février. En raison de l'état d'alerte, nous avons répondu présent et avons décidé de prolonger". L'examen, prévu en juin, a été reporté. "Tout le monde est mobilisé: internes, résidents, professeurs, réanimateurs du secteur public, privé, ainsi que tout le personnel paramédical", se réjouit-il. "Mais si nous recevons des flux de malades aussi importants que ceux d'autres pays, ce ne sera pas suffisant", alerte le médecin.

A l'heure actuelle, selon notre interlocuteur, trois pôles du CHU de Casablanca sont équipés pour accueillir les patients testés positifs au coronavirus: le service de réanimation 27, le service de réanimation chirurgicale 17 et le pavillon 11, "qui peut admettre jusqu'à 17 patients sous respirateur. A partir du mois prochain, d'autres services s'ajouteront à la liste", affirme-t-il. Néanmoins, il note que "le flux s'est déjà accentué" ces derniers jours.

Les groupes de garde, composés de trois personnes chapeautées par un agrégé, exercent des shifts de douze heures, suivis de quarante-huit heures de repos. Les entrées et les sorties sont réparties à raison de deux à trois heures par équipe. A l'heure actuelle, dans son service, "il y a suffisamment de matériel convenable: masques, lunettes, visières, combinaisons". Avant et après les gardes, "on prend une douche, on se désinfecte, on enfile un pyjama jetable".

La nature de la maladie à laquelle ils sont confrontés a changé le quotidien des anesthésistes-réanimateurs et a bousculé les procédures routinières de prise en charge. "En situation ordinaire, nous travaillons avec des patients 'ouverts', immunodéprimés. Nous devons prendre des précautions pour ne pas les infecter". Avec le coronavirus, "c'est l'inverse: c'est nous qui sommes sains, et nous devons prendre des précautions pour éviter d'être contaminés. On doit désormais nous protéger et protéger le patient".

Confronté à des patients en état critique, intubés et placés sous respiration artificielle, Amine Mohamed Amine constate à quel point "ce virus est hyper-méchant. Il a mis à genoux tous les pays du monde. Il faut respecter les règles de prévention et ne pas minimiser sa virulence".

"Oubliez le fait que vous soyez jeune et sain", met-il en garde. "Il ne s'agit pas d'un virus 'normal' qui passe deux ou trois jours dans l'organisme puis s'en va. Il touche les poumons, il touche le cœur, il touche le système immunitaire, il provoque des inflammations partout. Il n'épargne ni jeunes, ni adultes, ni vieux. Il peut tuer tout le monde".

"Revoir ma famille"

Le jeune anesthésiste-réanimateur n'a pas vu ses parents depuis une quinzaine de jours. "Ils souffrent de diabète et d'hypertension artérielle. Je ne peux pas les mettre en situation de risque". Son épouse, médecin elle aussi, exerce dans une spécialité "moins stressante et moins risquée. Du coup, je reste seul à la maison".

Inquiets du risque de contagion qu'ils font peser sur leurs proches et leurs familles, nombre de médecins ont préféré faire toit à part. En réponse à leurs craintes, l'Association des médecins internes du CHU Ibn Rochd (AMIC) et l'Association des médecins résidents de Casablanca (ARC) ont pris contact avec des promoteurs et des groupes hôteliers pour mettre à leur disposition des possibilités d'hébergement. "Nous avons désormais accès à un hôtel et à des appartements à proximité du CHU. Je tiens à féliciter l'initiative".

Quand tout ceci prendra fin, Amine Mohamed Amine n'a qu'une envie: "revoir ma famille, qui me manque, et prendre un café avec les amis réanimateurs. Aujourd'hui, on ne se voit que lors de l'échange de consignes à la fin de chaque garde. Nous restons à deux mètres de distance les uns des autres".

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