Au Maroc, il flotte comme un air de sortie du confinement

Il ne faut pas chanter victoire trop tôt. Le combat n'est pas gagné. Mais le Maroc est sur la voie. Voici les intéressantes bribes livrées mercredi par le très informé Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur, au parlement.

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 Au Maroc, il flotte comme un air de sortie du confinement (Photo MAP)

Le 30 avril 2020 à 09:14

Modifié le 07 mai 2020 à 09:37

Laftit a été le dernier des trois protagonistes gouvernementaux à s'exprimer.

>Sans crier victoire pour autant, le ministère de la Santé a livré au cours des derniers jours, des chiffres qui montrent une baisse certaine de la propagation. Le R0 marocain, quel que soit le calcul, est inférieur à 1. Prudence certes, mais les responsables réfléchissent aux scénarios de déconfinement, parmi lesquels l'acquisition de tests.

Un déconfinement progressif doit être accompagné en effet par un potentiel de testing d'une grande ampleur. Depuis le 15 avril, la Santé publique a changé la définition des cas confirmés en ajoutant désormais les diagnostics rapides détectant l'antigène viral et les tests sérologiques. On en déduit que les PCR ne sont plus les seuls tests possibles.

La société coréenne Sugentech avait annoncé que le Maroc a commandé au moins 700.000 tests. Contactée par nos soins, elle confirme cette info diffusée par communiqué en nous précisant qu'il ne s'agit pas d'une commande officielle mais qu'elle a été effectuée par un opérateur privé. Mais dans ce domaine, tout ce qui ne provient pas de source officielle marocaine doit être pris avec prudence.

Une source autorisée au ministère de la Santé, jointe par Médias24, nous a indiqué que dans le cadre de la préparation du déconfinement, le Maroc a commandé beaucoup plus de tests que ce chiffre, et pas auprès de Sugentech:

"-Combien de tests?

"-Regardez le chiffre de la population marocaine et vous comprendrez que 700.000, c'est trop peu.
"-Ok, mais combien?"
Pas de réponse.

> Le ministère de l'Economie et des Finances travaille également sur les scénarios de déconfinement. Des plans sectoriels de relance seront élaborés ainsi qu'une loi de Finances rectificative. Les secteurs impactés sont connus. Après la solidarité, il faudra s'attendre à des sacrifices.

Laftit a répondu aux questions à partir de 0:58:00 environ.

Et pour le déconfinement proprement dit?
Il a été dit à plusieurs reprises qu'il sera progressif, comme dans tous les pays d'ailleurs.

>Mercredi 29 avril, Abdelouafi Laftit a livré d'intéressantes bribes devant la commission de l'Intérieur à la Chambre des représentants. Voici un verbatim:

Laftit, qui est certainement le ministre le mieux informé en la matière, n'exclut pas un démarrage du déconfinement avant le 20 mai. Ni après le 20 mai. Il dit que la décision n'est pas prise et "qu'il faut apprendre à vivre avec le virus". Ce que l'on sait par contre, c'est que "la circulation entre les villes, provinces et régions, sera l'une des dernières choses à être rétablies". Des régions, des provinces ou des préfectures paraissent indemnes en ce moment du Covid-19, selon les décomptes officiels.

Le ministre de l'Intérieur n'évoque pas la grande fête de l'Aïd Al Fitr. Celle-ci donne toujours lieu à des sorties, des rassemblement et des déplacements entre les villes. Mais à supposer que le déconfinement démarre avant l'Aïd, il n'y aura pas de déplacements interurbains pour cette fête, c'est clair.

-Ramed et sans Ramed: avec 4,3 millions de demandes servies, il est impossible de tout vérifier. Il est clair que des gens qui ne la méritent pas auront obtenu l'indemnité. Et que des personnes qui le méritent ne l'auront pas obtenue. Impossible de faire autrement.
Le rythme de versement est de 200.000 personnes par jour et à ce jour (mercredi 29 avril), 3,2 millions de personnes ont été servies.

-souks ruraux hebdomadaires: c'est vital pour la subsistance, en particulier dans certaines régions. Nous les avons fermées en laissant des points de vente ouverts toute la semaine pour l'approvisionnement. Nous étudions les meilleurs scénarios de réouverture dans le respect des précautions sanitaires.

-les collectivités locales: des jours difficiles nous attendent en matière de budgets des collectivités. On constate en effet une baisse de la TVA liée à la consommation intérieure et qui alimente une partie essentielle des recettes des collectivités. Les ressources propres des collectivités ont également fondu pendant le confinement. Maintenant, les priorités ont changé, et il faudra couper dans les dépenses. Une partie des anciennes priorités sont devenues secondaires.

Le principe général, c'est "se serrer la ceinture, sans bloquer l'activité économique".

-Jusqu'à présent, il y a eu 81.000 interpellations pour violation des dispositions de l'état d'urgence sanitaire. Elles ne donnent pas forcément lieu à des poursuites. Cela représente en moyenne 2.000 interpellations par jour, comparez ce chiffre avec les autres pays. S'il y a une loi, elle doit être respectée. Mais le but n'est pas d'enfermer les contrevenants.

-Nous travaillons sur les scénarios jusqu'au 20 mai et après le 20 mai. Nous devons apprendre à vivre avec la menace du Coronavirus. La situation à Ouarzazate est sous contrôle (cluster de plus de 300 cas dans la prison locale). Toute la ville ainsi que deux douars environnants, ont été entièrement isolés du reste du pays.

-L'application de tracking des contaminations est en voie d'être prête. Elle ne sera pas utilisée sans l'accord préalable de la CNDP. Elle a été élaborée à 100% par des Marocains.

-L'épidémie nous a appris de nous faire confiance, de travailler ensemble, il faut continuer.
Les propos du ministre s'arrêtent là.
Pour conclure, il faut noter que le Maroc a manifestement réussi à aplatir la courbe. Dans le futur, les questions les plus difficiles à régler seront les suivantes:
-la gestion des transports collectifs voyageurs: comment préserver une distanciation minimale dans les bus, les tramways, les taux collectifs?
-la réouverture des écoles.

(Photo MAP)

Au Maroc, il flotte comme un air de sortie du confinement

Le 30 avril 2020 à10:55

Modifié le 07 mai 2020 à 09:37

Il ne faut pas chanter victoire trop tôt. Le combat n'est pas gagné. Mais le Maroc est sur la voie. Voici les intéressantes bribes livrées mercredi par le très informé Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur, au parlement.

Laftit a été le dernier des trois protagonistes gouvernementaux à s'exprimer.

>Sans crier victoire pour autant, le ministère de la Santé a livré au cours des derniers jours, des chiffres qui montrent une baisse certaine de la propagation. Le R0 marocain, quel que soit le calcul, est inférieur à 1. Prudence certes, mais les responsables réfléchissent aux scénarios de déconfinement, parmi lesquels l'acquisition de tests.

Un déconfinement progressif doit être accompagné en effet par un potentiel de testing d'une grande ampleur. Depuis le 15 avril, la Santé publique a changé la définition des cas confirmés en ajoutant désormais les diagnostics rapides détectant l'antigène viral et les tests sérologiques. On en déduit que les PCR ne sont plus les seuls tests possibles.

La société coréenne Sugentech avait annoncé que le Maroc a commandé au moins 700.000 tests. Contactée par nos soins, elle confirme cette info diffusée par communiqué en nous précisant qu'il ne s'agit pas d'une commande officielle mais qu'elle a été effectuée par un opérateur privé. Mais dans ce domaine, tout ce qui ne provient pas de source officielle marocaine doit être pris avec prudence.

Une source autorisée au ministère de la Santé, jointe par Médias24, nous a indiqué que dans le cadre de la préparation du déconfinement, le Maroc a commandé beaucoup plus de tests que ce chiffre, et pas auprès de Sugentech:

"-Combien de tests?

"-Regardez le chiffre de la population marocaine et vous comprendrez que 700.000, c'est trop peu.
"-Ok, mais combien?"
Pas de réponse.

> Le ministère de l'Economie et des Finances travaille également sur les scénarios de déconfinement. Des plans sectoriels de relance seront élaborés ainsi qu'une loi de Finances rectificative. Les secteurs impactés sont connus. Après la solidarité, il faudra s'attendre à des sacrifices.

Laftit a répondu aux questions à partir de 0:58:00 environ.

Et pour le déconfinement proprement dit?
Il a été dit à plusieurs reprises qu'il sera progressif, comme dans tous les pays d'ailleurs.

>Mercredi 29 avril, Abdelouafi Laftit a livré d'intéressantes bribes devant la commission de l'Intérieur à la Chambre des représentants. Voici un verbatim:

Laftit, qui est certainement le ministre le mieux informé en la matière, n'exclut pas un démarrage du déconfinement avant le 20 mai. Ni après le 20 mai. Il dit que la décision n'est pas prise et "qu'il faut apprendre à vivre avec le virus". Ce que l'on sait par contre, c'est que "la circulation entre les villes, provinces et régions, sera l'une des dernières choses à être rétablies". Des régions, des provinces ou des préfectures paraissent indemnes en ce moment du Covid-19, selon les décomptes officiels.

Le ministre de l'Intérieur n'évoque pas la grande fête de l'Aïd Al Fitr. Celle-ci donne toujours lieu à des sorties, des rassemblement et des déplacements entre les villes. Mais à supposer que le déconfinement démarre avant l'Aïd, il n'y aura pas de déplacements interurbains pour cette fête, c'est clair.

-Ramed et sans Ramed: avec 4,3 millions de demandes servies, il est impossible de tout vérifier. Il est clair que des gens qui ne la méritent pas auront obtenu l'indemnité. Et que des personnes qui le méritent ne l'auront pas obtenue. Impossible de faire autrement.
Le rythme de versement est de 200.000 personnes par jour et à ce jour (mercredi 29 avril), 3,2 millions de personnes ont été servies.

-souks ruraux hebdomadaires: c'est vital pour la subsistance, en particulier dans certaines régions. Nous les avons fermées en laissant des points de vente ouverts toute la semaine pour l'approvisionnement. Nous étudions les meilleurs scénarios de réouverture dans le respect des précautions sanitaires.

-les collectivités locales: des jours difficiles nous attendent en matière de budgets des collectivités. On constate en effet une baisse de la TVA liée à la consommation intérieure et qui alimente une partie essentielle des recettes des collectivités. Les ressources propres des collectivités ont également fondu pendant le confinement. Maintenant, les priorités ont changé, et il faudra couper dans les dépenses. Une partie des anciennes priorités sont devenues secondaires.

Le principe général, c'est "se serrer la ceinture, sans bloquer l'activité économique".

-Jusqu'à présent, il y a eu 81.000 interpellations pour violation des dispositions de l'état d'urgence sanitaire. Elles ne donnent pas forcément lieu à des poursuites. Cela représente en moyenne 2.000 interpellations par jour, comparez ce chiffre avec les autres pays. S'il y a une loi, elle doit être respectée. Mais le but n'est pas d'enfermer les contrevenants.

-Nous travaillons sur les scénarios jusqu'au 20 mai et après le 20 mai. Nous devons apprendre à vivre avec la menace du Coronavirus. La situation à Ouarzazate est sous contrôle (cluster de plus de 300 cas dans la prison locale). Toute la ville ainsi que deux douars environnants, ont été entièrement isolés du reste du pays.

-L'application de tracking des contaminations est en voie d'être prête. Elle ne sera pas utilisée sans l'accord préalable de la CNDP. Elle a été élaborée à 100% par des Marocains.

-L'épidémie nous a appris de nous faire confiance, de travailler ensemble, il faut continuer.
Les propos du ministre s'arrêtent là.
Pour conclure, il faut noter que le Maroc a manifestement réussi à aplatir la courbe. Dans le futur, les questions les plus difficiles à régler seront les suivantes:
-la gestion des transports collectifs voyageurs: comment préserver une distanciation minimale dans les bus, les tramways, les taux collectifs?
-la réouverture des écoles.

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