Argent des partis. Le RNI monte en force grâce aux cotisations de ses membres

C’est l’une des principales tendances qui se dégagent à l’analyse de l’évolution des recettes des quatre principaux partis, sur les quatre dernières années. Le PJD reste toutefois le parti le mieux doté en ressources. Et le PAM ressort comme le parti le plus dépendant du soutien public.  

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Argent des partis. Le RNI monte en force grâce aux cotisations de ses membres (Photo MAP)

Le 10 février 2020 à 16:47

Modifié le 11 février 2020 à 18:48

Les rapports de la Cour des comptes relatifs à l’audit des partis sont très instructifs sur l’état des finances des différentes formations politiques, l’origine de leurs ressources, la nature de leurs dépenses...

Le travail d’analyse devient encore plus intéressant quand on aligne les chiffres sur plusieurs années. Au lieu de lire l’état des finances des partis dans un instant donné, on sort avec des tendances. Et celles-ci donnent une lecture assez intéressante de l’évolution du champ politique, des batailles qui y sont livrées, de l’engagement des membres de chaque parti, de leur dépendance vis-à-vis des subventions publiques, des moyens que se donne chaque parti pour atteindre ses objectifs.

Pour cet exercice, nous avons fait le choix de sélectionner les quatre principaux partis qui affichent clairement leur ambition de leadership pour 2021 : le PJD, le PAM, l’Istiqlal et le RNI. Et dont le poids dans les ressources globales du champ partisan est prépondérant : il dépasse 75% à fin 2018.

Seules les ressources ordinaires sont analysées. Et leurs collatérales, les subventions des frais de gestion. Les partis reçoivent deux autres types de subventions : celles relatives à l’organisation des congrès ordinaires et celles correspondant à leur participation aux différentes échéances électorales.

Les quatre partis reçoivent pratiquement le même montant pour l’organisation de leur congrès (entre 3,14 et 3,61 MDH chacun), mais le soutien accordé pour les élections diffère selon le poids de chaque parti, sa couverture territoriale, ses scores, ce qui peut biaiser l’analyse des ressources sur une longue période.

RNI : l’arrivée d’Akhannouch a boosté les finances de la Colombe

Première grande tendance qui se dégage quand on analyse les ressources ordinaires (hors périodes électorales) : la montée en puissance du RNI sur le plan financier depuis l’élection à sa tête de Aziz Akhannouch.

En 2013 et en 2014, le parti comptait des ressources annuelles qui ne dépassaient pas les 8,3 millions de dirhams, dont plus de 80% correspondait à des contributions étatiques aux frais de gestion. En 2016, les ressources du parti sont montées à 38,5 MDH, boostées par les 22,2 MDH reçus au titre de la subvention publique au titre des élections. Et là encore, la part du soutien public restait prépondérante, constituant plus de 75% du total des ressources du parti. Le reste étant consenti par les membres adhérents du parti au titre des cotisations et contributions (1,3 MDH en 2016).

Elu fin octobre 2016 à la tête du parti, en pleine négociation pour la formation du gouvernement, Aziz Akhhanouch a chamboulé, comme le révèlent les rapports de la Cour des comptes, la structure des revenus du parti. Mais les a aussi multipliés par trois.

En 2014, le parti brassait des ressources globales de 8,2 MDH, dont 80% provenait du soutien public. En 2017, année de plein exercice du nouveau président, cette enveloppe est passée à 24,1 MDH. Idem pour 2018, où les ressources du parti de la Colombe ont avoisiné les 23 MDH.

Le RNI est du coup passé au rang de deuxième parti le plus doté en ressources, après le PJD. Il a chamboulé l’ordre établi en distançant de (très) loin le PAM et l’Istiqlal dont les moyens étaient de 16,2 et 14,2 MDH, en 2018.

Pour y arriver, Aziz Akhannouch n’a pas dû trop compter sur le soutien étatique qui est resté pratiquement le même entre 2013 et 2018. Il a même baissé de plus de 1,3 million après les maigres résultats des législatives de 2016, passant de 6,7 MDH entre 2013 et 2016 à 5,4 MDH à partir de 2017.

La progression des finances du parti, c’est grâce aux cotisations et contributions de ses membres. Celles-ci ont explosé en 2017 à 14,5 MDH avant d’atteindre les 16,8 MDH en 2018. Loin, très loin du petit million de dirhams que le parti récoltait de chez ses adhérents sous Salaheddine Mezouar !

Le RNI est aujourd’hui le parti qui compte le moins sur le soutien public. Les subventions ne représentent plus que 25% de ses ressources totales, contre une part de 77% pour le PAM, 49% pour le PJD et 44% pour l’Istiqlal.

Ces chiffres révèlent deux choses : que le parti se donne les moyens pour concrétiser ses ambitions politiques. Et que ses membres ont dû, pour cela, mettre la main à la poche comme jamais auparavant.

Le PAM, le parti le plus dépendant du soutien public

Les données publiées par la Cour des comptes cassent également des mythes. Comme celui du PAM qui serait arrosé, selon la légende, par de riches contributeurs, notables ruraux et hommes d’affaires proches du pouvoir. Les chiffres officiels du parti montrent en tout cas tout le contraire.

En 2017, mais aussi en 2018, les ressources du parti aux 103 sièges n’ont pas dépassé les 16 MDH. Soit pratiquement le même niveau que l’Istiqlal (14 à 15,5 MDH), qui ne dispose pourtant que d’une quarantaine de sièges à la première chambre. Et la moitié de ce que brasse son concurrent direct le PJD (38 MDH de ressources).

On prêtait à Ilyas El Omari des capacités extraordinaires, mais l’homme n’est pas arrivé à relever les finances du parti, en tous les cas pas d'une manière structurelle, ni à mobiliser financièrement ses membres et ses sympathisants. Les données de la Cour des comptes révèlent en effet que plus de 77% des ressources du tracteur proviennent du soutien public. Entre le PJD, le RNI et l’Istiqlal, le PAM est en cela le parti qui dépend le plus des subventions étatiques.

En 2016, en pleine bataille politique pour le leadership du gouvernement, les membres du tracteur n’ont contribué qu’à hauteur de 2,5 MDH. Des contributions qui se sont réduites de moitié en 2017 (à 1,5 MDH), bien que le parti ait réalisé une grande percée aux législatives, avec 102 (score porté à 103 par la suite) sièges, contre 47 sièges en 2011 ! En 2018, le parti semble avoir décidé de mettre de l’ordre puisque les cotisations sont montées à 3,24 MDH. Un niveau qui reste toutefois très faible par rapport à ce que récoltent le PJD et le RNI et qui ne reflète pas le poids du parti dans le paysage politique, aussi bien au Parlement que dans les communes et les régions.

PJD et Istiqlal: la constance

Sans surprise, le PJD ressort comme le parti le mieux doté en termes de ressources. Il a brassé en 2018 un total de 38 MDH, contre 40,9 MDH en 2017.

Des ressources qui progressent de manière ordonnée, en fonction de l’évolution du parti sur le plan national et régional. En 2014, ces ressources étaient à peine de 22,7 MDH et ont, donc, doublé depuis, suivant en cela la montée en force du PJD dans les grandes villes et au Parlement.

Leur structure est également très équilibrée : près de la moitié seulement provient du soutien public. L’autre moitié étant constituée des cotisations et contributions de ses partisans, qui ont doublé entre 2016 et 2017, passant de 12 à près de 22 MDH.

Des données qui reflètent la constance des membres du parti islamiste, qui reversent tous une part de leurs rétributions d’élus ou de ministres, à leur formation.

Et pour l’anecdote : le parti est tellement « riche » qu’il se permet le luxe de ne pas toucher aux intérêts semestriels perçus au titre de son compte ouvert auprès de la Trésorerie Générale du Royaume. Une position idéologique, comme le révèle la réponse d’un responsable du parti à la remarque des magistrats de la Cour des comptes, qui s’interrogeaient sur la non comptabilisation de ces revenus financiers parmi les recettes ordinaires du parti. Ce montant qui était de 227.478,12 DH en 2018 est totalement reversé sous forme d’aides à des associations ou à des personnes nécessiteuses, précise le responsable du parti.

Cette constance budgétaire, on la retrouve également chez le parti de l’Istiqlal, dont les ressources restent stables, malgré les péripéties politiques : baisse des scores électoraux, crises internes, changement de leaders…

Le parti de Nizar Baraka a collecté ainsi 14,2 MDH en 2018, dont seulement 44,4% proviennent des subventions publiques. Le reste étant couvert par des produits non courants (dont l’origine n’est pas spécifiée, mais il peut s'agir de cessions d'actifs), ainsi que par les cotisations des membres du parti, qui tournent depuis 2016 entre 2 et 3 MDH, et ce, malgré la grande crise interne qui a secoué le parti après les législatives de 2016 et le départ en catastrophe de son ancien leader Hamid Chabat.

Evolution de la contribution étatique aux frais de gestion

Evolution des cotisations et contributions 

Pour les graphes, nous avons démarré la série à partir de 2016, car les données de 2015 ne sont pas accessibles (le rapport n'est pas disponible sur le site de la Cour des comptes). 

(Photo MAP)

Argent des partis. Le RNI monte en force grâce aux cotisations de ses membres

Le 10 février 2020 à17:03

Modifié le 11 février 2020 à 18:48

C’est l’une des principales tendances qui se dégagent à l’analyse de l’évolution des recettes des quatre principaux partis, sur les quatre dernières années. Le PJD reste toutefois le parti le mieux doté en ressources. Et le PAM ressort comme le parti le plus dépendant du soutien public.  

Les rapports de la Cour des comptes relatifs à l’audit des partis sont très instructifs sur l’état des finances des différentes formations politiques, l’origine de leurs ressources, la nature de leurs dépenses...

Le travail d’analyse devient encore plus intéressant quand on aligne les chiffres sur plusieurs années. Au lieu de lire l’état des finances des partis dans un instant donné, on sort avec des tendances. Et celles-ci donnent une lecture assez intéressante de l’évolution du champ politique, des batailles qui y sont livrées, de l’engagement des membres de chaque parti, de leur dépendance vis-à-vis des subventions publiques, des moyens que se donne chaque parti pour atteindre ses objectifs.

Pour cet exercice, nous avons fait le choix de sélectionner les quatre principaux partis qui affichent clairement leur ambition de leadership pour 2021 : le PJD, le PAM, l’Istiqlal et le RNI. Et dont le poids dans les ressources globales du champ partisan est prépondérant : il dépasse 75% à fin 2018.

Seules les ressources ordinaires sont analysées. Et leurs collatérales, les subventions des frais de gestion. Les partis reçoivent deux autres types de subventions : celles relatives à l’organisation des congrès ordinaires et celles correspondant à leur participation aux différentes échéances électorales.

Les quatre partis reçoivent pratiquement le même montant pour l’organisation de leur congrès (entre 3,14 et 3,61 MDH chacun), mais le soutien accordé pour les élections diffère selon le poids de chaque parti, sa couverture territoriale, ses scores, ce qui peut biaiser l’analyse des ressources sur une longue période.

RNI : l’arrivée d’Akhannouch a boosté les finances de la Colombe

Première grande tendance qui se dégage quand on analyse les ressources ordinaires (hors périodes électorales) : la montée en puissance du RNI sur le plan financier depuis l’élection à sa tête de Aziz Akhannouch.

En 2013 et en 2014, le parti comptait des ressources annuelles qui ne dépassaient pas les 8,3 millions de dirhams, dont plus de 80% correspondait à des contributions étatiques aux frais de gestion. En 2016, les ressources du parti sont montées à 38,5 MDH, boostées par les 22,2 MDH reçus au titre de la subvention publique au titre des élections. Et là encore, la part du soutien public restait prépondérante, constituant plus de 75% du total des ressources du parti. Le reste étant consenti par les membres adhérents du parti au titre des cotisations et contributions (1,3 MDH en 2016).

Elu fin octobre 2016 à la tête du parti, en pleine négociation pour la formation du gouvernement, Aziz Akhhanouch a chamboulé, comme le révèlent les rapports de la Cour des comptes, la structure des revenus du parti. Mais les a aussi multipliés par trois.

En 2014, le parti brassait des ressources globales de 8,2 MDH, dont 80% provenait du soutien public. En 2017, année de plein exercice du nouveau président, cette enveloppe est passée à 24,1 MDH. Idem pour 2018, où les ressources du parti de la Colombe ont avoisiné les 23 MDH.

Le RNI est du coup passé au rang de deuxième parti le plus doté en ressources, après le PJD. Il a chamboulé l’ordre établi en distançant de (très) loin le PAM et l’Istiqlal dont les moyens étaient de 16,2 et 14,2 MDH, en 2018.

Pour y arriver, Aziz Akhannouch n’a pas dû trop compter sur le soutien étatique qui est resté pratiquement le même entre 2013 et 2018. Il a même baissé de plus de 1,3 million après les maigres résultats des législatives de 2016, passant de 6,7 MDH entre 2013 et 2016 à 5,4 MDH à partir de 2017.

La progression des finances du parti, c’est grâce aux cotisations et contributions de ses membres. Celles-ci ont explosé en 2017 à 14,5 MDH avant d’atteindre les 16,8 MDH en 2018. Loin, très loin du petit million de dirhams que le parti récoltait de chez ses adhérents sous Salaheddine Mezouar !

Le RNI est aujourd’hui le parti qui compte le moins sur le soutien public. Les subventions ne représentent plus que 25% de ses ressources totales, contre une part de 77% pour le PAM, 49% pour le PJD et 44% pour l’Istiqlal.

Ces chiffres révèlent deux choses : que le parti se donne les moyens pour concrétiser ses ambitions politiques. Et que ses membres ont dû, pour cela, mettre la main à la poche comme jamais auparavant.

Le PAM, le parti le plus dépendant du soutien public

Les données publiées par la Cour des comptes cassent également des mythes. Comme celui du PAM qui serait arrosé, selon la légende, par de riches contributeurs, notables ruraux et hommes d’affaires proches du pouvoir. Les chiffres officiels du parti montrent en tout cas tout le contraire.

En 2017, mais aussi en 2018, les ressources du parti aux 103 sièges n’ont pas dépassé les 16 MDH. Soit pratiquement le même niveau que l’Istiqlal (14 à 15,5 MDH), qui ne dispose pourtant que d’une quarantaine de sièges à la première chambre. Et la moitié de ce que brasse son concurrent direct le PJD (38 MDH de ressources).

On prêtait à Ilyas El Omari des capacités extraordinaires, mais l’homme n’est pas arrivé à relever les finances du parti, en tous les cas pas d'une manière structurelle, ni à mobiliser financièrement ses membres et ses sympathisants. Les données de la Cour des comptes révèlent en effet que plus de 77% des ressources du tracteur proviennent du soutien public. Entre le PJD, le RNI et l’Istiqlal, le PAM est en cela le parti qui dépend le plus des subventions étatiques.

En 2016, en pleine bataille politique pour le leadership du gouvernement, les membres du tracteur n’ont contribué qu’à hauteur de 2,5 MDH. Des contributions qui se sont réduites de moitié en 2017 (à 1,5 MDH), bien que le parti ait réalisé une grande percée aux législatives, avec 102 (score porté à 103 par la suite) sièges, contre 47 sièges en 2011 ! En 2018, le parti semble avoir décidé de mettre de l’ordre puisque les cotisations sont montées à 3,24 MDH. Un niveau qui reste toutefois très faible par rapport à ce que récoltent le PJD et le RNI et qui ne reflète pas le poids du parti dans le paysage politique, aussi bien au Parlement que dans les communes et les régions.

PJD et Istiqlal: la constance

Sans surprise, le PJD ressort comme le parti le mieux doté en termes de ressources. Il a brassé en 2018 un total de 38 MDH, contre 40,9 MDH en 2017.

Des ressources qui progressent de manière ordonnée, en fonction de l’évolution du parti sur le plan national et régional. En 2014, ces ressources étaient à peine de 22,7 MDH et ont, donc, doublé depuis, suivant en cela la montée en force du PJD dans les grandes villes et au Parlement.

Leur structure est également très équilibrée : près de la moitié seulement provient du soutien public. L’autre moitié étant constituée des cotisations et contributions de ses partisans, qui ont doublé entre 2016 et 2017, passant de 12 à près de 22 MDH.

Des données qui reflètent la constance des membres du parti islamiste, qui reversent tous une part de leurs rétributions d’élus ou de ministres, à leur formation.

Et pour l’anecdote : le parti est tellement « riche » qu’il se permet le luxe de ne pas toucher aux intérêts semestriels perçus au titre de son compte ouvert auprès de la Trésorerie Générale du Royaume. Une position idéologique, comme le révèle la réponse d’un responsable du parti à la remarque des magistrats de la Cour des comptes, qui s’interrogeaient sur la non comptabilisation de ces revenus financiers parmi les recettes ordinaires du parti. Ce montant qui était de 227.478,12 DH en 2018 est totalement reversé sous forme d’aides à des associations ou à des personnes nécessiteuses, précise le responsable du parti.

Cette constance budgétaire, on la retrouve également chez le parti de l’Istiqlal, dont les ressources restent stables, malgré les péripéties politiques : baisse des scores électoraux, crises internes, changement de leaders…

Le parti de Nizar Baraka a collecté ainsi 14,2 MDH en 2018, dont seulement 44,4% proviennent des subventions publiques. Le reste étant couvert par des produits non courants (dont l’origine n’est pas spécifiée, mais il peut s'agir de cessions d'actifs), ainsi que par les cotisations des membres du parti, qui tournent depuis 2016 entre 2 et 3 MDH, et ce, malgré la grande crise interne qui a secoué le parti après les législatives de 2016 et le départ en catastrophe de son ancien leader Hamid Chabat.

Evolution de la contribution étatique aux frais de gestion

Evolution des cotisations et contributions 

Pour les graphes, nous avons démarré la série à partir de 2016, car les données de 2015 ne sont pas accessibles (le rapport n'est pas disponible sur le site de la Cour des comptes). 

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