Agrumes : Le Maroc fortement menacé à l'export par la Turquie et l'Egypte

La concurrence devient de plus en plus rude sur le marché des agrumes. L'explosion de la production en Egypte et en Turquie accroit la pression sur les producteurs de la Méditerranée, dont le Maroc. 

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Agrumes : Le Maroc fortement menacé à l'export par la Turquie et l'Egypte

Le 09 décembre 2020 à 18:30

Modifié le 10 décembre 2020 à 13:40

L’organisation mondiale des agrumes (WCO), créée en février dernier, a co-organisé, début novembre, la première édition du Global Citrus Congress, avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad) et Fruitnet Media international.

Parmi les principaux points abordés lors de cet événement, la menace que représentent l’Egypte et la Turquie sur les autres producteurs d’agrumes de la Méditerranée, notamment le Maroc. En effet, la production explose dans ces deux pays, accroissant la pression concurrentielle et risquant de faire chuter les prix.

Le Maroc en concurrence directe avec l’Egypte et la Turquie

Le marché international des agrumes est le deuxième plus gros marché mondial de fruits, juste après celui de la banane. Il connaît depuis quelques années une croissance de l'offre, qui est supérieure à celle de la demande. Seuls les pays d’Amérique du Nord et quelques pays asiatiques ont vu leur demande augmenter sur les cinq dernières années. C’est donc un marché très concurrentiel.

"Dans le monde, il y a deux types de pays producteurs d’agrumes, ceux de l’hémisphère nord, et ceux de l’hémisphère sud", nous explique une source au sein de l’Association des producteurs d’agrumes au Maroc (Aspam).

"Les producteurs de l’hémisphère nord, qui se trouvent en Méditerranée, tels que le Maroc, l’Egypte, la Turquie, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Tunisie…, produisent les agrumes d’hiver. Leur campagne démarre en octobre pour prendre fin en juin".

"Ceux de l’hémisphère Sud, tels que le Brésil et l’Argentine, produisent les agrumes d’été, et leur campagne débute en juillet, pour prendre fin en octobre, date à laquelle démarre celle des producteurs de l’hémisphère nord".

"Le Maroc est donc en concurrence avec tous les pays producteurs et exportateurs d’agrumes du bassin Méditerrané", ajoute notre source, notant que "nos principaux concurrents sont l’Espagne, la Turquie et l’Egypte".

"L’Espagne reste le plus grand producteur d’agrumes en Méditerranée. Ce pays a l’avantage d’appartenir à l’Union européenne, et donc de pouvoir commercialiser plus facilement ses produits au niveau de l’UE. Mais nous sommes plus embêtés par la concurrence turque et égyptienne", dont la production explose au fil des années. 

Deux principales raisons expliquent la forte compétitivité de ces deux marchés. "Tout d’abord, ce sont deux pays dont les monnaies ont chuté, ce qui représente un avantage à l’export. En second lieu, leurs prix de revient sont nettement plus bas qu’au Maroc", d'après l'Aspam.

Des propos soutenus par un autre professionnel du secteur, joint par nos soins, qui nous explique que "les deux monnaies, de l’Egypte et de la Turquie ont fortement perdu de leur valeur durant 10 ans par rapport au dollar, une période durant laquelle ce dernier est resté totalement stable au Maroc. Si le dirham avait subi la même chute, le dollar serait passé à 40 ou à 50 DH actuellement".

"C'est plus qu'une menace"

"Ces deux facteurs font que sur les marchés où nous sommes en concurrence directe avec l’Egypte et la Turquie (notamment la Russie, NDLR), ces deux pays ont une compétitivité extrêmement forte par rapport à nous".

"En effet, le coût de la main d’œuvre dans ces deux pays est également plus faible qu'au Maroc. L’Egypte a, en plus, l’avantage d’un accès facile à l’eau, et d’un faible coût de l’énergie".

Rappelons que les principales régions de production d'agrumes au Maroc, en particulier Souss-Massa qui représente plus de 30% de la production nationale, souffrent de stress hydrique, suite à la succession de deux années de sécheresse.

Ainsi, "sur tout ce qui est petits fruits, tels que la clémentine et la mandarine, les produits turcs et égyptiens représentent plus qu’une menace. Leur compétitivité nous fait perdre des parts de marché", ajoute notre interlocuteur.

Notons que l'Egypte et la Turquie font partie des principaux producteurs d'agrumes dans le monde. L'Egypte produit plus de 4,2 millions de tonnes annuellement et en exporte 1,8 MT, ce qui lui donne la place du premier exportateur mondial d'agrumes.

En ce qui concerne la Turquie, les superficies des agrumes se développent rapidement. Sa production est estimée à plus de 4,9 MT annuellement, dont 1,7 MT sont exportés. 

D'après notre source à l’Aspam "malgré cette concurrence assez forte, nous arrivons à maintenir les quantités exportées sur nos principaux marchés".

"Les exportations marocaines d'agrumes varient entre 600.000 et 700.000 tonnes par an. Nous sommes présents à l’Union Européenne, en Russie et dans d'autres pays, comme les pays du Golfe, la Suisse et le Canada".

"Le Royaume est aussi présent en Afrique de l’Ouest, à travers le passage d’El Guerguarate", mais avec une part encore faible, estimée à 5% des exportations nationales d'agrumes.  

35.900 tonnes exportées à fin octobre

D'après la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), jusqu’au 30 octobre 2020, les exportations marocaines d’agrumes ont atteint un total de 35.900 tonnes, contre 36.900 T durant la même période de la campagne précédente, soit une baisse de 3%.

Ces exportations se répartissent par variétés comme suit :

  • Clémentine : 33.500 T;
  • Navel : 1.200 T;
  • Navel late : 1.000 T;
  • Autres agrumes : 200 T.

Les principaux marchés destinataires restent la Russie avec 47% de l’export global, suivi du Canada avec 24,5%, l’Union Européenne avec 14,5%, les Pays du Golfe avec 7%, les USA avec 4,1%, l’Afrique Subsaharienne avec 2,7% et autres marchés avec 0,2%.

La production turque et égyptienne devrait reculer cette année

"Pour la campagne actuelle 2020-2021, nous prévoyons une production entre 2,2 MT et 2,250 MT, en augmentation de près de 25% par rapport à la campagne précédente, qui était très moyenne", nous fait savoir l’Aspam.

Pour ce qui est des autres producteurs de la Méditerranée, d'après les prévisions établies par la jeune WCO, la production d’agrumes devrait atteindre plus de 28,7 millions de tonnes, soit une baisse de 1% par rapport à 2019. Cette chute est principalement due à la sécheresse enregistrée par plusieurs régions de l'hémisphère nord.

Par région, la production européenne devrait connaître une augmentation de 12% en Italie et en Espagne, et une baisse de 1% en Grèce.

Dans la rive sud de la Méditerranée, la WCO prévoit une baisse respective de la production de 8% et de 15% en Egypte et en Turquie. 

Tags : Agrumes

Agrumes : Le Maroc fortement menacé à l'export par la Turquie et l'Egypte

Le 09 décembre 2020 à18:27

Modifié le 10 décembre 2020 à 13:40

La concurrence devient de plus en plus rude sur le marché des agrumes. L'explosion de la production en Egypte et en Turquie accroit la pression sur les producteurs de la Méditerranée, dont le Maroc. 

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L’organisation mondiale des agrumes (WCO), créée en février dernier, a co-organisé, début novembre, la première édition du Global Citrus Congress, avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad) et Fruitnet Media international.

Parmi les principaux points abordés lors de cet événement, la menace que représentent l’Egypte et la Turquie sur les autres producteurs d’agrumes de la Méditerranée, notamment le Maroc. En effet, la production explose dans ces deux pays, accroissant la pression concurrentielle et risquant de faire chuter les prix.

Le Maroc en concurrence directe avec l’Egypte et la Turquie

Le marché international des agrumes est le deuxième plus gros marché mondial de fruits, juste après celui de la banane. Il connaît depuis quelques années une croissance de l'offre, qui est supérieure à celle de la demande. Seuls les pays d’Amérique du Nord et quelques pays asiatiques ont vu leur demande augmenter sur les cinq dernières années. C’est donc un marché très concurrentiel.

"Dans le monde, il y a deux types de pays producteurs d’agrumes, ceux de l’hémisphère nord, et ceux de l’hémisphère sud", nous explique une source au sein de l’Association des producteurs d’agrumes au Maroc (Aspam).

"Les producteurs de l’hémisphère nord, qui se trouvent en Méditerranée, tels que le Maroc, l’Egypte, la Turquie, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Tunisie…, produisent les agrumes d’hiver. Leur campagne démarre en octobre pour prendre fin en juin".

"Ceux de l’hémisphère Sud, tels que le Brésil et l’Argentine, produisent les agrumes d’été, et leur campagne débute en juillet, pour prendre fin en octobre, date à laquelle démarre celle des producteurs de l’hémisphère nord".

"Le Maroc est donc en concurrence avec tous les pays producteurs et exportateurs d’agrumes du bassin Méditerrané", ajoute notre source, notant que "nos principaux concurrents sont l’Espagne, la Turquie et l’Egypte".

"L’Espagne reste le plus grand producteur d’agrumes en Méditerranée. Ce pays a l’avantage d’appartenir à l’Union européenne, et donc de pouvoir commercialiser plus facilement ses produits au niveau de l’UE. Mais nous sommes plus embêtés par la concurrence turque et égyptienne", dont la production explose au fil des années. 

Deux principales raisons expliquent la forte compétitivité de ces deux marchés. "Tout d’abord, ce sont deux pays dont les monnaies ont chuté, ce qui représente un avantage à l’export. En second lieu, leurs prix de revient sont nettement plus bas qu’au Maroc", d'après l'Aspam.

Des propos soutenus par un autre professionnel du secteur, joint par nos soins, qui nous explique que "les deux monnaies, de l’Egypte et de la Turquie ont fortement perdu de leur valeur durant 10 ans par rapport au dollar, une période durant laquelle ce dernier est resté totalement stable au Maroc. Si le dirham avait subi la même chute, le dollar serait passé à 40 ou à 50 DH actuellement".

"C'est plus qu'une menace"

"Ces deux facteurs font que sur les marchés où nous sommes en concurrence directe avec l’Egypte et la Turquie (notamment la Russie, NDLR), ces deux pays ont une compétitivité extrêmement forte par rapport à nous".

"En effet, le coût de la main d’œuvre dans ces deux pays est également plus faible qu'au Maroc. L’Egypte a, en plus, l’avantage d’un accès facile à l’eau, et d’un faible coût de l’énergie".

Rappelons que les principales régions de production d'agrumes au Maroc, en particulier Souss-Massa qui représente plus de 30% de la production nationale, souffrent de stress hydrique, suite à la succession de deux années de sécheresse.

Ainsi, "sur tout ce qui est petits fruits, tels que la clémentine et la mandarine, les produits turcs et égyptiens représentent plus qu’une menace. Leur compétitivité nous fait perdre des parts de marché", ajoute notre interlocuteur.

Notons que l'Egypte et la Turquie font partie des principaux producteurs d'agrumes dans le monde. L'Egypte produit plus de 4,2 millions de tonnes annuellement et en exporte 1,8 MT, ce qui lui donne la place du premier exportateur mondial d'agrumes.

En ce qui concerne la Turquie, les superficies des agrumes se développent rapidement. Sa production est estimée à plus de 4,9 MT annuellement, dont 1,7 MT sont exportés. 

D'après notre source à l’Aspam "malgré cette concurrence assez forte, nous arrivons à maintenir les quantités exportées sur nos principaux marchés".

"Les exportations marocaines d'agrumes varient entre 600.000 et 700.000 tonnes par an. Nous sommes présents à l’Union Européenne, en Russie et dans d'autres pays, comme les pays du Golfe, la Suisse et le Canada".

"Le Royaume est aussi présent en Afrique de l’Ouest, à travers le passage d’El Guerguarate", mais avec une part encore faible, estimée à 5% des exportations nationales d'agrumes.  

35.900 tonnes exportées à fin octobre

D'après la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), jusqu’au 30 octobre 2020, les exportations marocaines d’agrumes ont atteint un total de 35.900 tonnes, contre 36.900 T durant la même période de la campagne précédente, soit une baisse de 3%.

Ces exportations se répartissent par variétés comme suit :

  • Clémentine : 33.500 T;
  • Navel : 1.200 T;
  • Navel late : 1.000 T;
  • Autres agrumes : 200 T.

Les principaux marchés destinataires restent la Russie avec 47% de l’export global, suivi du Canada avec 24,5%, l’Union Européenne avec 14,5%, les Pays du Golfe avec 7%, les USA avec 4,1%, l’Afrique Subsaharienne avec 2,7% et autres marchés avec 0,2%.

La production turque et égyptienne devrait reculer cette année

"Pour la campagne actuelle 2020-2021, nous prévoyons une production entre 2,2 MT et 2,250 MT, en augmentation de près de 25% par rapport à la campagne précédente, qui était très moyenne", nous fait savoir l’Aspam.

Pour ce qui est des autres producteurs de la Méditerranée, d'après les prévisions établies par la jeune WCO, la production d’agrumes devrait atteindre plus de 28,7 millions de tonnes, soit une baisse de 1% par rapport à 2019. Cette chute est principalement due à la sécheresse enregistrée par plusieurs régions de l'hémisphère nord.

Par région, la production européenne devrait connaître une augmentation de 12% en Italie et en Espagne, et une baisse de 1% en Grèce.

Dans la rive sud de la Méditerranée, la WCO prévoit une baisse respective de la production de 8% et de 15% en Egypte et en Turquie. 

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