Ukraine: reprise des négociations sur le gaz, journée de deuil national
Des négociations cruciales sur le gaz entre Russes et Ukrainiens pour éviter une coupure imminente redoutée en Europe devaient reprendre à Kiev à 16H00 GMT dimanche, journée de deuil national en Ukraine après l'attaque meurtrière contre un avion militaire.
Les drapeaux étaient en berne tandis que les chaînes de télévision ont incrusté sur leurs écrans l'image d'une bougie allumée en hommage aux 49 morts de l'attaque la plus meurtrière des insurgés prorusses dans l'Est séparatiste depuis le déclenchement en avril d'une opération militaire ukrainienne.
Cette attaque contre un IL-76 à Lougansk a mis à mal l'espoir de détente né ces derniers jours de premiers contacts entre Kiev et Moscou. Samedi soir à Kiev, des manifestants ont décroché le drapeau de l'ambassade de Russie et ont jeté un cocktail molotov.
Sur le front énergétique, les négociations prennent désormais l'allure d'une course contre la montre: le géant russe Gazprom a donné jusqu'à lundi 06H00 GMT à Kiev pour rembourser une dette gazière de 1,95 milliard de dollars.
Faute de règlement, il menace de passer à un système de pré-paiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement.
Au passage, les livraisons de gaz russe en direction de l'Europe, dont près de la moitié transitent par le territoire ukrainien, risquent de se trouver affectées, comme lors des précédents conflits gaziers en 2006 et 2009.
Mais Kiev refuse la hausse des prix décidées par Moscou après l'arrivée au pouvoir de dirigeants pro-occidentaux fin février, conséquence de la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch: le millier de mètres cubes de gaz est alors passé de 268 à 485 dollars, un prix sans équivalent en Europe.
Une porte-parole du groupe ukrainien Naftogaz a indiqué à l'AFP que les discussions reprendraient à 19H00 locales (16H00 GMT) dans un hôtel de Kiev. "Les négociateurs seront les mêmes", a-t-elle ajouté.
Les négociations samedi soir à Kiev entre le président ukrainien de l'Energie, Iouri Prodan, les deux Pdg de Gazprom et Naftogaz, sous la médiation du commissaire européen à l'Energie Guenther Oettinger, n'avaient pas abouti.
Les discussions se déroulent dans un contexte d'extrêmes tensions après qu'un avion militaire ukrainien a été détruit en vol par un missile antiaérien des insurgés prorusses à Lougansk, provoquant la mort de 40 parachutistes et des neuf membres de l'équipage.
- Regain d'inquiétude -
Cette attaque a suscité un regain d'inquiétude.
A Kiev, une manifestation de 300 personnes brandissant des affiches sur lesquelles on pouvait notamment lire "la Russie tueuse !", a dégénéré samedi soir.
Un cocktail molotov a touché un mur de l'ambassade, mais les flammes ont vite été maîtrisées par les pompiers. L'un des manifestants avait plus tôt décroché le drapeau russe pendant que d'autres jetaient des oeufs et des pavés.
Les ministres ukrainiens de l'Intérieur et des Affaires étrangères se sont rendus sur place pour calmer les manifestants.
La Russie a dénoncé samedi soir l'inaction des forces de l'ordre qui "n'ont rien fait pour protéger l'ambassade (...) ce qui constitue une violation grossière des engagements internationaux de l'Ukraine".
Washington a aussi condamné cette attaque et appelé Kiev à respecter la Convention de Vienne qui l'oblige à assurer la sécurité des bâtiments diplomatiques.
Le président ukrainien pro-occidental Petro Porochenko a promis une "réponse adéquate" aux séparatistes.
Dans un entretien téléphonique avec le président français François Hollande, M. Porochenko a plaidé pour de plus amples sanctions européennes contre la Russie si elle "continue de déstabiliser" son pays.
François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont fait part samedi au téléphone au président russe Vladimir Poutine de "leur grave préoccupation face à la poursuite des combats dans l'est de l'Ukraine".
- "Tuer le peuple" -
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a de son côté appelé son homologue américain John Kerry à "user de son influence" sur Kiev pour mettre fin à l'opération militaire dans l'Est qui a fait plus de 300 morts depuis avril.
M. Porochenko avait présenté cette semaine à Vladimir Poutine son plan de paix tandis que se sont déroulées plusieurs phases de pourparlers avec l'ambassadeur de Russie à Kiev depuis l'investiture le 7 juin du nouveau chef de l'Etat ukrainien.
Aux environs de l'aéroport de Lougansk où l'avion s'est écrasé, des insurgés approuvaient l'attaque, disant que l'avion venait pour "tuer le peuple".
Les Etats-Unis ont réaffirmé vendredi que la Russie avait fourni aux insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine des chars et des lance-roquettes, du matériel qui a franchi ces derniers jours la frontière entre les deux pays.