Ukraine: reprise attendue de pourparlers de paix entre Kiev et les rebelles
Les pourparlers de paix entre Kiev et les rebelles prorusses sur l'avenir des régions séparatistes de l'est de l'Ukraine devaient reprendre mercredi à Minsk après quasiment quatre mois de pause qui a vu le conflit s'alourdir à plus de 4.700 morts.
Après plus de deux semaines d'incertitude, les protagonistes ont finalement décidé de s'assoir à la table des négociations dès 12H00 GMT dans la capitale bélarusse, selon Denis Pouchiline, négociateur pour la république séparatiste de Donetsk cité sur le site internet des rebelles.
"La rencontre est confirmée au moins pour l'instant. Le début est à 15H00 heure de Moscou", a déclaré M. Pouchiline.
La rencontre entre les émissaires ukrainiens, russes, rebelles et ceux de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avait également été confirmée la veille par l'OSCE et les autorités bélarusses.
C'est le président ukrainien Petro Porochenko qui avait annoncé des pourparlers mercredi et vendredi après un entretien téléphonique à quatre avec la chancelière allemande Angela Merkel et les présidents français François Hollande et russe Vladimir Poutine.
La Russie sera représentée par son ambassadeur en Ukraine Mikhaïl Zourabov, l'Ukraine par l'ex-président Léonid Koutchma comme lors des rencontres précédentes.
Les républiques autoproclamées seront représentées mercredi par leurs envoyés spéciaux et en cas de progrès, leurs "présidents" vont rejoindre les négociations vendredi.
Outre le retrait des armes lourdes et l'échange de prisonniers, questions sur lesquelles les deux parties sont d'accord, les rebelles réclament la reprise du financement des zones sous leur contrôle coupé par Kiev à la mi-novembre et le "statut spécial" pour les régions de Donetsk et de Lougansk.
Ce statut était prévu par les accords signés à Minsk en septembre. Selon Kiev et les Occidentaux, les rebelles ont sapé ces accords en organisant début novembre des élections dénoncées par la communauté internationale.
- Kiev marche vers l'Otan -
Une nouvelle trêve a été conclue le 9 décembre qui semble être globalement respectée malgré des échanges quotidiens de tirs sporadiques.
L'armée ukrainienne a ainsi affirmé mercredi avoir essuyé 25 attaques contre ses positions au cours des dernières 24 heures. Six drones ont également survolé une zone proche du port stratégique de Marioupol, dernière grande ville de l'Est sous contrôle de Kiev, selon l'armée.
La rencontre de Minsk se tient sur fond de tensions grandissantes entre Kiev et Moscou au lendemain du vote très symbolique du Parlement ukrainien sur l'abandon du statut de pays non-aligné, décision qui permet à terme à l'Ukraine de demander l'adhésion à l'Otan.
Pour Moscou, cette décision est "absolument contre-productive" et ne fera qu'"exacerber le climat de confrontation", a réagi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.
Le président Petro Porochenko, qui va promulguer ce texte, avait expliqué sa nécessité par l'"agression" militaire russe contre l'Ukraine.
Face à l'"annexion" par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée en mars et l'"intervention militaire" russe dans l'est de l'Ukraine, l'Etat doit "rechercher des garanties plus efficaces pour (...) la sécurité et l'intégrité territoriale" du pays, souligne la note d'analyse accompagnant le projet de loi.
La Russie a annexé la Crimée après le renversement en février du président prorusse Viktor Ianoukovitch qui avait réprimé dans le sang des manifestations pro-européennes à Kiev avant de se réfugier en Russie.
Kiev et l'Occident accusent Moscou d'avoir ensuite organisé et armé la rébellion prorusse dans l'est de l'Ukraine qui a débouché sur un conflit ayant fait plus de 4.700 morts depuis qu'il a éclaté en avril.
La Russie est aussi accusée d'avoir déployé ses troupes régulières - jusqu'à 10.000 soldats actuellement, selon Kiev - dans la zone des combats. Frappé par de lourdes sanctions occidentales, Moscou dément catégoriquement toute implication.
Même si le parcours de l'Ukraine en vue d'une entrée dans l'Otan est ardu et le vote de mardi largement symbolique, Moscou a d'ores et déjà menacé de "réagir".
"De facto, il s'agit d'une demande d'adhésion à l'Otan, ce qui transforme l'Ukraine en un adversaire militaire potentiel de la Russie" qui sera contrainte de "réagir", a ainsi estimé le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev.