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TotalEnergies annonce son retrait de Birmanie un an après le coup d’Etat

(AFP)

AFP

Le 21 janvier 2022

Le géant français TotalEnergies a annoncé vendredi son retrait de Birmanie où il était partenaire et opérateur du champ de gaz de Yadana, une demande pressante des ONG de défense des droits humains après le coup d’Etat militaire de l’an dernier.

« Le contexte qui ne cesse de se dégrader au Myanmar, en matière de droits humains et plus généralement d’Etat de droit, depuis le coup d’Etat de février 2021 nous a conduits à réévaluer la situation et ne permet plus à TotalEnergies d’apporter une contribution positive suffisante dans ce pays », précise le groupe dans un communiqué.

Le processus de retrait « prévu aux contrats du champ de Yadana et de la société de transport MGTC au Myanmar » a été initié, et ce « sans aucune contrepartie financière pour TotalEnergies », précise le géant de l’énergie, implanté de longue date dans le pays.

Il sera effectif à l’issue du préavis de six mois et les intérêts de TotalEnergies seront répartis entre les partenaires actuels « sauf refus de leur part », tandis que les opérations seront reprises par l’un d’eux.

TotalEnergies est partenaire (31,24%) et opérateur du champ de Yadana (blocs M5 et M6) aux côtés des Américains Unocal-Chevron (28,26%), de PTTEP (25,5%), filiale de la société nationale d’énergie thaïlandaise, et de la société d’Etat birmane MOGE (15%), contrôlée par l’armée.

Le « gouvernement fantôme » formé en réaction au coup d’Etat de l’armée s’est immédiatement félicité de cette décision, par la voix de sa ministre chargée des Femmes et de la Jeunesse Naw Susanna Hla Hla Soe.

« C’est un message fort envoyé aux militaires. Couper les revenus économiques de la junte est primordial pour détruire le régime. D’autres entreprises doivent suivre l’exemple de Total », a-t-elle déclaré.

– Peu de départs –

Un an après le coup d’Etat du 1er février 2021 qui a renversé Aung San Suu Kyi et mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans, la Birmanie reste plongée dans le chaos.

Des milices anti-junte ont pris les armes contre les généraux qui étouffent dans le sang la contestation, avec près de 1.500 civils tués, selon une association locale de défense des droits de l’Homme.

Quelques rares entreprises étrangères avaient plié bagage avant TotalEnergies, parmi lesquelles le groupe de télécoms norvégien Telenor et le producteur français d’énergies renouvelables Voltalia qui y était présent depuis 2018.

D’autres, comme EDF, avaient annoncé la suspension de leur activité ou de leurs commandes (H&M, Benetton) dans le pays.

TotalEnergies avait déjà mis fin au projet de développement d’un nouveau gisement, arrêté ses campagnes de forage et suspendu des versements aux actionnaires d’un gazoduc, parmi lesquels figure une entreprise contrôlée par l’armée birmane.

– Environnement « toxique » –

La décision de TotalEnergies « reflète à quel point la Birmanie est devenue toxique comme environnement pour investir », a commenté auprès de l’AFP Richard Horsey, de l’International Crisis Group.

Mais l’absence de compensation financière pour le groupe français implique que « les autres partenaires, dont le régime, auront une rentrée d’argent sous la forme d’une part plus importante dans le projet », met-il en garde.

Le groupe français, présent en Birmanie depuis 1992, avait versé environ 230 millions de dollars aux autorités birmanes en 2019, puis environ 176 millions en 2020, sous forme de taxes et « droits à la production », selon ses documents financiers.

TotalEnergies invoquait jusque-là l’impossibilité de « priver les Birmans et les Thaïlandais d’électricité », notamment la moitié des dix millions d’habitants de la ville de Rangoun, et s’était engagé en contrepartie des taxes versées à l’Etat birman à financer des ONG de défense des droits humains dans le pays pour le même montant.

Le champ de Yadana produit environ 6 milliards de mètres cubes par an de gaz, dont 70% environ est exporté en Thaïlande et 30% fourni à la société nationale birmane MOGE pour le marché domestique.

Vendredi, l’ONG Human Rights Watch a salué une annonce « significative », ajoutant que les gouvernements étrangers n’auront « plus d’excuse pour retarder l’imposition de sanctions ciblées sur des entités gazières et pétrolières du pays ».

« Ils devraient agir vite (…) pour que le départ de Total soit suivi promptement de celui de Chevron et de PTT », a déclaré Manny Maung, chercheuse pour l’ONG.

burs-mdz/pn/cco

Le 21 janvier 2022

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