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Tchétchénie: des journalistes agressés, attaque contre les locaux d'une ONG

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Le 10 mars 2016 à 11h51

Des hommes encagoulés ont passé à tabac des journalistes scandinaves en route pour Grozny et attaqué les locaux d'une des rares ONG opérant en Tchétchénie, république russe dirigée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov, ennemi juré des libéraux et des défenseurs des droits de l'Homme.

Un groupe de journalistes russes, la correspondante d'une radio suédoise et un confrère norvégien, accompagnés par des militants des droits de l'Homme a été battu et leur minibus incendié par des hommes masqués mercredi soir sur la route de Grozny, la capitale de la petite république russe du Caucase.

Le véhicule dans lequel circulait le petit groupe s'est vu barrer la route par plusieurs voitures à 500 mètres du poste frontière permettant le passage de l'Ingouchie à la Tchétchénie, selon le Comité russe contre la torture, l'ONG organisatrice de ce voyage qui devait permettre à des journalistes de rencontrer des victimes de violations des droits de l'Homme.

Une vingtaine d'inconnus ont ensuite fait sortir les passagers avant de les passer à tabac à coup de bâtons, de confisquer leurs téléphones et de mettre le feu au minibus, à l'intérieur duquel était resté du matériel de tournage et des passeports, selon l'organisation.

"C'était absolument horrible. J'ai cru que j’allais mourir. Je me disais que j'aurais aimé envoyer un dernier message à ma femme", a témoigné dans la presse norvégienne le journaliste Øystein Windstad, blessé dans l'incident.

"Ils nous hurlaient que nous étions des traîtres. Ils savaient très bien qui nous étions et comment nous nous appelions. C'était une attaque ciblée pour nous stopper", ajoute-t-il en accusant Ramzan Kadyrov d'avoir organisé cette attaque.

L'ambassade norvégienne a indiqué à l'AFP que le journaliste, qui se trouve encore à l'hôpital, "se sentait bien" malgré ses blessures et que son rapatriement vers la Norvège était en préparation.

La radio pour laquelle travaillait Maria Persson Löfgren, la journaliste suédoise blessée au cou lors de l'attaque, a pour sa part affirmé qu'elle avait été "choquée par les événements" mais se trouvait en sécurité.

Selon Dmitri Outoukine, un juriste du Comité russe contre la torture, une enquête pour vandalisme et "dégradation volontaire de biens privés" a été ouverte à la suite de cette agression. Interrogé, le Comité d'enquête de l'Ingouchie s'est toutefois refusé à tout commentaire.

- 'Ennemis du peuple' -

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a pour sa part dénoncé une agression "absolument révoltante et inacceptable", indiquant que Vladimir Poutine avait été informé.

Quelques heures après cette attaque, les locaux du Comité russe contre la torture à Karaboulak, en Ingouchie, ont été investis par des hommes cagoulés et armés, selon des images de vidéosurveillance diffusées par l'organisation.

"Un groupe d'hommes armés est arrivé dans plusieurs voitures à notre appartement. L'un d'entre eux a cassé la caméra de l'entrée et trois autres sont passés par la fenêtre du balcon", a expliqué à l'AFP Oleg Khabibrakhmanov, l'un des responsables de l'ONG.

Aucun membre du Comité contre la torture n'a pu se rendre dans les locaux depuis l'attaque, au cours de laquelle les assaillants ont brisé toutes les caméras de surveillance, a indiqué M. Khabibrakhmanov. La police ingouche a pour sa part affirmé ne pas avoir été prévenue de l'incident.

Cette assaut rappelle une opération similaire en juin 2015, au cours de laquelle les locaux et un véhicule du Comité avaient été saccagés à Grozny par des inconnus encagoulés.

Quelques mois auparavant, les locaux de l'ONG et ceux de militants avaient déjà été perquisitionnés après qu'ils eurent critiqué Ramzan Kadyrov, l'homme fort de la Tchétchénie et allié indéfectible du Kremlin.

Les défenseurs des droits de l'Homme accusent régulièrement M. Kadyrov de semer la terreur en Tchétchénie.

Le président tchétchène s'est lancé depuis plusieurs mois dans une campagne contre les opposants à Vladimir Poutine et les médias libéraux, qu'il a qualifié de "traîtres à la patrie" et d'"ennemis du peuple".

Plusieurs personnes ayant critiqué Ramzan Kadyrov ont été tuées au cours des dix dernières années, notamment la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa, assassinée en octobre 2006 à Moscou, ou Natalia Estemirova, la représentante de l'ONG Mémorial à Grozny, tuée en 2009.

L'opposition russe a dépeint en février dans un rapport M. Kadyrov comme une "menace pour la Russie", à la tête d'une république de facto hors de contrôle des autorités centrales.

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Le 10 mars 2016 à 11h51

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