Taïwan: un rappeur défend sa satire de la Chine, devenue virale

(AFP)

Le 15 novembre 2021

Un rappeur vivant à Taïwan, à l’origine d’une chanson pop en mandarin tournant en dérision les nationalistes chinois et devenue virale sur YouTube, a assuré lundi n’avoir aucun regret après avoir été mis à l’index par Pékin.

Sortie le mois dernier, la chanson « Fragile » du rappeur malaisien Namewee –Wee Meng Chee de son vrai nom– avec la participation de la chanteuse sino-australienne Kimberley Chen également installée à Taïwan, est devenue virale à travers l’Asie et parmi la diaspora chinoise, mais aussi cible des censeurs en Chine.

Cette parodie de chanson d’amour sirupeuse est remplie de railleries visant les « petits roses », un terme qui désigne en Chine l’armée d’internautes nationalistes, et le gouvernement chinois.

« Je ne me pose jamais de limite et ne m’impose aucune auto-censure », a déclaré Namewee, 38 ans, aux journalistes lundi à Taipei, alors qu’il célébrait au champagne avec Chen le franchissement de la barre des 30 millions de vues pour le clip acidulé sur YouTube.

« Pour moi, les bonnes créations doivent venir du coeur, elles doivent être sincères », a-t-il ajouté.

Les vedettes sinophones, de la chanson, du cinéma ou autres, s’engagent rarement dans une polémique à propos de la Chine, connaissant l’habitude de Pékin de mettre sur liste noire ceux qui semblent critiquer son gouvernement.

Un mot de travers peut rapidement conduire à l’exclusion d’un artiste du premier marché en mandarin au monde et ruiner sa carrière.

Mais la volonté de Namewee et Chen d’aborder des sujets tabous a touché une corde sensible alors que la Chine s’affirme de plus en plus sur la scène mondiale sous la direction du président Xi Jinping.

Ces quatre dernières semaines, « Fragile » est devenue l’une des vidéos les plus vues sur YouTube à Taïwan, Hong Kong, Singapour et en Malaisie. Elle a aussi rencontré un certain succès, plus modeste, dans la diaspora chinoise de pays comme l’Australie, le Canada et les Etats-Unis.

Quelques jours après la sortie de la chanson, les réseaux sociaux chinois ont supprimé les comptes de Namewee et Chen, leur musique a été censurée et les médias d’Etat ont accusé le duo d’insulter le pays.

– « Contenu illégal » –

La Chine retire régulièrement des chansons jugées politiquement incorrectes de ses plateformes de streaming.

En août, le ministère chinois de la Culture a annoncé qu’il établirait une liste noire des chansons interdites pour « contenu illégal ».

Namewee et Chen vivent tous les deux à Taïwan actuellement.

« Je pense que (les musiciens) devraient être libres de créer et c’est ce que tout créateur souhaite », a expliqué Namewee. « Je suis Malaisien et il y a beaucoup d’obstacles là-bas pour les films, la musique et d’autres oeuvres, dont mes albums.

Namewee a été au coeur de plusieurs polémiques en Malaisie, pays à majorité musulmane. En 2016, il a été arrêté car on lui reprochait d’avoir insulté l’islam dans une vidéo en partie tournée dans une mosquée.

Deux ans plus tard, il a été de nouveau interpellé pour insulte à l’islam, pour une vidéo de Nouvel an chinois mettant en scène des danseurs portant des masques de chien et réalisant des gestes suggestifs.

A 27 ans, Chen a grandi en Australie, mais a déménagé à Taïwan en 2009 pour se lancer dans la pop.

Elle a répondu à la fermeture de ses comptes sur les réseaux sociaux chinois en chantant des paroles modifiées du refrain de « Fragile », célébrant le fait qu’elle avait toujours accès à Facebook et Instagram, qui, comme YouTube, sont interdits en Chine.

Le 15 novembre 2021

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