Sharp: le conseil d'administration choisit l'offre de reprise du taïwanais Hon Hai
Les membres du conseil d'administration du groupe Sharp se sont prononcés pour une offre de reprise présentée par le groupe taïwanais Hon Hai (Foxconn) au détriment du plan de sauvetage du fonds semi-public japonais INCJ, ont rapporté jeudi des médias.
Une annonce officielle était attendue sous peu, mais selon la chaîne publique NHK et l'agence de presse Jiji, les administrateurs de Sharp, société en grande difficulté, se sont réunis jeudi matin et auraient contre toute attente privilégié le plan de Hon Hai.
Les rumeurs récentes laissaient penser que la direction du spécialiste nippon des écrans à cristaux liquides (LCD) penchait vers l'offre de l'INCJ, appuyée par le ministère de l'Industrie (Meti).
Toutefois, certains membres du conseil d'administration ne seraient pas convaincus qu'il s'agisse de l'option la plus pertinente, même si elle aurait l'avantage de contenter le gouvernement nippon et de préserver la fierté technologique nationale.
"Du côté de Sharp et des banques créancières se répand l'avis préconisant d'accepter l'offre de Hon Hai", avait écrit jeudi matin le quotidien Mainichi Shimbun.
Les investisseurs à la Bourse de Tokyo étaient manifestement ravis de ce plausible retournement. Le titre est monté jusqu'à 172 yens (+35 yens, ou +25,5%) quelques minutes après les annonces des médias.
- Hon Hai réussit après maintes tentatives -
D'après la presse, la direction de Sharp a reçu en fin de semaine dernière séparément les explications sur leurs offres de la part des dirigeants de l'INCJ et du patron de Hon Hai/Foxconn, Terry Gou en personne.
Sharp connaît bien cet homme d'affaires ambitieux qui a déjà un pied dans le groupe nippon via une usine de dalles-mères LCD géantes à Sakai (ouest du Japon).
Il avait déjà discuté il y a plusieurs années d'une entrée au tour du table du groupe, mais ce projet n'avait pas abouti en dépit de longues tractations, en raison de divergence sur la valeur de Sharp.
Cette fois, l'ampleur de la somme, apparemment relevée au moins une fois, l'a emporté : Hon Hai propose en effet selon les médias un investissement de 600 milliards de yens (4,6 milliards d'euros) et une reprise de dettes, alors que le fonds INCJ s'en tiendrait pour l'heure à un investissement de 300 milliards. INCJ réclamerait par ailleurs aux banques d'effacer des créances et d'apporter des nouveaux fonds pour un total de l'ordre de 300 à 350 milliards.
Hon Hai préserverait l'intégrité de l'entreprise plus que centenaire et conserverait la direction, tandis que l'INCJ scinderait l'activité principale des écrans LCD pour la marier avec celle du concurrent Japan Display (créé en 2012) tout en demandant aux dirigeants de Sharp de démissionner.
L'INCJ aurait aussi proposé de regrouper les divisions des appareils électroménagers et des caisses enregistreuses de commerces avec celles équivalentes de Toshiba qui est aussi en difficulté après un scandale comptable.
L'offre Hon Hai aurait aussi été préférée du fait de possibles importantes synergies avec Apple. Le groupe taïwanais assemble en effet tous les smartphones et tablettes (iPhone, iPad) du géant américain avec des écrans en grande partie fournis par Sharp.
L'hypothèse du passage sous pavillon étranger de Sharp était jusqu'à présent jugée difficilement acceptable par les pouvoirs publics qui veulent depuis longtemps créer un géant national des LCD.
L'INCJ est déjà à l'origine de Japan Display, société née en 2012 du regroupement des activités de petits et moyens LCD de Sony, Toshiba et Hitachi.
Sharp, invité aussi au tour de table, avait rejeté l'offre croyant à l'époque pouvoir s'en tirer seul, mais ses avancées technologiques n'ont pas suffi à lui éviter de subir les effets de la baisse des prix de vente des écrans, de facto difficiles à rentabiliser.