Revenus catastrophiques pour les céréaliers et les producteurs de fruits
Les céréaliers, producteurs de fruits et éleveurs bovins devraient gagner au mieux 15.000 euros pour l'année 2014, un "séisme" commente la FNSEA, principal syndicat des agriculteurs.
Lundi, le gouvernement a publié ses estimations pour les exploitants agricoles. L'Insee s'attend à un revenu net par actif non salarié en hausse de 6% mais le réseau comptable d'information agricole, table lui sur un résultat courant avant impôts (RCAI) en baisse de 5%, à 24.400 euros.
Mais derrière ces moyennes se cachent d'incroyables disparités.
Les céréaliers, considérés comme les "nantis" du monde agricole ces dernières années, ont subi une perte de revenus d'environ 60% en 2014 et plafonneraient à 11.500 euros annuels, au plus bas de l'échelle de leur secteur, selon des prévisions du service statistique du ministère de l'Agriculture (Agreste).
Cette estimation reste toutefois supérieure à l'année 2009 où leurs revenus avaient chuté à 10.000 euros.
Plusieurs facteurs expliquent cet effondrement: les récoltes de céréales ont été abondantes, mais de piètre qualité en France. Et avec des moissons record de blé et de maïs dans le monde, les cours se sont installés durablement sous les 200 euros/tonne sur Euronext.
Les arboriculteurs aussi mordent la poussière, avec des revenus en baisse de 56%, à 13.400 euros. En cause, une production de pêches et d'abricots "plus abondante" en 2014 et des prix en baisse, la concurrence espagnole tirant les cours vers le bas.
Les éleveurs bovins viande restent eux dans une situation très difficile avec des revenus attendus en baisse de 21% à 14.500 euros.
"Il y a une baisse généralisée des revenus en agriculture, en repli de près de 25% par rapport aux trois dernières années. Même si quelques secteurs tirent leur épingle du jeu, il s’agit bien d’un séisme", commente la FNSEA dans un communiqué.
Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a également reconnu depuis Bruxelles que l'agriculture traversait "une difficulté avec des niveaux de prix qui impactent les revenus". "Il y a une stabilisation mais à un niveau bas", a-t-il relevé.
"Comme attendu, les céréaliers, sacrifiés par le ministre de l'Agriculture, voient leurs revenus laminés en trois ans", a commente la Coordination rurale, syndicat minoritaire.
Face à la situation compliquée dans l'élevage depuis des années, le gouvernement a en effet choisi de privilégier les éleveurs dans la nouvelle PAC 2014-2020, aux dépens des céréaliers, qui ont vu leurs aides reculer d'environ 10%.
Mais cette stratégie a été payante pour au moins un secteur: les éleveurs ovins et caprins qui voient leur rémunération attendue augmenter de 23% à 20.000 euros.
- Peu s'en sortent -
Deux autres secteurs s'en sortent.
Les viticulteurs, qui verraient leurs revenus progresser en moyenne de 27% à 46.200 euros. La récolte est "en forte hausse" mais les prix "resteraient bien orientés sur la campagne", selon Agreste.
Les producteurs de lait, qui ont profité de la hausse des prix du lait, avec un résultat par actif non salarié en hausse de près de 30%, à 30.100 euros.
Situation qui devrait toutefois se retourner dans les mois à venir. Les cours du lait reculent depuis le début de l'année. L'embargo russe sur les produits alimentaires depuis août a enfoncé le clou et la fin des quotas laitiers en avril prochain en Europe ne devrait pas améliorer les choses.
Dans le reste des filières, la situation reste tendue.
Les éleveurs porcins subissent l'embargo et la concurrence de l'Allemagne ou de l'Espagne, et leurs revenus devraient reculer de 18% à 22.100 euros.
Les maraîchers et horticulteurs perdraient 5,5% de rémunération à 21.300 euros. Le revenu des producteurs de poulets et d'œufs reste stable à 20.700 euros.
Cette estimation devrait être ajustée l'été prochain, avant une publication définitive dans un an.
"Tous les six mois, les comptes de l’agriculture confirment la chute du nombre de paysans. Près de 1% d’emplois disparaîtront encore en 2014", se désespère la Confédération paysanne, autre syndicat minoritaire.