République dominicaine: le président Abinader légitime sa politique avec une éclatante victoire dès le 1er tour

(AFP)

Le 20 mai 2024

Le chef d’État dominicain Luis Abinader sort grandement renforcé du scrutin présidentiel de dimanche avec une réélection dès le premier tour qui légitime sa politique de fermeté vis-à-vis de Haïti et sa gestion économique.

Les résultats définitifs n'ont pas encore été proclamés mais les deux principaux adversaires de M. Abinader, l'ancien président Leonel Fernandez et Abel Martinez ont reconnu leur défaite.

Selon le décompte partiel du Conseil national électoral (JCE, Junta central électoral) à 9H00 locales (11H00 GMT), sur 51,74% des suffrages comptabilisés, M. Abinader a recueilli 57,15% des voix contre 29,34% à M. Fernandez. M. Martinez arrive troisième avec 10,21% des voix, les six autres candidats étant loin derrière.

La formation politique de M. Abinader, le Parti révolutionnaire moderne (PRM) qui avait déjà remporté 120 des 150 municipalités en février, devrait aussi obtenir la majorité des sièges des 190 députés et 32 sénateurs en jeu.

Selon le décompte partiel, le PRM est devant dans 24 des 32 provinces. L'opposition a dénoncé "l'achat de voix" par le parti du président, mais le JCE a indiqué n'avoir reçu aucune plainte officielle.

"C'est une grande approbation du pouvoir de la part du peuple dominicain au président Abinader. Il consolide, renforce son pouvoir", dit à l'AFP Nelson Espinal, spécialiste des litiges publics à Harvard.

"Le peuple s'est exprimé clairement (...) J'accepte la confiance que j'ai reçue et l'obligation de ne pas décevoir. Je ne vous décevrai pas", a lancé M. Abinader à ses partisans dimanche soir.

Environ 70% des Dominicains approuvent la gestion de M. Abinader et notamment sa politique de fermeté à l'égard d'Haïti, selon les sondages d'avant scrutin.

Il avait fait de la lutte contre l'immigration haïtienne, souvent associée à la criminalité, un des chevaux de bataille de sa présidence.

Haïti, avec lequel la République dominicaine, bien plus prospère, partage l'île d'Hispaniola, s'enfonce dans une crise sans précédent aggravée par la violence des gangs.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2020, il a multiplié les déclarations musclées et les opérations anti-immigration et expulsions (250.000 en 2023). Il a fait construire un mur sur une partie de la frontière avec Haïti.

- Nouveaux impôts -

"La politique migratoire a joué sur sa popularité. Il s'agit d'un pays très conservateur", souligne M. Espinal, rappelant une "histoire dominico-haïtienne douloureuse".

"La situation désastreuse d'Haïti, État en faillite, rend le peuple dominicain très vigilant et très prudent" quant aux relations avec le voisin, ajoute-t-il, estimant que les "problèmes de mise en oeuvre" de la politique migratoire (abus, racisme) "ne sont pas une politique d'État" mais des dérapages.

"Ce qu'il veut, c'est défendre notre pays et les aider (Haïti), mais les aider à rester là-bas, chacun dans son propre pays", estime Dominga de la Cruz, une vendeuse de journaux de 27 ans, alors que la victoire d'Abinader s'étale à la Une de la presse.

M. Abinader se targuait de résultats économiques positifs, évoquant une croissance "élevée", une inflation "dans la fourchette" et un faible taux de chômage. La Banque mondiale prévoit une hausse de 5% du PIB d'ici la fin de l'année, tout comme le FMI, qui souligne le "potentiel" du pays à "devenir une économie avancée" dans les prochaines décennies.

Le pays "va devoir investir beaucoup pour contrôler une immigration aussi incontrôlée" et cela va peser dans les budgets à l'avenir, rappelle Daniel Pou, politologue et spécialiste des politiques publiques en matière de sécurité.

M. Abinader devrait présenter lors de son second mandat une réforme fiscale. Reportée depuis des années, celle-ci comporte notamment de nouveaux impôts alors que l'opposition souligne que le panier alimentaire de base a augmenté de 3,56% en 2023 par rapport à 2022.

M. Abinader a aussi promis une réforme constitutionnelle, sans donner de détails. Toutefois, il a clairement indiqué qu'il ne changera pas la règle sur les mandats (pas plus de deux mandats consécutifs) : "Je ne serai plus candidat, c'est ma parole, c'est mon engagement et cela fera partie de mon héritage laissé à la République dominicaine".

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Le 20 mai 2024

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