Pauvreté et inégalités, vivier des troubles au Kazakhstan

(AFP)

Le 10 janvier 2022

La chute du pouvoir d’achat comme déclencheur, « la mort et l’horreur » comme conséquences. Les émeutes meurtrières au Kazakhstan ont été alimentées par l’appauvrissement continu dans le pays, pourtant immensément riche en ressources naturelles.

« Nous possédons tous les minéraux du tableau périodique des éléments mais on vit dans le dénuement », lâche Galiya, une manifestante d’Almaty, la principale ville kazakhe, touchée par les pires violences.

« Tout est devenu tellement cher », déplore cette femme de 42 ans qui n’a pas souhaité donner son nom de famille de crainte de poursuites, et réfléchit désormais à partir à l’étranger.

La semaine dernière, ce pays grand comme cinq fois la France a été touché par des violences jamais vues depuis son indépendance en 1991 à la dislocation de l’URSS. Elles ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, poussant au déploiement express de troupes russes de maintien de la paix, alors que près de 8.000 personnes ont été arrêtées.

Si les autorités kazakhes ont dénoncé une « opération terroriste » fomentée depuis l’étranger et ayant profité d’un mouvement social, de fait la grogne des Kazakhs couvait depuis des années dans cet État autoritaire miné par la pauvreté, la corruption des élites et la répression de l’opposition.

La hausse brutale, le 1er janvier 2022, du prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL), un carburant très utilisé, a été la goutte de trop. Des manifestations éclatent dans l’ouest, bassin pétrolier du pays, puis s’étendent au reste du Kazakhstan, avant de basculer en heurts armés avec les forces de l’ordre.

La violence des affrontements, en particulier dans la capitale économique Almaty, font vaciller le pouvoir qui se targuait d’être le plus stable de la région.

« Le problème est que les salaires ne bougent pas. (Le pouvoir d’achat) est un facteur déclencheur, et la mort et l’horreur en ont été les conséquences », résume Natalia, une psychologue de 34 ans interrogée par l’AFP à Almaty.

« Je crois que, dorénavant, le gouvernement tiendra un peu plus souvent compte du peuple », espère-t-elle.

– Pays riche, peuple pauvre –

Pour de nombreux Kazakhs, le gouffre séparant l’élite au pouvoir, qui s’enrichit grâce à la manne des hydrocarbures et des minerais, et une population, qui s’appauvrit continuellement, est devenu intolérable.

A Almaty, les faubourgs montagneux sont parsemés de luxueuses demeures colorées. Le bas de la ville est lui délabré, d’un gris monotone et plongé dans le smog.

Nur-Sultan, capitale depuis 1997 portant le nom de l’ex-président Noursoultan Nazarbaïev bâtie au milieu de la steppe glacée, est elle devenue à coup de milliards de pétrodollars une cité étincelante de gratte-ciels biscornus, de tours de verre doré et autre pyramide.

Un faste qui tranche avec la province, poussiéreuse ou boueuse suivant la saison, et où les problèmes d’accès à l’eau restent une réalité.

En 2021, une longue sécheresse ainsi que des perturbations dans les échanges avec la Chine voisine causées par la pandémie ont nourri une forte inflation.

Celle-ci s’est ajoutée aux pertes de pouvoir d’achat des dernières années, comme en 2015, lorsque le tenge, devise locale, avait été dévaluée de 50%, sur fond d’effondrement mondial de prix de matières premières.

S’ajoute à ces facteurs extérieurs une mauvaise gestion du gouvernement, souligne Oksana Sorokina, directrice de la société SevenR Logistics, basée à Almaty.

Selon elle, en 2021, les changements fréquents de réglementation, la baisse des subventions et des « spéculations » du côté chinois ont causé une augmentation du coût du transport des biens importés.

« Résultat: à la fin de l’année, nous avons eu une pénurie de marchandises et des prix délirants qui, bien sûr, ont été reportés sur les consommateurs », explique Mme Sorokina.

« Les prix sont hors de contrôle », confirme Tatiana Boldyreva, habitante d’Almaty interrogée par l’AFP dans une rue où un boucher découpe des quartiers de viande pour des clients affamés, après des jours de fermeture des magasins à cause des émeutes.

« Mais ce n’est pas une raison pour déclencher une guerre », poursuit cette professeure, les bras chargés de sacs en plastique remplis de lait.

Le 10 janvier 2022

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