“On ne t'oubliera pas !” : l'adieu des Russes à Navalny

(AFP)

Le 1 mars 2024

"On ne t'oubliera pas" : à Moscou, une partie des proches d'Alexeï Navalny, ainsi que plusieurs milliers de ses sympathisants, ont rendu vendredi un dernier hommage au charismatique opposant, avec l'espoir que son combat ne restera pas lettre morte.

Deux semaines après sa mort dans des circonstances floues dans une colonie pénitentiaire de l'Arctique, les parents du défunt se sont recueillis autour de son cercueil, à l'église puis au cimetière ou il a été enterré dans la capitale russe. Sans sa veuve et leurs enfants, qui se trouvent à l'étranger.

A l'intérieur de l'église de l'icône Notre-Dame "Soulage mon chagrin", située dans une banlieue calme, quelques proches se tiennent debout ou assis, en silence. Devant eux, la dépouille a été placée dans un cercueil. Le teint de son visage est cireux, des fleurs recouvrent son corps.

Après une courte cérémonie religieuse orthodoxe, le cercueil est refermé, quand bien même certains crient : "Laissez-moi lui dire au revoir, ne le refermez pas !".

A l'extérieur, plusieurs milliers de sympathisants applaudissent à la sortie du cercueil du détracteur numéro un de Vladimir Poutine. Certains ont les yeux humides, des fleurs dans les mains. L'émotion est palpable.

Près du cimetière de Borissovo où Alexeï Navalny a été inhumé quelques instants plus tard, des gens crient : "On ne t'oubliera pas !", "Pardonne-nous !".

"Il disait la vérité sur la Russie. Merci", s'exclame un homme âgé.

La mort de l'opposant le 16 février dans la prison de l'Arctique où il purgeait une peine de 19 ans pour "extrémisme" a provoqué un vive émoi parmi ses sympathisants. Alexeï Navalny avait été quasiment réduit au silence depuis son retour en Russie début 2021 à l'issue d'un empoisonnement qu'il disait orchestré par le président Vladimir Poutine.

Pour de nombreux jeunes Russes, notamment dans les grandes villes de Russie, il représentait l'alternative la plus crédible au règne de Vladimir Poutine, pour beaucoup le seul dirigeant qu'ils aient connu.

- "Le dernier héros" -

Ainsi, malgré un important dispositif policier, ils sont allés rendre hommage une dernière fois à celui qui leur a fait croire en une "Russie libre".

"Les gens comme lui ne doivent pas mourir", se désole Anna Stepanova dans la foule, tandis qu'une queue imposante s'est formée jusqu'à l'église où le cortège funéraire est ensuite arrivé.

"Honnête, avec des principes (...). Il est allé jusqu'au bout", salue-t-elle.

Manteaux d'hiver sur le dos, beaucoup prennent des photos et des vidéos, comme un moyen d'immortaliser ce moment d'histoire. La scène rappelle aussi les vastes manifestations, quand Alexeï Navalny parvenait à mobiliser des foules, en particulier à Moscou.

Mais les temps ont changé.

"Cela fait un peu peur car on ne sait pas comment ça va évoluer", commente Maxime, un médecin de 37 ans, interrogé sur le nombre important des personnes présentes. "Mais je pense que c'est un moyen pour les gens de se réveiller et de ne pas rester silencieux".

Depuis le début de l'assaut russe en Ukraine il y a plus de deux ans, les rassemblements d'ampleur pour contester la politique du Kremlin sont inexistantes. Dans deux semaines, Vladimir Poutine doit être réélu à l'issue d'un scrutin sans opposition.

M. Poutine n'a toujours pas commenté la mort de son principal adversaire, dont il ne prononce jamais le nom. Vendredi, son porte-parole Dmitri Peskov a assuré que le Kremlin n'avait "rien à dire" à la famille du défunt.

Malgré le risque d'interpellations, il y en a eu au moins 45 selon l'ONG spécialisée OVD-Info, les partisans d'Alexeï Navalny se sont déplacés en masse afin de lui faire leurs adieux.

Pour Aliona, une archéologue de 22 ans, impossible de manquer les funérailles de l'opposant : "J'ai compris que je pouvais et que je me devais d'être ici", raconte-t-elle à l'AFP. "Si je ne l'avais pas fait, je l'aurais regretté plus tard et je ne me le serais pas pardonné".

Navalny, un avocat de formation, dénonçait sans relâche la répression, la corruption des élites et l'offensive du Kremlin contre l'Ukraine.

"L'homme est mort mais (ses) idées vivront grâce à ceux qui sont ici", assure Aliona.

Inessa, une ancienne avocate de 60 ans, dit quant à elle être "remplie de haine". "C'était un héros, le dernier héros de notre patrie".

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Le 1 mars 2024

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