Négociations gazières Ukraine-Russie sur fond de tollé diplomatique
Des négociations sur le gaz entre Russes et Ukrainiens pour éviter une coupure imminente redoutée en Europe devaient reprendre à Kiev dimanche soir sur fond du tollé diplomatique après une insulte du chef de la diplomatie ukrainienne envers Vladimir Poutine.
Les discussions gazières avant l'expiration d'un ultimatum russe lundi à 06H00 GMT se déroulent dans un contexte extrêment tendu après des incidents samedi devant l'ambassade russe en Ukraine, en marge d'une manifestation suite à la destruction en vol d'un avion militaire par des séparatistes prorusses, qui a fait 49 morts dans l'Est.
La diffusion dimanche d'une vidéo montrant le ministre ukrainien des Affaires étrangères insultant le président russe Vladimir Poutine devant les manifestants a rajouté à l'indignation de Moscou.
Cette vidéo montre le chef de la diplomatie ukrainienne Andrii Dechtchitsa, venu calmer la foule, lâcher "Poutine connard", un slogan lancé par des supporteurs de football il y a plusieurs semaines et devenu depuis en Ukraine un refrain très populaire.
Plusieurs hauts responsables russes ont crié au scandale et appelé le président ukrainien à limoger M. Dechtchitsa.
- Ils voulaient que "le sang soit versé" -
Les manifestants rassemblés samedi devant l'ambassade de Russie à Kiev voulaient que "le sang soit versé", a affirmé dimanche le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en dénonçant les propos de son homologue ukrainien "qui ont dépassé les limites de la bienséance".
Un manifestant a décroché samedi le drapeau russe tandis que d'autres ont renversé les voitures diplomatiques, jeté des pavés et un cocktail molotov sur le bâtiment.
La police a annoncé dimanche que trois personnes avaient été arrêtées. La Russie a dénoncé samedi soir l'inaction des forces de l'ordre "qui constitue une violation grossière des engagements internationaux de l'Ukraine".
Washington a aussi appelé Kiev à respecter la Convention de Vienne qui l'oblige à assurer la sécurité des bâtiments diplomatiques.
En Ukraine, où dimanche était journée de deuil national, les drapeaux étaient en berne tandis que les chaînes de télévision ont incrusté sur les écrans l'image d'une bougie allumée en hommage aux 49 morts dans l'attaque la plus meurtrière des insurgés prorusses dans l'Est séparatiste depuis le déclenchement en avril d'une opération militaire ukrainienne.
Cette attaque a mis à mal l'espoir de détente né ces derniers temps de premiers contacts entre Kiev et Moscou.
Sur le front énergétique, les négociations prennent désormais l'allure d'une course contre la montre : le géant russe Gazprom a donné jusqu'à lundi 06H00 GMT à Kiev pour rembourser une dette gazière de 1,95 milliard de dollars.
Les négociations à Kiev, qui n'ont pas abouti samedi soir, devaient reprendre à 16H GMT en présence du ministre ukrainien de l'Energie, Iouri Prodan, les deux PDG du russe Gazprom et de l'ukrainien Naftogaz, avec la médiation du commissaire européen à l'Energie Guenther Oettinger. Les discussions n'avaient pas débuté à 18H GMT.
Faute de règlement, la Russie menace de passer à un système de pré-paiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement.
Au passage, les livraisons de gaz russe en direction de l'Europe, dont près de la moitié transitent par le territoire ukrainien, risquent de se trouver affectées, comme pendant les précédents conflits gaziers, en 2006 et 2009.
Mais Kiev refuse la hausse des prix décidée par Moscou après l'arrivée au pouvoir de dirigeants pro-occidentaux fin février, conséquence de la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch : les mille mètres cubes de gaz sont alors passés de 268 à 485 dollars, un prix sans équivalent en Europe.
- Réunion du conseil de sécurité lundi -
Le président ukrainien pro-occidental Petro Porochenko a pour sa part promis une "réponse adéquate" aux séparatistes après l'attaque contre l'avion et a convoqué une réunion du conseil de sécurité nationale et de défense qui se tiendra lundi.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a appelé son homologue américain John Kerry à "user de son influence" sur Kiev pour mettre fin à l'opération militaire dans l'Est qui a fait plus de 300 morts depuis avril.
M. Porochenko avait présenté cette semaine à Vladimir Poutine son plan de paix tandis qu'avant l'attaque de Lougansk, se sont déroulées plusieurs phases de pourparlers avec l'ambassadeur de Russie à Kiev depuis l'investiture le 7 juin du nouveau chef de l'Etat ukrainien.
Les Etats-Unis ont de leur côté réaffirmé vendredi que la Russie avait fourni aux insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine des chars et des lance-roquettes, du matériel qui a franchi ces derniers jours la frontière entre les deux pays.