Mongolie: le chemin de croix des routiers à la frontière chinoise

Le 21 octobre 2021 à 9h10

Modifié 21 octobre 2021 à 9h10

Pas payés et confrontés à une attente interminable: à la frontière avec la Chine, les uns derrière les autres, les routiers mongols désespèrent de pouvoir livrer leurs cargaisons de charbon, freinés par les mesures anti-Covid.

Avant la pandémie, la route était bondée de véhicules allant livrer plein gaz le précieux combustible en Chine — très dépendante du charbon et actuellement aux prises avec des coupures d’électricité qui menacent sa croissance.

Mais désormais, la file de camions à l’extérieur de la cité houillère de Tsagaan Khad, près de la frontière, avance à un rythme d’escargot, en raison des strictes mesures sanitaires prise par la Mongolie et la Chine.

Au milieu d’un paysage semi-désertique, des dizaines et des dizaines de semi-remorques sont alignés en file indienne en attendant leur tour. D’autres sont immobilisés sur le bas-côté.

« Nos familles ont besoin (d’argent) pour acheter du bois, du fioul et des vêtements pour l’hiver », soupire Davaasuren Tsogtsaikhan, un routier qui a dû attendre de nombreuses semaines pour effectuer une seule livraison côté chinois.

« Tous les chauffeurs sont contrariés », soupire le gaillard de 32 ans qui dit avoir « du mal à joindre les deux bouts ».

La Mongolie, qui partage une longue frontière avec son voisin chinois, avait été l’un des premiers pays au monde, début 2020, à fermer les points de passages avec la Chine pour échapper au coronavirus.

– Multiples tests –

Hormis quelques foyers sporadiques, le virus est quasiment éradiqué en Chine et la circulation des marchandises est désormais possible.

Mais la Mongolie, terrifiée à l’idée qu’un de ses routiers soit à l’origine d’une contamination côté chinois, laquelle pourrait pousser Pékin à refermer la frontière, a imposé de strictes règles sanitaires.

Les chauffeurs sont d’abord soumis à un premier dépistage côté mongol. Vêtus de masques et de combinaisons de protection, ils sont ensuite transportés par bus à la frontière chinoise, pour y subir un second test.

Une fois les tests validés et la frontière passée avec leur camion, les routiers ont interdiction de quitter leur cabine… et même d’ouvrir les fenêtres.

Sur le papier, « on peut livrer le charbon (en Chine) dès le lendemain si tout le groupe (de chauffeurs) est négatif », explique à l’AFP Undrakh Bold, un routier de 43 ans.

Dans les faits, les choses ne sont pas si simples.

Arrivé début août à la frontière, ce père de trois enfants a été contraint de rebrousser chemin à Oulan-Bator, à plus de 800 km, pour y subir trois semaines de quarantaine car un cas avait été détecté dans son groupe de chauffeurs.

« Ça fait six jours que je suis (enfin de retour) à Tsagaan Khad et c’est (seulement) mon premier dépistage », peste-t-il.

– « Sauvez les chauffeurs » –

Toutes ces mesures ralentissent considérablement le passage de la frontière. Problème: avant que leur cargaison soit acheminée, les routiers ne touchent aucun salaire.

Exaspérés par la situation, certains ont manifesté la semaine dernière à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, pays grand comme trois fois la France qui compte également la Russie comme voisin.

Vêtus de gilets jaunes, ils ont défilé avec des pancartes au slogan sans équivoque: « Sauvez les chauffeurs ».

« On est au bord de la pauvreté », déclare à l’AFP Yalagdashgui Naranpil, le responsable d’un syndicat de chauffeurs mongols.

La Chine est très dépendante du charbon pour faire fonctionner ses centrales électriques.

D’autant plus au moment où le pays est touché par des coupures de courant, liées entre autres aux limitations des émissions polluantes, aux prix réglementés de l’électricité et à une pénurie.

La Mongolie avait exporté en Chine plus de 35 millions de tonnes de charbon l’an dernier — contre moins du tiers depuis janvier à cause des restrictions sanitaires à la frontière.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang a eu un entretien la semaine dernière avec son homologue mongol.

Les deux hommes ont convenu de doubler le nombre de camions autorisés à passer la frontière, ont rapporté les médias officiels chinois.

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