LuxLeaks : Juncker refuse d'être considéré comme “l'ami du grand capital”
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a refusé avec vigueur mercredi d'être présenté comme "l'ami du grand capital", après les révélations sur le vaste système d'évasion fiscale mis en place au profit des multinationales lorsqu'il était Premier ministre du Luxembourg.
"Ne me décrivez pas comme le meilleur ami du grand capital, le grand capital a de meilleurs amis que moi dans cette maison", a lancé M. Juncker, allé s'expliquer devant le Parlement européen sur le scandale du LuxLeaks.
M. Juncker, sous pression des médias et des parlementaires européens depuis les révélations publiées par une quarantaine de médias la semaine dernière, a fait deux apparitions surprise dans la journée, d'abord devant la presse, puis devant les eurodéputés réunis à Bruxelles.
Il a répété que la pratique de la "déclaration anticipative" (tax ruling) qui permet à une entreprise de demander à l'avance comment sa situation sera traitée par l'administration fiscale d'un pays, afin de payer le moins d'impôts possible, était répandue au sein de l'Union européenne.
"Je ne m'excuse pas pour ce que j'ai pu faire pour mon pays", a dit M. Juncker. Mais "je n'ai jamais donné d'instructions sur aucun dossier particulier", a-t-il assuré, précisant que l'administration fiscale agissait de manière indépendante au Grand Duché.
M. Juncker a affirmé qu'il n'interviendrait pas dans les enquêtes en cours de la Commission sur les pratiques fiscales de plusieurs pays, dont le Luxembourg. "Si je le faisais, je perdrais toute crédibilité comme président de la Commission", a-t-il dit. Ces enquêtes sont sous la responsabilité de la commissaire chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager. Elle est "libre de ses actions" et "la Commission fera son travail", a-t-il affirmé.
"J'ai un devoir d'abstention" concernant les enquêtes contre le Luxembourg, mais "j'ai un devoir d'action pour faire avancer l'harmonisation fiscale en Europe", a dit M. Juncker. "Ne doutez pas de mon ardeur" dans la lutte contre l'évasion fiscale.
"Il y a urgence à agir", car "l'impression qui se dégage est que l'injustice fiscale est insuffisamment combattue en Europe", a-t-il relevé, reconnaissant que "nombreux" sont les Européens qui, pas ces temps de rigueur, "ne comprennent pas la différence qui existe entre l'assainissement des finances publiques et l'imposition des sociétés".