Lufthansa en forme en 2015 malgré le crash Germanwings
Le géant européen du transport aérien Lufthansa a présenté jeudi de solides performances financières pour 2015, grâce notamment au pétrole bon marché, en dépit de grèves et du crash d'un avion de sa compagnie Germanwings.
"2015 a été pour Lufthansa une année très difficile émotionnellement en raison de la catastrophe Germanwings", a déclaré en avant-propos le patron du groupe, Carsten Spohr, dans un communiqué.
Lufthansa a également affronté de nombreux débrayages l'an passé, avec en particulier en novembre une grève de sept jours, la plus longue de son histoire, conduite par les personnels de cabine avec qui un terrain d'entente a depuis été trouvé.
Les efforts du groupe pour réduire ses coûts ont entraîné depuis 2014 des conflits sociaux à répétition avec différentes catégories de personnel, qu'il s'agisse des pilotes ou du personnel au sol.
Malgré tout cela, "2015 a été une bonne année sur le plan économique", a estimé M. Spohr.
Le bénéfice net de Lufthansa s'est envolé, passant d'un maigre 55 millions d'euros en 2014 à environ 1,7 milliard d'euros, sous l'effet de prix du pétrole bas et d'une amélioration de son activité passagers. C'est plus qu'escompté par les analystes interrogés par le fournisseur de services financiers Factset (1,5 milliard d'euros).
Le groupe allemand, qui opère les vols passagers des compagnies Eurowings (qui chapeaute Germanwings), Lufthansa, Swiss, Austrian Airlines, et la société de fret aérien Lufthansa Cargo, a également profité d'une comparaison flatteuse. En 2014, il avait été fortement pénalisé par des débrayages à répétition et des charges exceptionnelles.
Après une année blanche en 2014, Lufthansa va de nouveau verser un dividende à ses actionnaires, de 0,50 euro par titre pour 2015, et affirme vouloir continuer à le faire dans les années qui viennent.
- Développer le low-cost -
Le crash d'un avion A320 de sa compagnie Germanwings dans les Alpes françaises il y a presque un an, le 24 mars, n'a pas modifié la stratégie du groupe. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a conclu que cette tragédie, dans laquelle 150 personnes ont péri, avait été provoquée par le copilote Andreas Lubitz, en proie à des problèmes psychiques.
Face à une concurrence féroce à la fois des compagnies du Golfe dans le haut de gamme et d'EasyJet et Ryanair dans le low-cost, l'entreprise développe les services premium dans sa compagnie Lufthansa et veut en parallèle faire d'Eurowings le numéro trois européen des vols à bas coûts.
Eurowings opère depuis 2015 la flotte de Germanwings, compagnie née en 2002 et qui a enregistré en 2015 "des bénéfices pour la première fois", selon la directrice financière Simone Menne.
Le chiffre d'affaires du groupe dans son ensemble, aidé par une bonne saison d'été, a grimpé de 7% à 32,1 milliards d'euros l'an dernier, légèrement plus qu'attendu.
Pour 2016, le groupe table sur un net recul de ses coûts de carburant -à 4,8 milliards d'euros, soit un milliard d'euros de moins qu'en 2015-, a indiqué Mme Menne.
Les coûts de fonctionnement doivent aussi baisser, notamment grâce au remplacement de certains appareils par des avions moins gourmands en kérosène, et les capacités augmenter.
Lufthansa prévoit par conséquent une "légère" amélioration de son bénéfice d'exploitation Ebit ajusté, sa mesure de référence, hors frais liés à d'éventuelles grèves. Il est encore "trop tôt" pour avancer un chiffre précis, a estimé Mme Menne.
En 2015, l'Ebit ajusté a grimpé de 55% à 1,82 milliard d'euros, dans la fourchette que le groupe s'était donnée (entre 1,75 et 1,95 milliard d'euros). Le transport de passagers a doublé sa performance opérationnelle, à 1,5 milliard d'euros, tandis que la division de fret, pénalisée par les surcapacités du marché, a chuté de 40% à 74 millions.
A la Bourse de Francfort, ces chiffres, jugés sans grande surprise, recevaient un accueil glacial. Le titre Lufthansa, qui avait pris 11% depuis le début du mois, abandonnait 4,58% à 14,57 euros, bon dernier du Dax, après avoir plongé de plus de 5% à l'ouverture.