L’Ethiopie sommée de s’expliquer devant le Conseil de sécurité sur l’expulsion de responsables onusiens

(AFP)

Le 6 octobre 2021

Le Conseil de sécurité de l’ONU tient mercredi une réunion d’urgence – la deuxième en moins d’une semaine – sur l’expulsion récente de sept responsables onusiens d’Ethiopie, une décision qui a provoqué un traumatisme au Conseil de sécurité où des diplomates craignent la création d’un précédent pour d’autres théâtres de conflit.

L’Ethiopie, dont les explications sont très attendues, participe à cette session extraordinaire prévue à 19H00 GMT, qui est publique et verra monter au front le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Dans une lettre au Conseil de sécurité datée du 1er octobre et obtenue par l’AFP, le chef de l’ONU souligne en évoquant l’expulsion des sept fonctionnaires de l’Unicef, du Haut Commissariat aux droits de l’Homme et du département des Affaires humanitaires, que « le conflit en Éthiopie – et la crise humanitaire et des droits humains qui l’accompagne – devient incontrôlable ».

« Au moins 5,2 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire au Tigré », ajoute-t-il, en évoquant le risque d’une déstabilisation de l’Ethiopie et de l’ensemble de la région, tout en déplorant la récente décision éthiopienne.

Vendredi, le Conseil de sécurité avait tenu une première réunion à huis clos en urgence sur l’expulsion par l’Ethiopie de sept responsables d’agences de l’ONU, accusés d' »ingérence dans les affaires intérieures » de ce pays et de manipulation politique de l’aide humanitaire.

L’Organisation considère que déclarer ces fonctionnaires onusiens « persona non grata » est illégal car contraire à plusieurs articles de la Charte des Nations unies. Elle s’est plainte auprès de l’Ethiopie, en soulignant dans une lettre de ses services juridiques, vue par l’AFP, l’absence « de toute information sur une conduite incompatible avec leur travail en Ethiopie ».

Interrogé mardi lors de son point-presse quotidien pour savoir si l’Ethiopie avait fourni des explications supplémentaires depuis le 1er octobre, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a répondu: « non ».

– « Boule de neige » –

Les six pays ayant demandé une nouvelle réunion mercredi du Conseil de sécurité sont les Etats-Unis, l’Irlande, l’Estonie, la Norvège, le Royaume-Uni et la France. Vendredi, le Conseil n’avait pu se mettre d’accord sur une déclaration du Conseil proposée par l’Irlande, la Russie et la Chine s’y opposant en multipliant pour Moscou les interrogations insidieuses sur le rôle exact joué par les sept responsables onusiens expulsés, selon des diplomates.

« Il y a des difficultés aussi avec les membres africains du Conseil de sécurité qui rechignent » depuis le début du conflit il y a près d’un an « à une saisie du Conseil de sécurité sur l’Ethiopie », rappelle sous couvert d’anonymat un ambassadeur membre de cette instance. Au-delà de l’aide humanitaire, « il faudrait passer à une négociation politique » dans la crise éthiopienne, estime-t-il, en se réjouissant de la nomination récente comme médiateur par l’Union africaine de l’ex-président du Nigeria Olusegun Obasanjo, « au palmarès éloquent dans des affaires similaires ».

Le départ forcé « pour leur sécurité » des responsables onusiens, selon les termes de l’ONU, a créé un choc au sein de l’Organisation et de la communauté humanitaire alors qu’une telle décision à cette échelle est extrêmement rare.

Il faut « écouter la version des Ethiopiens », indique à l’AFP un autre ambassadeur membre du Conseil également sous couvert d’anonymat.

Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths, dont des déclarations récentes sur le « blocage » de l’aide humanitaire et un risque de famine accru est peut-être à l’origine de la crise avec l’ONU, a indiqué vendredi au Conseil qu’il s’agissait de « fausses allégations, mais quand on lui a demandé lesquelles, il n’a pas été en mesure de le dire », ajoute ce diplomate.

« On ne peut pas condamner ou spéculer sans savoir ce que les sept responsables de l’ONU dont cinq » relevant de ses services ont fait, précise-t-il. Il s’agit « de régler ce problème, de stabiliser la situation, de faire revenir la confiance entre le système onusien, la communauté humanitaire et le gouvernement éthiopien » qui a affirmé sa disposition « à accueillir de nouveaux représentants de l’ONU », souligne cet ambassadeur.

« Car si on ne clarifie pas la situation en Ethiopie, ça pourrait créer un effet boule de neige » et un précédent pour d’autres situations très délicates comme en Birmanie ou en Afghanistan, explique-t-il, en indiquant que « de très nombreux membres du Conseil ont exprimé ces craintes » depuis la fin de semaine dernière.

Le 6 octobre 2021

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