Les chauffeurs de VTC et de LOTI poursuivent leur mouvement à Paris
Manifestation non autorisée sur le périphérique et rassemblement place de la République: les chauffeurs de VTC et autres LOTI (transports collectifs sur réservation) continuaient jeudi de protester contre les mesures annoncées vendredi dernier par le Premier ministre pour calmer la colère des taxis.
Sur la chaussée, les trottoirs et le terre-plein, les berlines sombres occupaient la place de la République. La préfecture de police y a recensé environ 200 véhicules à la mi-journée.
Collées sur les carrosseries, des pancartes résument l'amertume des chauffeurs qui dénoncent un parti pris du Premier ministre Manuel Valls en faveur des taxis: "Valls=G7", "plan social Valls=10.000 personnes à la poubelle", ou encore "déconne pas Manu, ça sert à rien la haine, un taxi de perdu c'est 10 chauffeurs qui reviennent", libre adaptation d'une chanson de Renaud.
Après la forte mobilisation des taxis fin janvier contre les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), le gouvernement a notamment promis des "contrôles incessants" pour traquer les "fraudeurs", détenteurs d'une licence de transport collectif LOTI mais effectuant des courses individuelles au mépris des règles.
En réponse, plusieurs centaines de chauffeurs avaient déjà défilé mercredi dans la capitale à l'appel de l'association Alternative mobilité transport (AMT), qui a été reçue à Matignon par le cabinet de M. Valls.
"Une provocation" pour Joseph François, président de l'AMT, alors que le Premier ministre en personne avait reçu les taxis la semaine dernière.
"C'est un symbole et il a voulu marquer sa préférence", confirme Yves Weisselberger, patron de la plateforme VTC SnapCar. "Il y a une volonté politique de tuer le secteur", renchérit Bertrand Altmayer, président de la plateforme Marcel.
Pour inverser le rapport de force, quelques dizaines de chauffeurs ont entrepris de bloquer le périphérique parisien jeudi matin, en partant de l'emblématique porte Maillot, comme les taxis dix jours plus tôt.
- 'Ils veulent qu'on devienne délinquants?' -
En pleine heure de pointe, le boulevard intérieur a été saturé plusieurs heures dans l'ouest et le nord de la capitale, le trafic n'étant rétabli qu'après 10H30. La préfecture de police de Paris a établi 17 procédures d'entrave à la circulation et procédé à l'enlèvement d'un véhicule.
"On est en 2016, il faut accepter que le monde évolue", déclare Ahmed, VTC pour la plateforme américaine Uber, présent sur la place de la République. "Ca fait quatre ans que je cherche dans l'informatique, j'ai pas trouvé. Ils veulent qu'on devienne délinquants ou dealers?", lance-t-il.
"On peut pas dire vouloir combattre le chômage et nous empêcher de travailler", affirme Baadache, pour qui "le gouvernement est à fond derrière les taxis".
Exigeant d'être reçus eux aussi par le Premier ministre, les employeurs de VTC ont "refusé la réunion" proposée en début d'après-midi avec le député Laurent Grandguillaume, médiateur désigné par Matignon, car "c'est à M. Valls de nous recevoir et de réparer ses inepties", a expliqué Jean-Claude Resnier, patron de la société Occiprestige.
Six plateformes de mise en relation (Allocab, Chauffeur-Privé, Marcel, LeCab, SnapCar, Uber) ont en revanche accepté de rencontrer le médiateur, lors d'une réunion à proximité de l'hôtel Matignon.
Arrivés peu après 16H00, les dirigeants de ces plateformes ont apporté des cartons contenant selon eux 150.000 lettres de soutien. "10.000 emplois", était-il écrit sur ces boîtes.
"Malgré le climat difficile, nous allons essayer de dialoguer", a affirmé M. Weisselberger à des journalistes sur place.
"Nous sommes prêts de notre côté à comprendre la situation des taxis. Ce qu'on attend, c'est que réciproquement, le gouvernement, les pouvoirs publics, et peut-être aussi les taxis, comprennent la situation, beaucoup plus dramatique que celle des taxis, de ces chauffeurs", a-t-il lancé.
"Ce qu'on attend du Premier ministre, c'est qu'il revienne sur sa décision de demander aux plateformes d'arrêter d'utiliser des chauffeurs LOTI. On est prêts à regarder des solutions de transition, mais il n'est pas possible qu'en une semaine ou deux, on détruise 10.000 jobs de cette façon-là", a-t-il plaidé.