Le procès de la fondatrice de Theranos, étoile déchue de la Silicon Valley, s’est ouvert

(AFP)

Le 9 septembre 2021

Elizabeth Holmes s’est-elle comportée en criminelle motivée par l’appât du gain, ou en entrepreneuse passionnée qui croyait en une révolution des diagnostics ? C’est ce que vont devoir déterminer douze jurés dans les semaines à venir à San José, en Californie.

Le procès de la fondatrice de la start-up Theranos s’est ouvert mercredi. L’ancienne star de la Silicon Valley, accusée d’une fraude massive, risque jusqu’à 20 ans de prison.

Elle a « menti et triché pour obtenir de l’argent », a lancé le procureur Robert Leach comme entrée en matière.

Avec Ramesh « Sunny » Balwani, son chef des opérations — et un temps amant — « ils ont affirmé que Theranos concevait une mini machine d’analyses sanguines qui permettait de réaliser n’importe quel test médical à partir d’une goutte de sang prélevée au bout du doigt pour un coût très faible », a-t-il résumé.

Ils ont aussi prétendu « que l’armée américaine l’utilisait, que des groupes pharmaceutiques majeurs la promouvaient et que leur entreprise était sur le point de gagner des centaines de millions de dollars », a-t-il continué.

Douze accusations — de fraude et d’association de malfaiteurs — pèsent contre Elizabeth Holmes, qui avait quitté l’université de Stanford avant d’en être diplômée pour lancer son entreprise en 2003, à 19 ans.

Mais les machines n’ont jamais fonctionné. Et selon le parquet, l’ex-entrepreneuse a trompé ses partenaires pour lever des fonds — plus de 700 millions de dollars en tout. « En 2009, à court de temps et d’argent, elle a décidé de mentir », a assuré Robert Leach devant une salle remplie de journalistes.

– « Personnage de méchante » –

« Ses manigances lui ont apporté la gloire, des honneurs et l’adoration. Elle était considérée comme la prochaine Steve Jobs (défunt fondateur d’Apple), qu’elle admirait énormément. Elle était devenue l’une des dirigeantes les plus célébrées de la Silicon Valley et du monde – ce qu’elle avait désiré », a assené le procureur.

L’avocat d’Elizabeth Holmes a ensuite pris la parole pour dépeindre une jeune femme travailleuse qui a « commis des erreurs », qui a « échoué » à réaliser son rêve et qui a « tout perdu ».

« Mais l’échec n’est pas un crime, persévérer et ne pas y arriver n’est pas un crime », a déclaré Lance Wade.

« Quand ce procès sera fini, vous verrez que le personnage de méchante décrit par le gouvernement est en réalité une personne humaine, vivante, qui a fait de son mieux chaque jour. Elle est innocente ».

Il a fait valoir les « 176 brevets » déposés par Theranos et les 235 tests (cholestérol, fer, hormones, maladies…) qui pouvaient être réalisés à partir de quelques gouttes de sang.

Puis il s’est lancé sur un autre axe majeur de la défense, qui compte plaider que son associé et ex-petit ami, de 19 ans son aîné, la contrôlait et abusait d’elle psychologiquement.

« Faire confiance et se reposer sur M. Balwani a été l’une de ses erreurs », a indiqué Lance Wade. « Il exigeait de la dévotion (…), il pouvait se déchaîner contre ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui »

Ramesh Balwani doit être jugé séparément.

Robert Leach a déjà prévenu que selon le parquet, Elizabeth Holmes était parfaitement au courant des problèmes et des défauts de la technologie. Elle « contrôlait Theranos et en avait l’entière responsabilité », a-t-il insisté.

– Témoignages cruciaux –

Le juge Edward Davila a demandé aux jurés de ne discuter de l’affaire avec personne et de ne pas consulter les réseaux sociaux pendant le procès, qui est parti pour durer au moins 13 semaines.

Une requête compliquée alors que le scandale passionne la Silicon Valley depuis les premières révélations dans le Wall Street Journal en 2015 jusqu’à l’accouchement de l’accusée début juillet.

En matière de preuves, le jury devra se fonder essentiellement sur des témoignages.

La base de données du laboratoire de Theranos a bien été remise sur un disque dur au gouvernement en août 2018, mais l’entreprise a ensuite été démantelée, ainsi que ses serveurs, rendant impossible la lecture de la copie.

Sur la liste de potentiels témoins, on trouve des noms connus, comme l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger, l’ancien ministre de la Défense James Mattis, qui ont fait partie du conseil d’administration de Theranos, ou encore le magnat des médias Rupert Murdoch, qui avait investi dans la start-up.

Des patients victimes d’analyses défectueuses pourraient également être appelés à la barre, pour raconter comment ils ont vécu de mauvais diagnostics de cancer, de sida ou de grossesses.

Elizabeth Holmes elle-même pourrait décider de s’exprimer.

L’ex-étoile montante a connu une chute d’autant plus brutale que sa fortune était évaluée à 3,6 milliards de dollars par Forbes en 2014. C’était alors la plus jeune milliardaire n’ayant pas hérité de sa fortune.

Le 9 septembre 2021

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